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My Taylor is poor 08/03/2017

Si l’indépendance de la Fed venait à être remise en question, ce serait via l’amendement de la loi de 1913, et probablement par une restriction de la discrétion dont bénéficie aujourd’hui le FOMC. En clair, l’introduction d’une règle de politique monétaire, comme celle que Taylor présentait il y a vingt-cinq ans.

TRANSCRIPT // My Taylor is poor : mars 2017

François Doux : L’indépendance de la Banque centrale américaine en question… ce n’est plus qu’un sujet de cours dans les manuels d’économie, c’est aujourd’hui l’actualité. Le président Trump a déjà donné des signes de sa volonté de mettre la Fed à sa botte… Alexandra Estiot bonjour…

Alexandra Estiot : Bonjour

François Doux : Première question, est-ce que l’administration républicaine et le Président Trump peuvent faire plier la Fed ?

Alexandra Estiot : La réponse courte, c’est non. Le Président peut nommer les Gouverneurs, mais le Sénat doit les confirmer. Par ailleurs, l’action de la Fed est régie par le Federal Reserve Act de 1913 et seul le Congrès peut changer cette loi.

François Doux : Justement, est-ce que le Congrès peut, lui aussi, remettre en cause cette indépendance ?

Alexandra Estiot : Il pourrait, oui sauf qu’il faut quand même tenir compte du fait qu’au Sénat, les Démocrates disposent d’une minorité de blocage. Il ne faut pas trop s’inquiéter de ces questions-là. Il y en a de beaucoup plus importantes.

François Doux : Mais si on va un petit peu plus loin, comment pourraient-ils s’y prendre ?

Alexandra Estiot : Plus qu’un changement d’objectifs, une plus faible autonomie, on pourrait imaginer que le Congrès oblige la Banque centrale américaine à suivre une règle précise de politique monétaire.

François Doux : Une règle de politique monétaire… vous pensez à la règle de Taylor ?

Alexandra Estiot : La règle de Taylor, oui, c’est la plus connue, qui détermine le niveau des taux en fonction de la déviation de l’inflation à sa cible et du taux de chômage à sa cible.

François Doux : Mais Alexandra, ce n’est pas déjà ce que fait la Fed ?

Alexandra Estiot : Oui, mais ! La règle de Taylor a été construite sur les actions passées de la Fed, au début des années 90. Donc oui, c’est quelque chose qui est dans le modèle, dans le cerveau des banquiers centraux, aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais la Fed dispose aussi d’une grande flexibilité, comme on le voit sur le graphique. Sur ces dernières années, pendant et après la crise, les taux, s’ils avaient suivi la règle de Taylor, si on n’avait pas mis en place toutes ces politiques non conventionnelles, auraient été beaucoup plus élevés et ils auraient été remontés beaucoup plus rapidement et beaucoup plus violemment.

François Doux : A quoi cela tient-il ?

Alexandra Estiot : Ça tient à plusieurs choses. Les deux premiers éléments dont il faut tenir compte, c’est la définition du plein emploi, c’est-à-dire l’indicateur à retenir et quel niveau on lui attribue. On a vu ces dernières années qu’on pouvait avoir un taux de chômage très bas alors que persistait un sous-emploi résiduel. La deuxième chose dont il faut tenir compte, c’est le fait que le taux neutre n’est pas constant dans le temps. Il est actuellement très faible.

François Doux : Principalement, Alexandra, est-ce qu’il y a d’autres limites justement ?

Alexandra Estiot : Oui, la dernière limite, soit quand les déviations de nos deux objectifs, les prix et le chômage, sont contradictoires. Des situations comme ces dernières années, où on a à la fois un taux de chômage faible et une inflation faible. La règle de Taylor nous dit de ne rien faire dans ce genre de cas. La politique de la Fed a été d’être aussi souple que possible pour faire remonter le taux d’inflation, ce qui montre une vraie symétrie de la cible.

François Doux : Merci Alexandra, on mesure la complexité de cette question de politique monétaire, trop complexe pour un tweet.

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