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Zone euro : la croissance robuste donne des ailes à l'euro 08/09/2017

Les indicateurs récents confirment une croissance robuste qui contribue au raffermissement de l'euro, qui, à son tour, suscite des interrogations quant à l'impact sur les exportations et l'inflation. Les marchés financiers sont d'autant plus impatients de voir si cette dynamique influencera le message de la BCE lors de ses réunions de septembre et octobre.

TRANSCRIPT // Zone euro : la croissance robuste donne des ailes à l'euro : septembre 2017

François Doux : Focus sur la croissance dans la zone euro. Elle est plutôt robuste au vu des dernières statistiques. William de Vijlder, bonjour.

William de Vijlder : Bonjour.

François Doux : Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas, quelle est votre analyse de cette croissance dans la zone euro ?

William de Vijlder : Effectivement elle est robuste. Il y a eu beaucoup de révisions à la hausse de la croissance pour cette année, et même pour 2018. Plusieurs facteurs en sont à l’origine. Mais ce qui est important, c’est que l’on dépasse les attentes. On le voit par exemple sur cette carte thermique des directeurs d’achats pour la zone euro avec, à gauche, le secteur manufacturier et, à droite, le secteur des services.

François Doux : Quand c’est rouge, on est au-dessus de 50, voire même au-dessus de 54. Cela veut dire que les directeurs d’achats continuent à acheter. C’est bien pour l’avenir.

William de Vijlder : Oui. On constate en bas de l’écran que ce qui domine très largement, c’est le rouge. On a donc vraiment un régime très élevé. On est dans cette phase depuis plusieurs mois déjà et cela devrait continuer. Maintenant si on regarde avec une loupe, on  constate un certain tassement, un certain fléchissement au niveau de la moyenne de la zone euro, y compris en Allemagne. Mais, d’un autre côté, le niveau reste très élevé et porte donc à croire que la croissance sera soutenue. D’ailleurs, c’est une impression également confirmée par d’autres indicateurs, notamment les indicateurs du sentiment venant de la Commission européenne.

François Doux : William, des bémols pèsent sur cette croissance ?

William de Vijlder : Il est important de chercher les bémols parce qu'autrement il existe un risque d’être obnubilés par la beauté de ces schémas. Donc on constate que du côté du crédit, l’accès aux financements reste très facile. Les taux sont bas, les banques estiment que la demande pour les crédits reste bien orientée. Mais tout de même, et c’est le bémol, le taux de croissance du crédit, lorsqu’on regarde sa variation, son momentum, marque un certain fléchissement. C’est un élément qu’il faut regarder.

François Doux : Il existe, d’après moi, un autre bémol. C’est ce graphique, celui du taux de l’euro. Il s’est largement apprécié face au dollar. Les exportations de la zone euro pourraient en pâtir.

William de Vijlder : Oui, c’est une très bonne remarque. D’un côté on peut dire que la devise s’apprécie et donc que nous sommes les meilleurs de la classe. Mais, d’un autre côté, on s’interroge aussi sur les conséquences négatives éventuelles. Effectivement les exportations sont dans le collimateur. Maintenant, on constate lorsqu’on regarde sur 10 à 15 dernières années, quand il y a eu des phases de remontée assez nettes du taux de change de l’euro par rapport aux devises des partenaires commerciaux, que cela n’influence pas trop le sentiment des entreprises au niveau des exportations. Ce qui l’explique, c’est que si ces raffermissements ont lieu quand la conjoncture mondiale est bonne, ce qui est le cas, les demandes des partenaires commerciaux restent très soutenues. Donc on peut vivre avec un euro un peu plus fort.

François Doux : Est-ce qu’il va continuer à se raffermir cet euro?

William de Vijlder : C’est la grande question. Bien évidemment, je pense qu’il faut être très nuancés dans le sens où ces dernières semaines on a vu une prise de conscience que les révisions des perspectives de croissance en zone euro était plutôt à la hausse, et aux Etats-Unis plutôt à la baisse. Il y a une anticipation des grandes annonces que fera la Banque centrale européenne lors de la réunion de septembre ou octobre. Cela a été un facteur de soutien. L’autre point qu’il est important de garder à l’esprit, c’est que les Etats-Unis pourraient tout de même faire quelque chose en termes de réduction d’impôts, etc. Si bien qu’en pensant à des prises de bénéfices on pense plutôt que, d’ici la fin de l’année, l’euro devrait s’effriter un tout petit peu par rapport au dollar pour remonter en 2018.

François Doux : Toute dernière question. La Banque centrale européenne justement : moins d’inflation importée. Au mois d’octobre, on devrait avoir plus d’informations.

William de Vijlder : Oui, effectivement. Disons que pour la réunion du mois de septembre, on esquisse déjà la grande tendance. Mais les vraies annonces auront lieu, à notre avis, fin octobre. Effectivement, l’euro est un facteur qui pèsera sur les perspectives d’inflation par le biais des produits importés. Mais d’un autre côté, nous estimons que la Banque centrale va surtout regarder le fait que la conjoncture devrait rester robuste, ce qui va donc lui permettre d’alléger un peu son problème d’achats.

François Doux : On se retrouvera pour en parler au mois d’octobre. Merci William de Vijlder. Dans un instant, le graphique du mois sur les Etats-Unis.

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