eco TV
États-Unis : Mais où est passée l’inflation? 08/09/2017

L’ensemble des différentes mesures de l’inflation porte le même message : l’inflation décélère. Ni les prix du pétrole ni la valeur du dollar ne peuvent être accusés…

TRANSCRIPT // États-Unis : Mais où est passée l’inflation? : septembre 2017

François Doux : Pour le graphique du mois, direction les Etats-Unis où tout le monde se pose une question : où est passée l’inflation ? Alexandra Estiot bonjour.

Alexandra Estiot : Bonjour.

François Doux : ma question : l’indice des prix à la consommation ralentit aux Etats-Unis. Est-ce que c’est juste l’indice principal ou est-ce qu’on la retrouve en creusant ?

Alexandra Estiot : Le graphique présente l’indice des prix à la consommation et le déflateur de la consommation privée.

François Doux : C’est ce qui intéresse la Fed ?

Alexandra Estiot : L’objectif d’inflation de la Fed porte effectivement sur cet indice. On observe une décélération très marquée, sachant que cette évolution pourrait être en partie liée à celle des prix de l’énergie, des prix du pétrole.  Il faut donc regarder plus en détail.

François Doux : Le sous-jacent.

Alexandra Estiot : Le sous-jacent. On retire les prix de l’énergie et des biens alimentaires. La décélération est toujours là. On s’intéresse alors à d’autres mesures pour tenter d’observer le  « cœur ». Il s’agit de trier les sous-indices afin d’exclure ceux dont les fluctuations sont les plus fortes.

François Doux : C’est ce que font certaines Fed régionales.

Alexandra Estiot : Effectivement : Cleveland sur l’indice des prix à la consommation, Dallas sur le déflateur de la consommation privée. Et de la même façon, on a une décélération depuis le début de l’année.

François Doux : Pourquoi l’inflation décélère aux Etats-Unis ?

Alexandra Estiot : C’est une grave question. On comprend pourquoi pendant longtemps l’inflation était empêchée d’accélérer. L’output gap était négatif, le marché de l’emploi n’était pas encore dynamique. Il y avait aussi l’appréciation du dollar qui pesait sur les prix à l’importation. Mais tous ces freins se lèvent.

François Doux : Et vous, quelle est votre analyse? Parce tous les signaux de la croissance sont au vert, la Fed se pose aussi cette question.

Alexandra Estiot : Je pense que la Fed s’inquiète énormément de cette décélération. Je pense qu’il faut vraiment garder en tête quelque chose que l’on a oublié : les conséquences de la crise économique et financière d’il y a presque 10 ans maintenant continuent de peser sur l’économie. Donc l’écart de production, l’output gap, reste négatif et certainement beaucoup plus négatif que ce que l’on pense. Et bien que le marché de l’emploi apparaisse dynamique, avec de vives créations d’emplois, et un taux de chômage qui se rapproche de plus en plus de 4%, on n’a toujours pas d’accélération des salaires. Et sans accélération des salaires, il n’y a pas d’accélération des prix.

François Doux : Merci Alexandra Estiot. On suivra bien sûr l’inflation et notamment les décisions de la Fed dans les mois à venir. Dans un instant, retour en Europe avec Anna Dorbec.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

Etats-Unis, qu’attendre des baisses d’impôts ? 19/01/2018
En 2018, les Etats-Unis s’apprêtent à baisser massivement les impôts et… à creuser leur déficit.
Etats-Unis : tableau mitigé 12/01/2018
La plupart des indicateurs dépassent la moyenne de long terme. Le tableau apparaît toutefois plus mitigé lorsque l'on compare le réalisé et les attentes.
États-Unis : le ratio élevé patrimoine/revenu pointe vers un ralentissement de croissance 12/12/2017
Depuis le début des années 80, on peut observer aux Etats-Unis une relation négative entre le ratio patrimoine/revenu et la croissance du PIB dans les 3 années qui suivent. Le niveau actuel élevé de cet indicateur met en perspective une croissance plus lente dans les années à venir.
Les inquiétudes s'auto-alimentent-elles face à l'inversion de la courbe ? 08/12/2017
La courbe des Treasuries s’est considérablement aplatie cette année. Or, un tel aplatissement a été par le passé un bon indicateur avancé des récessions. Ce signal est désormais moins fiable mais on peut se demander s’il ne finira pas par impacter la confiance à l’égard des perspectives.
En bonne santé 01/12/2017
L'économie américaine se porte bien, la plupart des données récentes dépassant les attentes et la moyenne de long terme.
L'Aléna dans tous ses états 30/11/2017
Donald Trump a donné le coup d’envoi à la renégociation de l’Aléna en mai 2017. Les propositions qui visent à inclure un chapitre sur l’économie numérique et à conforter les dispositifs actuels de l’accord trouvent un écho plutôt favorable, vingt-trois ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain. D’autres, comme le durcissement des règles d’origine et la modification des recours commerciaux, suscitent l’inquiétude.
Rendements des Treasuries : le retour du casse-tête 24/11/2017
La courbe des rendements américains s’est considérablement aplatie cette année. Une telle évolution a souvent été le signe avant-coureur d’un ralentissement économique majeur. Dans le cycle actuel, le signal envoyé par la courbe de taux est probablement moins fiable.
Donald Trump a-t-il de la chance ? 10/11/2017
Elu il y a un an 45e président des Etats-Unis, Donald Trump peut se targuer d’une conjoncture économique flatteuse…à laquelle il est relativement étranger.
Etats-Unis : Faible croissance non inflationniste 27/10/2017
À première vue, l’économie américaine gagne en solidité, avec deux trimestres consécutifs de croissance supérieure à 3% (taux trimestriel annualisé) et un glissement annuel en accélération. Les détails sont moins encourageants, avec une demande intérieure finale qui décélère, tout comme l’inflation sous-jacente (mesurée par le déflateur de la consommation privée) qui se limitait à 1,3% au T3. En résumé, la croissance est plus faible qu’il n’y paraît et l’inflation aussi faible qu’il n’y paraît.
Etats-Unis : une politique monétaire moins favorable aux ratios de liquidité bancaires 25/10/2017
En ce mois d’octobre 2017, la Réserve fédérale américaine (Fed) entame une réduction de la taille de son bilan, en limitant le montant de ses réinvestissements à échéance. Le cadre monétaire pourrait ainsi devenir moins favorable aux ratios de liquidité bâlois à court terme (LCR) des banques américaines. Cette norme impose aux banques de détenir suffisamment d’actifs liquides de haute qualité (HQLA), non utilisés comme garanties, pour faire face aux sorties nettes de trésorerie qu’occasionnerait une grave crise de liquidités d’une durée de 30 jours. La politique d’assouplissement quantitatif (QE) a conduit à un gonflement des réserves des banques commerciales auprès de la Fed - considérées comme les actifs les plus liquides au sens du LCR - mais aussi des dépôts de leur clientèle - lesquels bénéficient, lorsqu’ils sont considérés stables, d’un traitement privilégié dans le cadre du LCR (assortis de faibles taux de fuite théoriques). Toutes choses égales par ailleurs, les réserves en banque centrale (en moyenne 40% des HQLA des six plus grandes banques américaines) vont mécaniquement diminuer avec la réduction du bilan de la Fed. Cela pourrait contraindre les banques à accroître leur détention de Treasuries ou de MBS d’Agences. L’effet net sur les dépôts clientèle est plus incertain. D’autres agents (notamment non bancaires) vont se porter acquéreurs des Treasuries et MBS, réduisant de fait leurs dépôts, tandis que le volume des dépôts créés par la Fed, à l’occasion du réinvestissement des tombées de dette, sera réduit. La croissance des prêts bancaires (canal traditionnel de création des dépôts) compensera en partie ces effets.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1699 articles et 445 vidéos