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À l’Est de l’UE : le rattrapage à grand pas 08/09/2017

Que se cache-t-il derrière la récente accélération de croissance en Europe de l'Est ? Quels sont les risques qui pèsent sur cette embellie et les défis de demain ?

TRANSCRIPT // À l’Est de l’UE : le rattrapage à grand pas : septembre 2017

François Doux : La croissance en Europe se trouve à l’Est. 3%, 4%, voire même presque 5% pour la Roumanie. Anna Dorbec, bonjour.

Anna Dorbec : Bonjour.

François Doux : Première question : quelles sont les recettes de cette croissance forte en Europe de l’Est ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, ces pays bénéficient d’une main-d’œuvre qualifiée et relativement peu chère par rapport à d’autres pays de l’Europe. Cela permet à leurs secteurs industriels de profiter de la sous-traitance. Ensuite, ces pays bénéficient aujourd’hui d’un afflux de fonds structurels qui soutient la demande et l’investissement. Et il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui ils ont beaucoup progressé pour mettre leurs environnements institutionnels au niveau de l’Union européenne, ce qui facilite beaucoup l’investissement et la croissance industriels.

François Doux : Deuxième question : les travailleurs détachés font couler beaucoup d’encre en Europe de l’Ouest. Quel est le point de vue économique des pays d’Europe de l’Est qui fournissent cette main-d’œuvre ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, ce détachement avait permis, pendant très longtemps, à ces pays de réduire les tensions sur le marché du travail car il avait fait baisser le chômage. Aujourd’hui, avec le retour de la croissance, ce n’est plus si vrai que cela car les taux de chômage sont bas, et bien au contraire aujourd’hui nous assistons à des pénuries de main-d’œuvre. Ces pénuries figurent parmi les facteurs qui freinent la future expansion industrielle. En tout cas c’est ce que nous disent les sondages auprès des entrepreneurs. Cette fuite de la main-d’œuvre dans un contexte démographique défavorable génère des pressions à la hausse sur les salaires et pourra nuire à la compétitivité à l’avenir. Et bien évidemment il ne faut pas oublier les tensions au niveau politique qui ne favorisent pas la stabilité.

François Doux : Troisième et dernière question : quels risques pèsent sur cette embellie économique en Europe de l’Est ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, il faut bien reconnaître que la manne des fonds européens ne va pas durer éternellement et on s’attend à ce qu’elle diminue à partir de 2020/2021. Les pays vont donc devoir trouver d’autres sources de croissance en puisant notamment, de façon plus efficace, dans l’épargne domestique. Il existe ensuite un défi démographique. Un autre défi tout aussi important est l’innovation. Ces pays sont aujourd’hui très en retard par rapport à la moyenne de l’Union européenne en termes de recherche et de développement.

François Doux : Sauf la République tchèque

Anna Dorbec : Sauf la République tchèque, mais aussi la Pologne et la Hongrie qui se dotent aujourd’hui d’une politique très proactive pour rattraper leur retard.

François Doux : Anna Dorbec, merci pour ce point sur les pays d’Europe de l’Est. Je vous renvoie au magazine Conjoncture dans lequel Anna Dorbec a publié un long papier sur ces pays d’Europe de l’Est. On se donne rendez-vous, quant à nous, au mois d’octobre pour un nouveau numéro d’Eco TV.

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