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Zone euro : comment expliquer le décalage entre croissance et inflation ? 10/10/2017

La zone euro est dans une bonne dynamique conjoncturelle mais l'inflation réagit faiblement. Comment expliquer ce décalage ?

TRANSCRIPT // Zone euro : comment expliquer le décalage entre croissance et inflation ? : octobre 2017

François Doux : En ce début de 4e trimestre de l’année 2017, la croissance se confirme dans la zone euro, mais l’inflation manque à l’appel. Thibault Mercier, bonjour.

Thibault Mercier : Bonjour.

François Doux : Thibault, BNP Paribas a revu les prévisions de croissance sur la zone euro. Elle devrait être autour de 2,2 % sur l’année 2017, 1,9 sur l’année 2018. Pourquoi cette confiance finalement ?

Thibault Mercier : C’est vrai qu’on est confiant. On est confiant quant à la vigueur de la croissance, et aussi quant à sa solidité. La croissance est de plus en plus auto entretenue, portée par une demande intérieure robuste. Schématiquement on peut dire qu’on est entré dans la 3e phase de la reprise. Il y a eu une première phase à partir de mi-2013 jusqu’à mi-2015 environ où la croissance était en phase de rebond, elle était moyennement forte et surtout caractérisée par de faibles créations d’emplois. Il y a eu une 2e phase entre mi-2015 et-2016 où la croissance a été un peu plus forte, avec un peu plus de créations d’emplois, mais c’était beaucoup grâce à la baisse des prix de l’énergie et au soutien très actif de la politique monétaire ; là c’est la 3e phase. On voit d’ailleurs que la croissance a bien résisté à la remontée des prix de l’énergie au début de l’année. C’est une phase où, en principe, on devrait voir un peu d’inflation se matérialiser, avec un début de convergence de l’inflation vers 2 %. Pour l’instant, on n’en est pas encore là. La croissance des salaires est encore un peu faible aussi, la croissance de prix se redresse mais  reste faible également, c’est donc l’ingrédient manquant, si vous voulez.

François Doux : Pourquoi justement n’a-t-on pas autant d’inflation que mécaniquement nous devrions en avoir en zone euro ?

Thibault Mercier : Il y a deux grandes familles d’explications. La première, c’est une série d’arguments qui vont  porter sur les facteurs structurels, ce que l’on appelle l’offre de l’économie. Cela va être exemplairement le fait que la mondialisation, le développement de l’économie numérique exercent des pressions à la baisse sur les prix parce que, au fond, cela génère de la concurrence entre les pays ou au sein d’un pays, entre les distributeurs. Tout cela maintient la pression à la baisse sur les prix. C’est un choc d’offre positif. C’est favorable à la croissance mais, en revanche, cela maintient les prix sous pression.

François Doux : Et la Banque centrale ne peut pas y faire grand-chose…

Thibault Mercier : En principe, elle ne peut pas y faire grand-chose. Elle n’a même pas à réagir à ça. À moins, évidemment, que cela ne se traduise par des désencrages d’anticipation d’inflation, ce qui n’est pas le cas. En principe, face à ce genre de choc d’offre positif, qui exerce une pression à la baisse sur les prix, la Banque centrale, qui agit sur la demande, n’a pas à réagir et les arguments selon lesquels  la faiblesse de l’inflation résulte de chocs d’offre sont aussi ceux qui disent que le fait que la banque centrale agisse aujourd’hui peut être potentiellement dangereux.

François Doux : Du coup vous avez prononcé le mot  « demande ». C’est la 2e famille d’explications, un choc de demande,  donc,  pour expliquer cette inflation très faible ?

Thibault Mercier : Absolument, une explication plus traditionnelle qui consiste à dire que la demande reste inférieure à l’offre, même si elle se redresse, même si on voit de la croissance, que l’économie évolue toujours sous son niveau potentiel. C’est ce décalage ce que l’on appelle “l’output gap”, négatif en l’occurrence, qui explique que les prix restent faibles, que les salaires n’augmentent pas. Cela veut dire concrètement qu’il faut faire la différence entre aller mieux comme aujourd’hui et aller bien, c’est-à-dire avoir restauré un équilibre. Cela veut dire aussi que quand on regarde les créations d’emplois, la baisse du chômage, il faut prendre en compte la qualité des emplois. Et quand on prend la qualité des emplois, le fait qu’il y ait de plus en plus de temps variables, de temps partiels involontaires, de contrats à durée déterminée, tous ces types de contrats plutôt précaires qui génèrent moins de hausses de salaires,  peut expliquer avec une focale plus large le sous-emploi et le fait que la Banque centrale européenne continue à soutenir la demande, même si à mesure que la situation se normalise, le soutien est re-calibré et réduit.

François Doux : On va suivre, justement, les évolutions de ce soutien lors des prochaines conférences de la Banque centrale européenne. Merci Thibault Mercier pour cette grille de lecture très intéressante.

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