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Inde : ralentissement au 1er semestre 10/10/2017

L'activité économique en Inde a sensiblement ralenti au premier semestre 2017 suite à deux chocs temporaires mais aussi à la forte décélération des investissements, reflet des difficultés croissantes dans le secteur bancaire.

TRANSCRIPT // Inde : ralentissement au 1er semestre : octobre 2017

François Doux : La croissance en Inde ralentit. On était à 7,5 % sur l’ensemble de l’année calendaire 2016. Sur le premier semestre 2017, entre janvier et juin on tombe à 5,9 % seulement. Johanna Melka, bonjour.

Johanna Melka : Bonjour François.

François Doux : Première question, pourquoi ce ralentissement en Inde ?

Johanna Melka : La croissance a sensiblement ralenti sur les six derniers mois suite à deux chocs temporaires. D’une part, la démonétisation de l’économie introduite en novembre 2016 et, d’autre part, le lancement de la TVA mise en place en juillet 2017. Mais ce n’est pas tout. Le ralentissement économique s’explique aussi par une nette décélération des investissements privés, que l’on observe depuis trois ans mais qui a sensiblement accéléré au cours des deux derniers trimestres.

François Doux : Pourquoi ces investissements privés ralentissent-ils ?

Johanna Melka : Depuis 2014, les entreprises indiennes tentent de consolider leur bilan en réduisant leurs charges d’endettement, et les difficultés enregistrées dans les secteurs des métaux et des infrastructures empêchent toute hausse des investissements. Par ailleurs, et c’est beaucoup plus inquiétant, l’offre de crédit bancaire n’est pas favorable à une reprise des investissements privés.

François Doux : Justement, qu’est-ce qu’il se passe au niveau de ces banques publiques indiennes ?

Johanna Melka : Les banques publiques indiennes sont confrontées à deux problèmes majeurs. D’une part, une très forte augmentation des créances douteuses dans les secteurs mentionnés précédemment et, d’autre part, une très forte augmentation de leurs besoins en capitaux pour respecter les nouveaux critères Bâle III qui seront mis en place d’ici mars 2019. Le problème aujourd’hui, c’est qu’en dépit des importants soutiens de la part du gouvernement, les besoins en capitaux restent très élevés, de l’ordre de 30 à 65 milliards de dollars. Et aujourd’hui, le gouvernement ne prévoit pas d’injecter ces capitaux pour ne pas risquer de fragiliser ses finances publiques.

François Doux : Merci Johanna Melka pour ce point sur l’économie indienne et cette question cruciale des banques.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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