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Le comportement des marchés: facteur d’attention des économistes 13/11/2017

La bonne tenue des marchés financiers, dont la succession de records à Wall Street n’est qu’une illustration parmi d’autres, retient de plus en plus l’attention des économistes. Facteur de soutien indéniable à la croissance, elle pose aussi la question de la sensibilité à un changement des perspectives monétaires et économiques.

TRANSCRIPT // Le comportement des marchés: facteur d’attention des économistes : novembre 2017

François Doux : En cette fin d’année 2017, le contexte des marchés financiers est plus que flamboyant. Wall Street ne cesse de battre des records. Le spread, l’écart de rendement entre les obligations d’entreprises et les obligations d’Etat, est très faible. Les conditions de prêts sont assez souples. William De Vijlder bonjour.

William De Vijlder : Bonjour

François Doux : Qu’est-ce qui se passe ?

William De Vijlder : En deux mots : croissance élevée, taux bas.

François Doux : On ne va pas s’arrêter là.

William De Vijlder : Non, essayons d’être un peu plus détaillé.

François Doux : Croissance élevée, taux bas. Au-delà de ça ?

William De Vijlder : Le point de départ doit être ce qui détermine la valorisation d’un actif. C’est donc une question de flux de paiement, de bénéfices, de dividendes, de coupons des obligations. Et il y a l’actualisation des flux futurs. On regarde donc le taux sans risque, qui est très déterminé par la politique monétaire, et la prime de risque exigée par les investisseurs. Que se passe-t-il ? Une croissance qui est très soutenue donne une vraie confiance par rapport aux perspectives en termes de flux de paiement. Les coupons vont être payés, les dividendes seront plutôt augmentés. En même temps, comme l’inflation est faible, cela permet aux banques centrales de maintenir un taux d’intérêt très faible en terme réel. En conséquence, cette combinaison taux bas/inflation faible/croissance soutenue veut dire que les investisseurs ont un appétit pour le risque, et donc la prime de risque exigée est faible.

François Doux : Comment, en tant qu’économiste, appréhendez-vous ce comportement très confiant des investisseurs ?

William De Vijlder : Nous sommes plutôt satisfaits parce que cela montre que le « pari » des banques centrales a été une réussite. Elles ont vraiment pu redynamiser l’économie aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs.

François Doux : Tant du côté des entreprises que des ménages ?

William De Vijlder : Effectivement cela se traduit par une demande des ménages très vigoureuse et une reprise de l’investissement des entreprises.

François Doux : Et comme tout économiste, William De Vijlder, vous voyez des bémols, des nuages noirs à un moment donné.

William De Vijlder : Oui, parce que comme vous le savez, on regarde toujours le verre à moitié vide. C’est le cas là encore aujourd’hui.

François Doux : Quels sont ces bémols ?

William De Vijlder : On s’interroge sur un éventuel effet de richesse trop important. Parce que l’effet de richesse joue un rôle favorable pour redynamiser l’économie. Mais en même temps, aux Etats-Unis par exemple on voit qu’au fur et à mesure que la bourse et les prix de l’immobilier montent, la confiance des ménages croît mais le taux d’épargne baisse. On a donc l’impression que cet effet de richesse est devenu le facteur de soutien à la consommation. Si bien que si jamais la hausse devait s’arrêter, ou se renverser, la consommation prendrait un coup dur.

François Doux : Oui, tout cela n’est pas très soutenable. Est-ce qu’il y a d’autres bémols ?

William De Vijlder : Un autre bémol à souligner est que la sensibilité à un changement des facteurs économiques fondamentaux devient plus grande. C’est comme lorsque l’on roule en voiture à une vitesse plutôt élevée, on est plus sensible à tout changement de l’environnement. Donc, si on devait être confrontés à une accélération soudaine de l’inflation, à une politique monétaire un peu plus agressive, ou encore à un retournement cyclique de la croissance, la sensibilité serait effectivement grande. On peut donc dire qu’il reste à trouver le catalyseur, mais la sensibilité est bien identifiée.

François Doux : En tout cas nous serons vigilants. Merci William De Vijlder pour cette analyse de l’embellie des marchés d’actions.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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