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Zone euro : une politique monétaire durablement accommodante 07/02/2018

Malgré la réduction du QE, la BCE continue de soutenir la croissance européenne et cherche à convaincre qu’elle le fera durablement, notamment à travers sa "forward guidance" : la BCE a indiqué que les taux directeurs resteraient à leur niveau actuel pendant une période prolongée et bien au-delà de l’horizon fixé pour les achats nets d’actifs dans le cadre du QE. Si le terme « bien au-delà » est volontairement vague, la séquence, elle, est claire.

TRANSCRIPT // Zone euro : une politique monétaire durablement accommodante : février 2018

-  La croissance devrait rester robuste en 2018 dans la zone euro,  à 2,4%. C’est le scénario des économistes de BNP Paribas. Thibault Mercier, bonjour.

- Bonjour.

- Qu’est-ce qui soutient cette croissance dans la zone euro ?

- Essentiellement deux choses. Un environnement international porteur qui bénéficie au commerce extérieur, et, plus spécifiquement à la zone euro, une politique monétaire qui reste très accommodante.

- Pourtant, la Banque centrale européenne a annoncé un ralentissement de son soutien à l’économie. L’assouplissement quantitatif (QE) a baissé.

- C’est vrai, le volume d’achats mensuels a été divisé par deux. Depuis janvier, la BCE n’achète plus 60 milliards d’euros d’actifs chaque mois mais 30 milliards. Dans le même temps, elle a annoncé que ce programme était prolongé de neuf mois, au moins jusqu’en septembre. L’environnement reste donc très accommodant. Il est normal que la Banque centrale re-calibre son soutien à mesure que l’environnement s’améliore. Cela ne veut pas dire qu’elle change fondamentalement son orientation pour être neutre voire restrictive. Elle est toujours très accommodante.

- En tout cas le message est clair : la Banque centrale européenne continue de soutenir l’économie.

- Elle continue de soutenir l’économie et elle cherche à convaincre qu’elle le fera durablement, notamment à travers sa « forward guidance », c’est-à-dire ses indications quant à l’orientation future de la politique monétaire.

- La communication de la BCE ?

- Exactement. Et dans le cadre de cette communication, elle dit  s’attendre à ce que les taux restent à leurs niveaux actuels pendant longtemps, en tout cas bien au-delà de l’horizon des achats nets d’actifs dans le cadre du QE

- Jusqu’à quand ces achats devraient-ils durer ?

- On sait qu’ils dureront jusqu’en septembre 2018. Que va-t-il se passer après ? On peut imaginer qu’il n’y aura pas de fin abrupte des achats. Je vois deux options : soit une réduction progressive des achats vers 0, ce qu’on appelle un « tapering », soit une nouvelle extension toujours à un rythme de 30 milliards. Dans les deux cas, les achats nets devraient couvrir l’ensemble de l’année 2018.

- Pour les achats nets, d’accord. Mais la politique monétaire, c’est aussi une politique de taux. La BCE va-t-elle relever les taux en 2019 après avoir arrêté les achats ?

- Ce sera probablement en 2019, mais cela dépendra évidemment de l’inflation. Cela dépend toujours de l’inflation. Mais en l’état, c’est ce que la Banque centrale européenne véhicule comme ce qu’elle attend. Elle veut donc relever les taux « bien après » la fin des achats nets. Ce « bien après » est volontairement vague. Ce qui est clair en revanche, c’est la séquence. D’abord la fin du QE qui, on l’a vu, pourrait durer toute l’année 2018. Ensuite, en 2019 on s’interrogera sur le relèvement de taux : est-ce que la BCE les relèvera rapidement, au premier semestre, et ensuite espacera le relèvement suivant ? Ou est-ce qu’elle commencera plus tard, quitte à avoir un cycle ensuite plus resserré. Ces questions se poseront en 2019.

- Qu’est-ce qui pourrait resserrer cette séquence ?

- La séquence restera probablement inchangée. Ce qui pourrait changer, c’est la vitesse à laquelle les choses se passeront et notamment le laps de temps entre la fin des achats et le premier relèvement. 

- Pourquoi cette prudence alors que l’économie européenne ne va pas si mal ?

- Parce que ce qui, au fond, intéresse la BCE, c’est l’évolution de l’inflation. C’est le critère pertinent. Elle veut une inflation à 2%, or on ne voit toujours pas de signe convaincant de redressement de l’inflation. Des facteurs d’offre peuvent expliquer ce phénomène mais plus fondamentalement, il y a toujours un déficit de demande. On a tendance à sous-estimer l’écart de production. Il est probablement plus grand que ce que la plupart des analystes pensent. Et c’est ce qui peut expliquer l’impression d’un décalage entre l’amélioration de la croissance et la relative inertie des prix.  

- Encore de beaux sujets devant nous pour Eco TV. Merci Thibault Mercier. Dans un instant, on part en Turquie pour le Graphique du mois avec Sylvain Bellefontaine. La croissance  y est un encore plus rapide que dans la zone euro.

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