eco TV
Le dosage des politiques budgétaire et monétaire aux Etats-Unis : paiement différé ? 07/02/2018

La baisse d'impôts devrait doper une économie américaine qui tournait déjà à un régime élevé. Ceci pourrait finir par pousser la Réserve fédérale à durcir le ton, ce qui, avec l'augmentation des besoins de financement du secteur public, risquerait de créer une pression  à la hausse sur les taux longs. Une telle évolution pourrait peser sur la confiance des investisseurs et sur les perspectives de croissance à moyen terme.

TRANSCRIPT // Le dosage des politiques budgétaire et monétaire aux Etats-Unis : paiement différé ? : février 2018

- Parlons à présent des Etats-Unis et Trois questions après que le Fonds monétaire international a relevé ses prévisions de croissance. William De Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas. Partagez-vous l’enthousiasme du FMI sur la croissance américaine après les baisses d’impôts annoncées par le président Trump ? 

- Oui, du moins à court terme. Effectivement, tout porte à croire qu’un coup de pouce supplémentaire sera donné à l’économie américaine suite à la baisse des impôts. Mais pour l’évaluation finale de ce qui a été décidé avant Noël, il faut vraiment faire attention au dosage de la politique économique américaine.

- Deuxième question : quel est le dosage actuel de cette politique américaine, tant budgétaire que monétaire ? Le fameux « policy-mix » ?

- Force est de constater que l’économie américaine tourne à plein régime. Le taux de chômage est très faible, en même temps la politique monétaire est restée très accommodante parce que la Réserve fédérale adopte un parcours extrêmement prudent. Pour illustrer cette politique accommodante, on peut faire référence à la règle de Taylor qui permet de fixer le taux cible. Nous arrivons donc à un taux qui serait largement supérieur au taux observé aujourd’hui. Même si on adopte une approche beaucoup plus simple, où on prend le taux d’intérêt réel (taux nominal – taux d’inflation), on voit que la politique reste accommodante.

- Quels sont les risques à court et moyen terme ?

- Les risques résident dans cette combinaison d’une politique monétaire qui reste accommodante avec une impulsion budgétaire. Cela accroît la pression dans la « tuyauterie». On risque d’assister à un retour un peu plus rapide de l’inflation. La Réserve fédérale serait alors forcée à durcir le ton et donc à augmenter les taux plus vite. Par ailleurs, l’appel aux marchés sera plus important avec l‘émission de dette.
Pour ces deux raisons, il pourrait donc y avoir une remontée des taux d’intérêt à long terme qui pourrait influencer négativement le sentiment des investisseurs sur Wall Street. L’autre élément, c’est à moyen terme un vent contraire qui pourrait souffler sur la dynamique américaine en termes de croissance économique.

- Rendez-vous en 2019, où on sera peut-être un peu moins optimiste qu’aujourd’hui. 

- Rendez-vous en 2019.

- Merci William De Vijlder. Nous nous retrouverons dès le mois de mars pour un nouveau numéro d’Eco TV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

La volatilité récente des marchés : décryptage et enseignements 14/05/2018
Comment expliquer la volatilité des marchés actions aux États-Unis au mois de février 2018 ? C'est l'un des sujets traités par l'enquête trimestrielle de la Fed de New York réalisée auprès des grands gérants d'actifs.
Fed : rendez-vous en juin 04/05/2018
Sans surprise, la réunion du FOMC a laissé inchangé le taux des fed funds. Le communiqué était très équilibré mais insistait sur le caractère symétrique de l’objectif d’inflation. Il sera particulièrement intéressant de lire les minutes (publication attendue vers le 23 mai), et en particulier la partie qui concernera le cycle de resserrement monétaire en cours. La poursuite d’une croissance soutenue semble acquise. Le débat portera donc sur l’inflation et jusqu’où la Réserve fédérale acceptera un dépassement de son objectif.
Réserve fédérale : les défis d'un objectif d'inflation symétrique 04/05/2018
L’inflation américaine est très proche de l’objectif de la Fed, qui s’attend à ce qu’il en soit ainsi pendant un certain temps. Elle a réaffirmé la nature symétrique de son objectif d’inflation, ce qui laisse plus de flexibilité. Un dépassement de la cible impliquerait une plus forte sensibilité du marché à des surprises d’inflation.
Etats-Unis : de plus en plus difficile de dépasser les attentes 27/04/2018
A l'exception du chiffre global de l'inflation, tous les chiffres récents du graphique étaient en ligne voire supérieurs à leur moyenne à long terme. Ceci reflète une conjoncture particulièrement bien orientée dans un cycle qui atteint déjà une certaine maturité. En revanche, l'image est mixte lorsqu'on compare aux attentes. La croissance du PIB réel au T1 2018 les a largement dépassé. Dans une moindre mesure ceci est également le cas pour les ventes au détail et la production industrielle au mois de mars de même que pour la confiance des ménages en avril. Le taux de chômage et les deux indicateurs ISM par contre sont restés en-deçà des prévisions en mars.
Etats-Unis : vers un assouplissement de l’exigence de levier des grandes banques 18/04/2018
La semaine dernière, la Réserve fédérale et l’Office of the Comptroller of the Currency ont proposé d'alléger la contrainte de levier des huit plus grandes banques américaines (G-SIB). Actuellement, l'exigence (5% sur base consolidée) s'applique uniformément, indépendamment de l'empreinte systémique de chacune des G-SIB. Il s'agirait de recalibrer le seuil à hauteur de 3% augmenté de la moitié de la surcharge de capital G-SIB propre à chaque établissement. L’alternative consisterait à maintenir la contrainte à 5% mais en excluant du dénominateur les réserves en banque centrale. D’après nos calculs, le matelas de fonds propres en excès de la contrainte minimale serait accru d’environ 75 points de base en moyenne quelle que soit l’option retenue. Toutes choses égales par ailleurs, la destruction de réserves en banque centrale, qui résultera du dégonflement du bilan de la Réserve fédérale, devrait toutefois progressivement rendre la seconde option moins attrayante.
L’America First menace-t-il le commerce mondial ? 13/04/2018
Les relations commerciales entre les États-Unis et ses principaux partenaires, notamment la Chine, se tendent.
Par-dessus les règles 13/04/2018
La politique commerciale des Etats-Unis se durcit et s’écarte de plus en plus des règles de l’Organisation mondiale du commerce. Les marchés d’actions, qui avaient applaudi aux baisses d’impôts du président Trump, goûtent moins les velléités protectionnistes de ce dernier. Compte tenu de l’imbrication transnationale des échanges, leur contraction est peu probable ; mais l’atmosphère devient, à coup sûr, plus conflictuelle. Pour l’heure, l’économie américaine poursuit sur sa lancée. Avec 3% de croissance attendu en 2018, elle entre dans sa neuvième année d’expansion. Elle manifeste aussi quelques signes de tensions, de quoi inciter la Réserve fédérale à poursuivre le resserrement graduel de sa politique monétaire.
Aux limites de l'America First 11/04/2018
A l’heure où les relations commerciales se tendent entre les Etats-Unis et la Chine - les premiers accusant la seconde de concurrence déloyale et envisageant de taxer une centaine de ses produits, la seconde menaçant les premiers de rétorsions - il peut être utile de rappeler à quel point la conjoncture américaine dépend du commerce international. Le graphique de la semaine illustre la corrélation forte qui existe, d’une part, entre l’indice phare du climat des affaires aux Etats-Unis (celui fourni par l’Institute for Supply Management) et, d’autre part, le volume des échanges mondiaux. Début 2018, l’un et l’autre tutoient les sommets, ce qui indique croissance et emplois. Il n’est donc pas sûr que l’America First, s’il venait à casser cette dynamique, fasse beaucoup d’heureux.
L’aplatissement de la courbe des rendements américains n’a rien d’inquiétant, pour l’instant 11/04/2018
L'aplatissement de la courbe des taux américains retient de plus en plus l'attention des analystes parce qu'historiquement, les inversions des courbes de rendement ont été suivies de récessions. La situation actuelle est différente: la croissance est forte, le taux des Fed Funds corrigé de l'inflation reste très bas et le faible écart entre les obligations d'entreprises high yield et les bons du Trésor américain implique de bonnes conditions de financement.
Le sort de Fannie Mae et Freddie Mac n’est pas scellé 04/04/2018
Aucune des propositions législatives visant à réformer le marché hypothécaire américain n’a, pour l’heure, abouti. Elles procèdent pour la plupart d’une même considération : si les garanties publiques sont indispensables à la liquidité et à la stabilité du marché hypothécaire, l’Etat fédéral ne saurait, à lui seul, assumer l’essentiel des risques de défaut de paiement, qui plus est par le biais de deux agences, Fannie Mae et Freddie Mac, en difficulté financière. A défaut d’une loi, le régulateur de ces deux agences a jeté lui-même les bases d’une réforme en développant un programme de transfert des risques de crédit « non extrêmes » vers le marché.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1794 articles et 490 vidéos