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France : les premiers jalons du quinquennat Macron 14/05/2018

Une année s'est écoulée depuis la prise de fonction d'Emmanuel Macron. C'est l'occasion de dresser un premier bilan de son action sur le plan économique.

TRANSCRIPT // France : les premiers jalons du quinquennat Macron : mai 2018

François Doux : Mai 2018, voilà donc un an que le président Emmanuel Macron est entré à l'Élysée. Pour parler de son premier bilan économique, nous sommes avec Hélène Baudchon.

Bonjour Hélène.

Hélène Baudchon : Bonjour.

François Doux : Hélène, que faut-il retenir sur le plan économique de cette année écoulée ?

Hélène Baudchon : J’utiliserais, pour résumer, sa métaphore de la cordée et je dirais qu’Emmanuel Macron a fixé une première série de pitons pour mettre en place cette cordée virtuelle et s’assurer dans sa progression. Des pitons qui sont répartis entre le haut, le milieu et le bas de la cordée.

François Doux : Pouvez-vous l’illustrer avec quelques exemples concrets ?

Hélène Baudchon : Concernant le haut de la cordée, la mesure emblématique est la suppression de l’ISF, ou plus exactement sa transformation en un impôt de solidarité sur la seule fortune immobilière. L'objectif de cette mesure est d’améliorer l’attractivité de l’économie française, de stimuler la prise de risque et l’investissement et, in fine, l’emploi. Concernant le milieu de la cordée, il existe deux mesures-clés : la suppression des cotisations salariales maladie et chômage et l’exonération de la taxe d’habitation, avec pour objectif de soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Concernant le bas de la cordée, enfin, le soutien prend la forme d’une revalorisation de diverses prestations sociales. Par exemple, le minimum vieillesse et la prime d’activité.

François Doux : Quelles sont les autres composantes de ces « Macronomics » ?

Hélène Baudchon : On peut citer, tout d’abord, la série de réformes qui poursuit, en l’accentuant, la politique de l’offre engagée par son prédécesseur François Hollande : réforme du code du travail ; transformation du CICE en baisses de charges, avec un allègement supplémentaire au niveau du SMIC ; baisse du taux standard de l’impôt sur les sociétés ; loi PACTE. Cette loi consiste en un nouveau plan d'actions, multidimensionnel, en faveur du développement des PME et des ETI, mais aussi en faveur d’une participation accrue des salariés aux résultats de l’entreprise. Et, surtout, à ce volet « libérer » s'ajoute un volet « protéger », qui inclut notamment le triptyque réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance-chômage. Ce volet « libérer » vise à stimuler l'activité et l'emploi ; le volet "protéger" vise à réduire le chômage et la précarité.

François Doux : Beaucoup de réformes donc. Nous avons vu la partie cadence, la quantité. Il y a aussi bien sûr la cohérence entre toutes ces réformes  et, enfin, la chronologie. C'est un point critique. Pourquoi aujourd'hui la chronologie compte-t-elle autant ?

Hélène Baudchon : Parce que le gouvernement a fait le choix, pour citer les mesures dont on parle le plus, d’augmenter la CSG en une fois et dès janvier, de procéder à la première hausse prévue de la fiscalité sur les carburants en janvier, et sur le tabac, en mars, mais d’étaler dans le temps la suppression des cotisations. Avec une première baisse en janvier, une seconde en octobre. De même pour l’exonération de la taxe d’habitation (étalée sur trois ans, la première baisse d’un tiers étant prévue en octobre de cette année). Compte tenu de ce calendrier, les hausses d’impôts l’emportent sur les baisses au premier trimestre 2018 et donc le pouvoir d'achat s’en trouve écorné. Mais au quatrième trimestre de cette année, les baisses l’emporteront et les gains de pouvoir d’achat seront, alors, rehaussés.

François Doux : Hélène Baudchon, est-ce que l'on observe d’autres effets plus positifs de ces réformes du président Macron ?

Hélène Baudchon : Hormis un petit effet positif possible derrière le redressement du climat des affaires, que l'on a observé de mai à décembre 2017, et, de manière plus avérée, sur l’image de la France auprès des investisseurs étrangers, non. Ces réformes sont en vigueur depuis trop peu de temps pour avoir déjà produit des effets. On peut attendre de ces réformes un relèvement de la croissance potentielle et une baisse du chômage structurel mais ces résultats seront longs à émerger.

En tout cas, cela nous promet d'autres beaux sujets pour ECO TV. Merci Hélène Baudchon.

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