eco TV
Maillons faibles 14/05/2018

Les rapports du FMI publiés mi-avril insistent une fois de plus sur la vulnérabilité financière extérieure et l’endettement des pays émergents et en développement. Les risques potentiels qui en découlent sont cependant très ciblés sur les PED à faible revenu. Au sein des grands émergents, l’Argentine, l’Égypte et l’Afrique du Sud présentent aussi des points de faiblesse…

TRANSCRIPT // Maillons faibles : mai 2018

François Doux : Trois questions à présent sur la vulnérabilité des pays émergents.

François Faure bonjour.

François Faure : Bonjour.

François Doux : François, le FMI a publié son rapport sur ce sujet, le contexte est simple : une remontée des taux d'intérêt. On n'a pas vu d'impact particulièrement négatif sur la solvabilité et sur les indicateurs de liquidité. De même sur les réserves de change dans un contexte de croissance, de hausse des prix des matières premières et de compression des primes de risque. Première question donc, où se situe cette vulnérabilité ?

François Faure : Elle se situe à deux niveaux. Au premier niveau, c'est une plus forte concentration des investissements de portefeuille de la part des étrangers sur des contreparties dites « vulnérables », à la fois d’Etat ou Corporate, c'est-à-dire généralement des pays en développement à faible revenu ou émergents, classés dans la catégorie dite "spéculative". Au deuxième niveau, pour les pays en développement à faible revenu, l'amélioration de la liquidité extérieure est faite au prix d'une augmentation du risque de solvabilité extérieure, c'est-à-dire d'une augmentation de leur dette extérieure.

François Doux : D’où ma deuxième question, quelles sont les conséquences de cette situation ?

François Faure : En cas de sortie des investissements de portefeuille des pays émergents vers les pays avancés, on peut d'abord avoir des problèmes de refinancement, cela dit ils ne devraient pas être très importants car la maturité de la dette extérieure a plutôt été allongée. En revanche cela implique une augmentation des primes de risque, et donc du coût de financement pour ces pays sachant que pour les pays en développement à faibles revenus, les ratios d'endettement ont continué d'augmenter jusqu'à la fin de l'année dernière.

François Doux : Troisième et dernière question, parlons des grands pays émergents comme l'Argentine et l'Égypte par exemple, quelle est leur situation ?

François Faure : Depuis 2015 ces deux pays ont entrepris des réformes dites « structurelles », c'est-à-dire qu'ils ont libéralisé le contrôle des changes, unifié leur taux de change puis essayé de mener une politique de consolidation budgétaire de manière à réduire l'inflation.

La voie est assez étroite parce qu'il faut qu'ils arrivent à doser assez finement une consolidation budgétaire et des réformes structurelles de manière à pouvoir donner plus de marge de manœuvre à la politique monétaire ; c'est-à-dire faire baisser les taux d'intérêt. Tout cela afin d'essayer de respecter un équilibre entre stabilité macro-économique, stabilité financière et élévation du potentiel de croissance le plus inclusif possible.

François Doux : Question bonus sur l'Afrique du Sud.

François Faure : L'Afrique du Sud est dans une situation un peu différente des deux premiers pays. Son problème est d'élever le potentiel de croissance sous contrainte de finances publiques. La solution la plus efficace est d'approfondir les réformes structurelles.

François Doux : Merci François Faure pour ce point sur la vulnérabilité des pays émergents. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'ECO TV.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

La vulnérabilité externe des pays émergents : 10 ans après 12/09/2018
La dette des secteurs public et privé des économies émergentes s’est accrue depuis dix ans. Les pays d’Asie, en particulier la Chine, font principalement face à un problème d’endettement en monnaie locale ; seule l’Indonésie a vu sa dette en dollars (en pourcentage du PIB) augmenter fortement. En revanche, les pays d’Amérique latine, la Turquie et l’Afrique du Sud ont affiché une hausse importante de la dette en dollars de leurs entreprises. Dans les pays du Golfe, ce sont les gouvernements qui ont financé sur les marchés obligataires internationaux les déficits importants apparus suite à la chute des prix du pétrole de 2014-2015. Les emprunteurs émergents ont donc largement profité du contexte mondial de liquidité abondante et de taux US faibles des années qui ont suivi la crise de 2008. Certains pays, au-devant desquels la Turquie, l’Argentine, le Chili, l’Afrique du Sud et l’Indonésie, affichaient les ratios d’endettement en dollars les plus dégradés à la fin du premier trimestre 2018 – soulignant leur forte vulnérabilité au resserrement de la politique monétaire américaine et à l’actuel mouvement de dépréciation de leurs monnaies.
Coup de froid 18/05/2018
La dette importante en dollars accumulée par les émetteurs des marchés émergents ces dernières années, en particulier les entreprises, a accru leur sensibilité à l’appréciation du billet vert. La hausse des rendements des Treasuries, le raffermissement soudain du dollar et des problèmes spécifiques à certains pays ont déclenché des sorties de portefeuille considérables et un fléchissement des devises émergentes.
Rebond de la croissance du PIB en Malaisie 09/03/2018
La croissance économique en Malaisie a surpris à la hausse au quatrième trimestre 2018 en affichant un rebond de 5,8% en g.a. (+0,9% t/t). L’activité a été soutenue, notamment, par le dynamisme de la consommation des ménages dans un contexte de baisse des pressions inflationnistes (+3,6% en g.a.).
Rebond de l'activité au Mexique 02/02/2018
Un rebond de l’activité était attendu au Mexique au T4 2017, après la contraction du PIB au T3 liée notamment aux catastrophes naturelles. Les chiffres préliminaires de la croissance du PIB au T4 ont même surpris positivement.
Pays émergents : croissance économique au T3 2017 22/12/2017
Bien qu'il ait été inférieur aux attentes, le taux de croissance aux Philippines est resté solide au T3 2017. La demande interne s'est un peu essoufflée, mais les exportations ont pris le relais, permettant à la croissance du PIB réel d'approcher les 7% en glissement annuel.
Afflux de liquidités vers les pays émergents : aubaine ou menace ? 13/11/2017
Hors Chine, les réserves de change des banques centrales se sont renforcées aussi bien pour les pays importateurs de matières premières que pour les pays exportateurs au cours des deux dernières années. Toutefois, cette augmentation de la liquidité ne signifie pas forcément une moindre vulnérabilité.
Pays émergents 03/11/2017
Par rapport aux autres principales économies émergentes, l'économie mexicaine ralentit et s'est faite largement distancer au T3 2017 en raison de la faiblesse de l'investissement. Le quatrième trimestre pourrait continuer de décevoir avec 1/ l’attentisme des investisseurs en quête de visibilité économique et politique et 2/ les effets retardés du durcissement monétaire.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1910 articles et 526 vidéos