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Espagne : la croissance résiste aux difficultés politiques 07/06/2018

Si, après l'arrivée d'un nouveau gouvernement, l'actualité politique est confuse en Espagne, les performances économiques et budgétaires sont claires.

TRANSCRIPT // Espagne : la croissance résiste aux difficultés politiques : juin 2018

3 QUESTIONS

 

François Doux : Trois questions à présent sur l’Espagne. Changement de gouvernement, Pedro Sanchez du parti socialiste a remplacé Mariano Rajoy à la tête du pays.

Frédérique Cerisier bonjour.

Frédérique Cerisier : Bonjour.

François Doux : On va parler de la situation économique de l’Espagne. Comment se porte la croissance ?

Frédérique Cerisier : La situation économique est bonne. La croissance est l’une des plus fortes des grands pays de la zone euro depuis plusieurs années, et elle restera encore très confortable en 2018.

La reprise se diffuse dans toute l’économie et réduit les déséquilibres créés par la crise : les dettes publiques et privées, et surtout le taux de chômage qui a perdu près de 10 points au cours des 5 dernières années.

François Doux : Côté budgétaire, l’Espagne est le dernier pays à être sous le coup de la procédure européenne de déficit excessif, car la France va en sortir. Le budget espagnol n’est pas encore voté pour 2018 ?

Frédérique Cerisier : Pas tout à fait. Cela illustre bien les difficultés de la politique espagnole. Le gouvernement de Mariano Rajoy l’a fait adopter à l’Assemblée juste avant sa chute et Pedro Sanchez s’est engagé à ne pas le modifier avant son passage au Sénat.

Au final, il n’est pas certain que le déficit budgétaire atteigne sa cible de 2,2% en 2018, mais il devrait tout de même revenir assez nettement en dessous des 3% et permettre la fin de la procédure européenne. Cela dit, depuis 2015, l’amélioration des déficits publics repose presque exclusivement sur la forte croissance et la réduction des taux d’intérêt. Les difficultés politiques empêchent la mise en œuvre de mesures d’ajustement structurel qui seraient pourtant plus faciles à réaliser en période de forte croissance.

François Doux : Troisième et dernière question sur la Catalogne. Où en est-on ? Est-ce que l’arrivée du gouvernement de Pedro Sanchez va changer les choses ?

Frédérique Cerisier : Cinq mois après les élections, la Catalogne vient tout juste de se doter d’un gouvernement et va sortir, dans les prochaines semaines, de la tutelle de Madrid. Jusqu’ici, le bras de fer s’est poursuivi en sourdine entre Madrid et les chefs de file indépendantistes.

Il est certain que l’arrivée du nouveau gouvernement, qui a pris le pouvoir avec, entre autres, le soutien des partis indépendantistes catalans, va permettre de diminuer les tensions et, peut-être, de renouer le dialogue sur les questions de l’autonomie – et non pas de l’indépendance.

Malgré tout, le nouveau gouvernement espagnol est sans doute au moins aussi fragile que le gouvernement précédent. Sa majorité est très hétéroclite, la fragmentation politique reste très importante en Espagne, la situation au Sénat n’est pas favorable. Il aura autant de difficultés à agir que le gouvernement précédent et, de ce point de vue, on ne peut pas exclure la tenue d’élections anticipées avant l’échéance officielle, c’est-à-dire 2020.

François Doux : Frédérique Cerisier, merci pour ce point sur l’économie espagnole. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’ECOTV.

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