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Croissance américaine : fondamentaux solides mais des incertitudes liées à la politique commerciale 09/10/2018

Les fondamentaux solides de l'économie américaine devraient continuer à soutenir la croissance. Toutefois, les chefs d'entreprises sont de plus en plus inquiets de l'effet des mesures commerciales protectionnistes.

TRANSCRIPT // Croissance américaine : fondamentaux solides mais des incertitudes liées à la politique commerciale : octobre 2018

FOCUS

 

François Doux : La récession est-elle au coin de la rue ou plutôt pour la fin de l'année 2020 ? C'est en tout cas ce que révèle un sondage réalisé auprès des économistes d'entreprises aux États-Unis dont les deux tiers s'attendent à une récession à la fin de l'année 2020.

William De Vijlder, bonjour

 

William De Vijlder : Bonjour François

 

François Doux : Quelle est votre réaction à ce sondage réalisé auprès des économistes d'entreprise aux États-Unis ? Y-aura-t-il une récession à la fin 2020 ?

 

William De Vijlder : C'est assez étonnant de voir ce pessimisme que l’on ne retrouve pas dans d'autres enquêtes. Il y a notamment celle réalisée auprès de prévisionnistes professionnels, donc des économistes qui ne sont payés que pour faire des prévisions et qui attendent toujours une croissance de 1,5 % en 2021, et donc pas à une récession.

En même temps, force est de constater que le jour où on entrera en récession, ce sera sans doute celle dont on a le plus parlé en amont.

 

François Doux : En ce moment, nous sommes dans un long cycle de croissance qui forcément devra s'arrêter un jour. Quels "indicateurs avancés" regardez-vous pour anticiper une éventuelle récession ?

 

William De Vijlder : Pour l'instant, du côté du "ciel économique américain", tout paraît être au beau fixe. L'économie marche très bien, le niveau d'activité est très élevé. Néanmoins, il faut quand même suivre, comme vous le disiez, des indicateurs avancés.

L'indicateur préféré des économistes, analystes de marché est la pente de la courbe des taux qui s'est très fortement aplatie, ce qui, dans le passé, a toujours été le signe avant-coureur d'une entrée en récession mais dans un délai parfois considérable. Un deuxième indicateur important est l'écart de rendement entre la dette émise par les entreprises et la celle émise par le secteur public américain, donc le Trésor américain.

 

François Doux : Que l'on appelle les « spreads ».

 

William De Vijlder : Donc ce spread-là reste très étroit. La bourse atteint des records mais il faut se méfier de la bourse comme indicateur avancé. Et on continue à créer des emplois, donc pour l'instant, il n'y a pas encore de signes clairs d’un fort essoufflement.

 

François Doux : Parmi les critères cités par cette enquête NABE aux États-Unis, la guerre commerciale, la remontée des taux et l’éventuelle forte volatilité des marchés actions. Vous êtes plutôt d'accord avec ces trois indicateurs ?

 

William De Vijlder : Concernant la volatilité des marchés, il faut bien se rendre compte que les marchés ont un comportement endogène. Quand la volatilité augmente, il y a une raison à cela.

Il y a donc deux candidats, comme vous le disiez. La politique monétaire de la Réserve fédérale, qui va se caractériser par une très grande prudence, et donc là je ne suis pas trop inquiet. En revanche, la menace protectionniste est un sujet qui domine en Europe, en Chine bien évidemment, mais également du côté américain.

 

François Doux : Justement, dans le Graphique du mois que nous verrons dans quelques instants avec Jean-Luc Proutat, nous vérifierons si économiquement cela a des conséquences positives. On va aussi voir le point de vue chinois dans les Trois questions, avec Christine Peltier, en fin d'émission.

Pour vous, du point de vue américain justement, cette guerre économique est-elle soutenable ?

 

William De Vijlder : On voit de plus en plus de références à ce sujet dans les commentaires d'entreprises et dans les enquêtes. D'ailleurs, monsieur Powell de la Réserve fédérale y a fait référence aussi récemment. De plus en plus les dirigeants d'entreprises expriment leur inquiétude et ils commencent à observer les effets néfastes, soit des difficultés à importer des produits, soit une hausse des prix. Cela peut finir par peser sur la croissance et pousser l'inflation à la hausse. Ce qui serait un facteur bien évidemment d'inquiétude pour le marché et, donc, par ce biais, cela finirait par provoquer le ralentissement tant redouté.

 

François Doux : Il existe quand même des moteurs qui soutiennent cette croissance américaine. Pour terminer quel est votre diagnostic, justement, pour les années à venir sur cette croissance américaine ?

 

William De Vijlder : Le moteur, c'est tout d'abord cet environnement de taux d'intérêt, cet environnement monétaire qui reste plutôt accommodant. C’est un élément très important. La croissance des bénéfices et la croissance des revenus disponibles des ménages sont des facteurs de soutien, respectivement, à l'investissement des entreprises et à la consommation des ménages.
Bien évidemment, on ne peut pas continuer sur ce rythme, il y aura donc un ralentissement. Mais pour l'instant, rien n’indique que ce ralentissement serait vraiment fort.

 

François Doux : William De Vijlder merci. Je vous renvoie à vos éditos et à vos publications pour retrouver tous les chiffres sur les prévisions des Etudes économiques de BNP Paribas.

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