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EcoTV - Octobre 2016 11/10/2016

TRANSCRIPT // EcoTV - Octobre 2016 : octobre 2016

FRANCOIS DOUX

 

Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition d’Eco TV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de ce numéro d’octobre : Brexit Brexit Brexit. Quelles sont les conséquences pour le Royaume-Uni ? On le verra avec Alexandra  Estiot en ouverture de ce numéro. Pour « Le Graphique du mois », trois variables et une question : le yen, le Nikkei et les taux d’emprunt japonais. On verra cela avec William De Vijlder qui va nous parler de la crédibilité de la Banque du Japon. Pour terminer, trois questions sur la Hongrie avec Anna Dorbec. La Hongrie qui retrouve son rang d’investissement par Standard & Poor’s pour la dette souveraine. La Hongrie qui reste fragilisée après le référendum du début du mois. Bonne émission.

 

FRANCOIS DOUX

 

Le Brexit est bel et bien en marche. Le Royaume-Uni devrait actionner l’article 50 du traité de Lisbonne avant la fin mars 2017, ce qui veut dire qu’il devrait quitter l’Union européenne avant les élections européennes de 2019. Alexandra Estiot, bonjour. Depuis l’annonce de la sortie effective du Royaume-Uni, la livre s’est fortement dépréciée. Quel en est l’impact aujourd’hui sur l’économie britannique ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

 

On n’a pas encore de résultats mais ils vont se mettre assez rapidement. Ce seront les premiers effets identifiables : les dépréciations de change passent très rapidement dans les prix. Le prix des biens que l’on importe augmente, avec des effets négatifs sur le pouvoir d’achat des ménages, mais aussi les coûts de production des entreprises.

 

FRANCOIS DOUX

 

Quand une devise baisse aussi, c’est plus pratique pour exporter ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

 

Ça peut aider, mais ça n’aide pas toujours. Il faut d’abord disposer d’une base exportatrice assez importante... Plus vous exportez, plus les effets d’une dépréciation de votre monnaie sont potentiellement importants. Ce n’est pas le cas du Royaume-Uni. C’est l’un des pays développés dans lequel le mouvement de désindustrialisation a été le plus élevé. Il y a un autre effet qui s’ajoute pour le Royaume-Uni : les exportations sont relativement intenses en importations. Ça veut dire que les Britanniques importent des matériaux bruts ou intermédiaires, les transforment et les réexportent. Le coût de ces matériaux bruts ou intermédiaires a augmenté, le coût de production augmente. Si on répercute sur les prix de vente, in fine les effets de la dépréciation de la livre sont limités.

 

FRANCOIS DOUX

 

Finalement, est-ce que l’attractivité du Royaume-Uni pour les investissements directs étrangers va baisser ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

 

C’est le risque. C’est exactement ce que les économistes redoutent et c’est ce qui nous fait dire, nous économistes, de faire attention : pour certains, le Brexit ce n’est pas grand-chose. Les enquêtes ont reculé mais rebondi ensuite. Et au final il ne s’est rien passé. Non, ce n’est pas fini du tout. Parce que la plupart des entreprises multinationales mondiales, en dehors de l’Europe, se sont implantées au Royaume-Uni moins pour les 65 millions de Britanniques, que pour les 500 millions de consommateurs européens. Maintenant, il existe un doute  sur les conditions de commerce entre Royaume-Uni et Union européenne. Est-ce qu’il va y avoir des tarifs douaniers ? Est-ce qu’il va y avoir des procédures ? Cela constitue une moindre incitation à investir au Royaume-Uni. On n’en est pas à craindre que ceux qui y sont le quittent, encore que le diagnostic varie d’une industrie à l’autre.

 

FRANCOIS DOUX

 

Sans vouloir refaire l’histoire, l’impact de ce Brexit sur l’économie britannique, à long terme en tout cas, sera un petit peu compliqué à mesurer, non ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

 

Ce sera très compliqué à mesurer et ça fait partie des grands dangers et ce danger-là, il est pour l’Europe. On va assister à une érosion de l’économie, du potentiel de croissance britannique et l’économie va croître moins rapidement qu’elle n’aurait pu l’espérer en restant dans l’Union européenne. Mais ça ne va pas empêcher certains de dire : « Regardez, il y a encore de la croissance au Royaume-Uni, ils sont sortis de l’Union européenne, ils continuent à faire de la croissance ». Ce sera très certainement possible de le dire, et ce discours-là sera dommageable à l’intérieur de l’Union.

 

FRANCOIS DOUX

 

Alexandra Estiot, merci pour ce point sur le Brexit vu du Royaume-Uni et un petit peu de l’Union européenne. Dans un instant, pour « Le Graphique du mois », on va retrouver William De Vijlder pour parler de la crédibilité des banques centrales.

 

FRANCOIS DOUX

 

Pour « Le Graphique du mois », nous allons parler de crédibilité et de politique monétaire, avec le cas spécifique du Japon. William De Vijlder, bonjour. En septembre, il y a eu une communication de la Banque du Japon, mais avant de revenir sur le message et surtout sur la réaction des marchés, regardons ce qui s’est passé depuis le début de l’année. On a sur ce graphique trois courbes. Quelles sont-elles ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

La courbe bleue montre combien de yens il faut pour un dollar. La ligne rouge montre le rapport entre la bourse japonaise et la bourse américaine, et la ligne jaune, la courbe des taux au Japon, soit la différence entre le taux à trente ans et celui à dix ans.

 

FRANCOIS DOUX

 

On voit que c’est assez négatif. En tout cas, la tendance sur le marché des changes et sur le marché des taux du gouvernement. On voit un aplatissement de la courbe, sur le marché des actions aussi.

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

On voit que les actions japonaises sous-performent par rapport aux actions américaines, et que le yen s’est raffermi. Que s’est-il passé ? Fin janvier, la Banque du Japon annonce, contre toute attente, l’introduction d’un taux des dépôts négatif. Cela a dérouté les investisseurs parce que c’était complètement à l’encontre des propos qu’ils avaient tenus jusqu’en 2015. Sous-performance des bourses, manque de crédibilité, souci en termes d’impact sur la rentabilité des banques. Donc vraiment des répercussions très importantes.

 

FRANCOIS DOUX

 

Et au tournant de l’été, fin juin-début juillet, que s’est-il passé ? On a vu une légère inversion. En tout cas, c’est un point important dans l’année.

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

Effectivement, vers le mois de juillet il y a eu une anticipation selon laquelle il pourrait y avoir un changement de politique monétaire avec notamment l’introduction d’un ciblage des taux longs. C’est effectivement ce qui a été décidé lors de la réunion du 21 septembre. D’ailleurs, cette anticipation et cette confirmation ont donné lieu à une « repentification » de la courbe des taux. On voit que la ligne jaune monte, ce qui était vraiment l’objectif de la Banque du Japon avec ce souci de veiller quand même au bien-être des banques japonaises.

 

FRANCOIS DOUX

 

Par contre, sur la fin de la courbe bleue ou de la courbe rouge on voit que le marché actions ou le marché des changes n'a pas vraiment bien réagi.

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

Effectivement, c'est très frappant cette nouvelle sous-performance de la bourse japonaise par rapport à la bourse américaine, et notamment le raffermissement du yen. C'est d'autant plus surprenant parce que la Banque du Japon s’est engagée le 21 septembre à dépasser son objectif en termes d'inflation, et donc elle s'est engagée à dépasser durablement l’inflation. Normalement, si on regarde les manuels d'économie, on s'attendrait à une forte baisse de la devise et que la bourse remonte fortement. Ce n'est pas ce qu'on a vu, au contraire. La devise est même plus forte aujourd'hui qu'avant cette annonce. Cela illustre un vrai problème de crédibilité. Il y a eu tellement de changements de cap, au mois de janvier et de septembre, que le marché est un peu perdu et qu’il y a un manque de crédibilité. Le marché envoie comme signal qu’il ne croit pas que la Banque du Japon arrivera à dépasser son objectif d'inflation.

 

FRANCOIS DOUX

 

Dernière question, William De Vijlder, est-ce que le Japon a une autre porte de sortie que la politique monétaire dont on voit maintenant qu'elle a beaucoup moins d'effets ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

Le Japon devrait être beaucoup plus patient par rapport à la dynamique inflationniste. Ce qui est assez étonnant, c'est que c'est une économie de plein emploi, avec peu d'inflation et une contrainte au niveau de la croissance. La politique qui devrait être menée est une politique d'offre qui cherche à doper le taux de croissance potentiel. A terme, il y aura bien une remontée de l'inflation, mais il faut vraiment procéder à un changement de priorités de la politique économique.

 

FRANCOIS DOUX

 

Cela prend un peu de temps.

 

WILLIAM DE VIJLDER

 

Cela prend beaucoup de temps.

 

FRANCOIS DOUX

 

Merci beaucoup William de Vijlder. Dans un instant, on retrouve Anna Dorbec avec trois questions sur la Hongrie.

 

FRANCOIS DOUX

 

On parle à présent de la Hongrie, qui n'est plus un investissement spéculatif selon l'agence Standard & Poor's. La Hongrie avec aussi un référendum au début du mois qui fragilise un peu Budapest en Europe. Anna Dorbec, bonjour. Première question, pourquoi l'agence S&P a relevé la note de la Hongrie ?

 

ANNA DORBEC

 

Il y a trois raisons à cela. La première est une amélioration des comptes extérieurs. Si, il y a cinq ans, la dette externe de la Hongrie était à 150 % de son PIB, aujourd'hui elle devrait atteindre 100 % de son PIB à la fin de 2016, ce qui est un progrès tout à fait notable. Ensuite, les comptes publics sont dans un meilleur état, avec les déficits sous contrôle et en dessous de la barre des 3 % et une dette qui se réduit peu à peu. La Hongrie est donc très loin de la situation qu'elle a connue en 2008, où il a fallu demander l'aide au FMI. Et, enfin, la troisième raison, c'est l'amélioration du climat d'investissement, notamment la réduction de la taxe sur les activités bancaires, qui a été très favorablement perçue.

 

FRANCOIS DOUX

 

Deuxième question, quelles sont les conséquences de ce relèvement de la note de S&P ?

 

ANNA DORBEC

 

Nous avons vu la bourse remonter et la devise s'apprécier. De façon plus structurelle, les gérants de portefeuille vont pouvoir augmenter leurs investissements dans la dette hongroise. Ceci devrait permettre de réduire davantage les coûts de financement pour le gouvernement et de dégager donc de la capacité de financement pour autre chose, et notamment l'investissement. Nous nous attendons aussi à ce que les coûts de financement pour le secteur privé soient tirés à la baisse.

 

FRANCOIS DOUX

 

Troisième et dernière question, du coup va-t-on voir une accélération de la croissance hongroise ?

 

ANNA DORBEC

 

Pas dans l'immédiat, car l'économie hongroise ralentit. La consommation se porte toujours bien, mais l'activité d'investissement se réduit sous l'effet de la réduction des transferts européens.

 

FRANCOIS DOUX

 

Ces transferts européens, d'ailleurs, sont-ils mis en cause par le dernier référendum ?

 

ANNA DORBEC

 

Pas dans l'immédiat, parce que les budgets ont été votés jusqu'en 2020. Par contre les négociations sur le prochain exercice budgétaire promettent d'être beaucoup plus difficiles. Cependant, cette amélioration du rating va permettre à la Hongrie de remplacer en partie les transferts européens par des financements d’origine privée.

 

FRANCOIS DOUX

 

Merci Anna Dorbec pour ce point sur la Hongrie. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d'Eco TV.

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