EcoTV - Février 2017 07/02/2017
Chapitre1 : Marchés, climat des affaires : à quand le retour de balancier ?William DE VIJLDER
Chapitre2 : Pourquoi la France perd des parts de marché ?Jean-Luc PROUTAT
Chapitre3 : Corée du Sud : Encore dépendante de son secteur exportateurHélène DROUOT

TRANSCRIPT // EcoTV - Février 2017 : février 2017

François Doux : Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition d’ECOTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette édition de février, après un début d’année en fanfare, les marchés américains et l’économie américaine vont-ils connaître un retour de balancier ? C’est la question qui sera abordée par le chef économiste William de Vijlder. Ensuite, pour le graphique du mois Jean-Luc Proutat va nous parler de la France. Une France qui perd des parts de marché dans les exportations mondiales. Enfin on va terminer avec la Corée du Sud, trois questions à Hélène Drouot pour parler du ralentissement de la croissance en Corée. Bonne émission.

 

François Doux : Aux Etats-Unis en ce début d’année 2017, tant les statistiques économiques que les marchés financiers sont très optimismes. William de Vijlder, bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour.

 

François Doux : William, doit-on s’attendre à un retour de balancier sachant que cette tendance est plutôt claire ?

 

William De Vijlder : La tendance a été claire. Effectivement, les statistiques ont largement dépassé les attentes des économistes. La bourse a très bien évolué depuis l’élection de monsieur Trump. Tout ceci avec en toile de fond un optimisme par rapport aux perspectives de croissance et de relance budgétaire.

 

François Doux : Et qu’est-ce qui peut provoquer ce retour de balancier ?

 

William De Vijlder : Un des facteurs pourrait être le fait que l’on se rende compte que nous avons été finalement trop optimistes et que la réalité ne correspond pas aux espoirs. Notamment au niveau de l’ampleur de la relance budgétaire ou de ses conséquences. Dans ce scénario, la bourse commencerait à avoir un comportement très chahuté, les taux longs baisseraient, les perspectives d’un resserrement monétaire et le dollar baisseraient, etc…

 

François Doux : Et William, si la croissance est au rendez-vous, si le climat des affaires est bon, le chômage etc…Qu’est ce qui se passe ?

 

William De Vijlder : Alors on est dans le schéma tout à fait contraire, c’est-à-dire que la perspective d’un resserrement plus agressif de la Fed va commencer à dominer les esprits. Les taux longs vont monter d’une manière plus significative, ce qui finirait par peser sur les perspectives boursières bien évidemment parce que quand les taux montent, cela pénalise. Et on aurait également un dollar plus fort.

 

François Doux : Donc ce retour de balancier. C’est une année 2017 avec des changements de direction en particulier aux Etats-Unis auxquels il faut s’attendre.

 

William De Vijlder : Effectivement, dans un monde idéal on arrive à avoir une croissance suffisante sans être exagérée. Ce qui permettrait une grande sérénité dans le marché obligataire, dans le marché boursier, et la Réserve fédérale continuerait à resserrer mais sans vraiment y aller de manière agressive.

 

François Doux : Le monde idéal n’existe pas toujours !

 

William De Vijlder : Oui, c’est rarissime. Ce point est d’autant plus important qu’entre-temps on ne peut pas exclure qu’il y ait des chocs exogènes. Par exemple, il faut mentionner à ce propos le risque d’une montée du protectionnisme qui pourrait même provoquer des mesures à l’encontre des Etats-Unis. On se retrouverait alors dans une situation perdant/perdant.

 

François Doux : Merci William de Vijlder pour ce point cette année 2017, en particulier aux Etats-Unis. Dans un instant, on parle de la France. C’est le graphique du mois avec Jean-Luc Proutat.

 

 

François Doux : Pour ce graphique du mois nous parlons de la France et de sa place dans le commerce international mondial. Bonjour Jean-Luc Proutat.

 

Jean-Luc Proutat : Bonjour François.

 

François Doux : Jean-Luc, sur ce graphique on le voit : la France perd des parts de marché au niveau des exportations mondiales. On était aux alentours de 6% à la fin des années 90, aujourd’hui on est à peine à 3%. Pourquoi ?

 

Jean-Luc Proutat : On peut commencer par dire que ce n’est pas un phénomène propre à la France. Tous les grands pays développés connaissent des pertes de parts de marché depuis une vingtaine d’années, y compris l’Allemagne. C’est simplement lié au fait qu’il y a de plus en plus d’acteurs sur la scène du commerce international. Avec 3% de part de marché, la France reste au cinquième ou sixième rang des exportateurs mondiaux.

 

François Doux : Donc, tout ne va pas si mal ?

 

Jean-Luc Proutat : Alors effectivement, on pourrait penser que tout ne va pas si mal. Ceci dit, la France a structurellement des difficultés à équilibrer sa balance commerciale. Et elle a perdu beaucoup de parts de marché, davantage que ses principaux voisins et concurrents. 

 

François Doux : Et de ce fait, l’appartenance à la zone Euro a-t-elle eu un impact ?

 

Jean-Luc Proutat : C’est difficile de dire que cela a eu un impact parce que la France appartient à la zone euro mais le Royaume-Uni, qui n’est pas dans la zone Euro, a connu également une érosion assez importante de ses parts de marché. En fait, on relève surtout les difficultés propres à la France à rester compétitive sur ces marchés mondiaux.

 

François Doux : La fameuse question des coûts de production.

 

Jean-Luc Proutat : C’est la question des coûts de production mais pas seulement. Il est vrai que depuis une vingtaine d’années, les entreprises françaises ont connu une hausse assez marquée de leurs coûts salariaux, notamment indirects, comme les cotisations employeurs. C’est une des causes que relève l’Insee pour expliquer ce phénomène, mais aussi la compétitivité hors coûts. Tous les services attenants attachés aux produits que l’on exporte : marketing, commercialisation, service après-vente, qualité perçue des marques. Et là, notamment vis-à-vis de l’Allemagne, on a perdu quelques rangs.

 

François Doux : Quand on regarde cette courbe, depuis 2012/2013 cela se stabilise, voire cela se redresse un peu, pourquoi ?

 

Jean-Luc Proutat : On peut penser à la baisse de l’euro, c’est un facteur d’explication. Mais aussi, dans le sillage du rapport Gallois, à la réorientation de la politique économique plus favorable aux entreprises et à l’offre qui a permis de stabiliser la compétitivité-coût de la France à l’exportation.

 

François Doux : Merci Jean-Luc Proutat pour ce point sur les exportations françaises. Dans un instant, on parle d’un autre pays exportateur, la Corée du Sud avec Hélène Drouot.

 

François Doux : En Corée du Sud la croissance ralentit depuis deux trimestres consécutifs. Hélène Drouot bonjour.

 

Hélène Drouot : Bonjour.

 

François Doux : Première question : ce ralentissement est-il dû à la crise politique ?

 

Hélène Drouot : Pas vraiment. Il est vrai que le Parlement s’est prononcé début décembre pour la destitution de la présidente Park. Mais, au-delà du scandale politique, c’est l’échec de la politique mise en place par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir en 2012 qui est sanctionné. Pour autant, les institutions sont solides en Corée et l’effet sur la croissance devrait être temporaire.

 

François Doux : Deuxième question : quelles sont les véritables causes de ce ralentissement économique ?

 

Hélène Drouot : Il y a plusieurs causes. Du point de vue de la demande interne, la restructuration du secteur naval, qui est très important en Corée, et le niveau élevé de la dette des ménages pèsent sur la croissance. D’autant que la politique économique n’est pas d’un grand secours puisque la Corée se tient à une gestion très stricte de son budget. Et du point de vue de la demande externe, les exportations restent très affaiblies, notamment les exportations du secteur électronique.

 

François Doux : Troisième et dernière question Hélène : quels sont les risques pour cette économie coréenne dans les mois et les années à venir ?

 

Hélène Drouot : Le principal risque pour la Corée reste sa dépendance à son secteur exportateur. D’une part parce que la Corée est très intégrée mondialement et régionalement, ce qui l’expose d’autant plus à un ralentissement de la croissance en Chine. Mais aussi parce qu’avec la montée du protectionnisme, que l’on observe au cours deux dernières années, la Corée pourrait être doublement pénalisée. Directement si le traité de libre-échange avec les Etats-Unis était renégocié. Et indirectement puisque la Corée exporte vers la Chine des produits qui sont à des fins de réexportation. Donc si les produits chinois étaient sanctionnés, la Corée serait indirectement pénalisée.

 

François Doux : A suivre, ce commerce international pour la Corée. Merci Hélène Drouot, on se retrouve dans un mois pour nouveau numéro d’ECOTV.

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