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EcoTV - Mars 2017 08/03/2017

TRANSCRIPT // EcoTV - Mars 2017 : mars 2017

Bienvenue dans cette nouvelle édition d’ECOTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette émission de mars 2017 : Donald Trump peut-il faire plier la Fed à ses exigences ? La question de l’indépendance de la Banque centrale américaine est posée… nous écouterons les réponses d’Alexandra Estiot. Côté prévisions économiques, il est un facteur qui peut tout changer : c’est l’incertitude. Dans le graphique du mois, William de Vijlder nous dira comment mesurer l’incertitude et surtout si ça marche. Enfin dans « Trois questions à », François Faure nous parlera de l’Argentine. Un an après l’instauration de réformes libérales, nous ferons le point sur cette économie. Bonne émission.

François Doux : L’indépendance de la Banque centrale américaine en question… ce n’est plus qu’un sujet de cours dans les manuels d’économie, c’est aujourd’hui l’actualité. Le président Trump a déjà donné des signes de sa volonté de mettre la Fed à sa botte… Alexandra Estiot bonjour…

Alexandra Estiot : Bonjour

François Doux : Première question, est-ce que l’administration républicaine et le Président Trump peuvent faire plier la Fed ?

Alexandra Estiot : La réponse courte, c’est non. Le Président peut nommer les Gouverneurs, mais le Sénat doit les confirmer. Par ailleurs, l’action de la Fed est régie par le Federal Reserve Act de 1913 et seul le Congrès peut changer cette loi.

François Doux : Justement, est-ce que le Congrès peut, lui aussi, remettre en cause cette indépendance ?

Alexandra Estiot : Il pourrait, oui sauf qu’il faut quand même tenir compte du fait qu’au Sénat, les Démocrates disposent d’une minorité de blocage. Il ne faut pas trop s’inquiéter de ces questions-là. Il y en a de beaucoup plus importantes.

François Doux : Mais si on va un petit peu plus loin, comment pourraient-ils s’y prendre ?

Alexandra Estiot : Plus qu’un changement d’objectifs, une plus faible autonomie, on pourrait imaginer que le Congrès oblige la Banque centrale américaine à suivre une règle précise de politique monétaire.

François Doux : Une règle de politique monétaire… vous pensez à la règle de Taylor ?

Alexandra Estiot : La règle de Taylor, oui, c’est la plus connue, qui détermine le niveau des taux en fonction de la déviation de l’inflation à sa cible et du taux de chômage à sa cible.

François Doux : Mais Alexandra, ce n’est pas déjà ce que fait la Fed ?

Alexandra Estiot : Oui, mais ! La règle de Taylor a été construite sur les actions passées de la Fed, au début des années 90. Donc oui, c’est quelque chose qui est dans le modèle, dans le cerveau des banquiers centraux, aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais la Fed dispose aussi d’une grande flexibilité, comme on le voit sur le graphique. Sur ces dernières années, pendant et après la crise, les taux, s’ils avaient suivi la règle de Taylor, si on n’avait pas mis en place toutes ces politiques non conventionnelles, auraient été beaucoup plus élevés et ils auraient été remontés beaucoup plus rapidement et beaucoup plus violemment.

François Doux : A quoi cela tient-il ?

Alexandra Estiot : Ça tient à plusieurs choses. Les deux premiers éléments dont il faut tenir compte, c’est la définition du plein emploi, c’est-à-dire l’indicateur à retenir et quel niveau on lui attribue. On a vu ces dernières années qu’on pouvait avoir un taux de chômage très bas alors que persistait un sous-emploi résiduel. La deuxième chose dont il faut tenir compte, c’est le fait que le taux neutre n’est pas constant dans le temps. Il est actuellement très faible.

François Doux : Principalement, Alexandra, est-ce qu’il y a d’autres limites justement ?

Alexandra Estiot : Oui, la dernière limite, soit quand les déviations de nos deux objectifs, les prix et le chômage, sont contradictoires. Des situations comme ces dernières années, où on a à la fois un taux de chômage faible et une inflation faible. La règle de Taylor nous dit de ne rien faire dans ce genre de cas. La politique de la Fed a été d’être aussi souple que possible pour faire remonter le taux d’inflation, ce qui montre une vraie symétrie de la cible.

François Doux : Merci Alexandra, on mesure la complexité de cette question de politique monétaire, trop complexe pour un tweet. On se retrouve dans un instant pour le graphique du mois. On va parler d’incertitude économique avec William de Vijlder.

François Doux : Les prévisions économiques comme les sondages politiques doivent intégrer une certaine incertitude, une certaine volatilité qui influence des facteurs comme les taux d’intérêt, les décisions d’investissement, les décisions d’épargne… William de Vijlder bonjour…

William de Vijlder : Bonjour

François Doux : Est-ce que cette incertitude économique se mesure ?

William de Vijlder : En tout cas, des méthodes ont été développées et l’une d’elles, qui est très souvent utilisée, consiste à compter dans les médias le nombre de références aux mots « politique », « économique » et  « incertitude »… Ici, à l’écran, la ligne rouge montre la dynamique de cette série depuis 1997. Vous remarquerez bien évidemment les oscillations, mais surtout les pics en 2016 liés au Brexit et à la victoire de monsieur Trump.

François Doux : Vous avez mis une courbe bleue. C’est l’écart entre le rendement des obligations d’entreprises notées BBB et le rendement des emprunts d’Etat à 10 ans que l’on appelle le « spread ». Pourquoi ?

William de Vijlder : La logique est que quand l’incertitude monte, l’appétit pour le risque va baisser et l’aversion pour le risque va augmenter. Donc normalement, l’écart de taux devrait augmenter. On l’a vu dans le passé à de multiples reprises.

François Doux : Oui, mais à partir de 2015, la corrélation semble cassée

William de Vijlder : Effectivement, elle semble cassée. On doit donc essayer de comprendre. Pour cela, nous avons un deuxième graphique qui montre à nouveau le même indicateur d’incertitude, mais aussi l’indice des directeurs d’achat au niveau mondial, ici en jaune et en échelle inversée. Pourquoi en échelle inversée ? Parce que quand l’incertitude augmente, l’économie mondiale devrait en quelque sorte plonger. On l’a vu par exemple en 2008. Il est important de constater que, dans un passé récent, certes l’incertitude a augmenté, mais l’économie s’est comportée nettement mieux. 

François Doux : Alors, que s’est-il passé ?

William de Vijlder : Il y a eu une conjonction d’éléments qui soutiennent vraiment la dynamique de l’économie mondiale : les taux d’intérêt, la Chine qui a relancé son économie, la relance budgétaire américaine. Donc au final, qu’est-ce qu’on a ? Eh bien, on arrive à expliquer pourquoi cet écart de taux a plutôt baissé face à cette montée de l’incertitude : simplement parce que le marché comprend que l’économie va bien.

François Doux : Il y a donc de l’incertitude dans l’incertitude.

William de Vijlder : C’est tout à fait ça.

François Doux : Dans un instant, 3 questions sur l’Argentine.

François Doux : Trois questions sur l’Argentine, un petit peu plus d’un an après l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Mauricio Macri.

François Faure bonjour…

François Faure : Bonjour

François Doux : Des mesures d’orientation libérale ont été mises en place en Argentine. Première question, où en est-on d’un point de vue économique ?

François Faure : L’année dernière, l’économie argentine a traversé une récession à la fois parce que le gouvernement a pris certaines mesures, notamment le relèvement des taux des tarifs publics qui a occasionné une accélération de l’inflation, mais aussi parce que le voisin brésilien est entré en récession et que les prix des matières premières agricoles ont été plutôt faibles. Cela dit, en cours d’année la situation s’est améliorée. L’inflation a décéléré, la croissance est probablement redevenue positive au dernier trimestre et la balance commerciale est dans le vert. Seule déception, le déficit budgétaire est toujours très important.

François Doux : Deuxième question, quelles sont les réformes les plus importantes ?

François Faure : Très rapidement : libéralisation des contrôles des changes, unification des taux de change et réduction des droits de douane sur les produits agricoles exportés. Ensuite, en cours d’année on a eu une amnistie fiscale couronnée de succès en matière de recettes budgétaires, et récemment le gouvernement s’est imposé des cibles de réduction progressive du déficit budgétaire et une loi de responsabilité fiscale est en discussion avec les régions.

François Doux : Troisième et dernière question, est-ce que l’élection de Donald Trump peut faire capoter cette reprise argentine ?

François Faure : Je ne le pense pas. Ce qui est vrai, c’est que la baisse du coût de financement en dollar tout au long de l’année dernière s’est interrompue, que le taux de change s’est déprécié, mais pas beaucoup plus que s’il se déprécie en ligne avec l’inflation, et surtout l’Etat argentin a pu se financer facilement en début d’année sur les marchés obligataires pour couvrir ses besoins de financement. Donc, de notre point de vue, cela ne remet pas en question la reprise.

François Doux : Merci François Faure pour ce point sur l’Argentine. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’EcoTV.

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