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Eco TV - Juillet/Août 2017 10/07/2017

TRANSCRIPT // Eco TV - Juillet/Août 2017 : juillet 2017

François Doux : Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition d’Eco TV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Nous allons parler en ouverture de ce numéro estival de l’économie française. Quelle est la situation actuelle ? Quelles sont les sources de satisfaction ? Nous verrons cela avec Hélène Baudchon. Ensuite, nous allons parler des banques centrales avec William De Vijlder. Elles reprennent confiance. Quels sont les enjeux à suivre tout au long de l’été ? Nous verrons cela avec William. Et enfin, le golfe Arabo-Persique : attention, le Qatar est isolé face à l’Arabie Saoudite mais aussi face aux Emirats arabes unis. Quel est l’impact sur les cours du pétrole ? Quel est l'impact économique dans ces pays ? Nous verrons cela avec Pascal Devaux. Bonne émission à tous.

François Doux : A l’aube de ce second semestre 2017, nous faisons un point sur l’économie française. Hélène Baudchon, bonjour. 

Hélène Baudchon : Bonjour

François Doux : Il y a un peu plus d’un an, le président d’alors, François Hollande, disait que l’économie française allait mieux. Aujourd’hui, est-ce vrai ? Est-ce que cela se concrétise, et à quel point ?

Hélène Baudchon : En avril 2016, l’économie française donnait des signes d’amélioration, mais timides et peu nombreux, d’où l’accueil sceptique, dubitatif réservé au jugement de François Hollande. Aujourd’hui, la réalité de l’amélioration ne fait plus aucun doute. Regardons d’abord les performances en termes de croissance. Celle-ci a bien résisté au choc de la crise financière de 2008 et à la crise des dettes souveraines européennes en 2011/2012. La croissance est de retour depuis 2013 mais ce que l’on retient surtout, c’est son manque de vigueur : tout juste 1 % par an en moyenne de 2013 à 2016. 

François Doux : Hélène, n’y a-t-il pas de signes encore plus visibles de ce redressement, notamment au niveau de la compétitivité ?

Hélène Baudchon : Si, en effet. D’une part, les entreprises ont bénéficié d’allégements de charges importants au travers du crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi et du pacte de responsabilité. Leur taux de marge s’est nettement redressé, la progression des coûts salariaux unitaires nettement ralentie et les parts de marché ont quasiment cessé de baisser. Mais le chemin est encore long avant de regagner des parts de marché si tant est que cela soit possible. Le déficit commercial reste élevé, il n’y a pas non plus de signe visible d’amélioration du côté de la compétitivité hors coût et les gains de productivité sont proches de zéro.

François Doux : On a parlé de la compétitivité, cela va un petit peu mieux quand même. Qu’en est-il des comptes publics ?

Hélène Baudchon : Là encore, des progrès ont été accomplis. Mais d’importants déséquilibres persistent. Le déficit budgétaire s’est effectivement nettement réduit mais, à 3,4 % du PIB en 2016, il demeure à un niveau élevé. Le ramener sous la barre des 3 % en 2017 et le maintenir sous ce seuil ensuite est un engagement difficile à tenir. Le poids des dépenses publiques dans le PIB et des impôts est à peine moins élevé, la baisse obtenue en 2015 et 2016 étant minime et surtout le ratio de dette publique n’a pas encore commencé à baisser. Il ne fait qu’augmenter plus lentement. Donc, dans ce contexte, le budget 2018 qui va être négocié cet automne s’annonce particulièrement compliqué, parce qu’il va falloir concilier les mesures envisagées de soutien de la croissance et les mesures de consolidation budgétaire.

François Doux : J’ose une dernière question, Hélène Baudchon, sur la réforme emblématique du président Hollande, la réduction du chômage structurel. Où en est-on ?

Hélène Baudchon : C’est sur le front du marché du travail que les progrès sont les moins satisfaisants. C’est vrai qu’une amélioration se dessine depuis 2015, avec la reprise soutenue de l’emploi et une baisse du taux de chômage. Celui-ci est même repassé sous la barre symbolique des 10 % au 1er trimestre 2017, mais il est seulement moins élevé. Et la baisse du nombre des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi est encore plus timide. Malgré les réformes engagées et les remèdes éprouvés, on n’a pas encore de signe d’une amélioration en profondeur du fonctionnement du marché du travail à même de venir à bout du chômage de masse. L’enjeu est de taille, c’est pourquoi le traitement de ce dossier est déjà entre les mains du nouveau gouvernement.

François Doux : Nous verrons toutes ces réformes dès la rentrée. Merci Hélène Baudchon. On se retrouve dans un instant pour parler de politique monétaire, et oui, cela peut aussi aider la croissance, avec le chef économiste William De Vijlder.

François Doux : Sur le front de la politique monétaire, le second semestre de cette année promet d’être encore plus passionnant. William De Vijlder, bonjour.

William De Vijlder : Bonjour

François Doux : William, dès le mois de juin, quatre des cinq banques centrales ont durci le ton. Que se passe-t-il ?

William De Vijlder : Ce qui frappe, c’est que le niveau de confiance des banques centrales augmente. On l’a vu du côté des États-Unis, où Janet Yellen a remonté les taux d’intérêt avec ses collègues même si, depuis trois mois, l’inflation est plutôt orientée à la baisse. Donc elle estime que c’est un phénomène temporaire. Du côté de la Banque centrale européenne, le discours de Mario Draghi, à Sintra, était le suivant : « Avec la croissance que l’on connaît, normalement cela devrait donner lieu à une dynamique plus favorable de l’inflation ». Donc, davantage de confiance se dessine dans leurs propos.

François Doux : Plus de confiance, cela veut dire que l’on doit s’attendre dans certains Etats à des relèvements de taux. Je pense au Canada, pourquoi pas même au Royaume-Uni ? Quelles sont vos grandes prévisions sur le second semestre ?

William De Vijlder : Tous les regards bien évidemment sont tournés vers les États-Unis parce que, même si tout porte à croire qu’il y aura plusieurs relèvements d’ici fin 2018, la réduction de la taille du bilan de la Fed devrait également intervenir avant la fin de l’année. La grande question est que même si cela devrait se passer de manière très fluide car le processus a été largement signalé aux marchés, on verra ce qui se passera en réalité. D’où la nervosité des opérateurs. Et du côté de la Banque centrale européenne, tout le monde s’attend à une annonce. D’ailleurs, une annonce sera nécessaire à la rentrée pour savoir ce que la banque centrale va faire avec son programme de quantitative easing. Et cette annonce-là trouvera son origine dans son sentiment par rapport à la dynamique de croissance, là on peut être serein, et surtout la dynamique d’inflation.

François Doux : Au final, William De Vijlder, ce changement de ton crée-t-il un soulagement ou une anxiété sur les marchés ?

William De Vijlder : Ceux qui sont focalisés sur la sphère réelle, les ménages, les grandes entreprises mais également les investisseurs actions, doivent être soulagés parce que, finalement, le message des banques centrales est le suivant : « Notre politique a porté ses fruits, nous sommes satisfaits ». En revanche, les investisseurs du côté obligataire doivent être extrêmement nerveux. Il est fascinant de constater ce niveau de nervosité qui rappelle un peu l’expérience faite aux États-Unis en 2013 lorsque Bernanke a commencé à parler d’un tapering. C’est comme si on changeait de direction, que l’on prenait une autre autoroute. On pense que l’on va réduire la taille du bilan de la Fed, faire du tapering du côté BCE. Cela veut dire que l’on s’achemine maintenant dans la durée vers des taux plus élevés, avec des taux anormalement bas toujours en Europe certainement. Cela veut dire aussi que les taux ne peuvent que monter.

François Doux : Quels indicateurs économiques, quel signal va-t-on suivre cet été, William, pour voir où vont l’économie et les marchés, sachant que jusqu’à présent c’était beaucoup la politique, les élections ? Maintenant qu’est-ce qui nous reste ?

William De Vijlder : Effectivement, la politique a été remplacée par la politique économique. On le voit en Europe, on le voit en France. Bien évidemment du côté américain aussi, avec des échéances budgétaires très importantes. Mais le facteur dominant, à mon avis, restera quand même l’environnement monétaire. Donc les investisseurs vont regarder vraiment de très près quelle est la dynamique de croissance et la dynamique d’inflation afin de déceler si des facteurs pourraient encore arrêter cette dynamique et ce qui aura été mis en avant dans les propos récents des banques centrales.

François Doux : William De Vijlder, merci. On se retrouve à la rentrée pour la suite de ces événements. Dans un instant, on va parler du golfe Arabo-Persique, notamment du Qatar, avec Pascal Devaux.

François Doux : Depuis le 5 juin dernier, une crise diplomatique agite le golfe Arabo-Persique. D’un côté, il y a le Qatar et en face, six pays dont l’Arabie Saoudite, l’Égypte ou encore les Émirats arabes unis. En cause, une certaine complaisance, selon ces six pays, du Qatar pour l’Iran, mais aussi vis-à-vis de l’État islamique. Pascal Devaux, bonjour.

Pascal Devaux : Bonjour

François Doux : Cette agitation a donné lieu à des ruptures diplomatiques, mais aussi commerciales. Quel est d’abord l’impact sur les marchés du pétrole ?

Pascal Devaux : Pour le moment, l’impact est vraiment limité. Les marchés ont très peu réagi, le prix du pétrole reste entre 40 et 60 dollars. C’est lié à plusieurs raisons. D’abord, le Qatar est un petit producteur, avec 600 000 barils par jour à peu près. Il  n’y a eu aucune rupture de production de pétrole pour le moment de la part des pays du golfe. Ensuite, l’issue et le déroulement de la  crise sont trop incertains pour que les spéculateurs prennent des positions. Donc, on a eu très peu de mouvements de prix. Plus généralement, l’offre de pétrole sur le marché mondial reste surabondante, ce qui maintient le prix à un niveau relativement déprimé.

François Doux : L’offre OPEP est quand même en baisse. Qu’est-ce qui compense pour que les cours soient à peu près à l’équilibre ?

Pascal Devaux : D’une part, on a la Libye et le Nigéria, deux membres de l’OPEP non soumis aux quotas de production, qui ont fortement augmenté leur production depuis environ six mois. Et d’autre part, le pétrole de schiste américain a fortement abaissé son seuil de rentabilité et arrive donc à produire de plus en plus à un coût de plus en plus bas. Donc, schématiquement, on peut dire que si l’OPEP a retiré 1,3 million de barils par jour du marché, les États-Unis, le Nigéria et la Libye en ont ajouté 1,4. On continue donc à avoir une offre plutôt surabondante.

François Doux : Revenons sur les questions économiques du Qatar, en particulier quel est l’impact justement de cette crise ?

Pascal Devaux : Pour le moment, les conséquences sont relativement limitées et touchent le secteur réel. On devrait donc avoir un ralentissement de l’activité économique, environ 1,5 % cette année contre environ 3% attendus avant la crise, et une résurgence de l’inflation, étant donné que les coûts sont à la hausse. Ce qu’il faut vraiment surveiller, c’est la durée de cette crise et son intensité. Si l’embargo s’étendait au secteur financier, ce serait vraiment beaucoup plus inquiétant pour le Qatar. Le Qatar fonctionne pour son développement uniquement par l’intermédiaire de la dette. On a déjà une dette externe très élevée, environ 150 % du PIB. Et si jamais les sanctions devaient s’étendre au secteur financier, ce serait vraiment très embêtant pour le Qatar et pour la poursuite de son développement économique en dehors du secteur pétrolier.

François Doux : Et pour les autres pays autour, que ce soit l’Arabie Saoudite, l’Égypte ou encore les Émirats arabes unis, quelles sont les conséquences économiques de cette crise ?

Pascal Devaux : Cette hausse des sanctions et un marché du pétrole déprimé ont pour conséquence une dégradation des soldes budgétaires. Donc l’Arabie Saoudite, Bahreïn et Oman notamment devraient continuer à enregistrer des déficits budgétaires importants, leur dette devrait continuer d’augmenter et leurs avoirs devraient continuer de baisser. Par ailleurs, cette situation politique un peu difficile n’est pas favorable aux réformes alors que ces réformes, notamment budgétaires, sont vraiment indispensables, dans un environnement pétrolier qui devrait rester peu favorable à moyen terme.

François Doux : En tout cas, c’est un dossier à suivre tout au long de l’été. Merci Pascal pour ce point sur le golfe Arabo-Persique. On se retrouve à la rentrée pour un nouveau numéro d’EcoTV.

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