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Eco TV - Septembre 2017 08/09/2017

TRANSCRIPT // Eco TV - Septembre 2017 : septembre 2017

François Doux : Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition de rentrée d’Eco TV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Pour commencer l’émission : qu’est-ce qui se cache derrière la robustesse de l’euro ? Nous aurons les réponses du chef économiste William de Vijlder. Le graphique du mois concerne l’inflation aux Etats-Unis : ça décélère, pourquoi ? Nous écouterons Alexandra Estiot. Enfin pour terminer, direction l’Europe de l’Est avec Anna Dorbec. Beaucoup de croissance mais quand même la question des travailleurs détachés. Nous aurons le point de vue de notre économiste. Bonne émission.

 

François Doux : Focus sur la croissance dans la zone euro. Elle est plutôt robuste au vu des dernières statistiques. William de Vijlder, bonjour.

William de Vijlder : Bonjour.

François Doux : Vous êtes le chef économiste de BNP Paribas, quelle est votre analyse de cette croissance dans la zone euro ?

William de Vijlder : Effectivement elle est robuste. Il y a eu beaucoup de révisions à la hausse de la croissance pour cette année, et même pour 2018. Plusieurs facteurs en sont à l’origine. Mais ce qui est important, c’est que l’on dépasse les attentes. On le voit par exemple sur cette carte thermique des directeurs d’achats pour la zone euro avec, à gauche, le secteur manufacturier et, à droite, le secteur des services.

François Doux : Quand c’est rouge, on est au-dessus de 50, voire même au-dessus de 54. Cela veut dire que les directeurs d’achats continuent à acheter. C’est bien pour l’avenir.

William de Vijlder : Oui. On constate en bas de l’écran que ce qui domine très largement, c’est le rouge. On a donc vraiment un régime très élevé. On est dans cette phase depuis plusieurs mois déjà et cela devrait continuer. Maintenant si on regarde avec une loupe, on  constate un certain tassement, un certain fléchissement au niveau de la moyenne de la zone euro, y compris en Allemagne. Mais, d’un autre côté, le niveau reste très élevé et porte donc à croire que la croissance sera soutenue. D’ailleurs, c’est une impression également confirmée par d’autres indicateurs, notamment les indicateurs du sentiment venant de la Commission européenne.

François Doux : William, des bémols pèsent sur cette croissance ?

William de Vijlder : Il est important de chercher les bémols parce qu'autrement il existe un risque d’être obnubilés par la beauté de ces schémas. Donc on constate que du côté du crédit, l’accès aux financements reste très facile. Les taux sont bas, les banques estiment que la demande pour les crédits reste bien orientée. Mais tout de même, et c’est le bémol, le taux de croissance du crédit, lorsqu’on regarde sa variation, son momentum, marque un certain fléchissement. C’est un élément qu’il faut regarder.

François Doux : Il existe, d’après moi, un autre bémol. C’est ce graphique, celui du taux de l’euro. Il s’est largement apprécié face au dollar. Les exportations de la zone euro pourraient en pâtir.

William de Vijlder : Oui, c’est une très bonne remarque. D’un côté on peut dire que la devise s’apprécie et donc que nous sommes les meilleurs de la classe. Mais, d’un autre côté, on s’interroge aussi sur les conséquences négatives éventuelles. Effectivement les exportations sont dans le collimateur. Maintenant, on constate lorsqu’on regarde sur 10 à 15 dernières années, quand il y a eu des phases de remontée assez nettes du taux de change de l’euro par rapport aux devises des partenaires commerciaux, que cela n’influence pas trop le sentiment des entreprises au niveau des exportations. Ce qui l’explique, c’est que si ces raffermissements ont lieu quand la conjoncture mondiale est bonne, ce qui est le cas, les demandes des partenaires commerciaux restent très soutenues. Donc on peut vivre avec un euro un peu plus fort.

François Doux : Est-ce qu’il va continuer à se raffermir cet euro?

William de Vijlder : C’est la grande question. Bien évidemment, je pense qu’il faut être très nuancés dans le sens où ces dernières semaines on a vu une prise de conscience que les révisions des perspectives de croissance en zone euro était plutôt à la hausse, et aux Etats-Unis plutôt à la baisse. Il y a une anticipation des grandes annonces que fera la Banque centrale européenne lors de la réunion de septembre ou octobre. Cela a été un facteur de soutien. L’autre point qu’il est important de garder à l’esprit, c’est que les Etats-Unis pourraient tout de même faire quelque chose en termes de réduction d’impôts, etc. Si bien qu’en pensant à des prises de bénéfices on pense plutôt que, d’ici la fin de l’année, l’euro devrait s’effriter un tout petit peu par rapport au dollar pour remonter en 2018.

François Doux : Toute dernière question. La Banque centrale européenne justement : moins d’inflation importée. Au mois d’octobre, on devrait avoir plus d’informations.

William de Vijlder : Oui, effectivement. Disons que pour la réunion du mois de septembre, on esquisse déjà la grande tendance. Mais les vraies annonces auront lieu, à notre avis, fin octobre. Effectivement, l’euro est un facteur qui pèsera sur les perspectives d’inflation par le biais des produits importés. Mais d’un autre côté, nous estimons que la Banque centrale va surtout regarder le fait que la conjoncture devrait rester robuste, ce qui va donc lui permettre d’alléger un peu son problème d’achats.

François Doux : On se retrouvera pour en parler au mois d’octobre. Merci William de Vijlder. Dans un instant, le graphique du mois sur les Etats-Unis.

 

 

François Doux : Pour le graphique du mois, direction les Etats-Unis où tout le monde se pose une question : où est passée l’inflation ? Alexandra Estiot bonjour.

Alexandra Estiot : Bonjour.

François Doux : ma question : l’indice des prix à la consommation ralentit aux Etats-Unis. Est-ce que c’est juste l’indice principal ou est-ce qu’on la retrouve en creusant ?

Alexandra Estiot : Le graphique présente l’indice des prix à la consommation et le déflateur de la consommation privée.

François Doux : C’est ce qui intéresse la Fed ?

Alexandra Estiot :  L’objectif d’inflation de la Fed porte effectivement sur cet indice. On observe une décélération très marquée, sachant que cette évolution pourrait être en partie liée à celle des prix de l’énergie, des prix du pétrole.  Il faut donc regarder plus en détail.

François Doux : Le sous-jacent.

Alexandra Estiot :  Le sous-jacent. On retire les prix de l’énergie et des biens alimentaires. La décélération est toujours là. On s’intéresse alors à d’autres mesures pour tenter d’observer le  « cœur ». Il s’agit de trier les sous-indices afin d’exclure ceux dont les fluctuations sont les plus fortes.

François Doux : C’est ce que font certaines Fed régionales.

Alexandra Estiot :  Effectivement : Cleveland sur l’indice des prix à la consommation, Dallas sur le déflateur de la consommation privée. Et de la même façon, on a une décélération depuis le début de l’année.

François Doux : Pourquoi l’inflation décélère aux Etats-Unis ?

Alexandra Estiot : C’est une grave question. On comprend pourquoi pendant longtemps l’inflation était empêchée d’accélérer. L’output gap était négatif, le marché de l’emploi n’était pas encore dynamique. Il y avait aussi l’appréciation du dollar qui pesait sur les prix à l’importation. Mais tous ces freins se lèvent.

François Doux : Et vous, quelle est votre analyse? Parce tous les signaux de la croissance sont au vert, la Fed se pose aussi cette question.

Alexandra Estiot : Je pense que la Fed s’inquiète énormément de cette décélération. Je pense qu’il faut vraiment garder en tête quelque chose que l’on a oublié : les conséquences de la crise économique et financière d’il y a presque 10 ans maintenant continuent de peser sur l’économie. Donc l’écart de production, l’output gap, reste négatif et certainement beaucoup plus négatif que ce que l’on pense. Et bien que le marché de l’emploi apparaisse dynamique, avec de vives créations d’emplois, et un taux de chômage qui se rapproche de plus en plus de 4%, on n’a toujours pas d’accélération des salaires. Et sans accélération des salaires, il n’y a pas d’accélération des prix.

François Doux : Merci Alexandra Estiot. On suivra bien sûr l’inflation et notamment les décisions de la Fed dans les mois à venir. Dans un instant, retour en Europe avec Anna Dorbec.

 

 

François Doux : La croissance en Europe se trouve à l’Est. 3%, 4%, voire même presque 5% pour la Roumanie. Anna Dorbec, bonjour.

Anna Dorbec : Bonjour.

François Doux : Première question : quelles sont les recettes de cette croissance forte en Europe de l’Est ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, ces pays bénéficient d’une main-d’œuvre qualifiée et relativement peu chère par rapport à d’autres pays de l’Europe. Cela permet à leurs secteurs industriels de profiter de la sous-traitance. Ensuite, ces pays bénéficient aujourd’hui d’un afflux de fonds structurels qui soutient la demande et l’investissement. Et il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui ils ont beaucoup progressé pour mettre leurs environnements institutionnels au niveau de l’Union européenne, ce qui facilite beaucoup l’investissement et la croissance industriels.

François Doux : Deuxième question : les travailleurs détachés font couler beaucoup d’encre en Europe de l’Ouest. Quel est le point de vue économique des pays d’Europe de l’Est qui fournissent cette main-d’œuvre ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, ce détachement avait permis, pendant très longtemps, à ces pays de réduire les tensions sur le marché du travail car il avait fait baisser le chômage. Aujourd’hui, avec le retour de la croissance, ce n’est plus si vrai que cela car les taux de chômage sont bas, et bien au contraire aujourd’hui nous assistons à des pénuries de main-d’œuvre. Ces pénuries figurent parmi les facteurs qui freinent la future expansion industrielle. En tout cas c’est ce que nous disent les sondages auprès des entrepreneurs. Cette fuite de la main-d’œuvre dans un contexte démographique défavorable génère des pressions à la hausse sur les salaires et pourra nuire à la compétitivité à l’avenir. Et bien évidemment il ne faut pas oublier les tensions au niveau politique qui ne favorisent pas la stabilité.

François Doux : Troisième et dernière question : quels risques pèsent sur cette embellie économique en Europe de l’Est ?

Anna Dorbec : Tout d’abord, il faut bien reconnaître que la manne des fonds européens ne va pas durer éternellement et on s’attend à ce qu’elle diminue à partir de 2020/2021. Les pays vont donc devoir trouver d’autres sources de croissance en puisant notamment, de façon plus efficace, dans l’épargne domestique. Il existe ensuite un défi démographique. Un autre défi tout aussi important est l’innovation. Ces pays sont aujourd’hui très en retard par rapport à la moyenne de l’Union européenne en termes de recherche et de développement.

François Doux : Sauf la République tchèque

Anna Dorbec : Sauf la République tchèque, mais aussi la Pologne et la Hongrie qui se dotent aujourd’hui d’une politique très proactive pour rattraper leur retard.

François Doux : Anna Dorbec, merci pour ce point sur les pays d’Europe de l’Est. Je vous renvoie au magazine Conjoncture dans lequel Anna Dorbec a publié un long papier sur ces pays d’Europe de l’Est. On se donne rendez-vous, quant à nous, au mois d’octobre pour un nouveau numéro d’Eco TV.

 

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