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EcoTV - Mars 2018 12/03/2018

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Au sommaire de cette édition de mars 2018, l’agenda du nouveau gouvernement italien : qu’en est-il de l’économie italienne tant sur le plan cyclique que sur le plan structurel ? Nous écouterons les réponses du chef économiste William De Vijlder. Dans le Graphique du mois, nous allons parler du soutien monétaire des banques centrales à l’économie et de leur bilan avec Jean-Luc Proutat. Pour terminer, direction l’Afrique et le deuxième pays producteur de pétrole en Afrique : l’Angola. En trois questions, Sara Confalonieri nous parlera des défis du nouveau président angolais sur fond de baisse des rentrées de dollars.

 

- Focus à présent sur l’Italie au lendemain des élections générales. William De Vijlder, bonjour.

- Bonjour.

- Trois chiffres pour illustrer cette économie italienne : 1,5% c’est la croissance en 2017, -2,1% c’est la baisse des déficits publics et +0,8% ce sont les créations d’emplois. L’économie se porte plutôt bien ?

- Elle se porte bien. Ça a été la surprise en 2017. Elle se porte bien parce que les ménages ont le moral, les entreprises aussi. Il y a eu un petit coup de pouce de la part du secteur public donc tout le monde est content, y compris les marchés financiers.

- D’un point de vue structurel, qu’en est-il ?

- L’image est un peu plus nuancée. Certes, ce pays réalise un excédent primaire depuis plusieurs années. C’est un pays qui affiche maintenant des excédents de sa balance courante, ce qui est aussi un facteur très important. En revanche, la liste de points structurels qui posent problème est longue.

- Donnez-nous quelques exemples.

- L’endettement du secteur public, qui reste à 132% du PIB ; la croissance potentielle qui est trop lente, à 0,4% ; les gains de productivité limités ; la problématique des créances douteuses, etc.

- Et l’Italie fait face à des disparités très fortes entre le nord et le sud.

- Effectivement, c’est un problème supplémentaire pour la politique économique.

- William De Vijlder, il y a tout de même eu des réformes structurelles ?

 - Oui, et c’est un point extrêmement important. On ne peut pas dire que, face aux défis, rien n’a été fait. En fait, depuis 2012  un programme de réformes ambitieux a été mené. Beaucoup de choses ont été faites : réforme du système de retraite, du marché du travail, de tout ce qui influence la gestion des créances douteuses. Il y a eu une certaine concentration du système bancaire, etc. Donc beaucoup de choses ont été faites. Il faut mentionner un point très important : des incitations fiscales pour stimuler l’innovation au niveau des entreprises ont été mises en place.

- Et beaucoup de start-ups sont nées en Italie. Dernière question : quel est l’agenda de l’économiste que vous êtes pour le futur gouvernement italien ?

- Je pense qu’il devra gérer tous ces éléments et ces défis. Mais au final, on peut le résumer très simplement : il devra prendre les mesures qui permettront au pays d’afficher un taux de croissance potentiel plus élevé de manière durable.

- Plus facile à dire qu’à faire.

- Effectivement. Il faut donc continuer les réformes, surtout du côté de l’offre bien sûr. Et il faudra suivre en particulier de très près  tout ce qui se passe du côté de l’enseignement, de la formation au sein des entreprises. Ce sont des éléments-clés qui devraient dynamiser et accroître la compétitivité des entreprises italiennes.

- William De Vijlder, merci. Nous suivrons ensemble, dans les prochains mois, l’évolution de l’économie italienne. Dans un instant, nous parlerons liquidité et banque centrale dans le Graphique du mois.

 

 - Après 10 ans de soutien monétaire à l’économie, 2018 va-t-elle marquer un tournant ? Jean-Luc Proutat bonjour.

- Bonjour.

- Pour répondre à cette question, quel graphique avez-vous choisi ?

- Tout simplement la représentation du bilan des grandes banques centrales de la planète, soit les quatre principales : la Réserve fédérale des Etats-Unis, la Banque centrale européenne, la Banque du Japon et la Banque d’Angleterre. Ce graphique montre que le bilan des banques centrales a été multiplié par près de 4. Depuis 10 ans, elles ont acheté à peu près 10 000 milliards de dollars d’actifs. C’est pratiquement le PIB de la zone euro. Et imaginez que la Banque du Japon, à elle seule, a acheté l’équivalent du PIB de la France.

- Sur la fin de cette courbe, ce sont vos projections. Cela baisse. Pourquoi ? Pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe ? 

- A partir de 2018 on s’aperçoit effectivement que la taille du bilan des banques centrales se stabilise en part du PIB, voire baisse un tout petit peu. C’est d’abord parce que la Réserve fédérale des Etats-Unis, qui est à l’achat depuis dix ans, commence à vendre. Il s’agit donc d’un début de normalisation monétaire. Les banques centrales reprennent un peu de la liquidité qu’elles avaient injectée. Alors pourquoi ? Parce que l’on constate que la plupart des grandes économies vont mieux. Par exemple l’économie américaine tourne à nouveau à 3% de croissance. Parce qu’également ces injections de liquidité ont eu pour effet une très forte augmentation du prix des actifs financiers, notamment sur les marchés d’actions. Et que les banques centrales, notamment la Banque centrale des Etats-Unis, commencent à considérer qu’il est peut-être temps de normaliser la situation sur ce front-là également. Donc la suite probable, c’est un début de reprise de la liquidité des banques centrales avec des conséquences possibles sur les taux d’intérêt à long terme. On estime que cette inflexion pourrait avoir pour effet de faire remonter les rendements un peu partout : aux Etats-Unis mais pas seulement, également en Europe. Peut-être au Japon. Comme les marchés d’actions et les marchés obligataires sont très connectés les uns aux autres, ce que font les quatre principales banques centrales ont des implications globales.

- On suivra cela dans les mois à venir avec vous Jean-Luc Proutat. Dans un instant trois questions sur l’Angola.

 

- Direction à présent l’Angola, le 2e pays producteur de pétrole en Afrique. Sara Confalonieri, bonjour.

- Bonjour François.

- Nouveau président de l’Angola depuis 6 mois, monsieur João Lourenço fait face à une baisse structurelle des rentrées de dollars. Or, les cours du pétrole progressent. Pourquoi la croissance ne repart-elle pas en Angola ?

- Le PIB pétrolier ne remonte pas parce qu’il est affaibli par un manque structurel d’investissement et par les quotas de l’OPEP jusqu’à fin 2018. En parallèle le secteur hors-pétrole, qui représente 80% du PIB, est affaibli par une absence de réformes, mais surtout par des restrictions sur les importations et la pénurie de dollars.

- La Banque centrale d’Angola a renoncé à arrimer le Kwanza au dollar. Est-ce que cela va améliorer la liquidité en devises de l’Angola ?

- L’Angola a été obligé de prendre cette décision pour préserver ses réserves de change. Cependant le contrôle de change en place a été maintenu. Il y a  eu une forte dépréciation initiale. Malgré cela, l’écart entre le taux de change officiel et le taux de change parallèle reste très important. Il y aura donc des dévaluations. Le gouvernement cherche à les limiter le plus possible pour diverses  raisons : une problématique d’inflation importée, la forte sensibilité et la vulnérabilité du secteur bancaire au taux de change et l’alourdissement de la dette extérieure du pays. Au sujet de l’endettement, il faut rappeler que les agences de rating sont très inquiètes et, par conséquent, le gouvernement a entamé des négociations avec ses prêteurs, notamment la Chine, pour échelonner la dette.

- Troisième et dernière question : quelles sont les perspectives 2018 pour l’Angola ?

- Malgré les dévaluations et les contrôles de change en place qui limitent la demande de dollar, les tensions sur la liquidité vont persister. En revanche, nous avons une légère embellie de la croissance grâce à une reprise de la production agricole et à une amélioration de l’approvisionnement énergétique. Le nouveau président cherche aussi à lutter contre la corruption, à faciliter l’investissement étranger en assouplissant des règles d’investissement et en privatisant des entreprises étatiques. Malgré cela, des mesures d’austérité sont en place aujourd’hui et les conditions de vie sont dégradées. Tout cela peut détériorer le climat social de l’Angola à tout moment.

- Merci Sara Confalonieri. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’Eco TV.

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