eco TV Week

Les marchés face aux incertitudes : aveuglement ou les yeux grands ouverts ?

17/02/2017

L’économie mondiale fait face à de nombreuses incertitudes mais certains indices boursiers atteignent de nouveaux sommets. Inefficience des marchés ou un comportement rationnel ?

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Les marchés face aux incertitudes : aveuglement ou les yeux grands ouverts ? : février 2017

Malgré le fort degré d’incertitude que connaît l’économie mondiale, les marchés boursiers enregistrent de nouveau des plus hauts. Pourquoi ?

Les trois principaux indices actions américains ont enregistré des plus hauts ces derniers jours, tout comme l’indice mondial.

Dans le même temps, Janet Yellen a souligné lors de son allocution au Congrès américain les incertitudes que rencontre la Fed actuellement.

En Europe, la Commission européenne a dévoilé, cette semaine, ses prévisions économiques d’hiver en commençant par déclarer « qu’un fort degré d’incertitude entoure actuellement les perspectives économiques mondiales».

Enfin, sans grande surprise les media continuent très largement à faire référence à l’ « incertitude ».

Il est tentant d’en déduire un aveuglement des investisseurs, ou techniquement l’inefficacité des marchés. Mais ce serait faire preuve d’arrogance.

Une autre interprétation est possible : les investisseurs ont pleinement conscience des problèmes mais ils n’y accordent pas trop d’importance ; ils avancent les yeux grands ouverts, prudemment mais avec détermination. Cette détermination repose sur une stratégie de répulsion et d’attraction.

Le facteur de répulsion est le faible intérêt porté aux catégories d’actifs, ou plus largement la faiblesse du rendement attendu. Il en découle une tentative de saisir les opportunités qui restent.

Le facteur d’attraction est l’amélioration des perspectives de croissance depuis le deuxième semestre 2016 aux Etats-Unis, en Europe, au Japon mais aussi dans les pays émergents. Elle devrait se traduire par une croissance plus rapide des profits.

Qu’en est-il des incertitudes ? Elles semblent trop éloignées ou trop imprécises pour pouvoir être évaluées correctement. Cette situation est propice à une intensification des fluctuations des marchés au gré des mises à jour des vues, que les incertitudes se matérialisent… ou pas.

Cela signifie aussi que les prévisions économiques risquent de changer désormais plus souvent.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Montée des incertitudes et du risque de "mauvaise inflation" 11/05/2018
La réaction des marchés au retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien a été modérée. Malgré la montée de l’incertitude, la fuite vers les valeurs refuges n’a pas eu lieu et le cours du pétrole comme le rendement des Treasuries ont augmenté. Si les prix du pétrole continuaient leur ascension, la croissance mondiale finirait par en souffrir.
Du risque de retarder les mesures en faveur du climat 04/04/2018
Les participants à la COP21 de Paris se sont mis d’accord pour limiter le réchauffement climatique à 2°C. Ce devrait être le cas à condition que la concentration de carbone reste inférieure à 450 parties par million (ppm). Cependant, plusieurs simulations à partir de modèles climatiques montrent que, même à ce niveau de CO2, le risque de dépasser les 2°C n’est pas négligeable. D’un point de vue économique, il convient de prendre rapidement des mesures pour réduire les risques extrêmes. Des politiques climatiques devront être élaborées pour surmonter l’opposition actuelle aux sacrifices pourtant nécessaires afin d’éviter des dommages bien plus importants demain.
Dans les dédales de la bataille commerciale 16/03/2018
Le FMI et l’OCDE s’inquiètent de la montée des tensions commerciales. Au niveau agrégé, ces mesures créent une situation « perdant-perdant » dont l’impact varie considérablement d’un secteur à l’autre. Il faut aussi tenir compte des conséquences sur l’inflation et les marchés financiers, et surtout des vents contraires engendrés par une hausse structurelle de l’incertitude.
Hyperstimulation monétaire : bientôt la fin 12/03/2018
Depuis fin 2008, les grandes banques centrales ont fait l'acquisition de presque 10.000 milliards de dollars d'actifs et injecté autant de liquidités dans les marchés. Une décennie d'hyperstimulation monétaire qui touche à sa fin.
Les corrections du marché actions et l'économie 09/03/2018
À un moment donné au mois de février, le S&P500 se situait à plus de 10 % en deçà de son point haut, ce qui correspondait à une correction du marché selon la définition la plus courante. Cette baisse du marché avait suscité bien des commentaires, les uns y voyant une « correction saine », les autres, le point de départ d’une hausse structurelle de la volatilité. Des analyses économétriques de même que des simulations sur base de modèles montrent qu’une correction boursière devrait avoir un impact économique limité. Une analyse des faits stylisés montre toutefois le rôle de l’influence réciproque entre comportement boursier et attentes en matière de croissance économique. Il en découle la nécessité de prêter une attention particulière au comportement du spread des obligations d’entreprise.
Taux d'intérêt américains : pas encore de répercussions sur les devises émergentes 02/02/2018
Un environnement de hausse des taux US a généralement été une source d’inquiétude pour les pays en développement. Il semble en être autrement cette fois : malgré la remontée des taux américains, les devises émergentes se sont appréciées. Cela a contribué à un fléchissement du taux de change effectif du dollar et à un assouplissement des conditions financières aux Etats-Unis.
2018, l’année de la confiance vigilante 09/01/2018
Après la surprise favorable de 2017, la conjoncture devrait continuer sur sa lancée en 2018 avec une croissance en accélération et qui s’auto-alimente. La vigilance est toutefois de mise, eu égard aux valorisations de certains marchés financiers qui les rendent particulièrement sensibles à des surprises, notamment d’inflation.
Croissance : 2018, confort et défi d'une normalisation 22/12/2017
La croissance a créé la surprise en 2017. Une reprise mondiale auto-entretenue et un environnement monétaire accommodant devraient contribuer à son accélération. De nouvelles mesures de normalisation de la politique monétaire sont à prévoir aux États-Unis et dans la zone euro. On peut s’en féliciter mais elles constituent également un défi pour des marchés financiers habitués à des taux bas.
Climat : peu d’avancées à la COP23 19/12/2017
Les résultats de la COP23 à Bonn ont été décevants : aucune décision ferme n’a été prise concernant la procédure visant à rehausser les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à préciser les conditions du financement climat destiné aux pays en développement. L’investissement dans les technologies bas carbone, qui se traduit par une baisse de la part des combustibles fossiles, est essentiel à la diminution de la teneur en carbone de l’énergie. Conscientes des conséquences possibles du réchauffement climatique, des institutions financières se détournent des combustibles fossiles pour investir dans les sources d’énergie renouvelable.
La crypto-monnaie, une valeur de réserve ? 08/12/2017
La récente hausse fulgurante du cours du Bitcoin a fait la une des médias. Tout en assurant les trois fonctions de la monnaie, on peut douter qu’il s’agisse d’une bonne réserve de valeur étant donnée la perspective de grandes fluctuations de sa valeur par rapport à celle du panier du consommateur.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1792 articles et 490 vidéos