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Etats-Unis : Déficits !!! 12/12/2016

Le programme de campagne de Donald Trump indique un creusement des déficits, dont l’ampleur restera incertaine tant que les projets de loi ne seront pas discutés par le Congrès.

TRANSCRIPT // Etats-Unis : Déficits !!! : décembre 2016

FRANCOIS DOUX

Pour "Le Graphique du mois", nous allons aux Etats-Unis où la situation des finances publiques inquiète notamment après l'élection de Donald Trump. Pour en parler, nous sommes avec Alexandra Estiot. Dans ce premier graphique, nous allons regarder la situation des finances publiques comme si de rien n'était, si j'ose dire. Ce qui était prévu avant le résultat de l'élection présidentielle.

 

ALEXANDRA ESTIOT

Sur le graphique, en deux mots, en fond, vous avez la dette et les différentes courbes : la verte, les dépenses, la orange, les recettes, et en rouge, le déficit. Là, c'est ce qui s'est passé. On voit bien les effets de la récession puis de tous les efforts de réduction des déficits. À partir de là, ce sont les projections du CBO qui raisonne toujours à législation constante.

 

FRANCOIS DOUX

C'est quoi le CBO ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

C'est le bureau du Congrès qui est chargé de chiffrer les lois. On ne fait pas plus objectif et non partisan.

 

FRANCOIS DOUX

Qu'est-ce que ça dit ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

Ce qui se passerait si on ne changeait pas la loi. Si le Congrès prend des vacances, qu'on ne change pas le taux d'imposition et la façon dont on dépense. On a quand même un léger creusement des déficits à terme avec une progression de la dette mais qui est relativement raisonnable.

 

FRANCOIS DOUX

Avec le verdict de l'élection, le programme de Donald Trump devrait être appliqué, je parle au conditionnel. En tout cas, on a dû revoir le consensus, les perspectives, etc. C'est le deuxième graphique.

 

ALEXANDRA ESTIOT

Le voilà. Donc ici, je n'ai utilisé que les éléments de campagne de Donald Trump et je les ai imputés. Je n'ai pas tenu compte des effets sur l'économie qu'on peut ou non envisager et des effets boomerang sur les finances publiques. Si jamais vous améliorez l'économie, cela améliore en retour les finances publiques. Donc ici ce sont les effets bruts des mesures. On a un creusement du déficit très important. On se retrouve avec des niveaux de déficit inédits depuis la récession. Donc un creusement de la dette très important avec forcément des dépenses pour servir la dette qui augmentent.

 

FRANCOIS DOUX

Donald Trump a parlé d'un grand plan d'infrastructure. Cela va peut-être relancer l'économie américaine.

 

ALEXANDRA ESTIOT

Sur le graphique, vous voyez des baisses d'impôt très importantes, les recettes baissent. En revanche, au niveau des dépenses, il n'y a pas grand-chose. Et pourquoi ? Parce que le plan d'infrastructure, pour l'instant, n'existe pas. Ont été annoncés mille milliards de dollars. Mais les seuls éléments tangibles, une étude de son staff, estiment qu'un crédit d'impôt aux entreprises du BTP à hauteur de 167 milliards de dollars leur permettrait des dépenses en infrastructure à hauteur de mille milliards de dollars. Mais à aucun moment, ce n'est de la dépense publique. C'est pour cela que ça ne peut pas apparaître dans les graphiques.

 

FRANCOIS DOUX

D'une manière générale, ces déficits se creusent. La relance par les déficits, ça existe dans les manuels d'économie.

 

ALEXANDRA ESTIOT

Tout dépend des multiplicateurs et les multiplicateurs dépendent des mesures budgétaires. Les multiplicateurs, ce sont les effets sur l'économie d'une mesure. Une mesure, ça peut être une baisse d'impôt et ça peut être une augmentation des dépenses. Après, il y a tout un tas de possibilités. Il y a un large consensus sur le fait que les multiplicateurs sont plus importants pour les dépenses que pour les impôts. Baisser les impôts ne relance pas autant l'économie surtout si ces baisses d'impôt ciblent les hauts revenus. Plus vous ciblez les hauts revenus, moins votre multiplicateur est important.

 

FRANCOIS DOUX

Ça ne devrait pas si bien multiplier du côté de l'administration Trump ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

Ce que je vois dans le  creusement de ces déficits, c'est quelque chose d'assez inefficace en matière de relance.

 

FRANCOIS DOUX

Dernière question : du côté du commerce international, quels sont les plans de l'administration Trump ?

 

ALEXANDRA ESTIOT

On peut anticiper un statu quo. Pour ce qui est des négociations en cours sur les traités transatlantique et transpacifique, elles n’allaient nulle part, donc pas de changement. Remettre en cause les accords existants, c'est très improbable, surtout quand on écoute les républicains membres du Congrès et avant tout Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, qui est totalement contre.

 

FRANCOIS DOUX

Merci beaucoup pour ce point sur les finances publiques des Etats-Unis.

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