eco TV Week

L’America First menace-t-il le commerce mondial ?

13/04/2018

Les relations commerciales entre les États-Unis et ses principaux partenaires, notamment la Chine, se tendent.

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // L’America First menace-t-il le commerce mondial ? : avril 2018

Une guerre facile à perdre

Après les baisses d’impôts, l’augmentation des droits de douane.

Depuis quelques semaines, le président américain Donald Trump mène une offensive contre les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, dont le premier d’entre eux, la Chine.

Des droits supplémentaires sur l’acier et l’aluminium ont déjà été promulgués, et des surtaxes visant une centaine de produits importés de Chine sont annoncées.

Par ce biais, M. Trump entend protéger l’industrie américaine et ses employés d’une concurrence qu’il estime déloyale ; il vise aussi une réduction du déficit commercial des États-Unis qui, vis-à-vis de la Chine, atteint 375 milliards de dollars.

Le risque est qu’il n’obtienne ni l’un ni l’autre.

La Chine, en effet, ne resterait pas les bras croisés face à une augmentation des droits de douane américains ; elle menace déjà de rétorsion en cas de passage à l’acte. Contrairement à ce qu’affirme M. Trump, l’affrontement ne ferait que des perdants.

Le commerce international est, par ailleurs, très intégré ; une part importante (environ 40%) des échanges américains sont intra-groupes.

En déclarant des droits de douanes unilatéraux, M. Trump prend surtout le risque de désorganiser une chaîne de valeur complexe. Par exemple, taxer l’acier japonais ou des composants importés de Chine renchérit le coût de l’industrie mécanique américaine, qui les utilise. L’ouvrier américain, le consommateur, seraient perdants…

Un monde plus conflictuel

On ne sait pas encore jusqu’où l’affrontement États-Unis - Chine peut aller.

Aujourd’hui, il est tout de même raisonnable de penser qu’un terrain d’entente soit trouvé, ne serait-ce qu’en raison de l’imbrication des deux économies.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les principes du multilatéralisme, qui régissent le commerce mondial depuis l’après-guerre, sont menacés.

Le président Trump n’a d’ailleurs jamais caché son hostilité vis-à-vis de l’Organisation mondiale du commerce, systématiquement tenue à l’écart de sa politique. Or celle-ci est utile pour gérer les conflits et éviter qu’ils ne s’enveniment.

Si le commerce mondial ne menace pas de s’effondrer, il promet à coup sûr d’être plus conflictuel dans les années à venir.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Fonds monétaires américains et financement en dollar 16/07/2018
La réforme des fonds monétaires américains de 2014 a conduit à une réallocation massive des liquidités placées auprès des fonds investis en dette privée (prime funds) vers ceux investis en dette publique (government funds). Les banques étrangères, emprunteuses nettes traditionnelles auprès des prime funds, ont été privées d’un accès au dollar, tandis que le Trésor américain et les agences fédérales de garantie hypothécaire bénéficiaient d’un afflux de ressources. Au fil du temps, l’éviction du secteur privé par le secteur public a été atténuée. Le surcroît d’épargne collecté par les government funds a en effet bénéficié aux banques, sous la forme de financements sécurisés directs (prise en pension de titres publics) ou indirects par le biais des Federal Home Loan Banks (FHLB). L’effet du retrait des prime funds sur les ressources allouées aux banques étrangères n’a toutefois pas été entièrement compensé. In fine, la réforme s’est traduite par un transfert de liquidités des banques étrangères vers les banques américaines. L’allongement de la chaîne d’intermédiation de l’épargne levée par les fonds monétaires et prêtée aux banques (via les FHLB) et le changement de nature des financements accordés (plus forte proportion de financements garantis) sont favorables aux ratios de liquidité LCR des banques. Ces deux évolutions entrent toutefois en contradiction avec l’objectif de stabilité financière posé par la réforme des fonds monétaires. Elles les exposent, d’une part, à des institutions financières très sensibles au risque hypothécaire et réalisant une importante transformation des maturités (les FHLB, Fannie Mae et Freddie Mac) et, d’autre part, à un marché relativement opaque (celui des repo).
Jeu dangereux 11/07/2018
La guerre commerciale voulue par le président américain Donald Trump prend un tour concret. Invoquant leur sécurité nationale, les Etats-Unis appliquent, depuis juin et vis-à-vis de leurs principaux partenaires, une surtaxe sur l’aluminium et l’acier ; et parce qu’ils subissent des rétorsions, ils menacent d’aller plus loin. Le risque d’escalade n’a jamais paru aussi grand et le climat, favorable, qui entourait jusqu’ici les échanges mondiaux commence à s’assombrir. Les marchés d’actions ou d’obligations d’entreprises, qui avaient applaudi les baisses d’impôts du président Trump, goûtent moins la dérive protectionniste de ce dernier. Si l’économie des Etats-Unis conserve de l’élan, les récents indicateurs de la conjoncture sont moins euphoriques.
Croissance tonique malgré des doutes 06/07/2018
La situation économique américaine dans son ensemble reste solide avec des chiffres qui dépassent les moyennes de long terme et les attentes (ISM manufacturier et non manufacturier, créations d'emplois, vente de détails).
La Chine dans le collimateur des Etats-Unis 04/07/2018
Les Etats-Unis ont fait de la réduction de leur déficit commercial (USD 795,7 mds en 2017) un enjeu majeur. La Chine, dont la part dans ce déficit s’élève à USD 375,6 mds, est particulièrement visée. Les deux pays ne sont pas parvenus à s’entendre et semblent engagés dans une logique de surenchère. La Chine a annoncé des mesures de représailles après que les Etats-Unis ont décidé, le 15 juin, d’une taxe additionnelle de 25% sur les importations de certains produits chinois pour un montant avoisinant USD 50 mds. Elle prévoit ainsi d’instaurer une taxe de 25% sur USD 50 mds d’importations de marchandises américaines, ce à quoi les Etats-Unis ont répondu qu’ils augmenteraient de USD 200 mds le montant des importations en provenance de Chine soumises à des droits de douane additionnels de 10%. Et si la Chine devait exercer de nouvelles représailles, ce montant augmenterait à nouveau de USD 200 mds.
Premières entailles à la loi Dodd Frank 28/06/2018
Le Congrès américain a satisfait une partie des velléités dérégulationistes du président Trump en écornant certains pans de la loi de régulation financière Dodd Frank. Le législateur resserre notamment les périmètres d’application des exigences de fonds propres (normes prudentielles, stress tests) et de liquidité. En parallèle, les régulateurs ont proposé d’assouplir certaines règles relevant de leur compétence. Le cadre réglementaire s’en trouverait simplifié et plus progressif, le cadre de supervision moins intrusif. Les mesures annoncées vont principalement bénéficier aux banques de taille modeste mais aussi aux banques régionales. A l’approche des élections de mi-mandat, la probabilité que des amendements majeurs soient apportés à la loi Dodd Frank semble limitée. S’agissant des modalités d’application de la loi, les marges de manœuvre des régulateurs restent en revanche entières. Dans ce contexte, les régulateurs n’en demeurent pas moins engagés à finaliser la traduction des règles bâloises en droit américain (ratio de liquidité à long terme NSFR, cadre spécifique au portefeuille de négoce FRTB, révision des approches standards de mesure des risques, plancher global de fonds propres).
Est-ce que l’économie américaine croît trop vite ? 08/06/2018
Les chiffres récents sur l’économie américaine ce trimestre indiquent une croissance solide et qui devrait le rester au vu des fondamentaux qui soutiennent la demande et du coup de pouce lié aux baisses d’impôts. On a, dans une certaine mesure, l’impression que l’économie « croît trop vite » : les inquiétudes du marché à l’égard d’une accélération de l’inflation pourraient refaire surface et conduire à un environnement plus volatil, rappelant celui de février dernier. Compte tenu de la robustesse de la croissance actuelle et d’un taux de chômage déjà très bas, le marché du travail pourrait finalement limiter le rythme de la croissance. En effet, comme les données historiques le montrent, lorsque le taux de chômage cesse de reculer, la probabilité d’une récession dans un avenir relativement proche se renforce sensiblement. 
Croissance soutenue 01/06/2018
La plupart des indicateurs économiques américains relatifs au climat économique, à l'activité et aux dépenses dépassent leur moyenne de long terme, reflétant ainsi un environnement de forte croissance. Le tableau est plus nuancé concernant l'inflation où tout dépend de la définition choisie.
Etats-Unis : Vers une érosion des marges bancaires nettes d’intérêt ? 30/05/2018
L’évolution récente de la structure des dépôts au bilan des institutions bancaires affiliées à la FDIC* est inédite. Lors des précédentes phases de resserrement monétaire, la transmission de la hausse des taux des fonds fédéraux aux taux de rémunération des comptes à terme ou d’autres produits d’épargne non bancaires avait accru le coût d’opportunité lié à la détention de dépôts peu ou non rémunérés. Le poids des dépôts à vue ou comptes d’épargne dans les bilans bancaires s’était de ce fait contracté. Depuis 2015, en revanche, il continue de progresser. L’abondance des dépôts, héritée de la politique d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale, n’a guère incité les banques à une concurrence sur les dépôts. Dans un contexte de remontée très lente des taux, à partir d’un niveau exceptionnellement bas, la préférence des épargnants pour la liquidité est restée forte. La poursuite du resserrement monétaire et la concurrence accrue sur les dépôts (normes de liquidité bâloises, émergence de nouveaux compétiteurs) pourraient toutefois inverser la tendance, au détriment des marges nettes d’intérêt. * Agence fédérale de garantie des dépôts
La volatilité récente des marchés : décryptage et enseignements 14/05/2018
Comment expliquer la volatilité des marchés actions aux États-Unis au mois de février 2018 ? C'est l'un des sujets traités par l'enquête trimestrielle de la Fed de New York réalisée auprès des grands gérants d'actifs.
Fed : rendez-vous en juin 04/05/2018
Sans surprise, la réunion du FOMC a laissé inchangé le taux des fed funds. Le communiqué était très équilibré mais insistait sur le caractère symétrique de l’objectif d’inflation. Il sera particulièrement intéressant de lire les minutes (publication attendue vers le 23 mai), et en particulier la partie qui concernera le cycle de resserrement monétaire en cours. La poursuite d’une croissance soutenue semble acquise. Le débat portera donc sur l’inflation et jusqu’où la Réserve fédérale acceptera un dépassement de son objectif.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1851 articles et 510 vidéos