eco TV Week

La BCE tient son cap

27/07/2018

Sans surprise, la réunion du mois de juillet de la BCE a donné lieu à un statu quo monétaire, sur fond de (très) légères tonalités hawkish.

Thibault MERCIER

TRANSCRIPT // La BCE tient son cap : juillet 2018

Hier se tenait la réunion de politique monétaire de la BCE du mois de juillet, réunion dont il n’y avait fondamentalement pas grand-chose à attendre. Rappelons qu’au mois de juin la BCE avait effectué une série d’annonces importantes : la fin du QE après décembre 2018 bien sûr, mais aussi, et peut être surtout, l’annonce qu’il n’y aurait pas de hausse de taux au moins jusqu’à l’été 2019 et l’annonce du maintien de la taille du bilan « pendant une période prolongée » du fait du réinvestissement des titres détenus.

Ainsi, aux deux questions attendues durant la conférence de presse – celle relative aux détails sur le plan de réinvestissement et celle concernant la manière d’interpréter la référence à l’été 2019  Mario Draghi a, comme attendu,  apporté  des réponses évasives se contentant souvent de dire que ces sujets n’avaient pas fait l’objet de discussion au sein du Conseil.

Plus généralement, le message de la BCE a semblé légèrement plus hawkish qu’en juin. C’est en tout cas ce qui ressort des commentaires de Mario Draghi concernant la croissance en zone euro ; la modération du rythme de croissance au T1 2018 et qui semble s’être poursuivie au T2 est interprétée comme une normalisation après une période de forte expansion, alimentée notamment par le commerce extérieur. Le conseil des gouverneurs continue de voir les risques entourant son scénario de croissance comme « globalement équilibrés » malgré la menace du protectionnisme et de la volatilité des marchés financiers.

Au final, et comme toujours, c’est l’évolution de l’inflation qui guidera celle de la politique monétaire. De ce point de vue, bien que les mesures de l’inflation sous-jacente restent basses, plusieurs signaux positifs apparaissent et notamment l’accélération de la croissance des salaires négociés, un point que M. Draghi n’a pas manqué de souligner durant la conférence de presse.

Évidemment, ces évolutions sont encourageantes mais il est encore trop tôt pour crier victoire. D’une part, ces évolutions salariales varient grandement entre pays : la croissance des coûts salariaux unitaires demeure bien inférieure à 2% en France, en Italie et en Espagne. Même si la BCE vise l’inflation moyenne en zone euro, une trop forte dispersion pourrait être un problème pour la normalisation monétaire. D’autre part, si jusqu’ici les tensions sur le commerce mondial demeurent contenues et ont des effets limités sur l’économie européenne, il est clair qu’une véritable guerre commerciale changerait la donne et forcerait probablement la BCE à prolonger encore davantage la période de taux négatifs et de réinvestissements de titres.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Croissance solide mais sans surprise 27/07/2018
Plusieurs indicateurs sont alignés sur les attentes du marché à l'exception du chômage qui surprend positivement (plus bas que prévu), tout comme la confiance économique et les ventes de détail. En revanche, le climat des affaires et, surtout, la production industrielle déçoivent. Exception faite de l'inflation sous-jacente, la plupart des indicateurs dépassent leur moyenne de long terme, reflétant la solidité de la croissance.
Normalisation progressive 11/07/2018
Le ralentissement de la croissance en zone euro paraît conforme à l’évolution attendue du cycle économique. Après une phase de reprise durant laquelle l’activité se rapproche de son potentiel, il n’est pas surprenant d’observer une baisse de rythme et un alignement sur les fondamentaux. La normalisation de la conjoncture appelle celle de la politique monétaire. Cette dernière devrait toutefois prendre du temps. La BCE a d’ores et déjà annoncé ne pas prévoir de hausse de taux avant l’été 2019. Le mouvement de convergence de l’inflation vers sa cible demande encore un soutien monétaire important.
L'environnement économique demeure bon malgré une confiance en baisse 29/06/2018
La plupart des données pour juin indiquent, conformément aux attentes, un ralentissement de la croissance. Cependant, les indicateurs de l'activité, de la demande et de la confiance restent bien au-dessus de leur moyenne de long terme. L'inflation sous-jacente, quant à elle, reste trop basse même si elle devrait remonter progressivement.
Renforcer la zone euro : nécessaire mais difficile 29/06/2018
Même si la nécessité de renforcer l'Union économique et monétaire s'impose aux yeux du plus grand nombre, les opinions divergent quant à la façon de procéder pour ce faire.
La BCE met fin au QE mais renforce sa forward guidance 18/06/2018
La BCE a annoncé qu'elle mettra un terme au QE fin décembre 2018, après un court tapering de 3 mois. Toutefois, la décision la plus importante a été la reformulation du guidage des anticipations (forward guidance) sur un mode « Odysséen » : la BCE a annoncé ne pas prévoir de hausse de taux directeurs avant l’été 2019. La réunion du mois de juin reflète la confiance grandissante de la BCE dans le mouvement de convergence de l’inflation vers sa cible à moyen terme, même si ce mouvement requiert encore un soutien monétaire important.
BCE : une nervosité différée 15/06/2018
L’annonce de la fin des achats nets d’actifs par la BCE n'a pas créé de remous. Les marchés ont applaudi l’introduction d’une forward guidance liant les décisions monétaires à une date et à l’état de la conjoncture. En 2019 la nervosité des marchés devrait revenir, les investisseurs se demandant si les conditions pour justifier un premier relèvement des taux au cours de ce cycle sont réunies.
Impulsion du crédit 15/06/2018
En dépit d’un léger ralentissement au cours des premiers mois de l’année, en ligne avec la décélération du PIB, le crédit bancaire conserve un rythme de croissance soutenu.
BCE : vingt ans et un bilan imposant 13/06/2018
À vingt ans, la Banque centrale européenne (BCE) ne ressemble plus à celle qui, le 1er juin 1998, héritait des gènes de la très orthodoxe Bundesbank. Les crises - financière et de la zone euro - l’ont amenée à changer ses pratiques. Allongement de la maturité des prêts, achats d’obligations sécurisées, guidage des anticipations, pilotage des taux en territoire négatif : les mesures non conventionnelles n’ont pas manqué, avec Jean-Claude Trichet comme avec Mario Draghi. Ce dernier s’impose pourtant comme l’artisan de la vraie rupture, celle de l’assouplissement quantitatif. Le 1er janvier 2015, ce qui semblait impensable d’un point de vue allemand est advenu, la Banque centrale achetant en grande quantité des titres de la dette publique en zone euro. Elle en possède aujourd’hui 20%, le total de son bilan atteignant quarante points de PIB. Fin 2018, la BCE devrait mettre fin à son programme d’achats d’actifs, après avoir remis la zone euro sur pied. Un bilan somme toute impressionnant pour une institution de seulement vingt ans.
Soutien domestique, risques internationaux 25/05/2018
D’après le compte-rendu de sa dernière réunion, la BCE reste confiante dans les perspectives de croissance malgré le léger fléchissement de certaines données récentes. Les risques sont surtout liés à des facteurs internationaux, devenus plus préoccupants, notamment la menace protectionniste. Un sujet d’inquiétude que partage la Réserve fédérale.
Inflation modérée et détérioration du sentiment économique 25/05/2018
L'inflation, bien que conforme aux attentes, est en deçà de la moyenne de long terme, d'où les hésitations de la BCE à modifier sa politique. L'activité économique et les données relatives à la demande, quant à elles, dépassent leur moyenne de long terme.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1867 articles et 514 vidéos