eco TV Week

Etats-Unis, au-delà de l'effet "Trump"

21/04/2017

Aux Etats-Unis, l’amélioration de la conjoncture économique ne saurait se résumer à un simple effet « Trump ».

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // Etats-Unis, au-delà de l'effet "Trump" : avril 2017

Nous sommes mi-avril 2017 et cela fait trois mois que le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump, est aux commandes de la première économie mondiale. L’occasion pour nous d’évoquer la (bonne) marche des affaires aux Etats-Unis et de voir en quoi elle a pu être affectée par un « effet Trump »


Notre principale conclusion est, qu’en réalité, celui-ci a été très limité. La conjoncture américaine obéit d’abord à des facteurs externes, tels la reprise de l’activité dans le monde émergent et la remontée des prix du pétrole. Le fait est que la situation économique aux Etats-Unis reste plutôt bonne en ce début d’année 2017. Le marché du travail a créé plus d’un demi-million d’emplois au cours des trois derniers mois, faisant baisser le taux de chômage à 4,5%, son plus bas niveau depuis 10 ans. Les mises en chantiers ont fortement progressé, au même titre que les commandes de biens d’équipement, ce qui laisse envisager de bons chiffres d’investissement.

Cette bonne séquence ne saurait toutefois se résumer à un simple « effet Trump ». Certes, les investisseurs avaient plutôt bien réagi à l’élection de D. Trump, anticipant des baisses d’impôts et de l’investissement public. Mais les difficultés du nouveau président à s’adjoindre une majorité au Congrès ont, depuis, tempéré les attentes. Le renforcement de l’investissement aurait donc peu de chose à voir avec les changements intervenus sur la scène politique ; il obéit surtout à des facteurs externes.


Les entreprises américaines doivent  d’abord répondre à un accroissement de la demande globale. Les importations en provenance des zones émergentes sont en forte hausse, ce qui peut en partie s’expliquer par la politique expansionniste suivie par la Chine. La hausse des prix du pétrole profite ensuite à l’industrie du gaz et pétrole de schistes, qui redevient rentable. De fait, la production d’énergie américaine, ainsi que le nombre de forages, s’inscrivent en forte hausse. Ce retour à meilleure fortune a pour effet de faire baisser les « spreads », ce qui contribue aussi à la reprise de d’investissement.


L’observation de la conjoncture aux Etats-Unis ne plaide finalement guère en faveur des thèses isolationnistes défendues par le nouveau président.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

La volatilité récente des marchés : décryptage et enseignements 14/05/2018
Comment expliquer la volatilité des marchés actions aux États-Unis au mois de février 2018 ? C'est l'un des sujets traités par l'enquête trimestrielle de la Fed de New York réalisée auprès des grands gérants d'actifs.
Réserve fédérale : les défis d'un objectif d'inflation symétrique 04/05/2018
L’inflation américaine est très proche de l’objectif de la Fed, qui s’attend à ce qu’il en soit ainsi pendant un certain temps. Elle a réaffirmé la nature symétrique de son objectif d’inflation, ce qui laisse plus de flexibilité. Un dépassement de la cible impliquerait une plus forte sensibilité du marché à des surprises d’inflation.
Fed : rendez-vous en juin 04/05/2018
Sans surprise, la réunion du FOMC a laissé inchangé le taux des fed funds. Le communiqué était très équilibré mais insistait sur le caractère symétrique de l’objectif d’inflation. Il sera particulièrement intéressant de lire les minutes (publication attendue vers le 23 mai), et en particulier la partie qui concernera le cycle de resserrement monétaire en cours. La poursuite d’une croissance soutenue semble acquise. Le débat portera donc sur l’inflation et jusqu’où la Réserve fédérale acceptera un dépassement de son objectif.
Etats-Unis : de plus en plus difficile de dépasser les attentes 27/04/2018
A l'exception du chiffre global de l'inflation, tous les chiffres récents du graphique étaient en ligne voire supérieurs à leur moyenne à long terme. Ceci reflète une conjoncture particulièrement bien orientée dans un cycle qui atteint déjà une certaine maturité. En revanche, l'image est mixte lorsqu'on compare aux attentes. La croissance du PIB réel au T1 2018 les a largement dépassé. Dans une moindre mesure ceci est également le cas pour les ventes au détail et la production industrielle au mois de mars de même que pour la confiance des ménages en avril. Le taux de chômage et les deux indicateurs ISM par contre sont restés en-deçà des prévisions en mars.
Etats-Unis : vers un assouplissement de l’exigence de levier des grandes banques 18/04/2018
La semaine dernière, la Réserve fédérale et l’Office of the Comptroller of the Currency ont proposé d'alléger la contrainte de levier des huit plus grandes banques américaines (G-SIB). Actuellement, l'exigence (5% sur base consolidée) s'applique uniformément, indépendamment de l'empreinte systémique de chacune des G-SIB. Il s'agirait de recalibrer le seuil à hauteur de 3% augmenté de la moitié de la surcharge de capital G-SIB propre à chaque établissement. L’alternative consisterait à maintenir la contrainte à 5% mais en excluant du dénominateur les réserves en banque centrale. D’après nos calculs, le matelas de fonds propres en excès de la contrainte minimale serait accru d’environ 75 points de base en moyenne quelle que soit l’option retenue. Toutes choses égales par ailleurs, la destruction de réserves en banque centrale, qui résultera du dégonflement du bilan de la Réserve fédérale, devrait toutefois progressivement rendre la seconde option moins attrayante.
Par-dessus les règles 13/04/2018
La politique commerciale des Etats-Unis se durcit et s’écarte de plus en plus des règles de l’Organisation mondiale du commerce. Les marchés d’actions, qui avaient applaudi aux baisses d’impôts du président Trump, goûtent moins les velléités protectionnistes de ce dernier. Compte tenu de l’imbrication transnationale des échanges, leur contraction est peu probable ; mais l’atmosphère devient, à coup sûr, plus conflictuelle. Pour l’heure, l’économie américaine poursuit sur sa lancée. Avec 3% de croissance attendu en 2018, elle entre dans sa neuvième année d’expansion. Elle manifeste aussi quelques signes de tensions, de quoi inciter la Réserve fédérale à poursuivre le resserrement graduel de sa politique monétaire.
L’America First menace-t-il le commerce mondial ? 13/04/2018
Les relations commerciales entre les États-Unis et ses principaux partenaires, notamment la Chine, se tendent.
Aux limites de l'America First 11/04/2018
A l’heure où les relations commerciales se tendent entre les Etats-Unis et la Chine - les premiers accusant la seconde de concurrence déloyale et envisageant de taxer une centaine de ses produits, la seconde menaçant les premiers de rétorsions - il peut être utile de rappeler à quel point la conjoncture américaine dépend du commerce international. Le graphique de la semaine illustre la corrélation forte qui existe, d’une part, entre l’indice phare du climat des affaires aux Etats-Unis (celui fourni par l’Institute for Supply Management) et, d’autre part, le volume des échanges mondiaux. Début 2018, l’un et l’autre tutoient les sommets, ce qui indique croissance et emplois. Il n’est donc pas sûr que l’America First, s’il venait à casser cette dynamique, fasse beaucoup d’heureux.
L’aplatissement de la courbe des rendements américains n’a rien d’inquiétant, pour l’instant 11/04/2018
L'aplatissement de la courbe des taux américains retient de plus en plus l'attention des analystes parce qu'historiquement, les inversions des courbes de rendement ont été suivies de récessions. La situation actuelle est différente: la croissance est forte, le taux des Fed Funds corrigé de l'inflation reste très bas et le faible écart entre les obligations d'entreprises high yield et les bons du Trésor américain implique de bonnes conditions de financement.
Le sort de Fannie Mae et Freddie Mac n’est pas scellé 04/04/2018
Aucune des propositions législatives visant à réformer le marché hypothécaire américain n’a, pour l’heure, abouti. Elles procèdent pour la plupart d’une même considération : si les garanties publiques sont indispensables à la liquidité et à la stabilité du marché hypothécaire, l’Etat fédéral ne saurait, à lui seul, assumer l’essentiel des risques de défaut de paiement, qui plus est par le biais de deux agences, Fannie Mae et Freddie Mac, en difficulté financière. A défaut d’une loi, le régulateur de ces deux agences a jeté lui-même les bases d’une réforme en développant un programme de transfert des risques de crédit « non extrêmes » vers le marché.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1792 articles et 490 vidéos