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Zone euro : Inflation en vue?

19/05/2017

Faut-il croire au retour de l'inflation d'ici la fin de l'année ?

Thibault MERCIER

TRANSCRIPT // Zone euro : Inflation en vue? : mai 2017

Malgré l’embellie conjoncturelle, les tensions inflationnistes demeurent faibles en zone euro. Plus spécifiquement,  l’inflation sous-jacente ne montre toujours pas de signes convaincants de redressement. Le pic du mois d’avril, qui a vu l’inflation sous-jacente bondir à 1,3%, est essentiellement temporaire et lié à des décalages dans le calendrier des vacances de Pâques.

Fondamentalement, la faiblesse de l’inflation renvoie au déficit d’activité et d’emploi qui caractérise toujours la zone euro en dépit de la reprise. Ce déficit se traduit notamment par une progression lente des salaires. Pour que la reprise entre dans sa phase inflationniste, il faut que la situation sur le marché du travail s’améliore davantage. En principe il faut que le taux de chômage atteigne son niveau dit « structurel », celui justement à partir duquel se matérialisent des tensions sur les salaires.

L’OCDE calcule un taux de chômage structurel en zone euro à 8,8%, c’est-à-dire  0,7 point en deçà du niveau aujourd’hui constaté. Si l’on se fie à cette estimation et que la tendance à la baisse du taux de chômage se poursuit au rythme actuel, l’économie européenne devrait progressivement entrer dans une phase inflationniste d’ici la fin de l’année. Dans cette optique, il est logique que la Banque centrale européenne commence à étudier les modalités de retrait de ses mesures de soutien à l’économie.

Mais le redressement de l’inflation pourrait prendre davantage de temps. En effet, il est possible que le taux de chômage ne donne qu’une image partielle du niveau des capacités de production sous employées. Dans une note récente, des économistes de la BCE ont calculé une mesure plus large du sous-emploi incluant des personnes à temps partiel désirant travailler plus et des personnes sans emploi mais non répertoriées comme chômeurs. Ils arrivent à une mesure des capacités excédentaires de l’ordre de 18% soit le double du taux de chômage aujourd’hui observé en zone euro. Si tel était le cas, le rétablissement complet du marché de l’emploi serait alors un processus beaucoup plus graduel, de même que la normalisation de la politique monétaire, en ligne finalement avec l’expérience américaine.

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