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EcoEmerging// 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Mexique  
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018 sous le sceau de l’incertitude  
Les relations avec les Etats-Unis demeurent tendues et l’issue des négociations de l’ALENA reste inconnue. Ce climat  
d’incertitudes est renforcé par l’approche des élections au Mexique. Dans le même temps, les fondamentaux macroéconomiques  
er  
sont relativement sains et l’activité économique a plutôt bien résisté au 1 semestre 2017, soutenue par le dynamisme des  
exportations et la bonne tenue de la consommation des ménages, corrélée à un regain de confiance des agents économiques. Le  
second semestre s’annonce plus difficile et en 2018 la croissance devrait pâtir d’un faible acquis fin 2017, de la hausse des taux  
d’intérêt et de l’attentisme des investisseurs en quête de visibilité économique et politique.  
ALENA 2.0 et élections au programme en 2018  
1-Prévisions  
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015 2016 2017e 2018e  
Obsession de l’administration américaine, le déficit commercial des  
Etats-Unis avec le Mexique s’est encore creusé, atteignant  
USD 47 mds entre janvier et août 2017, soit une hausse de12% par  
rapport à la même période de 2016. Considérée initialement comme  
un risque économique majeur pour le Mexique, la remise en cause  
de l’Accord de Libre Echange Nord-Américain (ALENA), est  
envisagée par certains comme une opportunité de diversification  
des exportations mexicaines (cf. Conjoncture de février 2017, «  
Mexique : l’arrimage aux Etats-Unis en question »). Mais l’issue des  
négociations lancées en août 2017 demeure incertaine, et celles-ci  
vont se prolonger au-delà de l’objectif fixé à la fin de l’année. Les  
discussions se sont récemment tendues sur les questions agricoles.  
Et la proposition américaine d’une révision tous les cinq ans de  
l’accord, susceptible de générer une instabilité juridique, est rejetée  
par le Mexique et le Canada.  
PIB (croissance %)  
2,6  
2,3  
2,0  
1,5  
Inflation (moyenne annuelle, %)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique (en % du PIB)  
2,7  
2,8  
5,7  
4,0  
-3,3  
-3,6  
-2,2  
-1,7  
44,2  
-2,8  
47,9  
-2,5  
47,6  
-1.0  
46,6  
-1.0  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (en % du PIB)  
39,4  
46,8  
47,5  
165  
45,4  
163  
Réserves de change (USD mds)  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USD/MXN (en fin d'année)  
167,4 167,7  
4,7  
4,8  
4,6  
4,4  
17,2  
20,7  
18,5  
19,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Taux de change nominal et confiance des entreprises  
Indice de confiance (01/2003=100)  USD/MXN (é.d. inversée)  
Le quatrième cycle de négociations (sur les sept prévus), qui vient  
de s’achever, a abordé les problématiques très sensibles du  
règlement des différends (mesures anti-dumping), du droit du travail  
130  
10  
12  
14  
16  
18  
20  
22  
120  
(
salaire minimum intra-zone) et des règles d’origine. Les Etats-Unis  
souhaiteraient accroître le contenu régional des biens échangés de  
2,5 à 80%, et fixer à 50% le contenu « made in USA » dans le  
110  
00  
6
1
secteur automobile, qui représente un tiers des exportations  
manufacturières mexicaines. Ce renforcement des règles d’origine  
pourrait soutenir l’investissement intra-ALENA en substituant la  
production locale à des produits intermédiaires importés. Mais il n’y  
a aucune raison que cela ne profite pas au Mexique, dont les coûts  
salariaux demeureraient très compétitifs malgré les pressions des  
Etats-Unis et du Canada pour les augmenter.  
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0
80  
70  
2
005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014201520162017  
Sources : Banxico, BNP Paribas  
Reste qu’à se focaliser sur la menace de sortie unilatérale brandie  
par les Etats-Unis, on en oublierait presque que le Mexique pourrait  
lui aussi quitter l’ALENA, jugeant les exigences américaines  
inacceptables. Il pourrait s’en remettre aux règles de l’Organisation  
mondiale du commerce (OMC), qui régissent déjà une part  
substantielle des échanges avec les Etats-Unis, et renforcer ses  
liens avec la quarantaine de pays (et d’autres) avec lesquels il a  
noué des accords commerciaux. En matière agricole, l’OMC fixe un  
droit de douane moyen de 12,5% pour accéder au marché mexicain  
mais de seulement 4,5% pour accéder au marché américain  
Dans ce contexte, le peso mexicain (MXN) demeure volatil, du fait  
aussi de sa complète convertibilité et de l’absence de contrôle des  
capitaux et d’intervention directe de la banque centrale sur le  
marché des changes. Après une chute de 25% par rapport au dollar  
US (USD) entre l’élection américaine en novembre 2016 et fin  
janvier 2017, il s’est réapprécié de plus de 20% avant de se  
déprécier de nouveau de 7% depuis mi-septembre.  
L’économie et la défense des intérêts nationaux devraient être les  
thèmes prépondérants, avec les questions de corruption et de  
(
source « Brèves économiques » de l’Ambassade de France au  
er  
sécurité, en vue des élections législatives et présidentielles du 1  
Mexique, 13 octobre 2017).  
juillet 2018 (scrutin à un tour). Seul candidat officiellement en lice  
pour le moment, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), de la  
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gauche radicale, est en tête dans les sondages. Son élection  
demeure hypothétique et il obtiendrait très difficilement une majorité  
au congrès pouvant compromettre les réformes structurelles en  
cours, notamment l’ouverture du secteur énergétique. En dépit  
d’une rhétorique populiste (jusqu’à récemment anti-ALENA), son  
mandat de maire de Mexico (2000-2005) a prouvé son pragmatisme  
et son sens des responsabilités aux affaires. Les deux principales  
forces politiques, la coalition autour du PRI (centre) de l’actuel  
président Enrique Pena Nieto et la nouvelle alliance PAN-PRD  
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- Croissance du PIB réel (%, glissement annuel)  
PIB observé  PIB estimé  
8
6
4
2
0
2
4
6
8
(
droite-centre gauche) soutiennent la poursuite des réformes  
-
-
-
-
structurelles, la politique de consolidation budgétaire et l’ALENA (les  
accords commerciaux en général).  
Croissance économique résistante au S1 2017  
0
1 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18  
Le PIB réel a continué de croître au rythme de 2,3% en glissement  
annuel (g.a.) au S1, en ligne avec la croissance tendancielle des  
dernières années, malgré i/ le choc négatif sur la confiance des  
investisseurs suite à l’élection de Donald Trump, ii/ la forte  
accélération de l’inflation (dépréciation du MXN, relèvement des prix  
des carburants décidée en janvier, hausse des prix alimentaires) à  
l’origine d’un durcissement de la politique monétaire, et iii/ une  
politique budgétaire restrictive. La consommation et l’investissement  
privés ont accéléré au T2, grâce au rétablissement de la confiance  
des agents économiques. Mais la demande extérieure a été le  
principal moteur de la croissance, notamment au T1.  
Sources : INEGI, estimations BNP Paribas  
l’activité du pays, devraient avoir un impact modéré sur la  
croissance économique au T3. Mais la demande intérieure est  
attendue en léger recul sur le trimestre. Estimés par le  
gouvernement à MXN 37,5 mds, soit environ USD 2 mds, les  
travaux de reconstruction soutiendront l’activité économique au T4.  
Nous prévoyons une croissance du PIB nulle au second semestre  
et de 2% en moyenne en 2017, en ligne avec le consensus des  
économistes établi par la banque centrale (2,1%) et les dernières  
prévisions du FMI (2,1%). Pour 2018, notre scénario central table  
sur un ralentissement de la croissance du PIB à 1,5%, compte tenu  
d’un acquis de croissance très faible en fin d’année 2017, de l’effet  
retardé de la hausse du taux directeur de la banque centrale (+225  
points de base depuis novembre 2016 à 7% depuis juin 2017), et de  
l’incertitude liée aux relations diplomatiques et commerciales avec  
les Etats-Unis et aux élections à venir. Le consensus des  
économistes ressort à 2,2% pour 2018 quand le FMI prévoit 1,8%.  
Soutenues par la compétitivité du MXN et la reprise de la demande  
mondiale, les exportations ont bondi de 6,8% en g.a. en volume au  
S1, tirées par la demande asiatique (+33% en moyenne glissante  
sur douze mois en août), européenne (+13%) et des Etats-Unis  
(
+6%). Le dynamisme des exportations manufacturières (+7,6%),  
agricoles (+11,6%) et minières (+6%) a largement compensé la  
chute des exportations pétrolières (-7,4%). La production  
manufacturière a progressé de 3,4% g.a. sur les huit premiers mois  
de l’année, pendant que la production extractive chutait de 10%. La  
consommation des ménages a crû de 3,2% en g.a. au S1,  
accélérant de +0,7% t/t cvs au T1 à +1,3% au T2. L’investissement  
a reculé de 1,2% g.a. au S1, en raison de la faiblesse de  
l’investissement public et de la construction. En revanche,  
l’investissement en machines et équipements du secteur privé a  
progressé de 3,5% en g.a. au S1. Les flux entrants d’investissement  
direct étranger (IDE) ont reculé de 12% au S1 2017 (à  
USD 15,6 mds) par rapport au S1 2016, mais les nouveaux  
investissements étrangers (greenfield) sont restés dynamiques.  
Des fondamentaux macroéconomiques plutôt sains  
La politique monétaire reste crédible. La dissipation de leffet  
transitoire de la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation,  
combinée à l’essoufflement de l’activité économique, annonce une  
phase de désinflation (inflations globale et sous-jacente ont ralenti  
en août à respectivement 6,3% et 4,8% g.a.). Une convergence très  
graduelle vers la cible d’inflation (3% +/-1 point de pourcentage)  
sera accompagnée d’un assouplissement monétaire en 2018, à  
supposer que le MXN ne soit pas trop chahuté. Les déficits jumeaux  
se sont réduits au cours des derniers trimestres. D’une part, la  
politique budgétaire restrictive devrait permettre une résorption du  
déficit primaire en 2017-2018. D’autre part, la bonne performance  
des exportations et des transferts financiers de la diaspora  
mexicaine a permis une réduction du déficit du compte courant à un  
niveau modéré. La balance de base devrait toutefois rester négative,  
les flux nets d’IDE ne couvrant pas complètement le déficit du  
compte courant. Malgré l’importance des flux d’investissement de  
portefeuille, la position extérieure (solvabilité et liquidité) du Mexique  
demeure solide, tout comme le système bancaire.  
Ralentissement en cours  
Les enquêtes de confiance des entreprises et des ménages de  
septembre demeurent bien orientées, tout comme le PMI  
manufacturier. Le secteur exportateur devrait à nouveau avoir  
soutenu l’activité au T3. Toutefois, la construction et le secteur  
minier continuent de peser sur la production industrielle.  
L’investissement a continué de se contracter de 2,1% g.a. en juillet,  
malgré la bonne tenue des investissements en machines et  
équipements. Les ventes de détail ont augmenté faiblement en  
juillet (+0,4% g.a.). Les tremblements de terre subis en septembre,  
dont celui dans l’Etat de Mexico qui concentre environ 30% de  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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