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D I RE C TI O ND E SET U D E S E C ONOMI QUES  
Autriche : l’immigration domine la campagne électorale  
Autriche : Prévisions économiques  
Après une longue période de quasi-stagnation, l’économie  
autrichienne a repris des couleurs mi-2016, en grande partie  
grâce à une réduction significative de l’impôt sur le revenu.  
Malgré l’amélioration de la conjoncture économique, la  
coalition au pouvoir a perdu des soutiens. Les électeurs  
sont, en particuliers, mécontents de la gestion de la crise  
des migrants.  
(1)  
(1)  
(1)  
2019  
2016  
2017  
2018  
Activité  
PIB  
1.5  
1.5  
2.6  
1.7  
2.8  
8.1  
2.5  
1.7  
4.8  
5.2  
5.1  
7.5  
1.7  
1.1  
2.5  
4.0  
3.7  
7.4  
1.5  
1.0  
2.3  
4.0  
3.9  
7.5  
Consommation privée  
Investissement fixe  
Exportations  
En faisant campagne sur des mesures restrictives en  
matière d’immigration, Sebastian Kunz, leader de l’ÖVP, a  
fait progresser son parti dans les intentions de vote. Selon  
les résultats des sondages, il pourrait devenir le prochain  
Chancelier au sein d’une coalition avec le FPÖ.  
Dans les prochaines années, nous tablons sur une  
croissance en repli aux environs de 1,5 %. L’inflation  
pourrait légèrement reculer à un peu moins de 2 %.  
Importations  
Taux d'épargne (%)  
Inflation & labour  
IPCH  
1.0  
1.2  
6.1  
2.0  
1.6  
5.6  
1.8  
1.2  
5.4  
1.8  
1.0  
5.3  
Emploi  
Chômage (%)  
Accélération notable de la croissance  
Comptes extérieurs et publics (% du PIB)  
Compte courant  
1.7  
2.1  
2.3  
2.6  
Jusqu’à une date récente, les performances économiques de  
l’Autriche étaient plutôt décevantes. Sur la période 2009-2015, la  
croissance moyenne du PIB s’est élevée à 0,6 % à peine, soit la  
moitié du taux de croissance potentiel du pays. À la fin de 2016,  
le PIB réel par habitant se trouvait seulement au même niveau  
qu’en 2008. Au cours de cette même année, le chômage est  
remonté à 6 %, soit 2 % de plus qu’avant la crise. À Vienne, il  
s’élevait même à 11,3 %. Quoi qu’il en soit, le pays est resté l’un  
des plus prospères d’Europe. En 2016, le PIB par habitant était  
supérieur de 26 % à la moyenne de l’UE. Il était même  
légèrement supérieur à celui de l’Allemagne (23 %).  
Solde des Adm. Publiques  
Dette publique (fin période)  
-1.6  
-0.9  
-0.7  
-0.5  
84.6  
80.6  
78.4  
76.2  
Notes (1) prévisions ou données préliminaires  
En glissement annuel sauf indication contraire  
Amélioration du climat économique  
Climat économique Confiance des chefs d’entreprises (é.d.)  
Confiance des ménages (é.d.)  
120  
110  
100  
90  
20  
À la mi-2016, le vent a fini par tourner pour le mieux. Le climat  
économique et dautres indicateurs conjoncturels sont nettement  
repartis à la hausse (graphique 1). La demande intérieure a été,  
dans un premier temps, le principal moteur de l’activité. Les  
dépenses de consommation ont bénéficié de la faiblesse des  
prix de l’énergie, de l’amélioration des conditions du marché du  
travail et, plus important encore, de la réduction de l’impôt sur le  
revenu à hauteur de EUR 5,2 mds, soit 1,3 % du PIB (voir  
encadré 1). Même si la réforme fiscale a été présentée comme  
financièrement neutre, l’économie a bénéficié d’un coup de  
pouce initial d’environ EUR 1,5 md, les mesures compensatoires  
ayant été introduites avec un décalage. De plus, la réforme de la  
fiscalité a entraîné une redistribution du pouvoir d’achat, des  
hauts revenus vers les bas et moyens revenus, ces derniers  
1
0
0
-
-
-
-
10  
20  
30  
40  
80  
70  
60  
-50  
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 1  
Source : Commission européenne  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van Der Putten  
19 septembre 2017  
1
présentant une plus forte propension à dépenser. Résultat, la  
croissance de la consommation privée s’est accélérée à 1,5 %  
en 2016, après avoir quasiment stagné entre 2012 et 2015.  
Comme l’avantage fiscal n’a été que partiellement dépensé en  
Rebond de l’investissement  
Contributions de l’investissement à la croissance annuelle  
Construction Machines-outils Equipements de transport Propriété  
intellectuelle  
2016, le taux d’épargne des ménages a grimpé à 8,1 % du  
Croissance de l’investissement (%, g.a.) ▬ PIB (%, g.a., é. d.)  
revenu disponible net, contre 7,3 % en 2015. La réduction  
d’impôts va également stimuler les dépenses de consommation  
en 2017 ; au cours des six premiers mois de l’année, ces  
dépenses ont, de fait, augmenté de 1,5 % par rapport à 2016.  
6
4
3
2
L’investissement s’est, par ailleurs, redressé en 2016,  
notamment dans le secteur des machines-outils et des  
équipements de transport (graphique 2). Après un repli en 2015,  
les investissements en machines-outils ont connu un rebond,  
porté par des conditions de financement favorables et une  
hausse de l’utilisation des capacités. Au début du troisième  
trimestre 2017, le taux d’utilisation des capacités des entreprises  
manufacturières s’inscrivait à 86,9 %, niveau inédit depuis la mi-  
2
1
0
0
-2  
-1  
-4  
-2  
2
008. L’augmentation des taxes sur les émissions de CO  
2
au-  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : Eurostat  
delà de 130 grammes par kilomètre a entraîné une envolée de  
l’investissement en équipements de transport. Elle a également  
encouragé les achats d’automobiles en 2017. Sur la période  
allant de juin à août 2017, les nouvelles immatriculations  
automobiles ont grimpé de 6 % en glissement annuel. Depuis le  
début de 2017, l’activité de construction s’est également  
redressée, portée par la faiblesse des taux d’intérêt et l’essor de  
la demande de logements.  
Graphique 2  
Il n’en reste pas moins que l’inflation a nettement augmenté, et  
ce, contrairement aux autres pays de la zone euro. Au deuxième  
trimestre 2017, l’inflation sous-jacente comme l’inflation totale  
avoisinaient 2 %. En particulier, les prix des biens faisant l’objet  
d’achats fréquents ont augmenté. En juillet, ceux du mini-panier  
et du micro-panier étaient, respectivement, en hausse de 3,9 %  
En revanche, les exportations de biens et services ont marqué  
le pas, notamment au second semestre 2016, plombées par la  
faiblesse de la demande mondiale. La croissance des  
exportations est néanmoins repartie à la hausse au début de  
1
et de 2,5 % par rapport à l’année précédente .  
Amélioration des finances publiques  
2017, avec le redressement de la demande au niveau  
Malgré des conditions macroéconomiques nettement plus  
favorables que prévu, le déficit public s’est aggravé au point  
d’atteindre 1,6 % du PIB contre 1,1 % l’année précédente. Un  
chiffre décevant et bien supérieur aux estimations du  
gouvernement à l’automne 2016 (1,4 %).  
international. Au cours du premier semestre, les exportations  
autrichiennes de biens et services ont augmenté de 5 % par  
rapport à l’année précédente.  
Ce rebond de l’activité dans son ensemble s’est soldé par une  
amélioration des conditions sur le marché de l’emploi. Depuis le  
troisième trimestre 2016, le chômage est manifestement orienté  
à la baisse, atteignant 5,2 % en juin 2016, d’après des données  
fondées sur un échantillon. Cependant, selon la définition  
nationale, basée sur des données administratives, le taux de  
chômage restait relativement élevé à 8,5 % en septembre. Ce  
chiffre est en partie lié aux difficultés d’intégration des  
demandeurs d’asile reconnus sur le marché du travail. Nombre  
d’entre eux sont enregistrés comme demandeurs d’emploi, mais  
le groupe est sous-représenté dans les échantillons du marché  
du travail.  
Il faut dire que les budgets pour faire face à l’important afflux de  
migrants ont été considérablement augmentés. De plus, les  
politiques actives du marché du travail ont été renforcées,  
entraînant des dépenses supplémentaires. Les dépenses  
globales sont néanmoins restées en deçà du plafond prévu,  
grâce aux économies réalisées par ailleurs, notamment sur les  
paiements d’intérêts.  
La détérioration des finances publiques tient à la diminution des  
recettes, qui ont été inférieures aux prévisions de EUR 0,7 md  
(0,2 % du PIB). Ce repli s’explique par l’introduction tardive de  
caisses enregistreuses électroniques dans le secteur des  
entreprises, une mesure destinée à combattre la fraude. Les  
recettes de la TVA ont, elles aussi, été moins importantes que  
prévu en raison de la croissance décevante de la consommation.  
L’accroissement de l’emploi étant plutôt dû aux contrats à temps  
partiel qu’aux contrats à plein temps, les conditions du marché  
du travail sont probablement moins tendues que ne le suggèrent  
les chiffres du chômage. C’est également la raison pour laquelle  
les hausses de salaire n’ont pas connu d’accélération notable.  
En juillet, le salaire horaire dans l’industrie était en hausse de  
1
L’inflation perçue dépend en particulier des fluctuations des prix des produits  
1,8 % par rapport à l’année précédente, une progression  
fréquemment achetés. L’Office autrichien des statistiques a établi deux mesures pour  
les achats réguliers de produits : le micro-panier comprend des articles tels que les  
denrées alimentaires, la presse et les dépenses dans les cafés et les restaurants. Il  
correspond aux achats quotidiens, qui représentent 5 % des dépenses de  
consommation. Le mini-panier, qui est celui des achats hebdomadaires, comprend  
également les carburants. Il représente 16 % des dépenses de consommation.  
légèrement supérieure à l’augmentation moyenne enregistrée  
en 2016 (1,6 %), mais inférieure à celle de 2015 (2,1 %).  
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Raymond Van Der Putten  
19 septembre 2017  
2
Par ailleurs, l’impôt sur les sociétés ressort en hausse de  
EUR 1,1 milliard, suite à une situation économique meilleure  
que prévu.  
Encadré 1 : La réforme fiscale de 2016  
. Réforme des taux d’imposition : le barème comprend  
1
En 2017, le gouvernement va probablement réussir à ramener le  
déficit à près de 1 % du PIB grâce à un contrôle strict des  
dépenses. Ainsi, les hausses de salaire dans la fonction  
publique n’ont pas dépassé 1,3 % contre 1,7 % environ dans  
l’industrie. De plus, le gouvernement continue de bénéficier de  
taux d’intérêt bas. Quant aux recettes générées par la TVA et  
l’impôt sur les sociétés, elles devraient croître rapidement en  
ligne avec la hausse des dépenses de consommation et  
l’amélioration de la conjoncture.  
désormais six tranches au lieu de trois auparavant. Le taux  
d’imposition le plus bas, applicable aux revenus supérieurs à  
EUR 11 000 (inchangé) est abaissé, passant de 36,5 % à 25 %.  
Le seuil de revenu pour le taux d’imposition le plus élevé de  
50 % est porté de EUR 60 000, en 2015, à EUR 90 000. De plus,  
un nouveau taux d’imposition de 55 % a été introduit pour les  
revenus supérieurs à EUR 1 million, qui s’appliquera sur la  
période allant de 2016 à 2020. Les recettes issues de la tranche  
supérieure d’imposition seront placées sur un fonds destiné à  
financer des mesures en faveur de la recherche et de  
l’enseignement.  
Incertitudes politiques  
2
. Abattements : les abattements des salariés et des navetteurs  
ont été regroupés et augmentés de EUR 345 à EUR 400.  
. Remboursement de 50 % des cotisations de sécurité  
Le 15 octobre prochain, les Autrichiens reprendront le chemin  
des urnes pour élire les 183 membres du parlement fédéral. Ces  
élections anticipées ont été provoquées par le trentenaire  
Sebastian Kurz, leader de l’ÖVP (conservateurs), qui a refusé  
de se maintenir dans la grande coalition avec le SPÖ (socio-  
démocrates).  
3
sociale jusqu’à concurrence de EUR 400 pour les très bas  
revenus non imposables. Une aide d’un montant comparable est  
accordée aux travailleurs indépendants et aux agriculteurs. Le  
plafond de remboursement pour les retraités est fixé à EUR 110.  
Déjà, lors de l’élection présidentielle de l’année dernière, on a pu  
observer un net repli du soutien à la coalition au pouvoir depuis  
4
. L’allocation pour enfants à charge est multipliée par deux,  
passant de EUR 220 par an à EUR 440.  
2007. Aucun des candidats des deux formations n’a réussi à se  
maintenir au second tour. L’élection a finalement été remportée  
par le candidat indépendant Alexander Van der Bellen, ancien  
leader des Verts.  
Ces réformes sont financées par des mesures compensatoires :  
1
. Lutte contre la fraude fiscale et la fraude à la sécurité  
sociale (EUR 1,9 md)  
. Baisse des dépenses dans l’administration ainsi que des  
aides/subventions (EUR 1,1 md).  
. Mesures fiscales structurelles (EUR 900 mn) :  
2
En prenant les commandes de l’ÖVP, M. Kurz a littéralement  
tourné une page ; il a fait du parti son propre mouvement  
politique, allant jusqu’à remplacer le nom de la formation, lors du  
dépôt des candidatures, par la « Liste Sebastian Kurz ». En  
faisant campagne en faveur dune restriction de l’immigration, il  
a réussi à détourner de nombreux électeurs du parti FPÖ (droite  
populiste) hostiles à l’immigration. De son côté, le SPÖ, dont la  
campagne est centrée sur la justice distributive et la lutte contre  
le chômage, n’a pas réussi à mobiliser les électeurs. Dans les  
derniers sondages, la liste Kurz obtient 33 % d’opinions  
favorables, en nette progression, contre 24 % pour le FPÖ et  
autant pour le SPÖ. Les petits partis, les Verts, la Liste Peter  
Pilz (verts dissidents) et NEOS (libéraux) sont à un peu plus de  
3
augmentation du taux de TVA réduit de 10 % à 13 % pour les  
services culturels, le logement, les plantes et l’alimentation  
animale. Limitation des déductions fiscales. Taux  
d’amortissement uniforme de 2,5 % pour les bâtiments des  
entreprises.  
4
. Programme de solidarité (EUR 400 mn) : relèvement des  
droits de mutation immobilière, des taxes sur les plus-values  
immobilières et de l’impôt sur les revenus de placement/plus-  
values financières.  
5. Autofinancement (EUR 850 mn) : recettes fiscales  
supplémentaires estimées suite à la hausse du pouvoir d’achat.  
4
%, le seuil fixé pour obtenir un siège.  
LÖVP et le FPÖ formeront probablement la prochaine coalition.  
Une alliance comparable a déjà gouverné l’Autriche entre 2000  
et 2007. Outre la mise en place de mesures restrictives  
concernant l’immigration, la coalition va probablement œuvrer  
en faveur d’une plus grande subsidiarité au sein de l’UE. De  
plus, M. Kurz souhaite ramener la charge fiscale globale de  
La croissance économique demeure bien orientée  
Nous prévoyons un repli de la croissance aux environs de 1,5 %  
au cours des prochaines années, un niveau légèrement  
supérieur au taux de croissance potentiel, estimé à 1,1 %.  
Cependant, la croissance potentielle pourrait augmenter dans  
les prochaines années à hauteur d’environ 0,3 point de  
pourcentage si le pays réussit à intégrer l’afflux récent de  
réfugiés dans la population active (encadré 2).  
44,4 % (2016, Eurostat) à 40 %, soit le même niveau qu’en  
Allemagne. Il faudra pour ce faire procéder à un gel des  
dépenses en volume. Or, ce ne sera pas chose facile car les  
dépenses au titre des pensions de retraite et des intérêts vont  
probablement augmenter dans les années à venir. Pour y  
parvenir, le gouvernement devra faire des économies dans  
d’autres domaines. Enfin, ce type de coalition va probablement  
alléger la réglementation, en particulier dans le tourisme et les  
infrastructures.  
La consommation des ménages sera de moins en moins un  
facteur de soutien pour la croissance car l’effet lié à la réduction  
d’impôts de 2016 finira par s’estomper. De plus, la croissance  
de l’investissement pourrait diminuer  
à en juger par le  
ralentissement des nouvelles immatriculations de véhicules  
d’entreprise. Par ailleurs, les investissements en machines-outils  
et équipements, autres que les véhicules, vont probablement  
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Raymond Van Der Putten  
19 septembre 2017  
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augmenter en raison d’une plus grande utilisation des capacités.  
De plus, l’activité de construction va se renforcer en  
grande partie sous l’effet de l’augmentation de la demande de  
logements, une évolution qui n’est que partiellement liée à  
l’afflux récent de migrants. La faiblesse des coûts de  
financement a également stimulé la demande dans l’immobilier.  
Les exportations devraient connaître une embellie avec le  
redressement du commerce mondial et la reprise significative de  
la zone euro. En particulier, les exportations vers l’Europe sont  
2
en plein essor grâce à la forte croissance dans ces pays. Après  
le léger repli de 2016, l’excédent des paiements courants va  
probablement repartir à la hausse.  
L’évolution sur le marché du travail dépend en partie de  
l’intégration des travailleurs immigrés. Le taux de chômage au  
sens étroit devrait poursuivre sa décrue, sachant qu’il pourrait  
augmenter légèrement selon la définition nationale. De plus,  
l’Autriche va probablement connaître une pénurie de main-  
d’œuvre qualifiée susceptible de freiner la croissance de la  
production. Une telle situation pourrait aussi exercer des  
pressions  
à la hausse sur les salaires, entraînant un  
accroissement des disparités de revenus. L’envolée des prix à la  
consommation aura probablement un impact sur les  
négociations salariales en 2017. Quoi qu’il en soit, l’inflation  
devrait reculer aux environs de 1,8 %, une évolution imputable  
aux prix de l’énergie. L’inflation sous-jacente devrait, quant à elle,  
rester proche de 2 %.  
2
Voir Dorbec, A. 2017, « Union Européenne : À l'est de l'Union européenne : le  
rattrapage à grands pas », Conjoncture, septembre, BNP Paribas  
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Raymond Van Der Putten  
19 septembre 2017  
4
Encadré 2 : afflux migratoires récents  
Au cours des dernières décennies, l’Autriche a accueilli de nombreux immigrés, en particulier, en provenance des pays d’Europe de lEst. Le pourcentage  
d’immigrés dans la population est passé de 8,5 % en 2000 à 14,5 % en 2016. La part de la population issue de pays non membres de l’UE a grimpé à 7,4 %,  
contre 4 % en moyenne pour l’UE. L’afflux migratoire actuel tient à l’ouverture du marché aux travailleurs en provenance des nouveaux pays de l’UE et aux  
réfugiés du Moyen-Orient principalement.  
Sur la période 2015-2016, l’Autriche a reçu en tout 130 400 demandes d’asile, déposées par des migrants originaires pour les deux tiers d’Afghanistan, de  
Syrie et d’Irak. C’est ainsi que l’Autriche est devenue l’un des pays les plus sollicités pendant la crise des réfugiés (graphique 3). En 2017, grâce à l’accord  
conclu entre l’UE et la Turquie, la route des Balkans a été officiellement fermée et l’afflux de réfugiés sensiblement réduit. De janvier à juillet 2017, les  
autorités autrichiennes n’ont reçu que 17 000 demandes d’asile, soit 41 % de moins qu’un an plus tôt. Les demandeurs d’asile sont en moyenne plus jeunes  
que la population autrichienne (graphique 4) : ils sont pour près de la moitié âgés de 18 à 34 ans contre 22 % pour la population autrichienne. En outre, les  
65 ans et plus représentent moins de 1 % des demandeurs d’asile.  
On ne connait pas bien leurs compétences en raison de labsence d’enregistrement systématique du niveau d’études et de qualification obtenu. Toutefois, à  
en juger par le niveau d’instruction des immigrés arrivés dans les pays de l’UE entre 1988 et 1993, l’OCDE conclut que les réfugiés ne font pas partie, en  
général, des plus pauvres parmi les pauvres dans leur pays d’origine et ont tendance à disposer de compétences supérieures à celles de la population  
1
globale de ces pays. C’est ce que confirme également une enquête facultative menée en Allemagne auprès de demandeurs d’asile : 15 % avaient un  
diplôme universitaire, 16 % avaient terminé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire, 35 % le premier cycle du secondaire, 24 % n’avaient fréquenté  
que l’école primaire et 11 % n’avaient pas été du tout scolarisés. Les demandeurs d’asile originaires de Syrie étaient en moyenne les plus diplômés : 21 %  
d’entre eux ont déclaré avoir effectué des études universitaires. Une enquête de plus petite taille, menée auprès de 900 réfugiés environ par le Service  
public autrichien pour l’emploi, a abouti à des résultats similaires.  
L’Autriche a consenti des efforts considérables pour accueillir et intégrer les réfugiés. Le programme mis en place prévoit notamment l’expansion de  
l’enseignement de l’allemand et des cours d’orientation. Une loi a été récemment adoptée pour accélérer la reconnaissance des diplômes des ressortissants  
de pays non membres de l’UE. De plus, la Loi sur le travail des étrangers a été assouplie afin de permettre l’accès des réfugiés à des stages de formation  
professionnelle. L’âge limite pour bénéficier de dérogations aux restrictions relatives à la formation professionnelle a, en outre, été relevé de 18 à 25 ans.  
L’un des principaux défis que doivent relever les autorités consiste à intégrer les réfugiés dans le système éducatif. En juin 2016, l’Autriche a dû intégrer  
14 233 élèves issus de familles de réfugiés, soit environ 1,7 % de la population totale d’âge scolaire. Une difficulté d’autant plus grande que les réfugiés ont  
tendance à se concentrer autour des zones urbaines et, en particulier, à Vienne. De plus, tous les établissements n’ont pas les compétences nécessaires  
pour enseigner l’allemand en deuxième langue ni pour intégrer des enfants issus de cultures différentes, qui sont en outre souvent traumatisés par leur  
expérience de la guerre.  
Les autorités estiment le coût total de l’intégration des réfugiés à 0,75 % du PIB, pour 2016 et 2017, dont 0,5 % pour le gouvernement fédéral. Selon des  
estimations du FMI, la contribution fiscale des réfugiés pourrait se révéler positive au bout de huit à dix ans, sous réserve d’intégration réussie sur le marché  
2
du travail . Par ailleurs, les immigrés étant en général plus jeunes que la population globale, les coûts des systèmes de retraite et de santé pourraient  
baisser. Les chercheurs du FMI estiment que, du fait de l’afflux de réfugiés, la production potentielle de l’Autriche pourrait augmenter de 0,2 % à 0,3 % par  
rapport à un scénario basé sur les tendances migratoires antérieures à 2014.  
1
2
OCDE, Débats sur les politiques migratoires, septembre 2015.  
FMI, 2016, « Austria selected issues », Rapport par pays N° 16/51.  
Réponses favorables aux demandes d’asile  
Les demandeurs d’asile sont relativement jeunes  
(moyenne 2015-2016)  
Réponses favorables pour 100 000 habitants  
en % du total des demandeurs d’asile/population en 2016  
Demandeurs d’asile Population  
600  
500  
400  
300  
200  
100  
0
50  
40  
30  
20  
10  
0
>
14  
14 - 17  
18 - 34  
35- 64  
< 65  
Graphique 4  
Source : Eurostat  
Graphique 3  
Source : Eurostat  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van Der Putten  
19 septembre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
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