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EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Afrique du Sud  
Nouveau départ  
L’arrivée de Cyril Ramaphosa à la présidence sud-africaine en février 2018 a constitué un choc de confiance positif. La formation du  
nouveau gouvernement, la présentation du budget pour l’année 2018-2019 et l’annonce de réformes structurelles ont mis fin à une  
longue période d’incertitude politique, ramené la confiance des investisseurs, permis une réappréciation du rand et ouvert la voie à  
une amélioration des finances publiques. A court terme, la croissance économique devrait bénéficier de ce regain de confiance. A  
moyen terme, le redressement ne pourra se poursuivre que si le pays parvient à introduire d’importants changements structurels  
indispensables à l’élévation de son potentiel de croissance. La tâche de la nouvelle administration, et des suivantes, est immense.  
L’élection de Cyril Ramaphosa à la présidence sud-africaine en  
1-Prévisions  
février 2018 a mis fin à une longue période d’incertitude politique,  
ramené la confiance sur les marchés, entraîné un rebond des  
variables financières et ouvert la voie à une amélioration de la  
performance macroéconomique du pays. Surtout, l’annonce de  
toute une série de réformes laisse espérer un redressement des  
finances publiques, une accélération de la croissance économique  
et une réduction de la corruption. Le nouveau gouvernement doit  
maintenant s’atteler à la tâche, qui est immense.  
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016  
2017 2018e 2019e  
PIB réel, v ariation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
0,6  
6,3  
1,3  
5,3  
2,0  
4,9  
1,5  
4,9  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-3,9  
50,7  
-3,3  
48,4  
42,6  
5,7  
-4,6  
54,2  
-2,2  
51,2  
45,0  
5,5  
-4,2  
55,0  
-3,0  
47,8  
50,0  
5,6  
-3,9  
56,4  
-3,5  
50,0  
50,0  
5,3  
Dette publique / PIB (%)  
Solde courant / PIB (%)  
Dette ex térieure / PIB (%)  
Réserv es de change, mds USD  
Réserv es de change, en mois d'imports  
Taux de change USDZAR (fin d'année)  
Ramaphosa enclenche une spirale positive  
13,7  
12,1  
12,4  
12,7  
Le choix de Cyril Ramaphosa comme nouveau président de l’ANC  
en décembre 2017, puis son installation au pouvoir en février à la  
suite de la démission de Jacob Zuma, ont marqué un tournant dans  
la vie politique sud-africaine. L’incertitude politique et le risque de  
dérapage populiste des politiques économiques, qui s’étaient  
aggravés pendant la présidence Zuma, se sont maintenant réduits.  
Le président Ramaphosa a rapidement formé son équipe  
gouvernementale, nommé de nouveaux dirigeants à la tête de  
certaines entreprises publiques et annoncé d’importantes mesures  
d’ajustement budgétaire pour 2018. En outre, la priorité a été  
donnée aux enquêtes et poursuites judiciaires visant à mettre fin au  
système de « capture de l’Etat » (pillage des ressources de l’Etat  
par un réseau corrompu d’hommes politiques de la sphère Zuma  
sous influence de la famille Gupta).  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Retour de la confiance sur les marchés financiers  
Taux de change (par USD) et rendement obligataire (%)  
USDZAR, é.g.  Rendement des oblig. souveraines à 10 ans, é.d.  
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12  
15  
1
1
1
3
10  
9
11  
9
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En conséquence, l’Afrique du sud a pu éviter la dégradation tant  
redoutée de ses notations souveraines (devises et monnaie locale)  
par l’agence Moody’s lors de sa revue de mars 2018.  
Standard & Poor’s et Fitch avaient placé les ratings souverains sud-  
africains en catégorie speculative-grade au cours de l’année 2017.  
Le maintien du rating de Moody’s en catégorie investment-grade a  
ainsi permis au pays d’échapper à des ventes massives de titres de  
dette souveraine (qui est à 90% libellée en monnaie locale) liées  
aux contraintes réglementaires et à la gestion indicielle des  
portefeuilles d’investissement. Selon l’IIF (Institute of International  
Finance), le passage en catégorie speculative-grade de la notation  
de Moody’s sur la dette souveraine en monnaie locale aurait pu  
provoquer jusqu’à USD 8,5 mds de ventes d’obligations (soit  
environ 5% de la dette du gouvernement sud-africain émise sur les  
marchés locaux).  
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5
3
6
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source : Banque centrale  
rendements des titres obligataires ont rapidement chuté, mettant fin  
à la période de fortes tensions des mois précédents (graphique 2).  
Ajustements de la politique économique  
Cette détente donne à la banque centrale une marge de manœuvre  
dont elle n’avait pas joui depuis longtemps. Dans un contexte de  
croissance molle et d’appréciation du rand, les tensions  
inflationnistes se sont réduites depuis le début de 2017. L’inflation  
des prix à la consommation est passée de 6,7% en glissement  
annuel en décembre 2016 à 4,7% en décembre 2017 et 4,0% en  
février 2018. Elle devrait augmenter dans les prochains mois (du fait  
de l’accélération de la demande interne et de la hausse de la TVA),  
mais néanmoins rester dans la bande ciblée par les autorités (3%-  
Avec le retour de la confiance des investisseurs, le rand sud-africain  
(ZAR) a pu s’apprécier par rapport au dollar (+ 11% depuis l’élection  
de Ramaphosa à la tête de l’ANC le 18 décembre) et les  
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%).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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La banque centrale a attendu la fin de la crise politique et la  
réduction du risque de nouvelles pressions sur le change pour  
réduire son taux directeur. Ce taux a ainsi été abaissé (de 25 points  
de base à 6,5%) en mars 2018 pour la première fois depuis juillet  
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- La reprise reste timide  
PIB, en g.a. en %, et contributions à la croissance en points de pourcentage*  
PIB  Consommation des ménages  Dépenses publiques  
Investissement  Variation des stocks  Exportations nettes  
2017, et pourrait être encore réduit modérément cette année. Aidée  
par le redressement de la confiance des entrepreneurs, la détente  
monétaire pourrait permettre une accélération du crédit bancaire à  
court terme. La progression de celui-ci n’a que très légèrement  
rebondi l’an dernier (atteignant 6,7% en glissement annuel à la fin  
de 2017) après son affaiblissement en 2016.  
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4
2
0
2
4
En revanche, la politique budgétaire a pris un tour restrictif. Les  
mesures d’ajustement pèseront sur l’activité, mais sont  
indispensables à la réduction des déficits budgétaires et à  
l’amélioration de la dynamique de dette publique, qui elles-mêmes  
aideront à la consolidation de la confiance des investisseurs.  
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011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Les finances publiques se sont dégradées au cours des dernières  
années, principalement du fait d’une croissance du PIB très faible et  
de la hausse des paiements d’intérêts sur la dette. Le déficit total du  
gouvernement central était estimé à 4,6% du PIB sur l’année  
budgétaire 2017-2018 (qui s’étend d’avril à mars), contre 3,9% en  
Source : Statistics South Africa  
* La composante résiduelle n’apparaît pas.  
est redevenue positive en 2017 après la contraction de 2016, mais  
est néanmoins restée très modeste. La reconstitution des stocks,  
notamment liée à de bonnes récoltes agricoles, a également  
contribué positivement à la croissance. En revanche, la contribution  
des exportations nettes a été négative en 2017 : les volumes  
d’importations ont rebondi après leur baisse de 2016 alors que les  
volumes d’exportations sont restés stables. La performance des  
exportations en valeur (+19% contre -8% en 2016) a par contre  
largement profité de la hausse des prix des matières premières.  
2016-2017. Le déficit primaire (avant paiements d’intérêts sur la  
dette) s’élevait à 1,2% du PIB, contre 0,5% l’année précédente. La  
marge de manœuvre du gouvernement pour contenir ses déficits  
est en réalité extrêmement réduite. Ceci résulte à la fois de la  
faiblesse des recettes fiscales (dont la progression plus lente que  
prévu en 2017-2018 explique en partie la détérioration du déficit),  
de l’importance des dépenses (notamment des salaires des  
fonctionnaires, qui représentent 40% des dépenses du  
gouvernement hors paiements d’intérêts) et de la charge de la dette.  
La croissance du PIB devrait continuer à se redresser légèrement  
en 2018, pour s’établir à 2%. La demande interne sera soutenue par  
le renforcement de la confiance des investisseurs et des ménages,  
les salaires réels devraient bénéficier de la désinflation et de la  
hausse du salaire minimum. Les conditions de crédit devraient  
également devenir plus favorables à la croissance. Les hausses  
d’impôts devraient, au contraire, avoir un effet restrictif sur la  
consommation privée.  
La dette du gouvernement était estimée à 54% du PIB à la fin de  
l’année budgétaire 2017-2018 (alors qu’elle était inférieure à 30%  
en 2009). A cela s’ajoute la dette contingente des entreprises  
publiques, dont certaines (notamment la compagnie d’électricité  
Eskom) font face à de graves difficultés financières.  
Le budget pour l’année 2018-2019, présenté en février dernier,  
laisse espérer une amélioration des finances publiques à court et  
moyen termes. L’ajustement budgétaire envisagé pour 2018-2019  
repose principalement sur des hausses de la fiscalité (avec, par  
exemple, une augmentation de la TVA de 1 point de pourcentage à  
L’accélération de la croissance sera surtout limitée par  
d’importantes contraintes structurelles, telles que le manque  
d’infrastructures et de main d’œuvre qualifiée, la faiblesse de  
l’investissement et la rigidité du marché du travail. A moyen terme,  
d’importants changements structurels sont indispensables à une  
élévation du potentiel de croissance. Les annonces de réformes du  
nouveau gouvernement ont rassuré. Cependant, si le consensus est  
large sur la nécessité d’éradiquer la corruption au niveau de l’Etat, il  
est plus fragile sur d’autres sujets. La confédération syndicale  
Cosatu et le parti d’extrême gauche EFF (Economic Freedoom  
Righters) pourraient ainsi s’opposer à certaines réformes du secteur  
public et du marché du travail. En outre, l’ANC pourrait également  
hésiter à soutenir des mesures peu populaires d’ici les élections  
nationales de 2019. La victoire du parti est loin d’être assurée, au vu  
de l’affaiblissement progressif du soutien de ses électeurs au cours  
de la dernière décennie.  
15% et une hausse de la taxe sur le carburant). Le budget 2018  
prévoit également une réallocation visant à favoriser certaines  
dépenses sociales (avec notamment la gratuité de l’enseignement  
supérieur proposé aux familles les plus pauvres). Le déficit du  
gouvernement central devrait pouvoir se réduire en 2018-2019,  
mais néanmoins rester proche de 4% du PIB.  
La croissance se redresse… un peu  
La croissance économique s’est lentement redressée depuis son  
point bas atteint au T1 2016 (graphique 3). Elle s’est établie à 1,3%  
en 2017 contre 0,6% en 2016 (l’institut statistique vient de réviser  
les séries de PIB pour 2014-2017). La reprise a été tirée par la  
demande interne : la consommation privée a apporté la contribution  
la plus forte à la croissance, soutenue par la hausse de l’emploi et  
l’amélioration des salaires réels. La contribution de l’investissement  
Christine Peltier  
christine.peltier@bnpparibas.com  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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