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d’un monde  
qui change  
DIRECTION DES ETUDES ECONOMIQUES  
Allemagne : investissements à l’étranger  
Les investissements des entreprises allemandes ont marqué  
le pas au niveau national. Cependant, le nombre  
d’entreprises qui investissent à l’étranger est en hausse.  
Une part modeste des investissements directs étrangers  
Morosité de l’investissement  
Investissement en machines et outils (g.a.)  
Taux d’utilisation des capacités de production (é.d.)  
30%  
% 90  
(IDE) vise à réduire les coûts de production ; la majeure  
%
88  
partie est destinée à accroître les parts de marché et à servir  
les clients étrangers.  
Selon une étude récente, les entreprises qui investissent à  
l’étranger augmentent aussi leurs dépenses en capital en  
Allemagne. C’est ce que confirme également la Chambre de  
l’industrie et du commerce allemande (DIHK).  
2
0
86  
84  
10  
0
82  
80  
78  
-
10  
20  
30  
76  
74  
-
Au cours des dernières années, l’investissement des entreprises  
allemandes a été plutôt morose, en dépit de taux d’utilisation  
des capacités relativement élevés, de la faiblesse des coûts de  
financement et d’une conjoncture économique favorable  
graphique 1). Sur la période 2013-2015, les investissements  
nets ne représentaient que 2,8 % du produit intérieur net  
graphique 2), un niveau proche de la moyenne de la zone euro,  
72  
-
70  
2
008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 1  
Sources : Destatis et Commission européenne  
(
Investissement net  
(
mais bien inférieur à ceux du Royaume-Uni (3,8 %), des Etats-  
Unis (4,4 %) et de la France (4,5 %).  
2013-2015, % du PIB  
12  
D’après la Chambre de l’industrie et du commerce allemande  
1
0
(DIHK), l’une des raisons pour lesquelles les entreprises hésitent  
8
6
à investir tient à la pénurie de plus en plus forte de main-  
d’œuvre qualifiée. C’est en particulier l’argument invoqué par les  
entreprises qui souhaitent développer leurs capacités ou faire  
progresser l’innovation produits. Selon l’enquête du mois de mai  
dernier, 68 % du premier groupe y voient un risque contre 59 %  
à peine trois mois plus tôt.  
4
2
0
ITA JAP ESP ALL UE28 GBR US FRA AUS COR  
Le faible niveau des dépenses en capital a gonflé l’excédent  
financier du secteur non financier, qui s’inscrivait à 3,5 % du PIB  
en 2015 et 2016. C’est l’une des principales raisons du fort  
excédent des comptes courants allemand, qui a atteint 8,3 % en  
-2  
-4  
Graphique 2  
Source : OCDE  
2016, après 8,6 % en 2015.  
D’importants investissements directs à l’étranger  
accroissement des investissements directs à l’étranger (IDE) .  
Ces investissements peuvent revêtir plusieurs formes : la  
Au cours des décennies écoulées, l’évolution technologique, la  
réduction des coûts de transport et la libéralisation des  
échanges ont transformé les modes d’organisation des  
processus de production au niveau international. Les économies  
sont aujourd’hui de plus en plus interconnectées, entraînant un  
1
Les IDE sont des investissements financiers impliquant une relation de long terme  
notamment par une prise de contrôle ou de participation d’une société dans le capital  
d’une entreprise étrangère. Dès lors que la prise de contrôle ou de participation est  
égale à 10 %, l’investissement est classé dans les IDE. Dans les autres cas, les  
investissements financiers sont classés dans les investissements de portefeuille.  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van der Putten  
31 août 2017  
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construction d’usines nouvelles, le rachat d’entreprises  
existantes ou la conclusion d’un accord de coopération avec une  
entreprise d’un autre pays (joint-venture). Les IDE comprennent  
également les bénéfices réinvestis et les prêts intragroupes.  
IDE en % du PIB  
EUR Mds EUR, somme mobile sur 4 trimestres  
Allemagne  France  Italie  
50  
2
Loin d’être en reste, les entreprises allemandes ont elles aussi  
accru leurs investissements à l’étranger. En particulier, après la  
grande crise financière, les IDE allemands ont dépassé ceux de  
la France et de l’Italie (graphique 3). Cependant, en 2016 le plus  
grand exportateur net d’IDE était le Japon, suivi des Pays-Bas et  
de la Suisse (graphique 4). Les principaux pays d'accueil des  
IDE étaient le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Selon l’enquête  
de la DIHK sur les investissements directs à l’étranger, 49 %  
des entreprises industrielles allemandes envisagent d’investir à  
l’étranger en 2017, un niveau inédit depuis le début de l’enquête  
2
00  
150  
100  
50  
0
en 1991 . De plus, 32 % d’entre elles prévoient d’accroître leurs  
2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016  
investissements étrangers par rapport à 2016. Comme on  
pouvait s’y attendre, les IDE sont principalement le fait de  
grandes entreprises ou d’entreprises de taille moyenne à grande.  
Parmi elles, 78 % entreprises de plus de 1000 salariés et 59 %  
de 200 à 500 salariés ont l’intention d’investir à l’étranger.  
-50  
Graphique 3  
Source : OCDE  
IDE nets dans l’OCDE  
USD Mds, 2016  
Selon 45 % des entreprises interrogées par la DIHK, la  
principale raison de ce type d’investissement est la construction  
d’un réseau commercial et de service après-vente (graphique 5).  
C’est notamment le cas pour 67 % de celles qui investissent  
outre-Manche et qui se préparent à la sortie du Royaume-Uni de  
l’UE. La réintroduction éventuelle de barrières commerciales  
pourrait créer des difficultés pour desservir cet important marché  
directement depuis l’Allemagne. Autre progression notable :  
l’accroissement des investissements dans les services clients en  
Chine, cet objectif étant cité par 49 % des investisseurs, contre  
Le signe moins (-) signifie que les IDE entrants sont supérieurs aux IDE  
sortants  
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50  
0
JAP NLD SWI CAN DEU SPA FRA ITA USA UK  
-
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200  
250  
300  
-
44 % dans l’enquête de 2016. Une évolution qui montre bien  
-
l’importance grandissante du marché chinois pour les ventes de  
biens de consommation.  
-
-
L’augmentation des parts de marché est une autre raison  
importante invoquée par 31 % des entreprises du panel DIHK  
pour investir à l’étranger. En délocalisant la production, les  
entreprises ont pour objectif de se rapprocher de leurs clients et  
de desservir directement le marché local (IDE horizontaux). Les  
investissements en dehors de l’UE sont aussi un moyen de  
contourner les barrières commerciales. Les investissements en  
Amérique du Nord et en Chine ont pour plus d’un tiers vocation  
à accroître les parts de marché, contre 21 % seulement des IDE  
dans la zone euro. Dans le secteur des services non  
exportateurs, comme l’hôtellerie et la restauration ou le  
commerce de détail, les IDE sont le seul m3 oyen  
d’internationaliser les activités des entreprises concernées .  
-
Graphique 4  
Source : OCDE  
 IDE nets de l’industrie allemande par région  
en %, plusieurs réponses possibles  
Faire des économies  Développer les parts de marché  Services clients  
Reste de l'UE, CHE, NOR 19 22 59  
Reste de l'Asie/Pacifique 15 23  
Amérique du Nord 11 34  
Chine 16 35  
62  
Pour 24 % des entreprises interrogées, la délocalisation d’une  
partie du processus de production tient à la hausse des coûts  
nationaux (fragmentation verticale), soit un niveau inchangé par  
rapport à l’année précédente et à peine supérieur à celui de la  
période 2011-2015. Cette raison est en particulier citée dans les  
branches à forte intensité d’énergie et de main-d’œuvre. Les  
entreprises se disent inquiètes face à l’accélération des prix de  
55  
49  
Zone euro  
26  
10  
21  
20  
53  
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30  
40  
50  
60  
70  
2
Il est probable que les entreprises ayant répondu à l’enquête de la DIHK appliquent  
Graphique 5  
Source : DIHK  
une définition plus étroite des IDE que celle communément admise.  
3
Ces services n’entrent pas dans le cadre de l’enquête DIHK.  
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Raymond Van der Putten  
31 août 2017  
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Stock d’IDE allemands par région  
l’énergie. En particulier, la surtaxe au titre des énergies  
renouvelables (EEG-Umlage) a entraîné un creusement de  
l’écart des prix de l’électricité avec les autres pays européens et  
avec les Etats-Unis. La zone euro est la destination de  
délocalisation privilégiée pour des raisons d’efficacité et de coûts  
EUR Mds  UE15  UE, pays en transition  E-U  Chine  
Reste de l’Asie Reste du monde  
200  
1
(
26 % des entreprises investissent dans la zone euro). Suite aux  
1
000  
00  
600  
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00  
réformes structurelles engagées dans la région, les tendances  
des salaires et des prix de l’énergie y sont devenues plus  
favorables qu’en Allemagne. Les autres destinations citées pour  
les investissements offrant des économies de coûts sont la  
Chine (16 %), les autres pays de l’UE, ainsi que la Norvège et la  
Suisse (19 %).  
8
4
2
Les entreprises souhaitent, par ailleurs, investir à l’étranger pour  
s’assurer un accès aux ressources naturelles comme le gaz, le  
pétrole, et autres matières premières. L’objectif est aussi, en lien  
avec ce qui précède, d’acquérir des technologies avancées et  
une main-d’œuvre qualifiée. Cette dernière fait en effet  
cruellement défaut en Allemagne. Dans l’enquête 2017 sur les  
IDE, cette raison a été invoquée par 45 % des investisseurs,  
contre 38 % un an plus tôt.  
0
2
003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014  
Graphique 6 Source : OCDE  
Stock d’IDE allemands par secteur (2015)  
Industrie  Finance  Commerce de détail et de gros  Autres  
Enfin, les entreprises investissent à l’étranger pour améliorer  
leur efficacité opérationnelle (investissements dans l’efficacité).  
La portée de ce type d’IDE dépend des progrès en matière de  
technologies de l’information et de la communication, de la  
libéralisation des échanges et de transports d’un bon rapport  
coût-efficacité.  
21%  
35%  
Certes, dans de nombreux cas, la décision d’investir à l’étranger  
tient  
à
un ensemble de raisons. Par exemple, les  
16%  
investissements dans les économies en phase de transition  
d’Europe centrale et orientale étaient initialement motivés par la  
faiblesse des coûts. Cependant, avec l’amélioration de leur  
niveau de vie, ces pays sont également devenus d’importants  
marchés pour les investisseurs.  
28%  
Une valeur ajoutée étrangère de plus en plus importante  
dans les produits allemands  
Graphique 7  
Source : Deutsche Bundesbank  
Les statistiques de l’OCDE sur les stocks d’IDE montrent à quel  
point la place des entreprises allemandes dans les chaînes de  
valeur mondiales s’est renforcée au cours des dernières  
 Stock d’IDE industriels allemands par région  
2015  
 UE, pays en transition  Reste de l’UE  E-U  Asie  Reste du  
monde  
décennies . L’Union européenne et les Etats-Unis sont les  
principales destinations, avec, respectivement, 60 % et 17 % du  
stock allemand d’IDE. En outre, les investissements directs de  
l’Allemagne en Asie et dans les économies de transition sont en  
forte expansion. Ainsi l’Asie représentait 11 % des stocks d’IDE  
allemands en 2014, contre moins de 6 % en 2003 (graphique 6).  
10%  
16%  
En 2015, selon des statistiques de la Bundesbank, les stocks  
d’IDE étaient répartis à hauteur de 35 % environ dans l’industrie  
manufacturière, de 28 % dans le secteur financier et de 17 %  
dans le commerce de gros et de détail (graphique 7). Un peu  
plus de 40 % des IDE dans le secteur manufacturier concernent  
26%  
22%  
4
Quoi qu’il en soit, ces statistiques sont difficiles à interpréter en raison des structures  
26%  
de financement complexes des multinationales, dont le recours à des entités à  
vocation spéciale pour faire transiter les investissements par plusieurs pays avant  
d’atteindre leur destination finale. De plus, toutes les transactions ne sont pas  
enregistrées. Par exemple, si une société allemande rachète une entreprise aux Etats-  
Unis et finance l’opération à l’aide de fonds levés sur le marché financier américain, il  
n’y aura pas de flux de capitaux transfrontières et aucun IDE ne sera enregistré.  
Graphique 8  
Source : Deutsche Bundesbank  
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Raymond Van der Putten  
31 août 2017  
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l’Europe (graphique 8). Les principales destinations sont les  
pays en phase de transition de l’UE (10,2 %), la Belgique  
travail et d’accroître l’aide aux victimes de la mondialisation au  
moyen, notamment, de salaires subventionnés. Au moment où il  
écrivait cet article, l’Allemagne était encore considérée comme  
l’homme malade de l’Europe. Or, moins d’une décennie plus  
tard, le pays se situait parmi les économies les plus dynamiques  
de l’OCDE.  
(4,4 %) et la Suède (3,9 %). Viennent ensuite le Royaume-Uni et  
la France à hauteur de 3 % chacun. En dehors du Vieux  
continent, les principales destinations sont les Etats-Unis  
(25,7 %) et la Chine (13,7 %).  
Ces statistiques permettent de se faire une idée plus précise de  
la délocalisation de la production ou de la valeur ajoutée. La  
base de données OCDE/OMC sur le commerce en valeur  
ajoutée (Trade in Value Added ou TiVA) est également une  
source d’information précieuse, mais les derniers chiffres  
disponibles remontent à 2011. Aussi les données sur les flux et  
les stocks d’IDE fournissent-elles, en dépit de graves lacunes,  
des renseignements complémentaires sur les évolutions  
récentes.  
Pour quelles raisons le scénario noir de Sinn a été évité ? Il  
convient de souligner, tout d’abord, que son analyse portait  
principalement sur les entreprises qui délocalisaient une partie  
de leur chaîne de production pour des raisons de coûts, en  
particulier des coûts de main-d’œuvre (fragmentation verticale).  
Même si cela représentait une part modeste des IDE, il  
s’agissait là d’une préoccupation majeure au milieu des années  
2000, après l’adhésion à l’UE, en mai 2004, des pays d’Europe  
centrale et orientale en transition. Les bas salaires qui y étaient  
pratiqués et leur proximité géographique ont fait de ce groupe  
de pays une destination privilégiée pour la délocalisation et  
l’externalisation d’une partie de la production les petites et  
moyennes entreprises allemandes (Mittelstand). Les stocks  
d’IDE allemands dans ces pays ont plus que doublé entre 2003  
et 2015, leur part dans le total des IDE ayant grimpé à 8 %.  
D’après les données TiVa, le contenu en valeur ajoutée  
étrangère des exportations allemandes a grimpé de 20,1 % en  
2001 à 25,6 % en 2011, soit le taux le plus élevé des pays du  
G7, à l’exclusion de l’Italie. La part en valeur ajoutée étrangère a,  
non seulement, augmenté, mais son origine a également évolué  
sur la période. Les Quinze de l’UE ont ainsi reculé de 52,4 % en  
1
995 à 40,2 % en 2011 au profit des pays non membres de  
l’OCDE, dont la part a fait un bond de 12,4 points à près de  
0 %. Parmi les pays de l’OCDE, les nouveaux Etats membres  
Comme le confirme une étude récente sur les IDE allemands en  
République tchèque, le niveau des embauches des  
multinationales allemandes a baissé après avoir investi dans ce  
pays. Ce fut notamment le cas pour la main-d’œuvre faiblement  
3
de l’UE en Europe centrale et orientale ont vu leur part croître  
significativement (+ 3,3 points de pourcentage à 9,2 % en 2011).  
ou moyennement qualifiée . Au même moment, la demande  
pour ce type de main-d’œuvre se renforçait en République  
tchèque. En revanche, les offres des multinationales portant sur  
Conséquences au plan micro et macroéconomique  
des emplois très qualifiés continuaient  
à augmenter en  
Les décideurs et autres observateurs ont fréquemment exprimé  
leurs préoccupations à l’égard des investissements directs à  
l’étranger et de la part grandissante du contenu en valeur  
ajoutée étrangère des exportations allemandes. Beaucoup  
estiment que les IDE reviennent à exporter la production  
nationale et, partant, à réduire la formation brute de capital fixe  
Allemagne quelque temps après l’investissement. Selon l’auteur  
de l’étude, ces résultats justifient les craintes inspirées par la  
délocalisation et soulignent le risque des investissements directs  
dans les pays à bas salaires pour les salariés faiblement ou  
moyennement qualifiés. Mais ils montrent également qu’une  
main-d’œuvre bien formée peut aussi tirer avantage des IDE.  
(FBCF). De plus, la délocalisation et la sous-traitance de plus en  
plus importantes d’activités menées en amont à forte intensité  
de main-d’œuvre, au profit de pays à bas salaires, se  
solderaient par un chômage élevé, en particulier chez les  
travailleurs peu qualifiés, et une inégalité croissante des revenus.  
Cette analyse partiale présente l’inconvénient majeur de ne  
pas prendre en compte les gains potentiels pour l’ensemble de  
l’industrie allemande. Dans l’ensemble, les entreprises  
allemandes ont gagné en compétitivité dans la mesure où elles  
ont profité de biens intermédiaires importés meilleur marché.  
Cela leur a permis de développer leurs opérations au plan  
national comme à l’étranger et d’atténuer, voire d’inverser les  
pertes d’emplois immédiates. De plus, il convient de rappeler  
que, dans de nombreux cas, la production est relocalisée car  
elle n’est plus rentable dans le pays d’origine, et que les salariés  
auraient perdu leur emploi même en l’absence de délocalisation.  
En 2006, Hans-Werner Sinn, président de l’institut IFO allemand,  
lançait cet avertissement : « L’Allemagne se transforme peu à  
peu en une économie de bazar ; elle fournit au monde entier  
une large gamme de produits, mais une part grandissante de la  
valeur de ces produits est fabriquée dans l’arrière-pays Est-  
européen ». Une telle évolution devrait se solder par des pertes  
d’emplois peu qualifiés. Concernant la décrue de l’emploi  
mesuré en équivalent temps-plein, il se montrait en particulier  
sceptique à l’égard de l’argument selon lequel ces emplois  
seraient remplacés par d’autres plus qualifiés. Il estimait qu’une  
telle situation pouvait mettre à mal le système de sécurité  
sociale et entraîner une hausse des cotisations pour des actifs  
de moins en moins nombreux, creusant ainsi les écarts  
salariaux entre l’Allemagne et les économies à bas salaires. Il  
préconisait notamment de promouvoir la flexibilité du marché du  
L’industrie allemande a davantage profité de la délocalisation  
des activités  
à forte densité de main-d’œuvre vers les  
économies d’Europe centrale et orientale que n’importe quel  
autre pays d’Europe occidentale. En 2011, la part de ces  
économies en termes de valeur ajoutée étrangère totale dans la  
demande finale allemande s’élevait à 9,2 %, soit un niveau deux  
fois supérieur à celui de la France. De plus, l’économie  
allemande a mieux résisté à la mondialisation en raison d’une  
5
6
Sinn, Hans-Werner. 2006, The Pathological Export Boom and the Bazaar Effect:  
Schäffler, J. (2016), German Direct Investments in the Czech Republic–Employment  
How to Solve the German Puzzle. World Economy 29 (9): 1157-1175  
Effects on German Multinational Enterprises  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van der Putten  
31 août 2017  
4
 
 
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structure de gouvernance particulière régissant le dialogue  
social. En Allemagne, les relations entre les principaux  
partenaires sociaux, syndicats, organisations patronales et  
comités d’entreprises, ne sont pas régies par la loi mais  
spécifiées dans des contrats ou conventions. Dans la pratique,  
ce système aboutit à des prises de décisions consensuelles,  
dans lesquelles les parties aux négociations poursuivent des  
une perspective de long terme, de déployer plus d’efforts en  
faveur d’un meilleur fonctionnement du marché du travail,  
notamment en faisant évoluer les compétences et en  
encourageant la flexibilité de la main-d’œuvre .  
intérêts communs .  
Des chercheurs de la Bundesbank et de l’Université de  
Tübingen ont récemment publié une étude consacrée aux effets  
des IDE sur les investissements nationaux . En se fondant sur  
une importante base de données microéconomiques, ils  
aboutissent à la conclusion que les investissements directs  
étrangers ont un net impact positif sur les investissements  
nationaux. Ainsi, les entreprises ayant créé une nouvelle filiale à  
l’étranger ont vu leur activité d’investissement au plan national  
augmenter en moyenne de EUR 450 000, sur la base d’un  
investissement moyen au niveau du groupe de EUR 12 878 000  
par an. Le chiffre d’affaires et les embauches de ces entreprises  
en Allemagne ont également progressé. De plus, pour les  
sociétés exerçant des activités à l’étranger, une augmentation  
de 1 % de leurs immobilisations à l’étranger génère une hausse  
d’environ 0,13 % des investissements au plan national. Cela  
confirme les résultats de l’enquête 2017 de la DIHK, selon  
laquelle les groupes dont les IDE ont augmenté ont également  
vu progresser leurs dépenses en capital au niveau national.  
Toujours selon ces mêmes chercheurs, les différences de taux  
d’imposition entre l’Allemagne et les pays destinataires sont un  
facteur supplémentaire en faveur des IDE. Les prêts et  
emprunts internes constituent un mécanisme couramment utilisé  
pour exploiter les différentiels fiscaux.  
Conclusions  
L’investissement n’a guère été dynamique en Allemagne ces  
dernières années. Cependant, la morosité des investissements  
ne semble pas liée aux IDE. Au contraire, les enquêtes de la  
DIHK montrent que les entreprises réalisant des  
investissements à l’étranger, investissent aussi en Allemagne.  
Une étude de la Bundesbank confirme à son tour cette  
corrélation positive entre les IDE et les investissements  
nationaux. Cette même étude fait néanmoins valoir que les IDE  
pourraient être liés à des différences de régimes fiscaux et  
préconise, par conséquent, l’adoption de mesures de lutte  
contre la délocalisation des bénéfices.  
En Allemagne, les IDE et la mondialisation ont contribué à  
accroître la dispersion des revenus entre main-d’œuvre qualifiée  
et non qualifiée, et, partant, la pauvreté au travail . Des aides  
sous forme d’allocations chômage et de dispositifs de soutien  
aux revenus pourraient être accordées à ceux qui ont perdu leur  
emploi du fait de la mondialisation. Il convient, toutefois, dans  
7
Dustmann, C., Fitzenberger, B., Schönberg, U., & Spitz-Oener, A. (2014), From sick  
man of Europe to economic superstar: Allemagne's resurgent economy, The Journal  
of Economic Perspectives, 28(1), pp.167-188  
8
Goldbach, S., Nagengast, A. J., Steinmüller, E., & Wamser, G. (2017), The effect of  
investing abroad on investment at home: On the role of technology, tax savings, and  
internal capital markets. Document de travail 14/2017, Deutsche Bundesbank  
10  
On trouvera à cet égard quelques suggestions intéressantes dans Snower, D. J.,  
Brown, A. J., & Merkl, C. (2009), Globalization and the welfare state: A review of  
Hans-Werner Sinn's can Allemagne be saved?. Journal of Economic Literature, 47(1),  
136-158  
9
Raymond Van der Putten, 2017, Allemagne : vers une société plus juste,  
Conjoncture, juin 2017, BNP Paribas  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van der Putten  
31 août 2017  
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