Conjoncture

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Conjoncture // Juin 2017  
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Allemagne : vers une société plus juste  
Raymond Van Der Putten  
L’Allemagne élira un nouveau parlement le 24 septembre prochain. La chancelière sortante, Angela Merkel (CDU), et Martin Schulz, le  
chef du SPD, sont les deux principaux candidats en lice. Alors que la chancelière défend le bilan économique de son gouvernement, son  
opposant pointe les inégalités grandissantes au sein de la société allemande. Celles-ci sont liées à la réaction du marché du travail à la  
mondialisation. Quoi qu’il en soit, l’Allemagne soutient toujours très largement la comparaison avec les autres pays européens.  
L’économie étant en plein essor, il reste à voir si la justice sociale est un problème majeur pour les électeurs.  
Le 24 septembre prochain, l’Allemagne se dotera d’un nouveau mars dernier. D’après les derniers sondages, il n’obtiendrait que 8 %  
parlement (voir encadré, page 3). La chancelière sortante, Angela des voix. Porteur du programme de la gauche radicale, sa participation  
Merkel, mettra en avant le bilan de son gouvernement, grande à une alliance de gouvernement semble peu probable.  
coalition entre les deux principales formations politiques, la  
Les Verts, quant à eux, ont remporté 8,3 % des suffrages aux élections  
CDU/CSU (chrétiens-démocrates) et le SPD (sociaux-démocrates).  
fédérales de 2013. Le parti est divisé entre, d’une part, une gauche  
dogmatique et, de l’autre, un courant plus pragmatique. Il est proche du  
Le bilan économique de la coalition au pouvoir depuis décembre  
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013 est plutôt bon : la croissance du PIB est bien supérieure au  
SPD sur de nombreux points, en particulier sur la justice sociale. C’est  
ce qui explique son recul dans les sondages après l’élection de Martin  
Schulz à la présidence du parti social-démocrate. Les Verts pourraient  
facilement rejoindre le SPD dans une coalition, mais une participation à  
un gouvernement dirigé par la CDU n’est pas non plus exclue. Dans le  
Bade-Wurtemberg, les Verts forment déjà une coalition avec la CDU,  
potentiel, estimé à 1,3 % du PIB, et le chômage a baissé à des  
niveaux qui n’avaient plus été atteints depuis la réunification  
allemande, en 1991. De plus, les finances publiques sont en  
excellente santé. Le solde budgétaire est positif et la dette publique  
avoisine les 60 % du PIB.  
Pour le principal adversaire de la chancelière, Martin Schulz, ces conduite par un Premier ministre vert.  
bonnes performances ont aussi un prix. Beaucoup estiment que la  
Lors des élections fédérales de 2013, le FDP (libéraux) n’a obtenu  
société allemande est devenue plus inégalitaire et certains considèrent  
aucun mandat direct et aucun siège, faute d’avoir franchi la barre des  
5 %. Défendant un programme axé sur la baisse des impôts et la lutte  
contre la bureaucratie, il fera probablement mieux à l’occasion du  
prochain scrutin. Son score s’établirait à 9 % des voix selon les derniers  
sondages. Il pourrait siéger aussi bien aux côtés de la CDU/CSU que  
du SPD dans le cadre d’une alliance.  
même que l’Allemagne est l’un des pays riches les plus inégalitaires au  
monde . La réduction de la fracture sociale est depuis toujours une  
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priorité majeure du SPD. Ainsi, au cours du mandat de l’actuelle  
coalition, le parti a été le principal artisan de l’introduction du salaire  
minimum au niveau fédéral, intervenue en 2015. Au cours du mandat  
du prochain gouvernement, Martin Schulz souhaite, s’il est élu,  
assouplir certaines réformes du marché du travail mises en œuvre, au  
début des années 2000, par le chancelier Schröder (SPD).  
Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti de la droite populiste, n’a pas  
non plus remporté de siège aux élections fédérales de 2013. Il devrait  
néanmoins réaliser un meilleur score aux prochaines élections. En effet,  
après avoir vivement rejeté la politique « Bienvenue aux réfugiés » de la  
chancelière pendant la crise des migrants en 2015-2016, sa cote de  
popularité s’était envolée à 15 %. Il est néanmoins en net repli depuis,  
l’afflux de demandeurs d’asile ayant diminué en partie sous l’effet du  
durcissement des règles d’admission concernant les migrants. Mais  
l’AfD a également perdu du terrain dans les sondages en raison de  
luttes intestines pour la direction du parti. D’après les dernières  
enquêtes d’opinion, il pourrait obtenir environ 8 % des voix, ce qui  
signifierait l’entrée d’une formation d’extrême-droite au Bundestag, une  
première depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, la CDU/CSU  
comme le SPD rejettent toute coopération avec ce parti.  
Le parti qui obtiendra le meilleur score devant diriger le prochain  
gouvernement, l’attention des médias s’est principalement centrée sur  
la CDU/CSU et le SPD. La CDU/CSU arrive nettement en tête dans les  
sondages d’opinion, avec un peu moins de 40 % des intentions de vote,  
suivie du SPD aux environs de 25 %. Toutefois, les petits partis  
pourraient également jouer un rôle important en qualité de partenaires  
minoritaires d’une coalition emmenée par un des deux principaux blocs,  
offrant ainsi une alternative pour le remplacement de la grande coalition.  
Die Linke, avec 8,6 % des voix aux élections fédérales de 2013, est  
devenu la troisième force politique du pays. Ce parti de la gauche  
radicale a son assise électorale dans les Länder de l’Est. Ces dernières  
années, le parti a attiré de nombreux déçus du SPD, hostiles aux  
réformes Hartz du marché du travail. Au début de 2017, il atteignait D’après les enquêtes, une alliance entre la CDU/CSU, les Verts et le  
même les 10 % dans les sondages. Il recule néanmoins dans les FDP, baptisée « coalition Jamaïque » d’après les couleurs des trois  
intentions de vote depuis l’élection de Martin Schulz à la tête du SPD en partis, serait la seule alternative viable à la grande coalition.  
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Voir, par exemple, Marcel Fratzcher, 2016, “Verteilungskampf”, Carl Hanser Verlag,  
Munich.  
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Une économie forte  
Comment les Allemands élisent-ils leur parlement?  
Le mode de scrutin des élections législatives mêle systèmes majoritaire  
par district) et proportionnel. En principe, le Bundestag (Chambre  
basse du Parlement) compte 598 sièges, dont la moitié sont élus par  
les circonscriptions locales. Chaque électeur dispose de deux voix.  
Avec la première voix (Erststimme), il choisit le candidat local. Les  
candidats locaux sont élus au système majoritaire uninominal à un tour  
Mehrheitsrecht). Avec la deuxième voix (Zweitstimme), les électeurs  
votent pour un parti et déterminent le rapport de force entre les diverses  
formations au Bundestag.  
A la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’Allemagne  
était appelée « l’homme malade de l’Europe ». Le coût de la  
réunification pesait de tout son poids sur les perspectives du pays.  
La croissance allemande était bien inférieure au potentiel. Ainsi,  
l’output gap négatif s’est creusé à 1,7 % du PIB potentiel en 2004,  
un record depuis la réunification allemande. Le taux de chômage a  
atteint un sommet à 11,2 % en 2005 (graphique 1). Cette même  
année, le PIB par habitant dépassait d’à peine 4 % la moyenne des  
quinze Etats membres de l’UE contre 13 % dix ans plus tôt  
(
(
(
graphique 2).  
Dans un premier temps, les 598 sièges sont attribués aux 16 Länder en  
fonction de l’importance de la population. Les mandats locaux sont  
déduits des sièges revenant au Land. Il est possible qu’un parti  
obtienne dans un Land plus de mandats directs que de sièges lui  
revenant au titre de la deuxième voix (c’est ce que l’on appelle  
l’« Überhangmandate »).  
Toutefois, au cours de la décennie suivante, l’Allemagne a fait  
nettement mieux que ses voisins. La situation relative du revenu s’est  
progressivement améliorée, en particulier après la grande crise  
financière de 2008-2009. En 2015, le PIB par habitant était supérieur de  
1
4 % à la moyenne des Quinze de l’UE, et le taux de chômage était  
tombé à 4,6 % à peine, un niveau inférieur de plus de la moitié à la Le nombre de sièges est, dans un deuxième temps, recalculé au niveau  
moyenne de l’UE.  
fédéral. Les partis désavantagés par rapport à ceux bénéficiant de  
mandats excédentaires (Überhangmandate) obtiennent une  
compensation par un surcroît de sièges (Ausgleichmandate) dans le  
respect du principe de proportionnalité. C’est la raison pour laquelle le  
nombre de sièges peut être supérieur à 598 ; le Bundestag en compte  
actuellement 630. Pour y être représenté, un parti doit recueillir au  
moins 5 % des deuxièmes voix (Zweitstimme) au niveau fédéral.  
Cependant, le seuil des 5 % ne s’applique pas aux formations obtenant  
au moins trois mandats directs.  
La nette inflexion de la courbe du chômage allemand  
en % de la population active  
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8
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Zone euro  
Allemagne  
Cela s’explique en grande partie par le fait que l’industrie allemande a  
mieux résisté à la mondialisation et à la concurrence internationale que  
les autres industries manufacturières européennes. En 2015, la  
production manufacturière représentait 23 % de la valeur ajoutée,  
exactement le même niveau que vingt ans plus tôt (graphique 3). Sur la  
même période, ce pourcentage a reculé d’environ cinq points en France  
et en Italie. Contrairement à leurs concurrents européens, les  
entreprises allemandes ont pu améliorer leur compétitivité grâce à des  
gains de productivité et à la modération salariale (graphique 4).  
99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 1 Source : Eurostat  
L'Allemagne creuse l'écart avec le reste de l'Europe  
L'industrie allemande maintient sa part dans la valeur ajoutée  
Allemagne  
France  
Espagne  
Italie  
valeur ajoutée de l'industrie  
manufacturière, en % du PIB  
Allemagne  
France  
UE15  
PIB par tête (PPA),  
EU15 = 100  
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Graphique 3 Source : Eurostat  
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5 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Graphique 2 Source : Eurostat  
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Gains importants de compétitivité des entreprises allemandes  
la loi mais fixées par contrat ou convention. Dans la pratique, cela se  
traduit par une prise de décision consensuelle, toutes les parties à la  
négociation poursuivant l’intérêt commun.  
coûts unitaires relatifs de main-d'oeuvre pondérés par les échanges  
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1
40 commerciaux, 2010 = 100  
Il existe trois régimes de base pour les négociations salariales. Dans  
le premier, la négociation salariale peut être menée au niveau du  
secteur dans son ensemble, entre associations patronales et  
syndicats. Ces contrats sont négociés au niveau régional plutôt qu’au  
niveau national, aussi existe-t-il de légères variations d’une région à  
l’autre. Les accords conclus s’appliquent à tous les membres de  
l’association patronale et à tous les salariés de ces entreprises, quelle  
que soit leur appartenance syndicale. Des écarts par rapport aux  
conventions collectives ne sont autorisés que si ces derniers offrent  
plus d’avantages pour les salariés (Gunstigkeitsprinzip) ou lorsque les  
conventions collectives comportent des clauses d’exemption  
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00  
9
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France  
Italie  
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Espagne  
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92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16  
Source : OCDE - Perspectives économiques  
(
Offnungsklause). Ces dernières autorisent la direction et les comités  
Graphique 4  
d’entreprise à négocier un accord, au niveau de l’usine, sur les  
salaires, le temps de travail et les autres conditions de travail. Dans le  
cadre du deuxième régime, les contrats de travail peuvent être  
négociés au niveau de l’entreprise concernée, entre l’employeur et les  
syndicats. Cette formule est la moins répandue et concerne  
essentiellement les grandes entreprises. Enfin, troisième régime, les  
contrats de travail peuvent être conclus entre l’employeur et le comité  
d’entreprise. Dans ce cas, la convention collective conclue à l’échelle  
de l’industrie concernée est souvent utilisée à titre de référence pour  
les négociations menées au sein de l’entreprise.  
La gouvernance du marché du travail  
autorise la flexibilité  
Selon Dustmann et Schönberg (2016), l’amélioration de la compétitivité  
est imputable à la modération salariale observée après 1995, en  
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particulier en Allemagne de l’Ouest . Dans cette partie du pays, les  
salaires des salariés à temps complet se situant dans le bas de la  
distribution ont reculé en termes réels à partir de 1995. Au début des L’application des conventions collectives a perdu du terrain depuis le  
années 2000, les salaires moyens réels ont, à leur tour, commencé à milieu des années 1990. En 1995, plus de 80 % des salariés allemands  
baisser. Seuls les salaires se situant dans le haut de la distribution étaient couverts par des accords syndicaux de branche ou d’entreprise.  
ème  
(
85 centile) ont continué à progresser en termes réels.  
En 2013, 60 % des salariés d’Allemagne occidentale étaient protégés  
par une convention collective signée, pour 52 % d’entre eux au niveau  
de l’industrie et pour 8 % au niveau de l’entreprise. En Allemagne  
orientale, seuls 47 % bénéficiaient d’une convention collective, pour  
On pourrait s’attendre à ce que ce schéma soit dû à l’évolution des  
salaires dans le secteur manufacturier exportateur. Or, dans ce secteur,  
les salaires se situant dans le bas de la distribution (15 centile) n’ont  
amorcé leur décrue en termes réels que vers le milieu des années 2000,  
après le secteur manufacturier non exportateur et les services  
exportables. D’après les auteurs, le secteur manufacturier exportateur a  
ème  
35% au niveau sectoriel et pour 12 % au niveau de l’entreprise. De plus,  
l’importance des accords de branche a diminué avec le recours de plus  
en plus répandu aux clauses d’exemption.  
mieux résisté grâce à des gains de productivité bien plus solides que Cette évolution tient à la mondialisation. Par le passé, les conventions  
dans les deux autres secteurs. De plus, il a bénéficié de la faiblesse des collectives de branche garantissaient des conditions de concurrence  
salaires dans les autres secteurs nationaux ainsi que d’importations semblables pour toutes les entreprises de la branche concernée. Le  
meilleur marché. Les industriels allemands ont eu plus largement maintien de conditions de concurrence égales au niveau national se  
recours aux biens intermédiaires importés, en particulier en provenance justifie moins dans une économie mondialisée, et peut même être très  
de pays d’Europe centrale et orientale, que leurs concurrents.  
préjudiciable aux entreprises nationales. Les entreprises allemandes  
avaient besoin de davantage de flexibilité pour se défendre face à la  
concurrence grandissante de l’Asie et, plus important encore, à celle de  
l’Europe centrale et orientale. La possibilité, pour les employeurs, de  
délocaliser leurs usines dans ces régions a fait basculer l’équilibre des  
forces entre travailleurs et patrons. Les syndicats et les comités  
d’entreprise se sont dès lors montrés prêts à conclure des accords très  
souples avec les entreprises sur les salaires et les conditions de travail  
en échange de la garantie de l’emploi. Par ailleurs, si on assiste à une  
couverture moins large par les conventions collectives, c’est aussi en  
raison de changements structurels : les secteurs couverts par ces  
accords ont cédé du terrain au profit d’autres dans lesquels de telles  
conventions jouent un rôle moins important, comme les services  
d’entreprise à entreprise (B2B).  
Pour Durtmann et Schönberg, si l’économie allemande a mieux résisté  
à la mondialisation c’est en raison d’une structure de gouvernance  
propre aux relations sur le marché du travail. En Allemagne, les  
relations entre les principaux partenaires sociaux, syndicats,  
3
associations patronales et comités d’entreprise , ne sont pas régies par  
2
Durtmann et Schönberg ont surtout étudié l’évolution des salaires en Allemagne  
occidentale. Dans la partie orientale du pays, les salaires sont restés particulièrement  
marqués par les effets de rattrapage après la réunification allemande.  
3
Les comités d’entreprise sont des organes consultatifs élus, représentant les salariés  
d’une entreprise. Un comité d’entreprise peut être créé dans toutes les entreprises du  
secteur privé d’au moins cinq salariés. Dans la pratique, ils sont surtout présents dans les  
grands groupes. Même s’il ne s’agit pas officiellement d’organisations syndicales, les  
délégués syndicaux y jouent un rôle clé.  
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Nombreux sont ceux qui attribuent le redressement de l’économie personne percevra une nouvelle prestation (Arbeitslosengeld Q) de  
allemande aux réformes du marché du travail ou « réformes Hartz », même niveau que son indemnité de chômage actuelle. Résultat, le  
4
introduites entre 2003 et 2005 . Mais leur rôle a probablement été chômeur pourra bénéficier plus longtemps de l’indemnité de chômage  
limité, car la décrue des salaires du bas de l’échelle des revenus avant de relever de nouveau du système d’aide sociale sous condition  
s’était déjà amorcée vers 1995. Ces réformes ont néanmoins de ressources.  
beaucoup contribué à l’amélioration du marché du travail, en  
réduisant le chômage de longue durée (graphique 5). Auparavant,  
les incitations à la recherche d’un emploi rémunéré étaient faibles,  
les chômeurs pouvant conserver, dans la plupart des cas, une  
Accroissement des inégalités  
indemnité calculée en fonction du dernier salaire perçu jusqu’à la En Allemagne, la diminution du chômage s’était accompagnée d’une  
retraite (Arbeitslosenhilfen). De fait, cette assistance chômage hausse importante du risque de pauvreté au travail (nombre de salariés  
fonctionnait comme un système de départ anticipé à la retraite. Les percevant moins de 60 % du revenu disponible médian équivalent  
réformes Hartz IV y ont mis un terme en 2005 en ramenant la durée global). Ce chiffre est passé de 5,5 % en 2006 à 9,7 % en 2015 selon  
5
des indemnités de chômage (Arbeitslosengeld I) de 26 à 12 mois et l’enquête sur les revenus et les conditions de vie (EU-SILC) (graphique  
en remplaçant l’allocation chômage minimale (Arbeitslosenhilfen) 6). On observe également un accroissement du taux de pauvreté au  
par un système d’aide sociale sous condition de ressources travail dans d’autres pays européens, quoique dans une moindre  
(
Arbeitslosengeld II).  
proportion.  
Moins de chômage, mais plus de travailleurs pauvres  
Le risque de pauvreté au travail a augmenté en Allemagne  
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14  
Taux de Chômage :  
< 6 mois  
6-12 mois  
1-2 ans  
> 2 ans  
%
2011  
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Taux de pauvreté au travail  
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006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015  
UE28  
DEU  
ESP  
FRA  
ITA  
GBR  
Graphique 5  
Source : Eurostat  
Graphique 6  
Source : Eurostat  
Plus d’une dizaine d’années plus tard, les réformes Hartz IV restent très Cette évolution est liée à la croissance des emplois à bas salaires,  
contestées. Ceux qui les défendent considèrent que grâce à elles, autrement dit avec une rémunération inférieure au seuil de bas salaire,  
l’Allemagne a été le seul pays européen à avoir enregistré une nette qui est égal aux deux tiers du salaire médian. L’expansion a été  
décrue du chômage de longue durée depuis le début de la crise particulièrement marquée en Allemagne occidentale. En Allemagne  
financière et économique. Alors que dans l’UE, le chômage de longue orientale, le pourcentage de personnes occupant un emploi à bas  
durée est passé de 28,4 % en 2009 à 39 % en 2016, il a reculé en salaire est bien plus élevé (environ 40 % depuis la réunification). En  
Allemagne de 46 % à 31,8 % (graphique 5). Pour leurs détracteurs en 2014, 22 % des salariés allemands percevaient une rémunération  
revanche, les réformes Hartz se sont soldées par une plus grande inférieure au seuil de bas salaire. En Europe occidentale, seuls le  
pauvreté au travail.  
Royaume-Uni et l’Irlande affichaient des pourcentages aussi élevés.  
En France et en Italie, en revanche, les bas salaires concernaient  
moins de 10 % des salariés. Ils se concentrent surtout dans  
l’agriculture, les emplois de maison et l’hôtellerie. Plus d’un tiers des  
salariés de ces trois secteurs gagnent moins que le seuil de bas  
La popularité du SPD a sensiblement baissé depuis l’introduction des  
réformes Hartz IV. Martin Schulz, chef du parti, s’efforce de reconquérir  
ces électeurs mécontents des réformes du marché du travail en  
proposant un assouplissement des mesures. Cependant, le programme  
du candidat nen prévoit pas la suppression pure et simple. Il souhaite  
accorder à tous ceux qui sont au chômage depuis plus de trois mois le  
droit de recommencer une formation. Pendant cette période, la  
6
salaire .  
6
Le risque de pauvreté de la population totale a aussi beaucoup augmenté au cours de la  
4Les réformes Hartz faisaient partie de l’Agenda 2010, lancé par le chancelier Gerhard  
dernière décennie. En 2015, il s’établissait à 16,7 %, soit 4,5 points de plus que 10 ans  
plus tôt. Il se situe au même niveau qu’au Royaume-Uni, mais il est bien plus élevé qu’en  
France, où le taux de pauvreté est resté proche de 13 % sur l’ensemble de la décennie  
jusqu’en 2015.  
Schröder (SPD).  
5
Les chômeurs seniors bénéficient d’une période d’indemnisation plus longue : 15 mois  
pour les 50 ans et plus, 18 mois pour les 55 ans et plus, 24 mois pour les 58 ans et plus.  
6
Conjoncture // Juin 2017  
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L’accroissement de l’emploi à bas salaires n’est pas une mauvaise pourcentage par an. D’après ses estimations, l’Allemagne aurait perdu  
chose en soi. Il convient en effet de rappeler que de nombreuses 6 % de PIB sur la période 1990-2010. En conclusion, les politiques qui  
personnes, préalablement au chômage, ont trouvé un emploi dans ce contribuent à limiter ou à inverser les inégalités rendent non seulement  
1
0
segment du marché du travail. De plus, les emplois à bas salaires se les sociétés moins inéquitables, mais aussi plus prospères .  
sont développés en réponse au changement de structure de la  
S’agissant de l’Allemagne, l’effet négatif sur la production semble  
population active. L’emploi à temps partiel représentait moins de 20 %  
exagéré. Dans son analyse, lauteur néglige les effets bénéfiques sur la  
de l’emploi total dans les années 1990 contre 26,5 % environ en 2013-  
croissance des politiques ayant induit un accroissement des inégalités  
2
016. Par ailleurs, le nombre de travailleurs étrangers a augmenté,  
de revenus, comme les réformes Hartz. Si la hausse des inégalités est  
une conséquence non intentionnelle, il est toutefois important de prêter  
attention à ses effets pour des raisons d’équité mais aussi pour des  
raisons politiques. Fermer les yeux sur ces développements ferait courir  
passant de 8,1 % de l’emploi en 1995 à 10,6 % en 2016. Enfin, environ  
un étranger sur trois occupait un emploi à bas salaire en 2016, soit  
deux fois plus qu’en 1995.  
Le plus inquiétant est le risque grandissant de rester dans un emploi à le risque d’une moindre adhésion aux réformes structurelles, d’une  
bas salaire, la mobilité salariale ayant considérablement baissé depuis réaction négative à la mondialisation et d’une montée du populisme.  
la réunification allemande. Dans les années 1980, 50 % des personnes  
Dans un document d’orientation récent, le département Economie de  
occupant un emploi à bas salaire étaient dans la même situation cinq  
l’OCDE reconnaît que les inégalités de revenus ont crû dans nombre de  
ans plus tard. Dans les années 1990 et 2000, ce pourcentage est passé  
pays membres, en particulier dans la moitié inférieure de la distribution  
à près de 70 %, ce qui a conduit à un changement majeur de la  
des revenus 11 . Le progrès technologique qui crée des emplois  
pyramide des âges. Si, en 1984, 40 % des salariés à temps complet se  
proportionnellement plus qualifiés et mieux rémunérés est, à cet égard,  
situant dans le secteur des bas salaires avaient moins de 25 ans, en  
l’une des raisons clairement identifiées. Il bénéficie en particulier aux  
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014 ce chiffre était réduit de moitié. Ainsi, l’âge moyen des employés  
ménages se situant dans la moitié supérieure de la distribution des  
revenus. Pour lutter contre ces effets, l’organisation recommande  
avec des bas salaires est passé de 32 ans en 1984 à 39 ans en 2014.  
Le Conseil allemand des experts économiques (Sachverständigenrat) a d’accroître l’accès à l’éducation et à la formation ainsi que la qualité des  
étudié la distribution des revenus des personnes vivant dans des programmes en la matière.  
ménages dont un membre au moins est en âge de travailler (entre 15 et  
Il ressort également de cette étude qu’un durcissement du dispositif  
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4 ans ). Les principaux changements observés dans la distribution des  
d’indemnisation du chômage, comme ce fut le cas en Allemagne,  
accroît les inégalités de revenus. Un tel durcissement contribue en effet  
à augmenter le PIB par habitant et le revenu moyen des ménages, mais  
aussi à réduire le revenu disponible dans le bas de la distribution. Le  
durcissement des conditions d’accès aux allocations de chômage  
devrait s’accompagner d’autres formes de protection sociale ou de  
mesures de reconversion ciblées. L’indemnisation du chômage et les  
politiques actives du marché du travail devraient être principalement  
revenus concernent la période allant de 1991 à 2005. Le revenu médian  
du marché, exprimé en parité de pouvoir d’achat, est resté quasiment  
ème  
inchangé au cours de la période. Les revenus correspondant aux 90  
ème  
et 95 centiles ont augmenté d’environ 20 %, tandis que les revenus  
du premier décile ont été amputés de 60 %, un repli lié à la chute  
brutale du nombre d’heures ouvrées. Pour cette catégorie, le nombre  
d’heures ouvrées en 2005 avait baissé de 55 % par rapport à 1991.  
Après 2005, le coefficient de Gini de ces ménages, après impôts, est axées sur un raccourcissement de la durée du chômage.  
8
resté remarquablement constant à un peu moins de 0,3 . L’enquête  
L’abaissement des barrières réglementaires à l’entrée et la  
EU-SILC précise également que les inégalités de revenus au cours de  
concurrence pourraient être des facteurs importants de réduction des  
la dernière décennie n’ont guère évolué pour l’ensemble de la  
inégalités de revenus en créant plus d’emplois pour les moins  
population allemande. En 2015, la mesure de ces inégalités de revenus  
qualifiés. Concernant l’Allemagne, l’OCDE indique que dans 41  
se situait à 0,30, un niveau proche de celui enregistré en France (0,29)  
métiers d’artisanat, dont le secteur du bâtiment, l’exercice d’une  
et dans la moyenne des Etats de l’UE (0,31).  
activité non salariée est réservé aux titulaires de diplômes  
1
2
On observe un creusement des inégalités de revenus dans la quasi- professionnels de niveau supérieur . Par ailleurs, les professionnels  
totalité des pays de l’OCDE. Récemment plusieurs économistes se sont de ce secteur doivent, pour créer leur entreprise, justifier d’une  
interrogés sur les conséquences d’un accroissement des différences de expérience d’au moins six ans, dont quatre ans à des postes de  
revenus au sein de la société. Une étude menée par la direction de direction, outre un diplôme d’enseignement professionnel du  
l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE montre que la deuxième cycle du secondaire, obligatoire pour exercer la profession.  
montée des inégalités de revenus a pesé sur la croissance, en De telles exigences créent de fait des barrières à l’entrée pour les  
compromettant les chances d’accès à l’éducation pour les plus travailleurs indépendants. De la même manière, la réglementation  
9
défavorisés et en abaissant la mobilité sociale . Selon lauteur, une émanant des chambres de commerce propres à un secteur spécifique,  
hausse des inégalités de 0,03 point de Gini par rapport aux décennies notamment les professions libérales et les métiers de l’artisanat,  
précédentes aurait pénalisé la croissance économique de 0,35 point de risque aussi d’être plus favorable aux acteurs en place.  
7
8
10  
Les chercheurs du DIW (Institut allemand de recherche économique) ont abouti à une  
conclusion similaire. Voir Albig et al (2017).  
Sachverständigenrat (2016).  
Le coefficient de Gini est une mesure de l’inégalité de la distribution de revenus. Il va de  
(égalité parfaite) à 1 (une seule personne perçoit la totalité du revenu).  
Cingano (2014).  
1
1
OCDE (2015).  
OCDE (2016)  
0
9
12  
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Conjoncture // Juin 2017  
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salaire minium au niveau national a compliqué l’accès au  
marché du travail des travailleurs faiblement productifs (voir  
Sachverständigenrat 2016).  
Les défis à relever pour le prochain  
gouvernement  
Malgré les progrès considérables accomplis au cours des dernières  
années (baisse du taux du chômage et réduction de la durée du  
chômage), l’amélioration du fonctionnement du marché du travail  
reste l’un des principaux défis auxquels sera confronté le prochain  
gouvernement allemand. Tout d’abord, une priorité plus grande doit  
être donnée à la réduction du chômage de longue durée, quels que  
soient les progrès réalisés depuis la réforme Hartz IV. A la fin de 2016,  
environ 1 % de la population active était au chômage depuis plus de  
deux ans.  
Pour promouvoir son réinsertion professionnelle, le chômeur de longue  
durée bénéficie déjà d’une levée temporaire de la législation sur le  
salaire minimum. Cette mesure pourrait être étendue aux réfugiés sans  
emploi. De plus, les « mini-jobs » limités à 15 heures par semaine, qui  
sont le plus souvent mal rémunérés, peuvent permettre aux chômeurs  
de conserver une proximité avec le marché du travail jusqu’à ce qu’ils  
1
3
trouvent un emploi offrant davantage d’heures de travail. C’est surtout  
dans la distribution et l’hôtellerie que se concentrent ces emplois  
temporaires. Il convient de souligner, néanmoins, que ces « jobs » sont  
souvent des emplois sans avenir. De plus, des mesures visant à  
encourager l’emploi non salarié pourraient être favorables aux  
chômeurs de longue durée et aux réfugiés. La levée des barrières à  
l’entrée, comme la suppression du certificat de maître artisan pour les  
professions non dangereuses, pourrait jouer à cet égard un rôle  
important.  
Une attention toute particulière doit également être accordée à la  
situation des ressortissants de pays hors l’UE. Le chômage au sein de  
ce groupe est nettement plus élevé que pour les ressortissants  
allemands. A la fin de 2016, le taux de chômage de cette catégorie  
s’élevait à 11,4 %, contre 3,9 % pour la population dans son ensemble.  
Par ailleurs, les employeurs se plaignent de ne pas trouver de main-  
d’œuvre suffisamment qualifiée, signe qu’il existe d’importantes  
inadéquations des compétences sur le marché du travail. Des  
dispositifs de reconversion plus ciblés et des politiques actives du  
marché du travail sont donc nécessaires.  
Beaucoup craignent que l’accroissement des flux migratoires exerce de  
plus grandes pressions concurrentielles sur les chômeurs et les  
travailleurs peu qualifiés, aggravant les disparités de revenus.  
Cependant, il n’existe aucune preuve concluante d’un remplacement à  
long terme des travailleurs nationaux par les migrants. Un choc  
exogène sur l’offre, dû aux flux migratoires, peut aussi avoir des effets  
de déplacement positifs pour la main-d’œuvre locale occupant des  
emplois peu qualifiés. Ainsi, une étude menée au Danemark a montré  
que sous l’effet de l’immigration, les travailleurs manuels danois  
évoluaient vers des emplois plus complexes et pouvaient ainsi  
Dans les années à venir, le chômage parmi les ressortissants de  
pays non membres de l’UE risque de croître encore car bon nombre  
des demandeurs d’asile ayant obtenu leurs papiers vont entrer sur  
le marché du travail. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de  
qualifications reconnues par les autorités allemandes. De plus, une  
mauvaise connaissance de l’allemand rend leur intégration difficile.  
En 2015 et 2016, le nombre de demandeurs d’asile s’est élevé à  
1
4
prétendre à des salaires plus élevés .  
Il ressort, par ailleurs, d’une autre étude réalisée sur les  
conséquences de l’immigration lors des conflits de l’ex-Yougoslavie,  
que les effets de remplacement étaient bien plus importants dans les  
pays de l’UE se caractérisant par une rigidité des institutions du  
4
77 000 et 746 000, respectivement. En 2016, la plupart d’entre eux  
venaient de Syrie (36,9 %), d’Afghanistan (17,6 %) et d’Iraq  
13,3 %). Cette même année, 700 000 demandes d’asile ont été  
(
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5
marché du travail que dans les autres . L’étude confirme que la  
réduction des barrières à l’initiative privée et l’amélioration de la  
flexibilité du marché du travail pourraient permettre l’absorption des  
migrants. L’Allemagne a encore beaucoup à faire dans ces deux  
domaines. En dépit de réformes draconiennes, le marché du travail  
allemand reste, en effet, l’un des plus réglementés au monde selon  
l’indicateur du marché du travail de l’OCDE (graphique 7). Cependant,  
cet indicateur ne couvre que les coûts et les formalités liés au  
licenciement. Il ne comprend pas d’autres aspects du marché du  
travail, comme les négociations collectives.  
acceptées, soit un taux d’acceptation de près de 50 %, un record  
historique. Cette catégorie de travailleurs figure à présent dans les  
statistiques du marché du travail. En mai 2017, l’Agence fédérale  
pour l’emploi annonçait qu’un peu plus de 7 % des chômeurs ou  
2
00 000 demandeurs d’emploi étaient des demandeurs d’asile  
reconnus. Vers la fin de 2017, ce groupe pourrait représenter près  
de 10 % des chômeurs en Allemagne.  
La réintégration des chômeurs de longue durée au marché du  
travail implique l’adoption d’une série de mesures destinées en  
grande partie à améliorer les qualifications. Les politiques actives  
du marché du travail doivent viser à empêcher les chômeurs de  
rester plus d’un an sans emploi. S’agissant des ressortissants  
étrangers, la priorité doit être donnée à l’amélioration de leur  
connaissance de la langue. Toutefois, les politiques actives du  
marché du travail ne peuvent jouer qu’un rôle secondaire dans la  
réduction du chômage de longue durée. Seule une offre d’emplois à  
bas salaires suffisante permettra une meilleure intégration des  
chômeurs de longue durée et de la main-d’œuvre faiblement  
qualifiée dans les prochaines années. A cet égard, l’introduction du  
13  
Selon la définition nationale, une personne travaillant moins de 15 heures par semaine  
et voulant travailler davantage est comptée comme chômeur, si elle est enregistrée à  
l'agence fédérale de l'emploi. Par contre, selon la définition harmonisée de l'OIT, le temps  
de travail ne devrait pas dépasser une heure par semaine et l'enregistrement n'est pas  
exigé pour être compté comme chômeur.  
1
4
Foged et Peri (2016)  
Angrist et Kugler(2003)  
15  
8
Conjoncture // Juin 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Une des législations les plus contraignantes en matière de  
protection de l'emploi  
Récemment, la CDU a remporté trois élections régionales dans la Sarre,  
le Schleswig-Holstein et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Les  
thématiques locales ont sans aucun doute joué un rôle important. Quoi  
qu’il en soit, ces victoires ont donné un important coup d’accélérateur à  
la campagne d’Angela Merkel. La chancelière bénéficie en outre des  
succès économiques et d’une solide envergure sur la scène  
internationale. Martin Schulz, quant à lui, est peu connu de l’électorat  
allemand, après avoir passé la majeure partie de sa vie politique au  
Parlement européen qu’il a présidé de janvier 2012 à janvier 2017. Il  
espère améliorer ses chances de gagner les élections en faisant de la  
justice sociale une thématique électorale. L’économie étant en plein  
essor, il reste à voir si la justice sociale est de fait un problème majeur  
pour les électeurs.  
Indicateur de protection de l'emploi, 2013  
3,0  
2,5  
2,0  
1,5  
1,0  
0,5  
0,0  
NET GER ITA SWE FRA AUT DNK ESP OCDE BEL GBR USA  
Graphique 7  
Source : OCDE  
Conclusion  
A l’issue des élections fédérales de septembre prochain en  
Allemagne, les députés élus désigneront le prochain chancelier pour  
un mandat de quatre ans. Les deux principaux candidats en lice sont  
la chancelière sortante, Angela Merkel (CDU), et Martin Schulz, le  
chef du SPD. Le vainqueur des urnes deviendra probablement le  
prochain chancelier, à condition qu’il/elle trouve des partenaires de  
coalition appropriés.  
Les deux partis ayant gouverné le pays dans le cadre de la grande  
coalition de ces quatre dernières années, il leur est difficile de se  
différencier l’un de l’autre. Dans de nombreux domaines comme la  
politique européenne, la politique budgétaire, la transition énergétique,  
la sécurité et l’immigration, leurs positions sont presque similaires.  
Martin Schulz a choisi d’axer sa campagne sur la justice sociale. Il  
affirme ainsi sa volonté de répondre à un sentiment très répandu selon  
lequel l’essor économique actuel n’a pas profité équitablement à tous.  
En particulier, les travailleurs non qualifiés ont vu leur salaire réel  
baisser et leur exposition au risque de pauvreté augmenter au cours de  
la dernière décennie. Néanmoins, les résultats sur le marché du travail  
en Allemagne, en termes de revenu et d'emploi, soutiennent toujours  
favorablement la comparaison avec ceux de bon nombre de pays  
européens.  
Dans le débat sur les inégalités, on oublie souvent de prendre en  
compte, au-delà de la disparité des revenus, la question de l’accès aux  
soins, à l’éducation et à l’emploi. Concernant l’accès à l’emploi, il est  
important de rappeler que la détérioration de la répartition des revenus  
tient en grande partie à la bonne intégration des travailleurs peu  
qualifiés à l’économie. Dans de nombreux pays, les travailleurs peu  
qualifiés sont simplement exclus du marché du travail pour des raisons  
de coûts salariaux trop élevés. La création demplois peu qualifiés est  
donc importante dans la mesure où ils peuvent servir de tremplin vers  
de meilleurs emplois. Malheureusement, ces emplois mal rémunérés  
sont pour beaucoup sans perspectives.  
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Conjoncture // Juin 2017  
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Références  
H. Albig, M. Clemens, F. Fichtner, S. Gebauer, S. Junker et K. Kholodilin (2017), How rising income inequality influenced economic growth in  
Germany, Bulletin économique, Novembre 2017, DIW  
J.D. Angrist et A.D. Kugler (2003), Protective or counter productive? Labour market institutions and the effect of immigration on EU natives, The  
Economic Journal, 113(488), pp. F302-F331.  
F. Cingano (2014), Trends in Income Inequality and Its Impact on Economic Growth, Document de travail n°163, OCDE SEM.  
C. Dustmann, B. Fitzenberger, U. Schönberg et A. Spitz-Oener (2014), From sick man of Europe to economic superstar: Germany's resurgent  
economy, The Journal of Economic Perspectives, 28(1), pp.167-188.  
M. Foged et G. Peri (2016), Immigrants' Effect on Native Workers: New Analysis on Longitudinal data, American Economic Journal: Applied  
Economics 8, 1-34.  
M. Fratzcher (2016), Verteilungskampf, Carl Hanser Verlag, Munich.  
OCDE (2015), Growth and Income Inequality: Trends and Policy Implications, Policy Note no. 26.  
OCDE (2016), Etudes économiques de l’OCDE : Allemagne 2016, Editions de l’OCDE, Paris.  
Sachverständigenrat (2016), Annual Report 2016/17, Wiesbaden  
RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
ECONOMIES AVANCEES ET STATISTIQUES  
ECONOMIE BANCAIRE  
ECONOMIES EMERGENTES ET RISQUE PAYS