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EcoEmerging// 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Pérou  
Assombrissement des perspectives de croissance  
La croissance a ralenti en 2017, marquée par les conséquences du passage d’El Niño et l’instabilité politique. Les perspectives pour  
018 sont favorables. La croissance devrait être tirée par le secteur minier et le plan de relance gouvernemental, sans remettre en  
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cause les solides fondamentaux macroéconomiques du pays. Cependant, la crise politique n’est pas résolue. Depuis l’éclatement,  
fin 2016, du scandale de corruption lié à l’entreprise brésilienne Odebrecht, les tensions se sont multipliées. Tous les partis  
politiques ont été touchés par le scandale et le président de la République, directement impliqué, apparaît de plus en plus fragilisé.  
La crise politique pèse sur la croissance  
1-Prévisions  
Après avoir ralenti à 2,4% en 2014, la croissance du PIB a rebondi  
en 2015 et 2016 (respectivement de 3,3% et 3,5%), affichant une  
des progressions les plus dynamiques de la région. Le rebond a été  
tiré par la hausse de la production et des exportations du secteur  
minier. Malgré cela, la croissance a significativement ralenti au  
cours de 2017 et devrait avoir plafonné à 2,5% sur l’année.  
2016 2017e 2018e 2019e  
PIB réel, v ariation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
Dette publique, % du PIB  
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60,5  
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25,3  
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63,5  
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-3,5  
27,1  
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65,3  
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27,0  
-2,1  
36,0  
67,3  
14,1  
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Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
Premièrement, le pays a été durement touché par le phénomène  
climatique El Niño. Les pluies torrentielles ont affecté la production  
agricole ainsi que les secteurs des transports et du tourisme. En  
outre, selon les estimations officielles, près de 30% des  
infrastructures portuaires ont été détruites, principalement dans le  
nord du pays. Le gouvernement estime que le coût associé à la  
reconstruction et au renouvellement des infrastructures sera  
supérieur à 3% du PIB.  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports 13,5  
Taux de change USDPEN (fin d'année) 36  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Ralentissement de la croissance  
PIB, g.a. en % et contributions à la croissance en points de pourcentage  
Deuxièmement, le scandale de corruption impliquant l’entreprise  
brésilienne Odebrecht, qui a éclaté au Pérou fin 2016, a pesé sur la  
demande interne. Odebrecht a reconnu avoir versé plusieurs  
dizaines de millions de dollars à des responsables péruviens entre  
PIB, g.a. (%)  
 Investissement (pp)  Consommation (pp)  
Exportations nettes (pp)  
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2005 et 2014, en échange de marchés publics. L’actuel président,  
Pedro Pablo Kuczynski (élu en juillet 2016), était alors membre du  
gouvernement. Tous les partis politiques ainsi que plusieurs  
entreprises privées (y compris des entreprises sans lien avec  
Odebrecht), ont été éclaboussés par le scandale au cours de  
l’année.  
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La crise s’est intensifiée fin décembre 2017, lorsque deux  
entreprises directement liées au président Kuczynski ont été  
impliquées dans le scandale. Déjà fragilisé par une faible  
représentation parlementaire (son parti dispose de 18 députés sur  
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130, alors que le principal parti d’opposition en compte 73), le  
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président a fait l’objet d’une procédure de destitution à laquelle il a  
échappé de peu. Quelques jours plus tard, sa décision,  
probablement liée à son maintien au pouvoir, de libérer l’ancien  
président Fujimori (condamné pour corruption et crimes contre  
l’humanité) a cristallisé l’opinion et les partis d’opposition contre lui.  
En outre, ses soutiens sont de plus en plus divisés.  
Source : Banque centrale du Pérou  
La mise en place de l’ambitieux programme de réformes annoncé  
par le président Kuczynski à son arrivée au pouvoir (retraites,  
réformes du marché du travail et du système judiciaire) sera  
probablement repoussée.  
De nouveaux épisodes de crise sont à prévoir. Que le président  
reste en place jusqu’à la fin de son mandat (en 2021) ou qu’il soit  
destitué (ou qu’il démissionne), la tension politique restera élevée  
au cours des prochains mois. Et quelle que soit l’issue de la crise,  
les tentatives de déstabilisation du gouvernement en place risquent  
d’être nombreuses, entravant l’exécution de la politique économique.  
La croissance du PIB devrait atteindre 3,9% en 2018, toujours tirée  
par la bonne performance du secteur minier, mais les risques sont  
orientés à la baisse. Comme au premier trimestre, les indices de  
confiance ont enregistré une forte baisse au cours du dernier  
trimestre 2017 et plusieurs projets d’investissement ont été reportés.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Cela amoindrira la reprise de l’investissement, en hausse de 5,3%  
en glissement annuel au T3 2017, après treize trimestres  
consécutifs de recul.  
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- Légère augmentation du déficit  
En % du PIB  
Dépenses  Revenus  
Solde budgétaire  
Cependant, le plan de relance annoncé par le gouvernement  
soutiendra la croissance. D’un montant de 1,3% du PIB, celui-ci  
prévoit la reconstruction des zones portuaires et des infrastructures  
endommagées par El Niño. Contrairement aux réformes  
structurelles annoncées par le gouvernement, le plan de relance a  
de grandes chances d’être effectivement appliqué même si la crise  
politique se prolonge (ou dans le cas d’un changement de  
gouvernement).  
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La crédibilité budgétaire devrait être maintenue  
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A court terme, le plan de relance devrait creuser le déficit  
budgétaire à 3,5% du PIB en 2018, après 3,2% en 2017. Cette  
détérioration (le déficit s’est creusé continument depuis 2014,  
lorsqu’il ne représentait que 0,3% du PIB) ne devrait cependant pas  
poser de problème à court terme. La crédibilité budgétaire est en  
effet un des principaux atouts du pays. Elle repose à la fois sur le  
respect des règles établies par le plan budgétaire de moyen terme  
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Source : ministère de l’Economie et des Finances  
En outre, avec une croissance de plus de 5% en moyenne depuis le  
début des années 2000, le Pérou a significativement amélioré ses  
fondamentaux macroéconomiques. L’inflation est maîtrisée, les  
finances publiques ont été assainies, et la dollarisation a fortement  
diminué. Le déficit courant s’est réduit continument depuis 2015, et  
il continue d’être financé par les afflux d’investissements directs  
étrangers. Enfin, les réserves de changes ont augmenté pour  
atteindre un niveau très confortable (équivalant à treize mois  
d’importations). Les gouvernements successifs ont profité de  
l’envolée des prix des matières premières au début des années  
2000 pour mener à bien la plupart des réformes nécessaires à ces  
améliorations.  
(i.e. l’objectif de déficit public à moyen terme et le plafond de la  
dette ont toujours été respectés au cours des dix dernières années)  
et sur un Conseil budgétaire indépendant. Ce dernier publie depuis  
2015 des prévisions économiques et budgétaires, et contrôle  
l’évolution des finances publiques et le respect des objectifs fixés  
par la règle de moyen terme. De plus, l’amélioration de la gestion  
des finances publiques a permis, via notamment la diminution des  
dépenses courantes, une meilleure utilisation des crédits  
budgétaires, limitant les risques de dérapage.  
Par ailleurs, les autorités ont annoncé qu’une large part des  
nouveaux investissements et des dépenses liées à la reconstruction  
sera financée par de l’épargne constituée lors du boom des prix des  
matières premières (représentant plus de 15% du PIB). Le niveau  
de la dette devrait augmenter mais rester à un niveau relativement  
faible (27% en 2018, après 25% en 2017). Son profil s’est amélioré :  
la part de la dette libellée en devises ne représentait plus que 37%  
du total au T3 2017, contre plus de 50% cinq ans plus tôt, la  
maturité moyenne est à présent supérieure à huit ans et le paiement  
des intérêts s’est stabilisé autour de 6% du PIB.  
D’après la dernière édition du Global Competitiveness Report, le  
Pérou est plus compétitif que les autres pays d’Amérique latine et  
est parvenu à développer rapidement de nouveaux secteurs de  
production et d’exportation. Les défis auxquels sera confronté le  
pays avant de parvenir au statut de pays à haut revenu restent  
nombreux, en particulier le renouvellement et le développement des  
infrastructures, l’innovation, et évidemment la lutte contre la  
corruption.  
Hélène Drouot  
Au total, la promesse du gouvernement de se tenir aux objectifs  
fixés par le plan budgétaire de moyen terme semble crédible. Dans  
ce cadre, le déficit devrait diminuer progressivement à partir de  
helene.drouot@bnpparibas.com  
2019 pour revenir à 1% du PIB en 2021 et la dette publique devrait  
se stabiliser à un niveau inférieur à 30% du PIB.  
Les perspectives restent favorables à moyen terme  
Plus généralement, les perspectives pour le Pérou restent bonnes.  
Les conditions de vie se sont nettement améliorées au cours de dix  
dernières années et le taux de pauvreté s’est nettement réduit :  
d’après les estimations de la Banque mondiale, le taux de pauvreté  
(défini par un niveau de revenu inférieur à USD 100 par personne et  
par mois) est passé de 33,5% en 2009 à 21% en 2016.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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