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EcoEmerging// 4 trimestre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Roumanie  
Boom de la consommation  
Le pays affiche une croissance record au sein de l’Union européenne. La consommation en est le premier moteur. L’investissement  
privé affiche également une solide progression. A contrario, les projets publics sont à l’arrêt, malgré la disponibilité des fonds  
européens. Les salaires sont en hausse, poussés par les augmentations dans le secteur public. La politique budgétaire privilégie de  
fait le soutien à la consommation à travers les hausses des salaires, au détriment des dépenses d’investissement. Le gouvernement va  
devoir adopter une posture plus restrictive à l’avenir pour éviter le risque de déstabilisation macroéconomique.  
La croissance au plus haut  
1-Prévisions  
Avec une expansion du PIB attendue supérieure à 5% en 2017, la  
Roumanie figurera encore cette année parmi les champions de la  
croissance en Europe. Celle-ci a culminé à 6,1% en glissement  
annuel au deuxième trimestre de 2017, tirée par la consommation  
qui bénéficie de la hausse des salaires réels à deux chiffres (+15%  
en glissement annuel sur les huit premiers mois de l’année 2017) et  
affiche un taux de croissance dépassant 7% au cours de deux  
premiers trimestres de 2017. A contrario, la performance de  
l’investissement est décevante : après deux trimestres de  
contraction, le T2 2017 annonce une stabilisation. Si  
l’investissement du secteur privé reste dynamique, le gouvernement  
semble davantage en difficulté notamment en matière d’activation  
des projets cofinancés par l’UE.  
2015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
4,0  
-0,4  
-0,8  
4,6  
-1,1  
-3,0  
5,2  
1,3  
3,9  
3,4  
Solde budgétaire / PIB (%)  
-3,1  
-3,4  
Dette publique / PIB (%)  
40,8 38,6 38,9 40,9  
-1,2 -2,1 -3,5 -3,2  
Solde courant / PIB (%)  
Dette extérieure / PIB (%)  
57,6 54,8 51,4 47,6  
35,5 37,9 38,9 39,9  
Réserves de change, mds EUR  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EURRON (fin d'année)  
6,4  
4,5  
6,3  
4,5  
5,4  
4,6  
5,0  
4,7  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Salaires réels et productivité  
L’industrie rebondit fortement. Après un ralentissement à 1,7% en  
En glissement annuel, en %  
2016, la production industrielle affiche une croissance record, à  
8,9% en volume en g.a. au cours des huit premiers mois de l’année  
2017. L’agriculture, dont la performance reste volatile car fortement  
___ Salaires réels  
Ecart salaires réels - productivité  
dépendante des conditions climatiques, accélère également, mais à  
un rythme plus modeste de +2,3% en g.a. au cours du premier  
semestre de 2017.  
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La contribution du commerce extérieur est redevenue négative  
(
après deux trimestres en territoire positif) : le rythme de croissance  
des exportations ne suit plus celui des importations, notamment  
celles de biens de consommation. Les stocks contribuent  
positivement à la croissance, témoignant des attentes positives des  
entrepreneurs.  
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-10  
-
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Marché du travail : pénurie de main d’œuvre qualifiée  
-20  
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001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Le taux de chômage approche les 5% (5,1% en août 2017), en deçà  
de son minimum atteint en 2008. Les entrepreneurs estiment que  
les difficultés à recruter représentent aujourd’hui le premier frein à  
l’accroissement de leur activité. L’ouverture du marché du travail  
européen semble aggraver la situation. Si pendant longtemps la  
possibilité d’émigration était un moyen de réduire le chômage, tout  
en augmentant les recettes en devises via les transferts des  
travailleurs, et considérée alors comme un facteur positif,  
aujourd’hui, face au dynamisme économique et au manque de  
main d’œuvre, le phénomène aggrave la pénurie. Pour les hauts  
diplômés, celle-ci se fait sentir dans le secteur de la santé  
notamment. En effet, bénéficiant de l’équivalence des diplômes, les  
médecins roumains trouvent de meilleures rémunérations dans  
d’autres pays européens. Le problème se pose également pour les  
Sources : BNP Paribas, Eurostat  
ouvriers qualifiés, attirés par d’autres pays à plus hauts salaires,  
leur émigration étant facilitée par les possibilités offertes par le  
statut de travailleur détaché.  
Les hausses des salaires que l’on observe actuellement devraient  
permettre d’atténuer ces tendances, mais elles restent insuffisantes  
pour permettre son renversement ; le revenu par tête en Roumanie  
reste en effet parmi les plus faibles dans l’UE. Cependant, le fait  
que le rythme de hausse des salaires réels soit aujourd’hui  
redevenu supérieur à celui de la productivité (graphique 2) pourrait,  
à terme, affecter les exportations et nuire à des secteurs  
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«
exposés » au commerce extérieur et, en particulier, à la reprise  
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- Balance des paiements : agrégats-clés  
industrielle. Cependant, les autres pays de la région affichant des  
tendances semblables, ce risque est à court terme limité.  
Cumul sur 1 an, en % du PIB  
Entrées nettes d’IDE █ Solde du compte de capital  
Balance commerciale Balance courante  
Le déficit du compte courant se creuse  
Les déficits commercial et courant se creusent de nouveau depuis  
015. Les exportations restent dynamiques, augmentant de 10% en  
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valeur au cours des huit premiers mois de l’année 2017, mais  
depuis 2015 leur croissance est dépassée par celle des  
importations. Le déficit courant a atteint EUR 4 mds au cours des  
huit premiers mois de l’année 2017 et devrait atteindre 3,5% du PIB  
pour l’année, augmentant de plus d’un point de pourcentage par  
rapport à 2016. Certes, c’est encore très loin du record de 2007-  
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-5  
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2008 (graphique 3) qui a rendu inévitables une dépréciation du leu  
(
RON) et le programme d’ajustement structurel.  
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Jusqu’à la mi-2017, le déficit reste confortablement couvert par les  
entrées d’investissements directs et les transferts de fonds  
européens. Cependant, la très faible performance des projets  
européens depuis le début de 2017 soulève quelques inquiétudes.  
L’excédent cumulé du compte du capital n’atteint que EUR 0,8 md  
au cours des huit premiers mois de l’année 2017, comparé à EUR  
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03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 e  
Sources : BNP Paribas, FMI Statistiques financières internationales, BNR  
Comme le déficit budgétaire approche la barre des 3% du PIB,  
aucune marge supplémentaire ne pourra être trouvée. La poursuite  
des augmentations salariales au même rythme ne semble donc pas  
envisageable. La nouvelle hausse de 25%, prévue en 2018, sera en  
grande partie absorbée par le transfert des cotisations sociales des  
employeurs (y compris l’Etat) vers les employés, transfert décidé  
dans le cadre de la réforme de sécurité sociale. Il semble également  
urgent de rééquilibrer les dépenses publiques en faveur de  
l’investissement, notamment en accélérant les projets cofinancés  
avec les fonds structurels européens.  
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,3 mds un an auparavant. Ainsi, les retards pris dans la  
préparation et la mise en place des projets européens représentent  
non seulement une perte de potentiel de croissance à moyen et  
long terme, mais fragilisent la balance des paiements à court terme  
aussi. Combler ce retard devient donc prioritaire. Le budget  
européen de 2014-2020 prévoit des financements d’EUR 43 mds  
pour la Roumanie, soit 3,4% du PIB de la période. Au cours de  
l’exercice précédent (2007-2013), le taux d’absorption des fonds  
européens n’avait été que de 87% ; l’objectif pour cette année est  
de 9% de l’enveloppe (environ EUR 3,9 mds), objectif qui a très peu  
de chances d’être atteint. Parmi les principaux facteurs mis en  
cause : l’insuffisante coordination entre les administrations et le  
manque de compétences adaptées à la préparation des projets.  
L’inflation s’approche de la cible  
Après dix-huit mois sous la barre de 0, l’inflation est retournée en  
territoire positif en janvier 2017. L’accélération des prix reste très  
modeste : en deçà de 1% sur les douze derniers mois pour l’indice  
harmonisé HICP et culminant à 1,8% en septembre 2017 pour l’IPC  
national, malgré la hausse spectaculaire des salaires.  
Virage populiste de la politique budgétaire  
Les dépenses budgétaires sont en hausse de +6% en g.a. et en  
valeur sur les huit premiers mois de l’année 2017. Les  
augmentations de salaires dans le secteur public et de retraites  
poussent à la hausse les dépenses de consommation (en hausse  
de 13% en g.a. au cours des 8M-2017). Les dépenses  
d’investissement jouent le rôle de variable d’ajustement : en baisse  
de 19% en g.a. sur la même période, leur part dans le total des  
dépenses n’atteint plus que 4% (comparé à 7-8% au cours des  
quatre dernières années).  
Bien que l’inflation reste inférieure à la cible de la Banque Nationale  
Roumaine (2,5% +/- 1%), le rythme de son accélération semble  
inquiéter les autorités monétaires qui s’étaient dites prêtes à durcir  
leur politique dans les prochains mois. Des hausses de taux sont  
donc probables. Cependant, la politique monétaire de ce petit  
marché « frontière » (de l’UE mais aussi du périmètre « émergent »)  
reste contrainte par celle de la BCE. En effet, un écart de taux trop  
important pourrait attirer en Roumanie des capitaux spéculatifs,  
engendrant la surévaluation du RON, et devenir un facteur  
déstabilisant pour son marché monétaire, qui reste relativement  
modeste.  
Les salaires du secteur public affichent une progression de 25% en  
g.a. au cours du premier semestre de 2017 et s’inscrivent dans la  
lignée des augmentations de 2016 (+16%) après deux années de  
hausse plus modérée. La modération salariale de 2014-2015 et les  
baisses des salaires dans le secteur public, décidées en 2010, ont  
sans doute été déterminantes dans la défaite électorale du Parti  
National Libéral (le parti n’a pu réunir que 20% des voix lors du  
dernier scrutin parlementaire). La nouvelle majorité social-  
démocrate est arrivée au pouvoir fin 2016 sur des promesses de  
rattrapage salarial qu’elle compte bien tenir.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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