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Royaume-Uni  
Et si le Brexit n’avait pas lieu ?  
aussi en Irlande du Nord, la population a majoritairement voté pour le  
maintien dans l’Union ; autant dire que la rupture franche prônée par  
Londres passe mal. De fait, la première ministre du gouvernement  
d'Édimbourg, Mme Sturgeon, vient de confirmer son intention  
d’organiser un nouveau référendum sur l'indépendance de l’Ecosse,  
fin 2018 ou début 2019.  
Le Parlement britannique a donné son feu vert pour un  
déclenchement de la procédure de sortie de l’Union  
européenne (Brexit), qui interviendra d’ici fin mars 2017.  
La ligne dure sur laquelle se positionne la première  
ministre, Mme May, est potentiellement la plus dommageable  
pour le Royaume-Uni, comme pour l’Union.  
Le malheur des uns ne garantissant pas le bonheur des autres, les  
pays de l’UE n’auraient rien à gagner à un cavalier seul britannique.  
Pas seulement parce qu’ils devraient se passer d’une contribution  
Mais elle peut s’infléchir dans les deux ans à venir, qui  
représentent un temps court pour négocier mais long sur un  
plan politique.  
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budgétaire annuelle nette d’une dizaine de milliards d’euros . Le  
La période actuelle est celle où tout est envisageable,  
Royaume-Uni est aussi un pays avec lequel il est profitable de  
commercer. Sa fiscalité avantageuse, son statut de place financière  
internationale, attirent les capitaux et lui permettent de couvrir  
aisément ses déficits… qui ont pour contrepartie de nombreux  
surplus dans l’Union. Il compte parmi les rares sources d’excédents  
du commerce extérieur français.  
même l’inenvisageable ; le Brexit pourrait ainsi ne jamais  
avoir lieu.  
C’est presque fait. D’ici quelques jours, le Royaume-Uni déclenchera  
officiellement l’article 50 du Traité de Lisbonne signifiant sa sortie a  
priori irrévocable de l’Union européenne (UE), après quarante-quatre  
ans d’appartenance. S’ensuivra une période de vingt-quatre mois  
durant lesquels Londres et Bruxelles conviendront des termes du  
divorce, autant que de leurs relations futures.  
Partie pour rester ?  
Comme dans un équilibre de Nash, les stratégies individuelles  
autour du Brexit ont un coût collectif qui dépasse celui du compromis,  
qui s’impose dès lors en tant que solution. Les incitations pour y  
parvenir peuvent être économiques : la nature ayant horreur du vide,  
des activités seront transférées hors de Grande-Bretagne à mesure  
qu’approchera l’échéance de la sortie. Des décisions d’investir qui  
n’insultent pas l’avenir aujourd’hui seront repoussées demain. Dans  
la population britannique, lenvie de renverser la table faiblira aux  
premiers bris de verres.  
Saccorder n’étant pas une obligation, tout est envisageable, y compris  
l’échec. Passée la date butoir de mars 2019, l’UE appliquerait alors par  
défaut au Royaume-Uni le régime extérieur commun : droits de  
douane, avances de TVA, contrôles aux frontières, visas pour ses  
ressortissants, etc. Bien entendu, la réciproque vaudrait. Le risque  
d’escalade serait grand, la rupture, coûteuse.  
Une ligne dure qui va droit dans le mur  
Courte pour négocier, la période des deux ans à venir sera longue à  
l’échelle du temps politique. Elle peut maintes fois rebattre les cartes.  
Dans quel sens ? Une voie de sortie possible, parfois qualifiée de  
Pour l’île, qui réalise la moitié de ses échanges avec l’UE, maintenir  
une ligne dure est potentiellement catastrophique. Une étude récente  
1
du CEPII montre que, pour la seule industrie automobile britannique,  
«
soft Brexit » consisterait pour le Royaume-Uni à quitter l’Union tout  
un tarif douanier commun réciproque de 10% entraînerait une chute  
de 3% ou 48 000 unités de la production, la perte d’un millier  
d’emplois, et une hausse de 6% du prix des voitures. Il s’agit d’un  
minimum, puisque ce scénario n’imagine aucune fermeture de site.  
en restant dans l’Espace économique européen (EEE), à l’image de  
la Norvège, de l’Islande ou du Lichtenstein. Le pays conserverait un  
accès libre de droits au marché unique, moyennant une contribution  
financière maintenue mais réduite. Il lui faudrait néanmoins respecter  
les quatre libertés fondamentales de circulation des biens, services,  
capitaux et personnes, une concession majeure pour les tenants de  
la ligne dure.  
Ceci n’est qu’un exemple, les secteurs insérés dans le commerce  
mondial ayant en réalité tous quelque chose à perdre au Brexit.  
Dans les transports aériens, l’agroalimentaire, l’aéronautique, la  
chimie-pharmacie, la mécanique, les échanges sont souvent intra-  
groupes. Ils ne reposent pas seulement sur des accords tarifaires,  
laccès au marché unique étant régi par des milliers de dispositions  
techniques, environnementales, sanitaires, sociales. Leur élimination  
revêt un caractère si disruptif qu’elle en devient inconcevable, au  
sens propre du terme.  
Préférable à une rupture, l’éloignement n’est pas pour autant une  
bonne affaire. La liberté acquise par le Royaume-Uni à l’égard des  
règles communautaires (la Norvège peut, par exemple, protéger  
davantage son agriculture) aurait pour contrepartie une perte  
d’influence sur celles-ci. En outre, l’appartenance à l’EEE ne garantit  
pas que le secteur financier conserve son passeport pour opérer  
dans l’Union. La City plaide pour un système d’équivalence, dont la  
mise en place risque toutefois de prendre beaucoup plus que deux  
ans. Le temps pour le Royaume-Uni de reconsidérer son choix et  
pour ses citoyens de retourner aux urnes ?  
Ce n’est pas tout. Le Brexit, a fortiori s’il est « dur », représente une  
menace pour l’intégrité même du Royaume-Uni. En Ecosse, mais  
1
Centre d'études prospectives et d'informations internationales. Cf. Mayer, T. 2016.  
Brexit, Trumpit : la fin des accords régionaux ? Conséquences pour l’industrie  
2
automobile.” Lettre du CEPII n°371, novembre 2016.  
11,5 milliards d’euros en 2015.  
economic-research.bnpparibas.com  
Jean-Luc Proutat  
17 mars 2017 - 17-11  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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