Conjoncture

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Conjoncture // Mai 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Brexit: le champ des possibles  
Catherine Stephan  
Le référendum britannique de juin 2016 et le déclenchement de l’article 50 ont donné le coup d’envoi à une sortie du Royaume-Uni de  
l’Union européenne. Le processus promet d’être long et jalonné d’obstacles. Les sources potentielles de conflits sont en effet  
nombreuses, à commencer par le calcul de la somme que le Royaume-Uni devra verser à l’Union européenne lors de sa sortie et le statut  
des ressortissants européens présents sur le sol britannique. La négociation d’un nouvel accord commercial constitue, cependant, le  
principal enjeu de ces prochaines années en raison des liens étroits qui unissent le Royaume-Uni et l’Union européenne. Il existe a priori  
peu d’options compte tenu du souhait du Royaume-Uni de mettre fin à la libre circulation des personnes.  
L’ancien premier ministre britannique, David Cameron, partisan du Uni de répondre aux aspirations de sa population, à savoir le contrôle  
maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE), avait décidé, de ses propres lois pour, notamment, mieux réguler l’immigration en  
en 2013, d’organiser un référendum sur la sortie de son pays de l’Union provenance de l’UE. Une telle position, si elle devait être maintenue,  
européenne (Brexit) afin de répondre à la montée en puissance du réduirait fortement le champ des possibles.  
UKIP (United Kingdom Independance Party), un parti favorable à la  
sortie du Royaume-Uni de l’UE, et aux membres les plus  
«
eurosceptiques » de son parti. L’issue du scrutin a toutefois joué en  
Le cadre des négociations  
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sa défaveur. Les Britanniques, nombreux à se rendre aux urnes , ont  
voté pour le Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, mettant ainsi fin  
à quarante-trois années d’histoire commune .  
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Coup d’envoi des négociations sur le Brexit  
L’issue de ce référendum inaugure donc une nouvelle ère dans les  
relations entre le Royaume-Uni et l’UE. Il subsiste cependant de  
nombreuses inconnues. Les protagonistes doivent s’entendre sur les  
mesures transitoires susceptibles d’assurer une sortie en bon ordre du  
Royaume-Uni et définir les contours d’un nouveau partenariat. Autant  
de sujets qui risquent de faire l’objet d’âpres négociations.  
Déclenchement de l’article 50  
Le processus de sortie de l’UE a franchi une étape supplémentaire le  
29 mars dernier lorsque la première ministre conservatrice, Theresa  
May, a notifié auprès du Conseil européen l’intention du Royaume-Uni  
de quitter l’UE, autrement dit a activé l’article 50 du traité sur l’UE après  
avoir obtenu l’aval du Parlement britannique. Cette clause de retrait a  
Nous exposerons donc, dans une première partie, le cadre des donné le coup d’envoi à la procédure de sortie de l’Union européenne.  
négociations et les points de dissension. Le Royaume-Uni souhaite  
parvenir rapidement à un accord sur ses relations futures avec l’UE  
L’article 50 du traité de Lisbonne définit en effet la procédure à suivre  
lorsqu’un Etat membre souhaite se retirer de l’UE. Le Conseil  
(
d’ici la fin de la procédure de retrait, en mars 2019) alors que celle-ci  
3
européen a ainsi, dans un premier temps, défini des orientations de  
entend procéder par étapes. Bruxelles souhaite en particulier s’assurer  
que le Royaume-Uni respecte les engagements financiers pris lorsqu’il  
était membre de l’UE et clarifie le statut des ressortissants européens  
présents sur le sol britannique avant d’engager des discussions  
préliminaires sur leurs relations futures. Nous décrirons ensuite les liens  
commerciaux qui unissent le Royaume-Uni et l’UE, et qui devraient  
inciter les deux parties à trouver un accord le moins dommageable  
possible. Nous examinerons enfin, dans une dernière partie, les options  
qui s’offrent aux deux protagonistes au regard de leurs exigences et  
intérêts respectifs. En effet, il ne s’agit pas seulement de parvenir à un  
nouvel accord commercial le plus bénéfique pour les deux parties. Il  
importe également pour l’UE de dissuader d’autres pays européens  
d’emprunter la même voie que le Royaume-Uni, et pour le Royaume-  
négociation. Après avoir reçu une recommandation de la Commission  
européenne en vue de l’ouverture des négociations, il a adopté, le 29  
avril, un ensemble de directives de négociation. Celles-ci, ainsi que  
l’autorisation de l’ouverture des négociations, devront être adoptées par  
le Conseil de l’UE le 22 mai . La Commission européenne, par  
l’entremise du négociateur en chef Michel Barnier, pourra alors entamer  
les négociations, lesquelles devront s’achever dans un délai de deux  
ans à compter de l’activation de l’article 50.  
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5
A l’issue des négociations, la proposition d’accord devra être adoptée à  
une majorité simple par les membres du Parlement européen, dont les  
Britanniques, et à une majorité qualifiée par le Conseil de l’UE. Si les  
parties ne parviennent pas à s’entendre, les traités de l’UE cesseront  
également de s’appliquer au Royaume-Uni le 29 mars 2019 à moins  
1
Le taux de participation, de 72,2%, fut supérieur à celui enregistré lors des élections  
3
législatives de 2015 (66 ,4%).  
Le Conseil européen réunit les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE.  
Le Conseil de l’UE réunit les ministres nationaux de chaque pays.  
Le Conseil de l’UE doit adopter l’ensemble des directives de négociation à une forte  
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4
5
1,9% des Britanniques ont appelé à quitter l’UE. Ceux-ci devaient répondre par  
5
«
Quitter l'Union européenne » ou « Rester membre de l'Union européenne » à la  
question « Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union européenne ou quitter  
l’Union européenne? »  
majorité qualifiée de 72% des 27 Etats membres, soit 20 Etats membres représentant  
65% de la population de l’UE à 27.  
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que le Conseil européen, en accord avec le Royaume-Uni, décide à devrait régler notamment les sommes engagées au titre de sa  
l’unanimité de prolonger les négociations.  
participation au cadre financier pluriannuel 2014-2020, à certains  
programmes de recherche ou développement régional, tels que les  
fonds alloués au financement de la politique régionale 2014-2020. Cette  
somme inclurait également, selon une étude du Center for European  
Au Royaume-Uni, seul l’accord final sera, le cas échéant, soumis au  
vote de la Chambre des communes et à celui de la Chambre des lords  
sans que celles-ci puissent l’amender. Toutefois, le Parlement, qui sera  
tenu informé du déroulement des négociations par le gouvernement,  
pourra influer sur le contenu d’un éventuel accord.  
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Reform , la contribution du Royaume-Uni aux pensions de retraites des  
fonctionnaires européens, aux aides accordées via le Mécanisme  
européen de stabilité financière (MESF) au Portugal et à l’Irlande, et  
intégrerait les coûts imputables au déménagement des agences  
européennes domiciliées au Royaume-Uni, telles que l’Agence  
européenne des médicaments et l’Autorité bancaire européenne. La  
somme de 60 milliards d’euros a été évoquée en février 2017, mais il  
s’agit cependant d’un chiffre indicatif. Cette somme dépendra de la date  
à laquelle la sortie du Royaume-Uni sera effective, et évoluera  
vraisemblablement au fil des négociations. La Commission européenne  
souhaite d’ailleurs que l’UE et le Royaume-Uni s’entendent avant tout  
sur la méthodologie de calcul.  
Un point de non-retour  
La question de l’irréversibilité du déclenchement de l’article 50 du traité  
de Lisbonne a été posée, et ce d’autant que le Royaume-Uni est le  
premier pays à entamer une procédure de sortie de l’UE. La  
Commission européenne a cependant précisé qu’il était impossible au  
Royaume-Uni de révoquer unilatéralement la notification de l’article 50.  
De même, le Royaume-Uni a souligné que son déclenchement était un  
point de non-retour. Les deux parties ont, en effet, intérêt à souligner  
cette irréversibilité et l’absence d’alternative à l’accord négocié pour  
peser de tout leur poids dans les négociations et parvenir à un  
compromis.  
Les négociations doivent également traiter du cas particulier de l’Irlande  
afin d’éviter que ne se dresse une frontière trop visible entre l’Irlande du  
Nord et la république d’Irlande. La Commission européenne souhaite  
que le statut des ressortissants européens présents sur le sol  
britannique ainsi que celui des Britanniques résidant au sein de l’UE  
soient clarifiés. Enfin, les recours administratifs et judiciaires auprès de  
la Commission européenne ou de la Cour de justice de l’UE (CJUE),  
pour des faits antérieurs au Brexit, devront pouvoir être traités après la  
sortie du Royaume-Uni. L’UE a par ailleurs assuré que la Cour de  
justice de l’Union européenne est l’autorité compétente pour interpréter  
et appliquer l’accord de sortie de l’UE ainsi que les dispositions prévues  
pour parer aux situations inattendues. Une autre autorité judiciaire  
pourrait toutefois intervenir après la date de sortie du Royaume-Uni.  
Autant de sujets sources de conflits entre les deux protagonistes. La  
Commission européenne pourra seulement ensuite traiter des mesures  
transitoires. De même, elle entend engager des discussions  
préliminaires sur les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni,  
autrement dit sur un futur accord commercial, après que les discussions  
Les contours des négociations : source de dissensions  
Les négociations selon l’UE  
Chacune des deux parties a établi une feuille de route. Il ressort ainsi  
des lignes directrices, tracées par la Commission européenne et le  
Conseil européen, que l’UE tient à préserver l’intégrité du marché  
unique et à aboutir à un accord global entre l’Union européenne et le  
Royaume-Uni. Autrement dit, il ne peut y avoir de négociations  
cantonnées à des sujets ou secteurs spécifiques. Le Royaume-Uni ne  
pourra pas, par ailleurs, négocier avec des Etats membres en particulier.  
La Commission européenne redoute qu’une telle démarche puisse  
affecter l’unité de l’UE, certains pays membres ayant davantage à cœur  
de défendre tel ou tel secteur. L’Allemagne pourrait ainsi être  
davantage encline à défendre les intérêts du secteur automobile  
compte tenu du poids de ce secteur dans son économie (4,5% de la  
valeur ajoutée brute en 2014 selon Eurostat).  
La Commission européenne entend par ailleurs procéder par étapes. sur les modalités du retrait auront abouti. Un tel accord pourra  
Elle souhaite garantir la bonne marche du processus et traiter dans un cependant seulement être finalisé et ratifié lorsque la sortie du  
premier temps les problématiques liées à la sortie du Royaume-Uni de Royaume-Uni de l’UE sera effective.  
l’UE. Il s’agit notamment de s’assurer que le Royaume-Uni respecte les  
Le point de vue du Royaume-Uni  
engagements financiers pris lorsqu’il était membre de l’UE. Cette  
Le Royaume-Uni et la Commission européenne affichent un accord de  
exigence est prioritaire, et fait écho à l’inquiétude des autres membres  
principe sur certains des thèmes abordés plus haut. Le Royaume-Uni  
de l’UE qui devront davantage contribuer au budget de l’UE. Selon un  
souhaite ainsi continuer à entretenir des liens étroits avec l’Irlande. Il  
entend limiter les entraves à la libre circulation des personnes et aux  
échanges commerciaux en préservant les acquis des accords conclus  
avec l’Irlande. Il veut notamment maintenir la zone commune de voyage  
6
rapport d’information du Sénat , la contribution de l’Allemagne et celle  
de la France augmenteraient respectivement de 5,6% et 10,8% si le  
Royaume-Uni et l’UE ne concluaient aucun accord.  
La Commission européenne n’a pas fourni de facture détaillée. (ZTA ou Common Travel Area, CTA) pour le Royaume-Uni, l’Irlande,  
Toutefois, celle-ci semble inclure les montants engagés et non encore l’île de Man et anglo-normandes, créée en 1923 et qui permet de  
payés, appelés « engagements restant à liquider » (ou « RAL ») du réduire les contrôles aux frontières des citoyens britanniques et  
budget de l’UE, ainsi que les investissements qui ont été approuvés par irlandais.  
les Etats membres, notamment le Royaume-Uni, mais dont le montant  
n’a pas encore été engagé dans le budget de l’UE. Le Royaume-Uni  
6
er  
Rapport d’information du Sénat n°656 du 1 juin 2016, rédigé au nom de la commission  
7
des finances (1) sur les conséquences économiques et budgétaires d’une éventuelle  
sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit).  
Center for European Reform, Alex Barker, “The €60 billion Brexit bill: How to disentangle  
Britain from the EU budget”, février 2017  
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De même, il entend respecter certains de ses engagements en  
contribuant aux fonds structurels et d'investissement européens et à la  
Politique agricole commune (PAC). Le Royaume-Uni conteste  
cependant le montant de 60 milliards d’euros susceptible d’être versé à  
l’Union européenne, en particulier les sommes dues au titre des  
investissements qui devront être financés après 2019.  
Les échanges de marchandises à l’origine du déficit  
de la balance courante britannique  
L’UE et le Royaume-Uni demeurent l’un pour l’autre des partenaires  
incontournables malgré la montée en puissance de la Chine depuis son  
entrée dans l’OMC en 2001. L’UE représentait en effet 43,9% des  
exportations et 53,4% des importations totales britanniques en 2016,  
l’Allemagne et la France étant ses principaux partenaires européens. Le  
Royaume-Uni était pour sa part destinataire de 18,4% des exportations  
de biens et services de l’UE à 27 en 2016, tandis que 14,2% de ses  
importations en provenaient. Ce qui en fait le premier partenaire  
commercial de l’UE à 27 (cf. graphiques 1 et 2).  
Le Royaume-Uni et l’UE peinent surtout à s’entendre sur la marche à  
suivre lors des négociations. Le Royaume-Uni souhaite parvenir à un  
accord sur ses relations futures avec l’UE d’ici la fin de la procédure de  
retrait de l’article 50. Ce nouveau partenariat définira l’ensemble des  
relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE ainsi que le statut  
des immigrés en provenance de l’UE. La mise en œuvre d’un nouvel  
accord devrait être échelonnée afin que les entreprises puissent se  
préparer aux modalités du nouveau partenariat, mais le Royaume-Uni  
tient à éviter que la fin de la procédure de sortie laisse place à une  
longue et incertaine période de transition au cours de laquelle les  
négociations sur un futur partenariat pourraient s’enliser.  
Exportations du Royaume-Uni et de l'UE27  
55  
50  
45  
40  
Exportations britanniques à destination de  
l'UE27 (% du total)  
19  
18  
17  
16  
Exportations de l'UE à destination du  
Royaume-Uni (% du total)  
Des liens commerciaux étroits  
Il est pertinent de dresser un état des lieux des liens commerciaux qui  
unissent actuellement le Royaume-Uni et l’UE afin de prendre la  
mesure des intérêts en jeu avant d’explorer les différents scénarios  
possibles.  
L’intégration européenne, un vecteur de soutien aux  
échanges commerciaux  
2009  
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
Graphique 1  
Sources : Office for Nationals Statistics, Eurostat  
La suppression des barrières tarifaires et des quotas, la réduction des  
barrières non-tarifaires ainsi que la création d’une union douanière,  
autrement dit la mise en place de droits communs sur les importations  
en provenance de pays tiers et la suppression des contrôles douaniers,  
ont été au cœur de la croissance des échanges commerciaux  
européens au cours des dernières décennies.  
Importations du Royaume-Uni et de l'UE27  
54  
53  
52  
51  
50  
Importations britanniques en provenance de  
l'UE (% du total)  
1 5 , 0
4 , 5
4 , 0
3, 5
3 , 0
1 2 , 5
1
L’intégration européenne a eu des effets bénéfiques pour l’ensemble  
des Etats membres. Les échanges commerciaux ont à la fois progressé  
au sein de l’Union européenne ainsi qu’entre l’UE et les pays tiers,  
grâce à l’amélioration de la compétitivité des entreprises européennes  
Importations de l'UE en provenance du  
Royaume-Uni (% du total)  
1
1
8
exportatrices. Une étude de Straathof et al. estime ainsi que les  
exportations et les importations de marchandises de l’UE étaient, en  
1
2
005, supérieures de 8% à ce qu’elles auraient été s’il n’y avait pas eu  
9
d’intégration depuis 1960. Une étude du Trésor britannique suggère  
pour sa part que le marché unique a permis une hausse supplémentaire  
de 9% du commerce communautaire entre 1973 et 2004. Selon la  
même étude, le Royaume-Uni aurait bénéficié d’une hausse de 7% de  
ses échanges avec l’UE du fait de son appartenance au marché unique.  
2009  
2010  
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2013  
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2015  
2016  
Graphique 2  
Sources : Office for Nationals Statistics, Eurostat  
L’UE et le Royaume-Uni échangent essentiellement des marchandises.  
Celles-ci représentent en effet respectivement près de 60% et 77% des  
exportations et importations totales britanniques à destination de l’UE. Celles  
de l’UE à destination du Royaume-Uni représentent quant à elles 65,3% des  
exportations et 56,9% des importations totales. Le matériel et les équipements  
8
Straathof, B., G.J. Linders, A. Lejour and J. Möhlmann (2008), The Internal Market and  
the Dutch economy: Implications for trade and economic growth, CPB Netherlands  
Bureau for Economic Policy Analysis  
9
HM Treasury (2005). EU Membership and Trade  
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de transport ainsi que des produits chimiques concentrent l’essentiel des Les échanges de marchandises, en particulier avec l’Allemagne et les  
échanges. Ils représentaient respectivement 42,2% et 15,5% des exportations Pays-Bas, contribuent ainsi largement au déficit de la balance courante  
européennes de marchandises à destination du Royaume-Uni en 2016. De du Royaume-Uni vis-à-vis de l’UE, de -4,8% du PIB en 2016 (cf.  
même, ils représentaient respectivement 35,8% et 19,8% des exportations graphiques 3 et 4) (cf. tableau 1).  
britanniques de marchandises à destination de l’UE en 2016.  
En 2015 (en milliards de livres sterling)  
Principaux soldes de la balance  
courante par pays  
Principaux soldes de la balance commerciale  
Principaux soldes des services  
par secteur d’activité  
par secteur d’activité  
Total UE  
Allemagne  
Pays-Bas  
-110,0  
-32,4  
-10,9  
Total UE  
Machines et matériel de transport  
Véhicules routiers  
-86,4  
-45,2  
-28,6  
Total UE  
Services financiers  
Autres services financiers aux  
entreprises  
20,9  
19,1  
6,1  
Belgique  
Espagne  
-10,0  
-9,9  
Produits alimentaires et animaux  
vivants  
Produits chimiques et annexes  
-15,0  
-11,3  
-10,3  
Propriété intellectuelle  
1,8  
1,6  
Télécommunications, services  
informatiques et d’information  
Voyages  
France  
-7,8  
Articles manufacturés  
-11,5  
Tableau 1  
Source : Office for Nationals Statistics, HM Revenue & Customs  
Balance courante du Royaume-Uni  
Le rôle central joué par les services financiers  
britanniques  
en % du PIB  
2
0
Seuls les services dégagent un excédent courant (+1,2% du PIB en  
2
016), et ce grâce principalement aux services financiers. Ceux-ci  
-
-
-
-
2
4
6
8
représentent en effet près du quart des exportations de services du  
Royaume-Uni à destination de l’UE, la France, l’Allemagne et les Pays-  
Bas étant les principaux destinataires (respectivement 23%, 19% et  
Balance commerciale  
Solde des échanges de services  
Solde Revenu primaire  
Solde Revenu secondaire  
Solde courant  
16,3% des exportations de services financiers à destination de l’UE en  
2
015).  
Le Royaume-Uni profite pleinement, dans ce domaine, de son  
appartenance à l’UE et de son « passeport financier européen », qui lui  
permet de vendre des services dans toute l’UE. Ce passeport,  
également appelé « agrément unique », permet aux établissements de  
crédit, de paiement, de monnaie électronique, ainsi qu’aux entreprises  
d’investissement ou d’assurance de l’Espace économique européen  
(EEE) de vendre leurs produits et leurs services, et aux entreprises de  
s’établir librement sur l’ensemble de cet espace dès lors qu’ils ont  
obtenu un agrément de l’autorité compétente dans leur pays d’origine.  
Des établissements de pays tiers installés au Royaume-Uni profitent  
ainsi de ce passeport pour fournir des services sur l’ensemble du  
territoire européen.  
2
000  
2002  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
Graphique 3  
Source : Office for Nationals Statistics  
Principaux partenaires européens à l’origine du déficit de la  
balance courante  
1
0
0 Mds de £  
5
0
Les investissements directs de part et d’autre de la Manche ont  
accompagné l’essor des échanges commerciaux. Ainsi 21,2% du stock  
des investissements directs européens à l’étranger étaient implantés au  
Royaume-Uni en 2015, et ce dernier détenait 18,5% du stock  
d’investissement étranger présent sur le sol européen (cf. graphiques 6).  
L’UE représentait pour sa part près de 40% du stock d’investissement  
direct détenu à l’étranger par le Royaume-Uni et du stock étranger  
présent au Royaume-Uni.  
Balance commerciale  
Solde des échanges de services  
Solde Revenu primaire  
Solde Revenu secondaire  
Solde courant  
-
50  
-
-
100  
150  
Total UE Allemagne Pays-Bas Belgique Espagne  
France  
Graphique 4 Source : Office for Nationals Statistics  
10  
L’EEE comprend l’UE ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège.  
2
0
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Principaux investisseurs au sein de l'UE à 27 en 2015  
provenait d’Etats membres de l’UE en 2011, l’Allemagne et la France  
étant respectivement à l’origine de 10,9% et 5,7% de cette valeur  
ajoutée. Pour sa part, 6,4% et 5,9% de la valeur ajoutée étrangère  
contenue dans les exportations allemandes et françaises provenait du  
Royaume-Uni, le secteur des transports étant, pour ces trois pays, le  
plus intégré (cf. tableau 2).  
(
Investissement direct, en % du total)  
Royaume-Uni  
9%  
1
Autres  
39%  
Des travailleurs européens mobiles  
Etats-Unis  
3%  
Le Royaume-Uni et l’UE n’échangent pas seulement des biens et des  
services. Les individus circulent également de part et d’autre de la  
Manche. Le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’espace Schengen , au  
sein duquel tous les citoyens peuvent circuler librement sans contrôle  
aux frontières intérieures, mais, en tant que membre de l’UE, il respecte  
la libre circulation des personnes.  
3
1
1
Suisse  
9%  
Graphique 5  
Source : Eurostat  
L’immigration nette en provenance de l’UE a augmenté à partir du  
début des années 2000. Ce mouvement a même pris de l’ampleur à  
partir de 2013 après avoir marqué une pause au moment de la crise de  
Principaux investisseurs au sein du Royaume-Uni en 2015  
(
Investissement direct, en % du total)  
2
008. Il a en cela été nourri par une hausse de l’immigration nette en  
12 13  
provenance de l’UE à 15 (hors Royaume-Uni) et de l’UE à 2 à partir  
de 2014, lorsque les restrictions en provenance de Bulgarie et de  
Roumanie ont été levées (cf. graphique 7). Ainsi, 3,2 millions  
d’Européens vivaient sur le sol britannique fin 2015, soit 57% des  
personnes de nationalité étrangère. L’UE tient pour cette raison à  
garantir à ses ressortissants et à leur famille l’accès au marché du  
travail, la reconnaissance des diplômes et formations et le droit de  
résidence permanente après une période de cinq ans de résidence  
légale. Elle pourrait même demander à ce que ceux-ci continuent à  
bénéficier des droits de l’UE après le Brexit. Elle souhaite en outre que  
l’ensemble des citoyens de l’UE à 27 bénéficient du même traitement.  
Autres  
31%  
UE  
1%  
4
Suisse  
Etats-Unis  
5%  
3%  
2
Graphique 6  
Sources : Office for Nationals Statistics, Eurostat  
Immigration nette annuelle au Royaume-Uni  
en milliers  
50  
Ensemble des pays  
UE15  
UE2  
Union européenne Total  
UE8*  
Origine du contenu en valeur ajoutée des exportations brutes  
% du total)  
3
3
2
2
1
1
(
00  
50  
00  
50  
00  
50  
0
Royaume-Uni Allemagne  
France  
Origine de Valeur Ajoutée  
Union européenne  
Royaume-Uni  
Allemagne  
France  
Etats-Unis  
Chine  
41,5  
48,2  
6,4  
48,1  
5,9  
14,5  
10,9  
5,7  
11,6  
5,7  
6,8  
8,2  
5,2  
8,7  
5,9  
Tableau 2  
Source : OCDE  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
*
UE8 : République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lithuanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie  
Graphique 7  
Source : Office for Nationals Statistics  
Il en résulte une forte intégration des chaînes de valeur entre le  
Royaume-Uni et le reste de l’UE. Selon l’OCDE, le contenu en  
importations des exportations, tous partenaires confondus, était, en  
1
1
L’espace Schengen comprend les pays de l’UE à l’exception de la Bulgarie, la Croatie,  
la Roumanie, Chypre, l’Irlande et le Royaume-Uni. Il inclut également quatre pays  
extérieurs à l’UE, à savoir l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse.  
2011, de respectivement 22,9%, 25,6% et 25% au Royaume-Uni, en  
12  
L’UE à 15 comprend l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, la  
Allemagne et en France. La Chine et les Etats-Unis rivalisent avec les  
autres membres de l’UE au Royaume-Uni. Toutefois, 41,5% de la  
valeur ajoutée étrangère contenue dans les exportations britanniques  
France, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, la  
Suède et le Royaume-Uni.  
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L’UE à 2 comprend la Bulgarie et la Roumanie.  
2
1
Conjoncture // Mai 2017  
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Les Britanniques sont également nombreux à vivre sur le continent jour en 1994, n’est pas une union douanière. Les membres de  
européen (près de 1,2 million). Toutefois, leur profil diffère de celui des l’AELE/l’EEE, qui sont exclus des accords commerciaux négociés par  
Européens présents sur le sol britannique. La plupart des Européens l’Union européenne avec des pays tiers, peuvent déterminer librement  
viennent au Royaume-Uni pour travailler (41% en 2015), en particulier leurs tarifs douaniers et leur politique commerciale vis-à-vis de ces pays.  
dans le commerce de gros et de détail et les services financiers et aux  
entreprises , chercher un emploi (31,5%) ou poursuivre des études  
Toutefois, le Royaume-Uni, dont la contribution nette au budget  
1
4
1
7
européen s’est élevée à 0,4% du revenu national brut en 2015 , ne  
réaliserait que peu d’économies. Celles-ci équivaudraient à un peu  
moins de 0,1% du RNB s’il rejoignait l’EEE dans des conditions  
(
14,7%). Les motivations des Britanniques migrant en Europe ne sont  
pas renseignées. Toutefois, nous disposons de données sur leur âge,  
lequel suggère qu’ils sont plus souvent inactifs. En effet, près de 40%  
de ceux vivant en Espagne, pays qui accueille à lui seul près du quart  
des Britanniques établis en Europe, ont, selon Eurostat, plus de 65 ans.  
Cette proportion est moindre en Irlande et en Allemagne  
1
8
similaires à celles de la Norvège . La contribution nette du Royaume-  
Uni au budget de l’Union européenne serait, en effet, réduite de 9 %  
selon une étude du Centre for European Reform 19 . En outre, le  
Royaume-Uni influera peu, dans ce cas de figure, sur les décisions  
prises par l’UE. L’accord sur l’EEE prévoit en effet que celui-ci intègre  
l’ensemble de la législation relative au marché intérieur adoptée par  
l’UE après qu’elle a été examinée par un comité mixte de l’EEE  
composé de représentants de l’UE et des Etats membres de  
l’AELE/EEE. Une telle adhésion semble donc difficile lorsque l’on sait  
que la contribution du Royaume-Uni au budget européen et le  
rapatriement de certaines des prérogatives jusqu’à présent dévolues à  
Bruxelles ont été des thèmes majeurs de la campagne pour le Brexit.  
Enfin et surtout, la volonté du Royaume-Uni de réguler l’immigration  
exclut a priori toute perspective d’adhésion du Royaume-Uni à  
l’AELE/EEE. Cet accord prévoit en effet que l’ensemble des signataires  
respectent les quatre libertés fondamentales du marché unique.  
(
respectivement 14,4% et 15,1%), mais elle reste nettement supérieure  
à celle constatée parmi les Européens vivant au Royaume-Uni (de 7,1%  
en 2016). Le Royaume-Uni, qui souhaite pour sa part réduire  
l’immigration nette, devra donc tenir compte de ses ressortissants afin  
qu’ils puissent continuer à résider au sein de l’UE et à accéder  
notamment dans les meilleures conditions possibles aux systèmes de  
soin du continent.  
Quels types de partenariat entre le  
Royaume-Uni et l’UE après le Brexit?  
L’accord bilatéral entre la Suisse et le Royaume-Uni  
L’intensité des liens commerciaux, financiers et humains entre le  
Royaume-Uni et l’UE devrait les inciter l’un comme l’autre à négocier un  
accord commercial qui leur soit le moins dommageable possible. La  
volonté du Royaume-Uni de limiter l’immigration en provenance de l’UE,  
autrement dit mettre fin à la libre circulation des personnes, réduit  
toutefois les marges de manœuvre. L’indivisibilité des quatre libertés du  
marché unique, à savoir la libre circulation des biens, des services, des  
capitaux et des personnes contraint en effet le Royaume-Uni à quitter le  
marché unique. Il est donc difficile, à ce jour, de dessiner les contours  
du futur partenariat entre le Royaume-Uni et l’UE à l’issue du processus  
de séparation.  
La Suisse est membre de l’AELE mais ne participe pas à l’EEE. Elle a  
ainsi, à ce jour, conclu près de 120 accords bilatéraux avec l’UE dont  
2
0
un accord de libre-échange (ALE) et deux grandes séries d’accords  
sectoriels qui se sont accompagnés d’un alignement d’une grande  
partie du droit suisse sur la législation de l’UE en vigueur au moment de  
leur signature.  
Un tel partenariat offrirait davantage de latitude au Royaume-Uni. Sa  
contribution nette au budget de l’UE diminuerait par ailleurs de 55%  
selon le CER. Toutefois, ce type d’accord obligerait le Royaume-Uni et  
l’UE à renégocier les accords à chaque fois que la législation  
européenne évolue. Le secteur des services pourrait, comme en Suisse,  
n’être que partiellement couvert par ces accords. Les établissements  
Les limites des partenariats existants  
2
1
financiers risqueraient en particulier de ne pas bénéficier du passeport  
Une adhésion à l’AELE/EEE  
L’EEE, qui réunit les Etats membres de l’UE et trois des quatre  
1
7
1
5
En 2015, le Royaume-Uni a versé 18,21 milliards d'euros au budget de l'Union  
européenne (après un rabais de 6,08 milliards), soit 0,72% du revenu national brut en  
015. Le Royaume-Uni a reçu en 2015 de l’UE l’équivalent de 0,3% de son RNB.  
membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE) , à  
savoir l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein, peut répondre à  
certaines attentes du Royaume-Uni. Les marchandises, à l’exception  
des produits agricoles et de la pêche, peuvent circuler librement sans  
droits de douane. L’EEE donne également accès au passeport  
2
18  
Les Etats de l’AELE membres de l’EEE participent aux dépenses opérationnelles de  
l’UE. La contribution de ses membres est fonction du poids relatif de leur PIB respectif au  
regard du PIB total de l’EEE et des dépenses opérationnelles totales de l’UE. Ils  
participent également aux dépenses administratives. Chaque programme fait tous les ans  
l’objet de négociations. Les Etats de l’AELE/EEE mettent par ailleurs à disposition de la  
Commission européenne des ressources humaines qu’ils rémunèrent.  
1
6
européen pour ses services financiers . Par ailleurs, l’EEE, qui a vu le  
14  
19  
2
3,3% des européens travaillaient en 2016 dans le commerce de gros et détail, 17,5%  
The economic consequences of leaving the EU The final report of the CER commission  
dans les services financiers et aux entreprises et 16,6% dans l’administration publique,  
Brexit 2016, avril 2016  
En vertu de cet accord, les marchandises, à l’exception de certains produits agricoles,  
l’enseignement et les soins de santé selon l’ONS.  
20  
1
5
L’AELE est une organisation intergouvernementale créée en 1960, qui vise à  
peuvent circuler en franchise de douane entre la Suisse et les Etats membres de l’UE,  
s’ils en sont originaires. L’ALE interdit par ailleurs toute restriction quantitative  
(contingents) ou toute autre mesure ayant un effet équivalent.  
promouvoir le libre-échange. Elle comprend quatre Etats membres, à savoir l’Islande, le  
Liechtenstein, la Norvège et la Suisse.  
1
6
21  
Understanding equivalence and the single passport in financial services -Third-country  
access to the single market, Parlement européen, février 2017  
La liberté d’établissement est seulement assurée en Suisse dans le domaine de  
l’assurance dommage.  
2
2
Conjoncture // Mai 2017  
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européen. En outre, la libre circulation des personnes devrait là aussi respectif du Canada et de l’UE. Cet accord garantit en outre une plus  
2
5
compromettre de tels accords. L’issue des négociations engagées entre grande libéralisation du marché des services et l’ouverture de leurs  
l’UE et la Suisse, après la votation populaire en faveur de l’introduction marchés publics respectifs. Le CETA prévoit également un système  
de quotas annuels d’immigration en février 2014, en est l’illustration. La juridictionnel des investissements (Investment Court System, ICS)  
Suisse a en effet dû renoncer, fin 2016, à instaurer des quotas annuels destiné à résoudre les litiges entre les États et les investisseurs.  
de ressortissants non suisses et à adopter un projet de « préférence L’approche est novatrice au regard de celles traditionnellement  
des travailleurs en Suisse, version allégée ». Celle-ci accorde la priorité adoptées. Les tribunaux devront, en effet, être indépendants, impartiaux  
aux résidents suisses lors du recrutement dans les secteurs présentant et permanents. En conséquence, ce système juridictionnel sera  
un taux de chômage supérieur à la moyenne, mais les employeurs sont composé de juges professionnels et indépendants nommés par l'Union  
2
6
libres de refuser le candidat envoyé par le service helvétique de l’emploi, européenne et le Canada pour une période déterminée . L'UE et le  
2
2
sans avoir à fournir de justification .  
Canada créeront par ailleurs un tribunal d'appel.  
L’union douanière entre l’UE et la Turquie  
Un tel accord de libre-échange répondrait à nombre d’attentes  
er  
Une union douanière telle que celle qui régit, depuis le 1 juillet 1996, britanniques. Il pourrait, en outre, prendre moins de temps que de  
les relations entre l’UE et la Turquie semble peu probable en raison coutume pour ce genre de partenariats. Cela fait en effet des années  
du souhait du Royaume-Uni de retrouver sa pleine souveraineté. La que le Royaume-Uni échange librement avec l’UE et intègre la  
Turquie ne participe pas au budget de l’UE, mais cette union législation européenne. Il leur sera ainsi plus facile d’adopter une  
douanière, fondée sur le principe de la libre circulation des reconnaissance mutuelle des normes et standards.  
marchandises, autres que les produits agricoles, du charbon et de  
Il semble cependant peu probable que la Commission européenne et le  
2
3
l’acier , oblige la Turquie à s’aligner sur le tarif douanier commun et  
les politiques commerciales de l’UE. Elle doit ainsi appliquer, vis-à-vis  
des pays tiers, les mêmes droits de douane que l’UE, et mettre en  
œuvre les accords préférentiels de l’UE sans pour autant bénéficier  
des accords commerciaux conclus entre l’UE et des pays tiers,  
lesquels peuvent continuer à prélever des droits de douane sur les  
exportations turques. En outre, la Turquie doit respecter les normes  
européennes dans les secteurs où elle bénéficie de l’accès au  
marché unique sans pouvoir influer sur leur élaboration.  
Royaume-Uni parviennent à se mettre d’accord sur les conditions de  
sortie et sur un futur partenariat commercial en l’espace de seulement  
deux ans compte tenu des délais généralement nécessaires à la  
conclusion de tels accords. A titre d’exemple, le Canada et l’UE, qui ont  
engagé des discussions en mai 2009, ont conclu les négociations sur le  
CETA en octobre 2013. L’accord, qui a seulement obtenu l’aval du  
Parlement européen le 15 février 2017, doit par ailleurs encore obtenir  
l’aval des Parlements nationaux, nécessaire pour les accords mixtes qui  
incluent des dispositions autres que spécifiquement commerciales. En  
effet, seule la ratification d’un accord exclusivement commercial  
nécessite « uniquement » l’aval du Conseil européen et du Parlement  
européen, en raison de la compétence exclusive de l’UE en la matière.  
Il est donc probable que la ratification d’un accord commercial entre  
l’UE et le Royaume-Uni, semblable au CETA, relève également de la  
compétence des Etats membres, rallongeant d’autant les délais de mise  
en œuvre complète d’un tel accord.  
L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada:  
un modèle à suivre?  
Le Royaume-Uni et l’UE semblent davantage enclins à négocier un  
accord de libre-échange compte tenu des contraintes imposées par les  
partenariats existants. L’Accord économique et commercial global  
Les secteurs d’activité affichant un déficit commercial britannique, tels  
que les secteurs de l’automobile et de la chimie, ou ceux qui s’inscrivent  
dans une chaîne de production interdépendante tels que l’aéronautique,  
pourraient faire facilement l’objet d’un accord permettant un accès au  
marché unique dans des conditions similaires à celles applicables  
actuellement. Toutefois, les intérêts du Royaume-Uni et de l’UE  
divergeront vraisemblablement suivant les secteurs d’activité, selon  
qu’ils génèrent des excédents ou des déficits commerciaux, rallongeant  
d’autant les négociations.  
(
AECG, ou CETA) est souvent cité en exemple. Il s’agit en effet d’un  
accord commercial ambitieux entre l’UE et le Canada, qui n’inclut pas la  
liberté de circulation des personnes. Il devrait aboutir à terme à la  
suppression de 99% des droits de douane sur les produits industriels et  
à l’élimination de nombreuses barrières non-tarifaires. Cet accord vise  
par ailleurs à une reconnaissance mutuelle des certificats d'évaluation  
de la conformité dans un certain nombre de domaines tels que les  
appareils électriques, les équipements électroniques, les jouets, les  
machines et les appareils de mesure. De plus, le CETA facilitera  
l’entrée temporaire de certains travailleurs qualifiés sur le territoire  
2
4
Ce type de partenariat restera enfin moins avantageux et contraignant,  
en particulier pour le Royaume-Uni. Celui-ci devra vraisemblablement  
assurer un niveau de protection minimum aux travailleurs et respecter  
certaines règles en matière de santé et d’environnement. Les  
Britanniques devraient par ailleurs continuer à se conformer aux  
22  
Les entreprises suisses auront l’obligation de fournir aux Office Régionaux de  
Placement (ORP), les services publics à l’emploi, les postes vacants, et elles auront  
également obligation de recevoir les chômeurs locaux concernés, en priorité.  
23  
Les produits du charbon et de l’acier relèvent d’accords préférentiels.  
Le Canada a accepté de protéger nombre d’indications géographiques (IG) (143),  
24  
2
5
autrement dit des spécialités alimentaires et des boissons provenant de villes et de  
régions spécifiques de l'UE. Des quotas limités seront également prévus pour un petit  
nombre de produits sensibles, tels que le bœuf, le porc et le maïs doux pour l'UE et les  
produits laitiers pour le Canada. Le CETA n'ouvrira pas par ailleurs les marchés européen  
et canadien de volailles et d'œufs, et il respectera le système européen des prix d'entrée.  
Les principaux services exclus comprennent les services de santé et d’éducation  
publique ainsi que d’autres services sociaux.  
Un membre du tribunal ne pourra pas travailler parallèlement comme conseiller  
26  
juridique et expert dans d'autres différends en matière d'investissements. Les affaires  
seront instruites par trois membres choisis au hasard.  
2
3
Conjoncture // Mai 2017  
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standards européens. L’UE et le Royaume-Uni devront également Une hausse des coûts administratifs  
établir des règles d’origine, c’est-à-dire des critères à même de définir La suppression de l’union douanière et la réapparition des contrôles  
l’endroit où un produit a été fabriqué. Ceux-ci permettent à leur tour de douaniers s’accompagneront d’une hausse des coûts administratifs. Ces  
déterminer quels biens sont produits au Royaume-Uni et au sein de coûts seront d’autant plus élevés si l’UE instaure des barrières non  
l’UE et donc susceptibles de bénéficier d’un traitement tarifaire tarifaires ou doit s’assurer, lors du passage des marchandises aux  
préférentiel. Ce sont autant de critères qui pourraient peser sur les frontières, que les « règles d’origine » sont bien respectées. Selon une  
chaînes de production lorsque les produits échangés incorporent une étude du CEPR27, ces règles s’accompagneraient à elles seules d’une  
proportion importante de produits importés.  
hausse de près de 4% à 15% du coût des échanges. Au total, de manière  
générale, l’ensemble des coûts administratifs pourrait représenter près de  
28  
2
5% de la valeur des biens échangés selon une étude de l’OCDE. De  
Des relations commerciales régies par les règles de  
l’OMC en cas d’échec des négociations  
même, le Brexit s’accompagnerait pour les entreprises d’une hausse des  
coûts de distribution et de coordination de part et d’autre de la Manche.  
Une diminution des économies d’échelle  
En l’absence d’accord commercial, les échanges commerciaux  
entre le Royaume-Uni et l’UE seraient régis par les règles de  
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les membres de  
l’OMC doivent respecter un certain nombre d’accords qui régissent  
le commerce de marchandises, de services, la propriété  
intellectuelle, ainsi que des règles relatives au règlement des  
différends entre eux. Le dumping, pratique qui consiste, pour une  
entreprise à exporter un produit à un prix inférieur à sa valeur  
normale, c’est-à-dire au prix pratiqué « au cours d'opérations  
commerciales normales pour le produit similaire destiné à la  
consommation dans le pays exportateur », est par ailleurs prohibé.  
Le Royaume-Uni devra également se conformer à certaines normes  
internationales actuellement en vigueur, notamment celles de  
l’Organisation internationale de normalisation (ISO). Toutefois, il  
n’aura plus à respecter les normes européennes.  
La réduction de la taille des marchés à l’exportation pèsera plus  
particulièrement sur la compétitivité britannique. En effet, les possibilités  
d’économie d’échelle, la diffusion de l’innovation et des technologies  
ainsi que la productivité des facteurs s’amenuiseront. A terme, les  
législations européenne et britannique pourraient, en l’absence d’accord,  
s’éloigner l’une de l’autre, pesant d’autant sur les échanges  
commerciaux à venir.  
Une main d’œuvre moins mobile  
Le Brexit aura vraisemblablement pour conséquence une baisse de  
l’immigration en provenance de l’UE. Plusieurs pistes sont envisagées par  
les Britanniques, comme la création d’un permis de travail spécifique pour  
les salariés en provenance de l’UE ou le contrôle des emplois auxquels ils  
pourront prétendre. Il est toutefois peu probable qu’une telle politique  
migratoire parvienne à répondre de manière efficiente aux besoins de  
l’économie. Il est en effet difficile d’identifier avec exactitude les besoins  
en main d’œuvre d’une économie. En outre, une telle politique  
s’accompagnera vraisemblablement d’un alourdissement des démarches  
administratives et donc d’une hausse du coût du travail pour les  
employeurs. Elle aurait enfin d’autres effets difficilement quantifiables tels  
qu’une moindre diffusion des savoirs. Une baisse de l’immigration risque  
par conséquent d’obérer l’offre de travail et le potentiel de croissance de  
l’économie britannique.  
Le Royaume-Uni et l’UE pourront dès lors réintroduire plus facilement  
des barrières non tarifaires (règlementations techniques, normes et  
évaluations de la conformité ou mesures sanitaires et  
phytosanitaires…) et des droits de douane, à condition qu’ils respectent  
la clause de la nation la plus favorisée (NPF), à savoir qu’un membre  
de l’OMC ne peut établir de discrimination entre ses partenaires  
commerciaux. Autrement dit, les droits de douane prélevés par l’UE sur  
ses importations en provenance du Royaume-Uni ne pourront être  
supérieurs à ceux prélevés sur celles en provenance du pays  
bénéficiant de la situation la plus favorable. Ce qui équivaudrait à  
l’imposition par l’UE de droits de douane de l’ordre de près de 5% en  
moyenne, si l’on se réfère à la clause de la NPF. Toutefois, les secteurs  
les plus exposés au marché européen pourraient être soumis à des  
droits de douane élevés. Ceux-ci pourraient en effet atteindre 4,5%  
pour les produits chimiques, 15% pour les produits agricoles, 10% pour  
les voitures et 5% pour les pièces automobiles. Autre inconvénient  
majeur de ce type de partenariat, les accords de l’OMC encadrent peu  
les échanges de services.  
Baisse des échanges commerciaux  
29  
Une étude du Trésor britannique tente d’apprécier les conséquences  
d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE sur les échanges et l’activité. Il  
s’agit d’un exercice délicat étant donné l’absence de précédent. L’étude  
pose donc un certain nombre d’hypothèses. Elle estime les effets du  
Brexit à une échéance de quinze ans. Elle suppose en effet que d’ici là  
le Royaume-Uni et l’UE auront définis les contours d’un nouveau  
partenariat, que l’incertitude se sera dissipée et que leurs économies  
auront opéré les ajustements nécessaires. Elle suppose également que  
le Royaume-Uni entretiendra avec les pays extérieurs à l’UE les mêmes  
relations commerciales qu’aujourd’hui. Elle suppose par ailleurs que le  
Les effets du Brexit sur les échanges commerciaux  
27  
Centre for Economic Policy Research, Estimating the Economic Impact on the UK of a  
Il est difficile de mesurer précisément les effets d’un nouveau  
partenariat dont les contours restent à ce jour inconnus. Nous pouvons  
cependant proposer quelques pistes de réflexion.  
Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) Agreement between the European  
Union and the United States, study produced for HMG, (2013).  
2
8
A synthesis report OECD Trade Policy Paper No. 150 de Evdokia Moïse et Florian Le  
Bris, Trade costs: What have we learned?  
2
9
HM Government, HM Treasury analysis: the long-term economic impact of the EU  
membership and the alternatives, Londres, avril 2016  
2
4
Conjoncture // Mai 2017  
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fonctionnement de l’UE reste inchangé. Autrement dit, elle ne tient pas Le Royaume-Uni prend donc le risque de s’engager dans de longues  
compte des avantages que le Royaume-Uni pourrait retirer, s’il restait négociations sans avoir la certitude de conclure des accords plus  
membre de l’UE, d’une plus grande intégration des marchés européens avantageux que ceux dont il bénéficiait en tant que membre de l’UE. Il  
des services, du numérique et de l’énergie, et de nouveaux accords pourrait ainsi être amené à concéder des baisses de droits de douane  
commerciaux que pourrait conclure l’UE, donc des pertes potentielles.  
sur des secteurs plus vulnérables, au risque de susciter un  
mécontentement social.  
Si le Royaume-Uni quittait l’UE pour l’EEE, son PIB serait, au bout de  
quinze ans, inférieur de 3,4% à 4,3% à celui qui serait observé s’il  
restait membre de l’UE. Il serait inférieur de 4,6% au 7,8% s’il concluait Coup de projecteur sur quelques secteurs d’activité  
un accord bilatéral, et de 5,4% à 9,5% si les échanges étaient régis par  
les règles de l’OMC.  
Certains secteurs d’activité sont plus que d’autres au centre des  
préoccupations en raison de leur poids respectif dans les échanges  
commerciaux ou de leur intégration dans la chaîne de production  
européenne.  
3
0
Cette étude corrobore les calculs de l’OCDE . Cette dernière est moins  
pessimiste que le Trésor britannique mais prévoit, d’ici 2030, une baisse  
du PIB britannique de 2,7% dans le meilleur des scénarii, 5,1% dans un  
scénario de base et 7,7% si le scénario le plus pessimiste l’emporte.  
Un secteur financier mis à mal par la perte du passeport européen  
La moitié des établissements financiers mondiaux ont installé leur  
siège européen à Londres. La City offre, en effet, de nombreux  
avantages aux investisseurs étrangers tels que les infrastructures de  
marché, des expertises et l’usage de l’anglais. Les activités  
financières et d’assurance britanniques représentent ainsi à elles  
seules près de 7% de la valeur ajoutée brute britannique. En outre,  
l’industrie financière tire près du quart de ses revenus de ses  
opérations avec l’UE. Selon The City UK, un organisme privé qui  
défend les intérêts de la place de Londres, 46% des actions de l’UE  
sont levées à Londres et 75% des opérations de change de l’UE sont  
réalisées au Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, qui a le droit d’effectuer  
des transactions dans la monnaie unique du fait de son appartenance  
à l’UE, entretient également des liens particulièrement étroits avec la  
zone euro. Ainsi en février 2017, 21% des actifs des institutions  
financières monétaires (IFM) britanniques étaient libellés en euros,  
soit 38% des actifs libellés en devises étrangères. Les contours du  
futur accord entre le Royaume-Uni et l’UE revêtent par conséquent  
une grande importance.  
Les pays de l’UE seraient également affectés par le Brexit et la  
réduction de leurs échanges commerciaux avec l’UE, en particulier les  
pays qui entretiennent actuellement des liens étroits avec le Royaume-  
Uni. L’Irlande est particulièrement concernée et dans une moindre  
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mesure le Luxembourg et la Belgique. Selon la fondation Bertelsmann ,  
les PIB par tête de l’Irlande, de la Belgique et du Luxembourg  
diminueraient de respectivement 2,7%, 0,96% et 0,8% d’ici 2030 en  
l’absence d’accord commercial avec le Royaume-Uni. L’Allemagne et la  
France seraient moins affectées, le PIB par tête reculant de 0,33 et  
0,27% respectivement.  
Evolution incertaine des échanges commerciaux  
britanniques avec les pays extérieurs à l’UE  
La sortie du Royaume-Uni de l’UE influera également sur ses relations  
et ses échanges commerciaux avec les pays tiers. En effet, le  
Royaume-Uni ne bénéficiera plus des accords de libre-échange conclus  
entre l’UE et ces pays.  
Plusieurs scénarii s’offrent à l’industrie financière britannique. Le  
Royaume-Uni pourrait notamment bénéficier d’un régime d’équivalence  
et continuer à offrir ses services financiers au sein de l’EEE si sa  
règlementation répond aux standards européens. Les pertes seraient,  
Le Royaume-Uni, qui ne pourra conclure de nouveaux accords  
commerciaux qu’après avoir effectivement quitté l’UE, espère profiter de la  
montée en puissance de certains de ses partenaires commerciaux, tels que  
la Chine, et favoriser ses échanges avec les Etats-Unis et les pays  
membres du Commonwealth. Le Royaume-Uni, hors de l’UE, espère ne  
plus avoir à faire de compromis avec les autres Etats membres et bénéficier  
de davantage de latitude pour négocier avec les pays tiers. Toutefois, il  
pourra difficilement imposer un rapport de force qui lui soit favorable en  
raison du poids de son économie. Le Royaume-Uni, la dixième économie  
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dès lors, contenues. Selon une étude diligentée par The City UK , les  
revenus générés par l’activité de gros des services financiers  
déclineraient de 2%. Toutefois, la place financière londonienne  
évoluerait dans un environnement plus incertain. Cet agrément pourrait  
en effet lui être retiré à tout moment si la Commission européenne  
estimait que la réglementation s’éloigne de celle en vigueur au sein  
de l’UE.  
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mondiale, ne représente en effet à lui seul que 2,4% du PIB mondial (en  
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Les pertes seraient, en revanche, conséquentes si le Royaume-Uni  
adoptait les seules règles de l’OMC, c’est-à-dire s’il ne bénéficiait plus  
systématiquement, de la part de l’UE, d’un régime d’équivalence de sa  
réglementation. Dans ce cas de figure, les revenus financiers issus des  
activités avec l’UE accuseraient, selon cette même étude, une perte de  
parité de pouvoir d’achat, PPA) et 4% des importations mondiales . C’est  
bien moins que de l’UE à 28, la deuxième économie mondiale (17,1% du  
PIB mondial en 2015 en PPA et 32% des importations mondiales), qui peut  
davantage peser sur le cours de négociations commerciales.  
40% à 50%.  
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The economic consequences of Brexit: A taxing decision, OECD Economic policy paper,  
Avril 2016, numéro 16  
Fondation Berterlsmann, Brexit  potential economic consequences if the UK exits the  
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EU, 2015/05  
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Olivier Wyman, The impact of the UK’s exit from the EU on the UK-based financial  
services sector, 2016  
Données 2015 de la Banque mondiale  
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Données 2015 de la Banque mondiale (en USD courants)  
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5
Conjoncture // Mai 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Il est toutefois difficile de prendre pleinement la mesure de la perte du De même, sans nouvel accord sur la sécurité, les entreprises  
passeport financier. Les implications d’une sortie de l’UE sont, en effet, britanniques ne pourraient plus signer de contrats pour l’exploitation du  
multiples. Le Royaume-Uni ne bénéficiera plus des accords signés système de navigation par satellite Galileo, un projet de l’Agence  
entre l’UE et les pays tiers. Il ne devrait plus, par ailleurs, profiter d’une spatiale européenne développé par l’UE.  
main d’œuvre européenne qualifiée aussi abondante. En outre, les  
Le secteur aérien  
activités financières, moins intégrées, devraient générer moins  
Les compagnies aériennes britanniques, qui peuvent actuellement  
d’économies d’échelle et d’innovation. Enfin, les pertes de revenus du  
exploiter librement une ligne aérienne dans l’ensemble du ciel européen,  
secteur financier se répercuteront vraisemblablement sur les activités  
redoutent de devoir acquitter des droits de vol. En outre, les certificats  
connexes (agences de rating, sociétés de conseil et d’audit…) et le  
de navigabilité délivrés par l’Autorité de l’aviation civile ne pourraient  
reste de l’économie. Autant d’effets induits difficiles à estimer, car plus  
plus être reconnus par l'Agence européenne de la sécurité aérienne.  
diffus.  
Une opportunité pour l’UE ?  
Certaines entités pourraient délocaliser d’autres activités que celles  
directement touchées par la perte du passeport financier afin d’éviter  
une trop grande fragmentation de leurs différentes activités et une Le Royaume-Uni et l’UE vont d’ici peu engager des négociations qui  
diminution de leurs économies d’échelle.  
Conclusion  
s’annoncent pour le moins laborieuses. Les protagonistes peinent à  
s’entendre sur le processus. Le Royaume-Uni souhaite en effet  
négocier d’emblée un nouveau partenariat qui définira l’ensemble des  
relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE ainsi que le statut  
des ressortissants en provenance de l’UE. L’UE entend pour sa part  
traiter le cas particulier de l’Irlande, s’assurer que le Royaume-Uni  
respecte les engagements financiers pris lorsqu’il était membre de l’UE  
et clarifier le statut des ressortissants européens présents sur le sol  
britannique avant d’engager des discussions préliminaires sur leurs  
relations futures.  
Toutefois, cette perte pour le Royaume-Uni ne se traduira pas  
forcément par un gain du même ordre pour les membres de l’UE. Des  
établissements de pays tiers pourraient en effet externaliser certains  
services seulement vers des filiales dans l’UE ou rapatrier certaines de  
leurs activités dans leur pays d’origine en raison des coûts engendrés  
par la réallocation de ces activités ou par leur plus grande  
fragmentation. Certains établissements financiers ne souhaiteront pas,  
en particulier, se plier à une multitude de règlementations.  
Le secteur automobile  
Autant de sujets susceptibles de peser sur le cours des négociations.  
Toutefois, la négociation d’un nouveau partenariat constitue à elle seule  
un enjeu de taille, d’autant que peu d’options s’offrent au Royaume-Uni  
qui souhaite réguler l’immigration en provenance de l’UE. La fin de la  
libre circulation des personnes exclut en effet toute adhésion à  
l’AELE/EEE ou la conclusion d’un accord bilatéral semblable à celui  
passé entre l’UE et la Suisse. Si l’UE et le Royaume-Uni devaient  
s’acheminer vers un accord de libre-échange aux contours proches de  
celui négocié entre l’UE et le Canada (CETA), la conclusion d’un tel  
accord prendrait beaucoup de temps en raison du nombre important de  
thèmes à aborder. Les deux parties, qui entretiennent actuellement des  
L’industrie automobile européenne, fortement intégrée, serait dans son  
ensemble mise à mal, et des mesures tarifaires pèseraient tout  
particulièrement sur l’industrie britannique, près des trois-quarts de ses  
exportations d’automobiles étant destinées au marché européen. Une  
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étude du CEPII prévoit une baisse de la production automobile de  
,8% si les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE aboutissaient à  
1
un accord régional et à un retour des barrières non tarifaires. En  
conséquence, près de 500 emplois seraient supprimés. Dans ce cas de  
figure, le consommateur britannique pâtirait par ailleurs d’une hausse  
du prix de 3% des voitures importées.  
Les pertes seraient bien plus conséquentes en l’absence d’accord. liens commerciaux particulièrement étroits, ont donc intérêt à s’entendre  
L’étude suppose que le Royaume-Uni continuerait à profiter des si elles souhaitent éviter que leur relations commerciales soient régies  
accords commerciaux conclus entre l’UE, la Turquie et le Mexique, par les règles de l’OMC.  
mais le secteur automobile serait soumis à des droits de douane  
reposant sur la clause de la NPF. La production automobile diminuerait  
alors de presque 4% au Royaume-Uni. Près de 1000 emplois seraient  
détruits, et les prix payés par le consommateur progresseraient de près  
de 6%.  
Les industries aéronautiques et spatiales  
D’autres secteurs sont concernés tels que l’industrie aéronautique, la  
plus importante en Europe. L’UE représente en effet près de la moitié  
de son marché à l’exportation. Les chaînes de production sont en outre  
disséminées dans toute l’Europe. Ainsi l’Airbus est le fruit d’une  
coopération étroite entre le Royaume-Uni, l’Espagne, la France et  
l’Allemagne.  
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CEPII, Thierry Mayer, Brexit, Trumpit : la fin des accords régionaux ? Conséquences  
pour l’industrie automobile, n°371, novembre 2016