Perspectives

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Royaume-Uni  
Britannictomie  
Le Brexit n’a pas eu lieu, mais le compte à rebours est lancé. Le Royaume-Uni et l’UE à 27 ont deux ans pour dénouer une relation  
plus étroite et complexe que les Britanniques n’en avaient conscience lors du référendum de juin 2016. La balle est dans le camp  
européen, et les appels à l’union de la Commission ont été entendus par le Parlement. Un Conseil exceptionnel doit se réunir le 29  
avril, et les négociations pourront alors commencer. L’inextricabilité de la relation britannico-européenne est chaque jour plus  
flagrante, et le gouvernement britannique semble se résigner aux inévitables sacrifices. Des négociations complexes sur fond de  
ralentissement de l’activité, la dépréciation de la livre pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et donc de leurs dépenses…  
Le Brexit n’a toujours pas eu lieu et estimer ses conséquences sur  
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- Synthèse des prévisions  
l’économie britannique est quasiment aussi compliqué que le  
processus de sortie de l’UE. Ce processus a été officiellement lancé  
le 29 mars, lorsque l’ambassadeur britannique auprès de l’Union  
européenne a remis au président du Conseil européen la  
notification de rupture. Le maintenant fameux Article 50 du Traité de  
Lisbonne fixe le temps des négociations à deux ans. Mais chaque  
semaine vient avec son lot de nouveaux détails illustrant  
l’inextricabilité de la relation britannico-européenne.  
Variations annuelles, %  
PIB  
2016 e 2017 e 2018 e  
G
P
G
E
1,8  
3,0  
0,5  
1,4  
1,8  
1,7  
1,1  
1,2  
Consommation privée  
Investissement  
Exportations  
-0,2  
6,5  
-0,1  
5,0  
Indice des prix à la consommation (IPC)  
Taux de chômage (%)  
C
U
C
G
G
0,6  
4,9  
2,7  
5,0  
2,6  
5,4  
Trois étapes  
Balance courante (% PIB)  
-4,7  
-3,0  
87,7  
-4,1  
-2,7  
87,4  
-3,2  
-3,1  
88,2  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
Michel Barnier, officiellement chargé de conduire les négociations  
au nom de l’Europe, présentait, quelques jours après l’officialisation  
de la volonté de sécession des Britanniques, la philosophie de la  
Commission ainsi qu’un calendrier prévisionnel. La ligne  
européenne est de conduire les négociations par étapes, la  
première devant avoir été franchie avant que la suivante ne puisse  
être entamée. En amont du vote du Parlement européen du 5 avril,  
Michel Barnier déclarait aux eurodéputés que le Royaume-Uni  
chercherait probablement à mener des négociations parallèles, et  
qu’il était essentiel pour l’Europe de ne pas céder aux sirènes  
britanniques sur ce point, énonçant les deux autres conditions du  
succès : conserver l’unité et lever au plus vite les incertitudes.  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
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- Inflation importée  
Taux de change effectif (é.g. inversée), Prix à l’importation hors  
produits pétroliers (g.a., %)  
65  
18  
1
6
0
2
75  
Pour la Commission, il s’agit dans un premier temps de dénouer les  
liens. Se posent ici les questions des engagements financiers du  
Royaume-Uni auprès de l’UE (estimés à EUR 60 mds par Jean-  
Claude Juncker, une somme qualifiée d’« absurde » par le  
gouvernement britannique), des droits des citoyens européens  
résidant au Royaume-Uni et des Britanniques présents sur le  
continent (sont ici concernés environ 4 millions de personnes) et de  
la frontière entre les deux Irlande. Cette phase des négociations  
devrait intervenir entre juin et décembre 2017 selon le rétro-  
calendrier de M. Barnier. Viendrait ensuite la deuxième phase, de  
janvier à juin 2018, la plus complexe selon les négociateurs. La  
question posée serait celle des futures relations britannico-  
européennes, et donc, notamment, des échanges commerciaux,  
services financiers compris. Les ambitions européennes sont ici très  
haut placées, M. Barnier ayant déclaré qu’il rechercherait un accord  
si global que seraient couvertes les questions de « dumping social »,  
de droits des salariés, de régimes fiscaux, de subventions publiques  
et de concurrence. L’attention des observateurs se portera plus  
particulièrement sur le degré d’accès du Royaume-Uni au marché  
unique (avec les contreparties en termes de liberté de circulation  
des personnes) et sur l’avenir de la place financière londonienne. La  
troisième et dernière phase, s’étalant de juillet à octobre 2018,  
serait celle de la transition.  
8
5
5
9
-6  
105  
-12  
2000  
2004  
2008  
2012  
2016  
Sources : Bank of England, Office for National Statistics  
Ce n’est qu’après que serait négocié, le cas échéant, un accord de  
libre-échange. Cette dernière étape du calendrier a été validée par  
l’adoption, par le Parlement européen, d’un texte qui précise  
clairement qu’aucun accord ne pourra être conclu avant la sortie  
effective du Royaume-Uni de l’UE. Le Parlement suit ainsi les  
recommandations de la Commission, spécifiant que, pour envisager  
des dispositions transitoires, les négociations devront avoir enregistré  
des progrès tangibles. Et finalement, il s’agira pour les assemblées de  
voter : les parlements européen (députés britanniques compris) et  
britannique seront les instances de validation des accords.  
A très court terme, c’est aux institutions européennes d’avancer. Le  
9 avril, un Conseil européen exceptionnel se tiendra, au cours  
duquel les grandes lignes du retrait britannique devront être  
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Royaume-Uni  
2ème trimestre 2017  
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approuvées (à l’unanimité) par les Vingt-sept. Il s’agira alors pour la  
Commission de faire des recommandations en vue de l’ouverture  
des négociations. Le Conseil ne lancera les discussions qu’après  
approbation par les Vingt-sept (est requise une « super-majorité  
qualifiée », soit au moins 20 Etats membres représentant 65% de la  
population des Vingt-sept).  
3
- Le ralentissement point  
Croissance du PIB, en %  
Progression trimestrielle ;  
Glissement annuel  
2
1
0
4
Deux courtes années  
2
La ligne est tracée. Reste à savoir si les vœux européens de  
transparence seront respectés, sachant que le gouvernement  
britannique semble enclin au secret. La grande question est celle  
des délais de négociations, qui sont extrêmement courts ! A titre  
d’exemple, le traité de libre-échange, signé à la fin de l’année  
dernière entre UE et Canada, avait été conclu trois ans plus tôt,  
après quatre ans de discussions… Certes, il n’y avait alors pas  
d’urgence particulière, alors que pour ce qui concerne le Royaume-  
Uni, l’urgence est indéniable. Reste qu’il semble très difficile de tenir  
les délais, et bientôt se posera la question d’une prolongation. Soit  
les Vingt-sept s’accordent pour prolonger les discussions, soit  
l’unanimité nécessaire n’est pas trouvée et le Royaume-Uni devra  
quitter l’UE au printemps 2019.  
0
-
1
2
3
-2  
-4  
-6  
-
-
2007  
2010  
2013  
2016  
Source : Office for National Statistics  
amont du scrutin de juin 2016, ménages et entreprises n’ont pas  
coupé dans les dépenses. La chute redoutée de l’investissement a  
ainsi été évitée.  
A ces difficultés viennent s’ajouter celles posées par l’Ecosse qui  
avait massivement voté pour le maintien dans l’UE du Royaume-Uni  
en juin 2016. Nicola Sturgeon, la Première ministre d’Ecosse, a  
ainsi appelé à un nouveau référendum sur l’indépendance de sa  
Nation, et après approbation de son parlement, envoyé sa requête  
au gouvernement britannique. La première réponse de Theresa  
May a été de souligner que l’heure était à l’union, et non pas à la  
désunion. Ce second référendum pourrait se tenir à la fin de 2018  
ou au début de 2019, et en tout état de cause quand apparaîtront  
plus clairement les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’UE. En  
Ecosse, la volonté semble d’organiser le scrutin qu’il soit légal et  
engageant (ce qui nécessite une autorisation préalable du pouvoir  
britannique) ou non. La volonté de Nicola Sturgeon était d’interroger  
les Ecossais sur la base d’un projet d’accord, notamment en termes  
d’échanges commerciaux. Le déroulé des négociations imposé par  
l’Europe complique donc sa tâche. Il faudra ainsi compter avec une  
incertitude de plus, sachant que l’Irlande s’interroge également sur  
son avenir… Le gouvernement britannique, au fil des déclarations,  
semble s’éloigner d’une position dure, qui était celle du début  
d’année. Il se résigne ainsi à suivre les exigences européennes,  
alors que Boris Johnson, actuel ministre des Affaires étrangères et  
principale tête d’affiche de la campagne en faveur du Brexit, a  
récemment admis que le Royaume-Uni pourrait devoir se résigner à  
conserver la libre circulation des personnes après la sortie du  
Royaume-Uni de l’UE… Faut-il voir dans ces difficultés ou dans un  
jeu de pure politique intérieure la décision de Theresa May  
d’organiser des élections anticipées le 8 juin prochain ? La volonté  
affichée est en tout cas de renforcer la majorité parlementaire avant  
l’entrée en négociations ainsi que d’assurer la stabilité politique pour  
les années à venir.  
Ce n’est pas la confiance mais la valeur externe de la livre qui finit  
par peser sur la demande. Depuis le référendum, la monnaie  
britannique a perdu environ 12% de sa valeur en termes effectifs.  
Cette dépréciation s’est traduite par un bond du prix des produits  
importés  hors produits pétroliers, l’indice des prix à l’importation a  
vu son glissement annuel atteindre un pic, en novembre 2016, à  
9,4%. Pour mémoire, cet indice avait reculé aussi bien en 2014  
qu’en 2015, baisse qui faisait suite à deux années de stabilité. A ce  
mouvement s’est ajouté le redressement des prix du pétrole, et le  
prix des produits importés est sur une pente annuelle de 10%  
depuis octobre 2016.  
L’inflation a connu une accélération marquée. L’indice des prix à la  
consommation a progressé, en glissement annuel, de 2,3% en  
février et mars. Certes, on reste loin de l’hyperinflation, ou même  
des pics récents : entre 2010 et 2013, l’inflation britannique a été de  
3,3% en moyenne. Mais l’accélération est rapide et le fait de l’indice  
sous-jacent. Hors produits alimentaires et énergie, le glissement  
annuel des prix à la consommation est passé de 1,2% en mai 2016  
à 2% en février 2017 (pour faire une pause à 1,8% en mars).  
Les conséquences commencent de se faire sentir sur la demande,  
comme l’illustrent les données publiées par le British Retail  
Consortium (BRC). Lissé sur trois mois, le glissement annuel des  
ventes de détail est proche de zéro, maintenu en territoire positif par  
les ventes de produits alimentaires : à l’exclusion de ces derniers,  
l’indicateur est dans le rouge, à -0,8% en février, la performance la  
plus mauvaise depuis le printemps 2011. Les comptes nationaux  
laissaient alors paraître un recul de 0,8% (taux trimestriel) des  
dépenses de consommation des ménages, et une croissance du  
PIB limitée à 0,1%.  
Premiers signes du ralentissement  
Dans un premier temps, le climat d’incertitude a laissé intactes les  
performances économiques. En rythme trimestriel, la croissance au  
second semestre a même marqué une accélération, à 0,6% après  
0,4% au premier semestre. Contrairement aux craintes de certains en  
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Royaume-Uni  
2ème trimestre 2017  
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