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EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Chine  
Tensions commerciales mal venues  
Les tensions montent entre la Chine et les Etats-Unis. La Chine jouit d’une position financière extérieure toujours très solide et les  
exportations destinées au marché américain ne représentent que 4% de son PIB. Les hausses des droits de douane annoncées par  
les Etats-Unis ne devraient donc avoir qu’un effet direct très modeste sur sa performance macroéconomique. Les mesures  
protectionnistes pourraient néanmoins peser sur la progression des exportations et sur les efforts de l’industrie pour poursuivre sa  
montée en gamme, à un moment où la Chine commence à perdre des parts de marché. En outre, une croissance moins forte que  
prévu des exportations et du PIB pourrait ébranler la détermination des autorités à ralentir la progression de la dette interne.  
Les comptes extérieurs chinois ont connu de profonds changements  
1
- Prévisions  
ces dernières années, conséquence du processus d’ouverture du  
compte de capital et de rééquilibrage du modèle de croissance  
économique. Modération des excédents courants, baisse de la  
compétitivité-prix et ralentissement de la progression des  
exportations, taux de change plus flexible et sorties nettes de  
capitaux, constituent le nouveau paradigme chinois.  
2016  
2017 2018e 2019e  
PIB réel, v ariation annuelle, %  
6,7  
2,0  
6,9  
1,6  
6,4  
2,3  
6,4  
2,5  
Inflation, IPC, moy enne annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-3,8  
16,1  
1,8  
-3,7  
16,3  
1,3  
-3,9  
18,5  
1,1  
-3,6  
20,2  
0,8  
Dette du gouvernement central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Erosion de la compétitivité  
Dette ex terne totale, % du PIB  
12,6  
3 011  
19,2  
6,9  
14,0  
3 140  
18,1  
6,5  
13,6  
3 275  
16,6  
6,2  
13,7  
3 325  
16,0  
6,1  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDCNY (fin d'année)  
L’excédent courant s’est réduit au cours de la dernière décennie  
pour se maintenir en dessous de 3% du PIB depuis 2011. Il a ainsi  
atteint 1,3% en 2017. Cette évolution reflète la baisse du taux  
d’épargne nationale rapportée au PIB, qui a été lente mais  
néanmoins plus importante que celle du ratio d’investissement. De  
plus on observe une réduction de l’excédent commercial et un  
creusement du déficit des balances des services et des revenus.  
Ces tendances devraient persister et l’excédent courant pourrait  
s’approcher de 1% en 2018-2019 (graphique 2).  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Excédents courants en dessous de 3% du PIB  
Solde en % du PIB  
 Balance des paiements courants  Balance commerciale  
 Balance des services  Balance des revenus  
1
0
8
6
4
2
0
2
4
La diminution de l’excédent commercial (en pourcentage du PIB) a  
mis en évidence le ralentissement structurel de la progression des  
exportations et des activités de processing en Chine. S’il a  
provisoirement rebondi entre 2012 et 2015 (la progression des  
volumes d’exportations et d’importations s’est nettement affaiblie,  
mais les termes de l’échange se sont améliorés grâce à la chute  
des prix des matières premières importées), l’excédent commercial  
a renoué avec sa tendance à la baisse depuis la mi-2016. La  
croissance des exportations s’est redressée, mais celle des  
importations a connu une accélération plus prononcée sous l’effet  
d’une plus forte demande intérieure et du rebond des prix des  
matières premières. L’excédent commercial s’est élevé à 3,9% du  
PIB en 2017 (contre 8,7% en 2007). Il devrait reculer encore, à  
moyen terme, sous l’effet du rééquilibrage du modèle de croissance.  
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Source : SAFE  
unitaires et l’appréciation du yuan en termes effectifs.  
Cette détérioration s’est interrompue en 2015-2016 : les coûts  
salariaux unitaires ont cessé d’augmenter, le yuan s’est déprécié, la  
baisse des prix industriels et de l’énergie s’est répercutée sur les  
coûts de production et les exportateurs ont comprimé leurs marges  
pour conserver leurs parts de marché. Cependant, cette dynamique  
s’est de nouveau inversée en 2017 et la compétitivité-prix des  
exportations devrait continuer de se dégrader à l’avenir.  
La progression des exportations est redevenue positive en 2017  
après deux années de contraction. Leur tendance de long terme est  
néanmoins bien au ralentissement. Les exportations représentaient  
1
8% du PIB en 2017 contre plus de 30% au milieu des années 2000  
et leur taux de croissance moyen est passé à 6% par an en 2011-  
017, contre plus de 30% en 2003-2008. Cette évolution résulte de  
2
facteurs externes (ralentissement de la demande mondiale,  
affaiblissement tendanciel de l’expansion des chaînes de valeur  
mondiales) et internes (hausse des coûts de production).  
La part de marché mondial de la Chine a légèrement diminué en  
2016 et 2017, signe évident du changement structurel (graphique 3).  
La perte de compétitivité-prix du secteur exportateur au cours de la  
dernière décennie s’explique par la hausse des coûts salariaux  
Elle atteignait 13% des exportations mondiales totales en 2017,  
contre 14% en 2015. L’érosion concerne une série de produits du  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
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secteur manufacturier ; ainsi, la part de la Chine dans les  
exportations mondiales de machines et appareils électriques est  
passée de 20,1% en 2015 à 18,2% en 2016.  
3
- Exportations: rebond, mais fléchissement à long terme  
Exportations  Importations : g.a., %, moyenne mobile 3 mois  
Part de marché, % des export. mondiales, somme gliss. 12 mois (é.d.)  
7
0
0
0
0
0
0
0
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Menace protectionniste  
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16  
La Chine devrait néanmoins conserver sa position de leader  
mondial pour un certain nombre de produits industriels dans les  
années à venir, en particulier grâce à des efforts constants visant à  
maintenir une solide compétitivité hors prix et, surtout, à monter en  
gamme pour se positionner dans des secteurs à plus forte valeur  
ajoutée. De plus, à court terme, les exportations devraient continuer  
à bénéficier du redressement de la demande des pays développés.  
5
4
3
2
1
1
4
12  
1
8
6
4
0
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-
-
10  
20  
30  
Cependant, l’escalade des tensions commerciales entre la Chine et  
les États-Unis laisse planer une nouvelle ombre sur les perspectives  
du commerce extérieur. L’administration américaine a annoncé le  
relèvement des droits de douane sur des produits dont la liste s’est  
progressivement allongée (de l’acier et l’aluminium aux produits  
chimiques, équipements de transport, produits IT, etc.), ainsi que  
des restrictions relatives aux investissements directs étrangers  
chinois dans les secteurs high-tech aux États-Unis. La montée du  
protectionnisme et les menaces de guerre commerciale ont entamé  
d’ores et déjà la confiance des investisseurs internationaux.  
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Source : SAFE  
l’étranger, fuite des capitaux). Ces importantes sorties nettes de  
capitaux ont contribué à une chute des réserves de change et un  
affaiblissement du renminbi (RMB), et amené les autorités à  
resserrer leurs contrôles sur les sorties de capitaux. En 2017, les  
anticipations de taux de change se sont stabilisées sous l’effet de  
ces contrôles des capitaux, des interventions de la banque centrale  
sur le marché des changes et du retour de la confiance. Les sorties  
nettes de capitaux ont diminué (repli des fuites de capitaux  
résidents, rebond des investissements de portefeuille étrangers et  
des emprunts à l’extérieur des entreprises chinoises). De plus, les  
flux nets d’investissement directs sont redevenus positifs en raison  
des restrictions imposées sur les investissements chinois à  
l’étranger. Au final, les réserves de change se sont redressées en  
2017 et le RMB s’est réapprécié, gagnant près de 6% face au dollar.  
Les autorités ont réussi à maintenir le RMB relativement stable en  
termes effectifs nominaux entre le début et la fin de l’année. A court  
terme, le RMB devrait continuer de bénéficier d’une dynamique  
relativement favorable du compte financier ; cependant, les objectifs  
de la politique de change resteront aussi largement dictés par des  
facteurs politiques. Ainsi, les autorités semblent s’être servies de  
l’appréciation du RMB au T1 2018 pour apaiser les tensions avec  
les États-Unis, mais elles pourraient opter pour une stratégie de  
change moins conciliante en cas d’aggravation du conflit commercial.  
Si elles sont appliquées, les mesures annoncées par les États-Unis  
ne devraient avoir qu’un effet direct modéré sur la performance  
macroéconomique de la Chine. En effet, les exportations vers les  
États-Unis représentent 19% des exportations totales et seulement  
4
% de son PIB (pour moitié constituées de machines-outils et  
d’équipements de transport). Et les hausses de droits de douane  
annoncées jusqu’à présent portent sur des produits qui ne  
constituent que 3% des exportations chinoises. Certaines industries  
pourraient néanmoins souffrir, comme l’électronique, les machines  
et appareils électriques ou les secteurs à faible valeur ajoutée tels  
que l’ameublement et les jouets ; les secteurs recélant un fort  
potentiel de croissance des exportations à l’avenir (comme les  
équipements aéronautique et ferroviaire) pourraient également être  
pénalisés. En outre, jusqu’où iront les tensions commerciales ? La  
Chine a commencé à riposter, mais semble, en même temps,  
vouloir éviter une guerre commerciale. De plus, la hausse des droits  
de douane aura des effets secondaires puisqu’elle se répercutera  
sur les autres pays asiatiques à travers les chaînes de valeur. Dans  
l’ensemble, ce n’est pas le moment pour la Chine de s’engager  
dans une bataille protectionniste, qui entraînerait une hausse des  
prix de ses biens exportés aux États-Unis, qui nuirait à la  
performance de ses exportations à court terme et à ses efforts de  
montée en gamme. Enfin, une croissance moins forte que prévu  
des exportations, et donc du PIB, pourrait entamer la détermination  
des autorités à freiner la progression de la dette interne.  
En 2018, les flux nets de capitaux devraient rester légèrement  
négatifs. Les contrôles de capitaux et l’amélioration de la situation  
macro-financière (sous réserve de la poursuite des efforts visant à  
réduire les risques financiers) continueront de limiter les flux  
sortants. En outre, de nouvelles mesures visant à ouvrir les  
marchés nationaux et l’intégration des titres chinois dans certains  
indices de référence internationaux pourraient encourager les  
investissements de portefeuille étrangers. Pour autant, la Chine  
n’est pas à l’abri d’épisodes de sortie massive des capitaux en cas  
de choc interne (ajustement brutal de la politique, problème dans le  
Stabilisation grâce aux contrôles de capitaux  
En 2014-2016, la détérioration des perspectives de croissance, le  
changement des anticipations de taux de change et l’expansion  
internationale des entreprises chinoises ont été les principaux  
facteurs de la baisse des entrées nettes de capitaux étrangers  
secteur financier) ou externe  
commerciales pourrait être l’un de ces chocs.  
– l’escalade des tensions  
Christine Peltier  
christine.peltier@bnpparibas.com  
(baisse des IDE, remboursements de la dette externe) et de la  
hausse des sorties de capitaux résidents (acquisition d’actifs à  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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