EcoFlash

PDF
Climat: peu d’avancées à la COP23  
Raymond Van der Putten  
Les résultats de la COP23 à Bonn ont été décevants :  
aucune décision ferme n’a été prise concernant la  
procédure visant à rehausser les engagements de  
réduction des émissions de gaz à effet de serre et à  
préciser les conditions du financement climat destiné aux  
pays en développement.  
Les émissions mondiales pourraient atteindre des  
seuils critiques  
Emissions mondiales en gaz, équivalent en CO  
2
(Gtons CO  
2
/an)  
Scénario de statu quo  Plans nationaux  2°C  1,5°C  
160  
140  
L’investissement dans les technologies bas carbone, qui se  
traduit par une baisse de la part des combustibles fossiles,  
est essentiel à la diminution de la teneur en carbone de  
l’énergie.  
1
20  
00  
1
80  
60  
40  
Conscientes  
des  
conséquences  
possibles  
du  
réchauffement climatique, des institutions financières se  
détournent des combustibles fossiles pour investir dans  
les sources d’énergie renouvelable.  
20  
0
e
La 23 Conférence des Parties à la convention-cadre des  
Nations Unies sur les changements climatiques (COP23)  
s’est tenue, en novembre, à Bonn, sous la présidence des  
îles Fidji. Le principal objectif était de régler les questions  
techniques de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le  
climat, adopté lors de la COP21 en 2015. Ces aspects  
techniques devraient être finalisés l’année prochaine, lors de  
la COP24 en Pologne.  
-20  
2000  
2020  
2040  
2060  
2080  
2100  
Graphique 1  
Source : Climate Scoreboard  
sur le climat de l’année prochaine. De plus, il n’y a eu aucun  
progrès sur l’importante question du financement accordé par  
les pays développés aux pays en développement pour la  
mise en œuvre de politiques climatiques. Un travail  
considérable reste à accomplir dans les mois à venir pour  
décider de ces questions à la COP24.  
La conférence ne s’est pas déroulée sous les meilleurs  
auspices. La décision des États-Unis de se retirer de l’Accord  
de Paris, prise il y a quelques mois, n’a pas permis de  
maintenir la dynamique sur le climat qui avait suivi la COP21.  
De plus, pendant la conférence, le Projet mondial sur le  
carbone a annoncé que les émissions de CO2 avaient  
augmenté d’environ 2 % en 2017, après être restées  
globalement inchangées en 2014-2016.  
On  
peut  
néanmoins  
noter  
quelques  
évolutions  
encourageantes. Ainsi, de plus en plus d’initiatives sont  
adoptées pour réduire l’utilisation des combustibles fossiles.  
Lors de la Conférence de Bonn, un petit groupe de pays a  
ainsi lancé l’« Alliance pour la sortie du charbon », visant  
l’abandon de ce combustible comme source d’énergie d’ici  
2030 dans les pays développés et 2050 dans le reste du  
monde.  
Les résultats de la conférence de Bonn ont été décevants.  
Aucune décision précise n’a été prise concernant le  
processus d’inventaire des actions sur le climat adoptées au  
plan national, une question qui sera examinée à la conférence  
EcoFlash // 19 décembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
2
De plus, le secteur financier est désormais bien plus  
conscient des menaces liées au changement climatique au  
point que les institutions financières se désinvestissent du  
secteur des combustibles fossiles. Lors du sommet « One  
Planet », qui s’est tenu à Paris en décembre, la Banque  
mondiale a annoncé qu’elle allait cesser d’accorder son  
concours financier aux activités d’exploitation pétrolière et  
gazière dans les deux prochaines années.  
La tendance baissière de l’intensité carbone  
s’affaiblit  
Intensité carbone de l’énergie (MMt CO  
UE15  Allemagne  Royaume-Uni  
,2  
2
/Mtoe)  
3
2
2
Protocole de Kyoto  
Des revers depuis l’Accord de Paris  
,8  
,4  
2
L’Accord de Paris sur le climat a pour objectif de stabiliser le  
réchauffement climatique bien en deçà de 2°C par rapport  
aux niveaux de l’ère préindustrielle, en renforçant les efforts  
pour atteindre la cible de 1,5°C. De plus, les pays développés  
se sont engagés à accorder des financements aux pays en  
développement en vue d’atténuer le changement climatique  
et de s’y adapter. Ces financements devraient atteindre  
USD 100 mds d’ici à 2020.  
1,6  
L’accord est entré en vigueur le 4 novembre 2016, trente  
jours après sa ratification par au moins 55 pays responsables  
d’au minimum 55 % des émissions totales de gaz à effet de  
serre. En novembre, le nombre de signataires était passé à  
1980  
1985  
1990  
1995  
2000  
2005  
2010  
2015  
Graphique 2  
Source : AIE  
1
70.  
La croissance des énergies renouvelables est  
essentielle  
La progression vers les objectifs fixés s’est cependant  
heurtée à plusieurs difficultés au cours de l’année écoulée. Le  
1
er  
Part des énergies renouvelables dans la consommation brute d’énergie (%)  
juin, tout d’abord, le président des États-Unis, Donald  
Trump, a annoncé que son pays se retirerait de l’accord sur le  
climat. Ce fut un sérieux revers, les États-Unis étant  
responsables de 15 % des émissions globales, derrière la  
Chine, le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. De plus,  
les émissions américaines par habitant sont près de quatre  
fois supérieures à la moyenne mondiale.  
UE15 Allemagne Royaume-Uni  
20  
16  
12  
8
4
0
Deuxième déconvenue : l’annonce selon laquelle, après trois  
années de stagnation, les émissions de dioxyde de carbone  
pourraient avoir augmenté de plus de 2 % en 2017, ce qui  
n’est pas en totale contradiction avec le scénario de 2°C, qui  
prévoit une hausse des émissions de carbone jusqu’en 2023  
(
graphique 1). Cependant, ce pourrait être aussi le signe  
d’une trajectoire d’émissions portant le réchauffement  
climatique bien au-delà de l’objectif de 2°C.  
2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015  
Graphique 3  
Source : Eurostat  
Les objectifs climatiques manquent d’ambition  
Pour parvenir à une diminution des émissions de carbone, les  
signataires de l’Accord de Paris sur le climat ont choisi une  
stratégie différente de celle du Protocole de Kyoto. Tout  
d’abord, tous les pays se sont engagés volontairement sur un  
ensemble d’objectifs, alors qu’à Kyoto, seuls les pays  
développés étaient concernés. Cependant, dans la pratique,  
les cibles de Kyoto n’étaient pas très contraignantes, ce qui  
permettait à la totalité des pays, ou presque, d’atteindre leurs  
Cependant, comme ces contributions ont été présentées sous  
des formats différents et à des périodes différentes, il est  
difficile de les comparer. Pour progresser sur ce sujet en vue  
de la prochaine présentation en 2020, des règles communes  
de reporting doivent être adoptées lors de la COP24 l’année  
prochaine.  
L’Accord de Paris reconnaît d’ores et déjà que les  
contributions nationales des États ne suffiront pas à éviter les  
dangereux effets du changement climatique et que des  
objectifs plus ambitieux s’imposent. Selon le tableau de bord  
sur le climat, la mise en œuvre des NDC entraînerait un  
réchauffement attendu de 3,3°C, avec une marge  
d’incertitude de 1,9 4,4 °C, contre 4,2°C dans le scénario du  
statu quo. Selon les conclusions de chercheurs du MIT, la  
hausse de la température pourrait être proche de 3,7°C, soit  
1
objectifs sans trop de difficultés .  
Ensuite, le protocole de Kyoto a suivi une approche « top  
down » tandis que l’Accord de Paris a opté pour une méthode  
«
bottom-up ». Avant la tenue de la COP21, chaque pays a  
remis ses propres objectifs en faveur du climat, les fameuses  
contributions nationales des États (NDC ou Nationally  
Determined Contributions).  
1
Les Etats-Unis n’ont jamais signé le Protocole de Kyoto et le Canada, jugeant ses  
objectifs inaccessibles, s’en est retiré.  
EcoFlash // 19 décembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
3
2
seulement 0,2 degré en dessous du scénario du statu quo. Il  
semble donc que les pays aient seulement souhaité  
s’engager en faveur d’objectifs proches de la baisse  
tendancielle de la teneur en carbone de l’énergie.  
la teneur en carbone de l’énergie. Outre la fixation d’objectifs  
d’émission, d’autres politiques ont été mises en place, dont  
des incitations en faveur des énergies renouvelables et des  
objectifs d’élimination progressive du charbon et de  
remplacement de ce dernier par le gaz. Selon T. Nordhaus et  
J. Lovering, pour obtenir de réels progrès sur la  
décarbonation, mieux vaut des politiques (énergétiques,  
industrielles et en matière d’innovation) spécifiques à l’échelle  
nationale que des objectifs et des calendriers, ou encore des  
Les contributions nationales devraient être progressivement  
révisées à la hausse. Les pays se sont mis d’accord pour  
faire le bilan des progrès accomplis lors de la COP24 en  
Pologne. Les informations ainsi recueillies seront utilisées lors  
du prochain cycle de révision des NDC en 2020. À l’occasion  
de la Conférence de Bonn, cet état des lieux, que l’on appelait  
accords internationaux visant  
dispositions légales les émissions nationales.  
à
restreindre par des  
auparavant « dialogue de facilitation »,  
a été rebaptisé  
«
dialogue de Talanoa », en référence à un processus  
Pas de décision claire sur le financement climat  
traditionnel de dialogue inclusif, participatif et transparent, en  
usage dans les îles Fidji et le Pacifique. Quoi qu’il en soit, on  
ignore encore quel sera son mode de fonctionnement.  
Une fois de plus, aucun progrès n’a été accompli sur une  
question très sensible, celle de l’engagement des pays  
développés à mobiliser des ressources financières et à  
affecter des financements aux projets d’atténuation et  
d’adaptation au changement climatique, devant être mis en  
œuvre dans les pays en développement. La promesse faite  
en 2009, lors de la COP15 de Copenhague, de mobiliser  
USD 100 mds par an à partir de 2020, a été réaffirmée  
ensuite COP après COP. Pour instaurer des relations de  
confiance entre le Nord et le Sud, il est important que les pays  
industrialisés honorent leurs engagements. Or, le temps est  
désormais compté.  
La décarbonation implique l’abandon progressif des  
combustibles fossiles  
3
Ted Nordhaus et Jessica Lovering ont étudié l’impact des  
engagements internationaux de réduction des émissions sur  
le niveau réel des émissions. Leurs résultats sont contrastés.  
Premièrement, il est vrai que la teneur en carbone de  
l’énergie a reculé dans les pays développés signataires du  
Protocole de Kyoto (graphique 2). On ignore cependant dans  
quelle mesure cette diminution est imputable aux politiques  
sur le climat plutôt qu’aux évolutions macro-économiques et  
technologiques exogènes. En réalité, la teneur en carbone  
avait déjà amorcé une baisse avant le Protocole de Kyoto, et  
cette tendance s’est affaiblie au cours de la décennie qui a  
suivi la signature. Les pays européens ont honoré leurs  
engagements de réduction des émissions, principalement en  
raison de la baisse des émissions, due à l’effondrement de la  
production industrielle dans le sillage de la crise financière  
mondiale.  
Les pays développés affectent d’ores et déjà des fonds  
dédiés aux projets pour le climat dans le monde en  
développement. Selon l’OCDE, les financements publics pour  
le climat, qui représentaient environ USD 40 mds sur la  
période 2012-2014, pourraient être portés à USD 66,8 mds en  
2
020. Des cofinancements avec le secteur privé devraient  
couvrir le solde. Le Royaume-Uni et l’Australie ont, à partir de  
ces chiffres, présenté une feuille de route indiquant comment  
les pays développés pourraient atteindre leur objectif de  
USD 100 mds. Or, les parties ne parviennent pas à se mettre  
d’accord sur une définition du financement pour le climat, sur  
les montants affectés aux projets d’atténuation et d’adaptation  
ni sur la part des fonds alloués sous forme de subventions. La  
COP23 a décidé de débattre de ces questions lors de  
réunions intermédiaires précédant la COP24.  
Le repli de la production industrielle est également l’une des  
raisons pour lesquelles le système d’échange de quotas  
d’émission de l’UE n’a pas correctement fonctionné. Suite à  
une offre excédentaire de quotas, les prix se sont effondrés.  
Depuis 2012, ils sont restés inférieurs à EUR 10, un niveau  
bien trop bas pour encourager les investissements en  
technologies bas carbone. Cependant, la part des énergies  
renouvelables a considérablement augmenté au sein de l’UE  
depuis la mise en place du système d’échange de quotas  
Quelques évolutions encourageantes dans le secteur  
financier  
(
graphique 3). Une progression qui est toutefois due aux  
La COP23 a manqué de détermination face aux énormes  
défis auxquels le monde doit faire face. Des évolutions  
importantes ont néanmoins eu lieu en faveur d’une diminution  
de l’utilisation des combustibles fossiles. À la Conférence de  
Bonn, le Royaume-Uni et le Canada ont ainsi lancé  
l’« Alliance mondiale pour la sortie du charbon ». Vingt pays  
et acteurs régionaux, dont les États américains de  
Washington et de l’Oregon, ont décidé de la rejoindre.  
L’objectif est l’abandon progressif du charbon dans les pays  
de l’OCDE et les 28 États membres de l’UE d’ici 2030 et d’ici  
2050, au plus tard, dans le reste du monde. Un bémol  
toutefois : les plus gros producteurs et consommateurs de  
charbon, à savoir les États-Unis, l’Allemagne, la Pologne,  
l’Australie, la Chine et l’Inde, n’y ont pas adhéré.  
mesures visant à encourager le développement des énergies  
renouvelables, comme les subventions et les tarifs de rachat.  
Deuxièmement, l’investissement dans les technologies sobres  
en carbone, et c’est là un facteur essentiel, a entraîné une  
réduction de la part des combustibles fossiles. L’Allemagne a  
accru la part des énergies renouvelables dans la production  
d’énergie primaire, de 7 % en 1990 à 21 % en 2015.  
Toutefois, l’intensité carbone de l’économie allemande est  
restée relativement élevée de sorte que cette dernière  
pourrait rater l’objectif carbone pour 2020, les énergies  
renouvelables ayant servi à remplacer l’énergie nucléaire. En  
revanche, le Royaume-Uni a réussi à abaisser sensiblement  
En outre, le secteur financier est de plus en plus sensible aux  
risques liés au changement climatique : aux dommages  
directs causés aux actifs, s’ajoutent les atteintes à la  
réputation. En 2015, le gouverneur Mark Carney de la  
Banque d’Angleterre a mis en garde contre les graves  
2
MIT Joint Program on the Science and Policy of Global Change, 2015 Energy and  
Climate Outlook  
3
Voir Ted Nordhaus et Jessica Lovering (2016), Does Climate Policy Matter?, The  
Breakthrough Institute.  
EcoFlash // 19 décembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
4
conséquences du changement climatique pour les acteurs  
financiers, les investisseurs  
à long terme, comme les  
compagnies d’assurance-vie, étant tout particulièrement  
4
exposés. Les chiffres en témoignent : depuis les années  
1
980, le nombre de sinistres enregistrés, liés à des  
événements climatiques, a été multiplié par trois, tandis que  
les pertes corrigées de l’inflation du secteur de l’assurance  
sont passées de USD 10 mds par an dans les années 1980 à  
USD 50 mds au cours de la dernière décennie. M. Carney a  
demandé l’adoption de normes plus strictes en matière de  
communication des entreprises pour une meilleure évaluation,  
par les investisseurs, des risques liés au changement  
climatique.  
Le secteur financier n’a pas tardé à réagir. Les gérants  
d’actifs prennent de plus en plus en considération l’empreinte  
carbone de leurs investissements. Certaines institutions  
financières ont déjà annoncé qu’elles cessaient le  
financement de projets de centrales au charbon et  
augmentaient celui des énergies bas carbone et des  
renouvelables. Lors du sommet « One Planet », qui s’est tenu  
en décembre à Paris, la Banque mondiale a même annoncé  
qu’elle arrêterait de financer l’exploration pétrolière et gazière  
dans les deux prochaines années.  
4
Mark Carney, « Breaking the tragedy of the horizon », discours prononcé à Lloyd’s  
of London, 29 septembre 2015  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1908 articles et 526 vidéos