Emerging

PDF
e
11  
EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Corée du Sud  
Vigilance  
La situation s’est améliorée en 2017 : l’élection du président Moon Jae-In a marqué la fin de la crise politique, les relations  
diplomatiques se sont apaisées et le PIB a rebondi. Les perspectives sont favorables à court terme, mais de nombreuses fragilités  
demeurent. D’une part, l’absence de majorité à l’assemblée pourrait compliquer l’application des réformes proposées par le  
gouvernement. En outre, le maintien d’une relation normalisée avec les Etats Unis et la Chine, tout en tenant à distance les menaces  
nord-coréennes, reste un défi de taille. D’autre part, bien que la position financière externe de la Corée soit solide, l’économie reste  
dépendante de son secteur exportateur, exposé aux fluctuations du commerce mondial et à la montée du protectionnisme.  
1-Prévisions  
Nouvel élan politique  
2
016  
2017  
3,1  
2018e  
3,0  
2019e  
3,0  
La situation politique s’est stabilisée au cours de l’année 2017. La  
destitution de la présidente Park, largement votée par le Parlement  
en décembre 2016, a été confirmée (à l’unanimité) par la Cour  
constitutionnelle début Mars 2017. De nouvelles élections ont été  
organisées en mai, à l’issue desquelles le président Moon Jae-In,  
ancien dirigeant du Parti démocrate, a été élu. Après un mandat  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,8  
1.0  
1,8  
1,9  
1,4  
2,0  
1,4  
1,9  
1,0  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
38,6  
7,0  
39,6  
5,6  
39,5  
5,4  
39,5  
5,0  
Dette externe, % du PIB  
27,0  
366  
27,7  
367  
27,9  
368  
25,5  
370  
1
agité , l’arrivée au pouvoir de Moon Jae-In a été perçue comme un  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDKWR (fin d'année)  
nouveau départ. Le programme de « réconciliation nationale »  
proposé lors de la campagne a rencontré une forte adhésion  
populaire.  
8,4  
7,9  
7,3  
7,5  
1 160  
1 130  
1 150  
1 150  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Dans le même temps, les relations diplomatiques avec la Corée du  
Nord, les Etats-Unis et la Chine se sont progressivement -  
légèrement - améliorées. La « stratégie d’apaisement », portée par  
le nouveau gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, a permis  
quelques progrès. Plusieurs rencontres devraient avoir lieu au cours  
de l’année 2018.  
2
- Le taux de chômage des jeunes reste élevé  
Taux de chômage, %  
Total  
15-29 ans  
1
2
0
8
6
4
2
0
Les relations diplomatiques devraient rester tendues et une nouvelle  
séquence de crispation ne peut être exclue.  
1
Un programme ambitieux  
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement a proposé une  
2
révision de la Constitution ainsi qu’un ensemble de réformes visant  
à obtenir une croissance plus équitable, « tirée par les revenus »,  
tout en conservant l’objectif du gouvernement précédent de  
promotion de la croissance par l’innovation. L’augmentation du  
salaire minimum (de plus de 15%, à USD 7 par heure) a été la  
première mesure mise en place. Plusieurs nouvelles hausses sont  
envisagées au cours du mandat, afin d’augmenter progressivement  
le salaire minimum à USD 9,20 par heure en 2020.  
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Source: Banque Centrale de Corée  
réduction du chômage des jeunes (15-29 ans). En effet, bien que le  
taux de chômage total soit relativement faible, à 3,7% en mars 2018  
et inférieur à 5% depuis le début des années 2000, celui des jeunes  
se situe à un niveau nettement supérieur, proche de 10%. L’objectif  
du gouvernement est de réduire ce taux à 8% en 2021. Plusieurs  
mesures ont déjà été annoncées : les institutions publiques devront,  
d’ici la fin du mandat, compter dans leurs effectifs un minimum de  
Les autres mesures proposées par le gouvernement devraient  
permettre une hausse de la croissance potentielle (estimée autour  
de 3% par le FMI). La principale priorité du gouvernement est la  
1
Au cours de son mandat, débuté en 2012, l’ancienne présidente a notamment  
été accusée d’incompétence et d’abus de pouvoir, et impliquée dans plusieurs  
affaires de corruption. Elle a été condamnée à 24 ans de prison et KRW 18 mds  
pour corruption, abus de pouvoir et coercition le 6 avril 2018.  
5
% de « jeunes » parmi leurs employés et diverses incitations  
fiscales ont été mises en place pour encourager les entreprises  
privées (notamment les PME) à engager de jeunes travailleurs. Un  
budget supplémentaire, d’un montant de 0,2% du PIB, quasi-  
2
La proposition de réforme comporte un ensemble varié de mesures, dont la  
réduction du mandat présidentiel de 5 à 4 ans (renouvelable une fois),  
l’abaissement de 19 à 18 ans de l'âge de la majorité électorale, ainsi que la  
mise en place d’un processus de décentralisation, augmentant le pouvoir des  
collectivités territoriales.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
12  
EcoEmerging// 2 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
intégralement destiné à l’amélioration des conditions d’emploi des  
jeunes, a été annoncé début avril.  
3
%
- Rebond des exportations en 2017  
, g.a.  
Par ailleurs, les mesures destinées à encourager l’innovation (en  
soutenant le développement des PME et en encourageant celui du  
secteur des technologies liées à l’intelligence artificielle) pourraient  
accélérer la croissance de la productivité. Enfin, un volet de  
réformes sociales vise l’augmentation de la protection sociale et la  
réduction des inégalités (notamment les écarts de salaire entre  
employés des conglomérats et grands groupes d’un côté et PME de  
l’autre), ainsi que l’augmentation du taux de participation des  
femmes.  
ASEAN  Chine  Etats-Unis  Europe  Reste du monde  
Total  
3
5
0
5
0
5
0
5
0
5
3
2
2
1
1
L’incertitude politique a donc significativement diminué, mais  
l’application de la politique économique pourrait s’avérer plus  
difficile que prévu. Le parti présidentiel (Parti démocrate, Minjoo) ne  
dispose pas de la majorité à l’assemblée et les alliances  
s’annoncent difficiles. La réforme constitutionnelle lancée en juin  
dernier et le supplément de budget proposé fin mars par le  
gouvernement sont pour le moment bloqués au Parlement, faute  
d’accord. En outre, les élections prévues mi-juin (élections locales  
et législatives partielles) poussent les petits partis à l’immobilisme  
jusqu’à cette date. Toutefois, la grande popularité dont bénéficie le  
président devrait lui permettre de passer la majorité des réformes  
proposées sans modification majeure. A titre d’exemple, le vote du  
budget 2018 (en décembre 2017) a été retardé, mais les  
propositions ont toutes été retenues.  
-
-10  
-15  
-20  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : Banque Centrale de Corée  
gouvernement, en excluant le fonds de sécurité sociale (dont  
l’excédent représente environ 2,5% du PIB), le déficit budgétaire  
devrait rester contenu d’ici à la fin du mandat (en 2022), autour de  
% (il était de 1,7% du PIB en 2017 après 1,4% du PIB en 2016) et  
la dette publique restera inférieure à 40% du PIB (39,6% en 2017).  
2
Enfin, portées par le redressement de la demande mondiale, les  
exportations ont de nouveau progressé en 2017 (de près de 15%)  
et au T1 2018 (de près de 11%). L’excédent courant a diminué  
relativement aux deux années précédentes (respectivement 7,7% et  
7,1% en 2015 et 2016), mais est resté confortable (5,4% du PIB).  
Stabilisation de la croissance autour de 3%  
Sur le plan économique, la crise politique interne et les tensions  
géopolitiques semblent n’avoir eu qu’un effet très limité sur la  
croissance et l’environnement financier, illustrant une fois encore la  
solidité et la crédibilité des institutions du pays.  
La reprise devrait se poursuivre bien que l’intégration aux chaînes  
de valeur (régionales et mondiales) et la forte exposition des  
exportations coréennes à l’économie chinoise laissent le secteur  
exportateur très vulnérable aux variations de la demande mondiale  
et à la montée du protectionnisme. Cependant, l’accalmie  
diplomatique a permis la reprise des négociations concernant les  
traités commerciaux de la Corée du Sud avec ses différents  
partenaires. Fin mars, un accord de principe a été conclu sur la  
révision de l’accord commercial bilatéral entre la Corée du Sud et  
les Etats-Unis (qui représentaient en 2017 12% du total des  
exportations coréennes). Le nouvel accord, finalement très proche  
de celui qui prévalait jusqu’alors, sera axé sur l’ouverture du marché  
automobile aux Etats-Unis (plus du tiers des exportations à  
destination des Etats-Unis sont liées à ce secteur). Dans le même  
temps, en novembre 2017, les autorités chinoises ont partiellement  
levé l’interdiction des voyages en groupe à destination de la Corée  
du Sud (formulée en mars 2017), et les deux pays ont entamé des  
discussions en vue d'étendre la portée de leur accord bilatéral de  
libre-échange au secteur des services et des investissements.  
Les perspectives de croissance sont plutôt favorables pour les deux  
années à venir : après avoir accéléré en 2017, à 3,1% après 2,8%  
en 2016, la croissance du PIB devrait se stabiliser autour de 3% en  
2018 et 2019. La demande interne profitera de la reprise de  
l’investissement entamée en 2017, alors que la consommation des  
ménages devrait être soutenue par l’augmentation du salaire  
minimum et l’ensemble des mesures sociales envisagées par le  
gouvernement.  
Bien que contrainte par le niveau élevé de la dette des ménages, la  
politique monétaire devrait rester largement accommodante. Le taux  
directeur de la banque centrale a été relevé en novembre 2017 pour  
la première fois en seize mois, à 1,5%. Afin de ralentir la  
progression de la dette des ménages (95% du PIB au T3 2017), de  
nouvelles mesures macro-prudentielles ont été mises en place en  
2017 et d’autres sont attendues dans le courant de l’année 2018. A  
court terme, la dette des ménages ne présente pas de risque  
systémique.  
Hélène Drouot  
helene.drouot@bnpparibas.com  
La politique budgétaire devrait quant à elle rester moins  
accommodante. Les plans de soutien à la croissance mis en place  
depuis plus de dix ans ont été d’ampleur modérée, en dépit des  
marges de manœuvre confortables. Les nouvelles mesures  
proposées ne feront pas exception : d’après les estimations du  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1794 articles et 490 vidéos