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EcoPerspectives // 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
France  
Croissance soutenue de l’intérieur  
Après un accès de faiblesse marqué au premier semestre 2018, la croissance française devrait reprendre quelques couleurs, en dépit  
d’un environnement économique mondial moins porteur. Les baisses d’impôts et les revalorisations de minima sociaux  
programmées pour la fin de l’année devraient soutenir la consommation des ménages. L’impact positif perdurerait en 2019, qui  
marquerait un ralentissement somme toute limité. D’autres mesures de soutien budgétaire sont prévues, tandis que les premiers  
effets des réformes du marché du travail et de la loi PACTE pourraient se faire sentir.  
L’accès de faiblesse de la croissance au T1 2018 s’est prolongé au  
T2, le PIB ne progressant encore que de 0,2% t/t. La consommation  
des ménages, qui avait déjà très peu augmenté au T1 (0,2% t/t),  
sous l’effet notamment des hausses d’impôts, a enregistré un léger  
recul au T2 (-0,1% t/t), imputable aux grèves dans les transports  
ferroviaires et aériens et à la douceur des températures qui a pesé  
sur la consommation d’énergie. Le net ralentissement de  
l’investissement des ménages au T1 (0,3% après 0,7% t/t) s’est  
aussi transformé en recul au T2 (-0,1% t/t). Ces évolutions  
défavorables contrebalancent le léger rebond de la consommation  
publique (de 0,1% à 0,2% t /t) et ceux, plus significatifs, de  
l’investissement public (de 0,1% à 0,5% t/t) et des entreprises (de  
1- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
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0,1% à 1,2% t/t). Il en résulte une contribution à la croissance de la  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
demande intérieure finale identique les deux trimestres (0,2 point)  
tandis que les contributions du commerce extérieur (de +0,1 à -0,2)  
et des variations de stocks (de -0,1 à +0,2) ont évolué en miroir.  
Après leur contrecoup du T1 (-0,4% t/t), les exportations ont à peine  
rebondi (0,1% t/t) quand les importations, en net recul au T1 (-0,6%  
t/t), sont plus nettement remontées au T2 (0,7% t/t).  
d’autre part, sur la forte hausse prévue des gros contrats à  
l’exportation.  
A ce jour toutefois, ce rebond ne peut encore être tenu pour acquis,  
notamment au regard de l’orientation à la baisse de la confiance  
des ménages et, plus précisément, de la détérioration de leur  
jugement sur les perspectives d’évolution de leur situation financière  
personnelle comme du niveau de vie en France (graphique 2). Cette  
détérioration est préoccupante car elle ne porte aucune trace du  
jugement plus positif attendu découlant de l’anticipation des  
mesures fiscales et budgétaires favorables au pouvoir d’achat à  
compter d’octobre. L’amélioration du marché du travail, certes  
ralentie mais toujours en cours, ne semble pas non plus porter ses  
fruits. L’orientation à la baisse de la confiance des ménages ne  
cadre pas non plus avec le dynamisme du crédit bancaire.  
Le rebond joue son va-tout  
La disparition des facteurs ponctuels ayant pesé sur la croissance  
au T2 laisse augurer un rebond au T3. Nous tablons sur 0,5% t/t, de  
même que l’INSEE et la Banque de France. La croissance devrait  
aussi bénéficier du soutien ponctuel du bond de 31% m/m des  
immatriculations de voitures en août. Survenu en anticipation du  
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changement des normes d’homologation au 1 septembre, cet effet  
positif sera toutefois atténué par un mouvement parallèle de  
déstockage. Les bonnes remontées de la saison touristique  
devraient également soutenir la croissance. Les enquêtes sur le  
climat des affaires sont plus mitigées : elles ne baissent plus  
comme sur les six premiers mois de l’année mais, entre juillet et  
septembre, elles se sont tout juste stabilisées, à un niveau qui reste  
toutefois élevé et compatible avec une croissance d’environ 0,5% t/t.  
Notre modèle nowcast estime à 0,4% t/t la croissance sur la base  
des données d’enquêtes et à 0,7% t/t sur la base des données  
d’activité.  
Une explication possible est la morsure, sur le pouvoir d’achat,  
d’une inflation essentiellement énergétique. Il est aussi possible que  
la moindre confiance des ménages porte la trace de la  
désindexation partielle, annoncée en août, des retraites, allocations  
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familiales et aides au logement . Les Français feraient alors preuve  
d’une asymétrie problématique dans leurs réactions, se montrant  
réceptifs aux évolutions budgétaires défavorables mais insensibles  
aux favorables, alors même qu’en 2019, les mesures de soutien  
totalisent un montant plus important que les mesures de  
Nous prévoyons que ce rebond se prolonge et même s’accentue  
légèrement au T4, la croissance s’élevant à 0,6% t/t. Ce meilleur  
chiffre s’appuie essentiellement, d’une part, sur l’impact positif  
attendu, sur la consommation des ménages, des baisses d’impôts  
et revalorisations de minima sociaux effectives en octobre et,  
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La revalorisation de ces prestations sera limitée à 0,3% en 2019 et en 2020 au  
lieu d’augmenter autant que l’inflation hors tabac (attendue à 1,3% en 2019 et  
1,4% en 2020 par le gouvernement).  
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consolidation (sur la base des chiffres du gouvernement) . Un autre  
facteur a pu jouer à la baisse sur la confiance des ménages en  
septembre : les débats sur l’introduction du prélèvement à la source  
en janvier 2019 et les craintes qu’il suscite sur un possible choc  
psychologique négatif sur le pouvoir d’achat et la consommation.  
2- Pessimisme des ménages  
Indicateur synthétique de la confiance des ménages  
Solde d’opinion sur les perspectives d’évolution :  
 du chômage •••  de la situation financière personnelle  
du niveau de vie en France  
Au regard de ces différents éléments, il nous semble toutefois que  
la confiance des ménages et leur consommation ont plus de chance  
de rebondir à l’horizon des prochains mois que de ne pas le faire.  
L’ampleur de ce rebond reste en suspens, à cause des facteurs  
négatifs évoqués, mais il serait très surprenant qu’il n’ait pas lieu  
compte tenu des facteurs de soutien existants.  
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soldes d'opinion, centrés-réduits  
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2019 : ralentissement limité  
En 2019, la croissance resterait sur un rythme solide de 0,4% par  
trimestre mais reperdrait un peu de la vigueur retrouvée au second  
semestre 2018, sous l’effet de divers freins, risques et incertitudes  
sur le front extérieur (tensions commerciales, ralentissement  
américain, difficultés de certains pays émergents, Brexit, politique  
économique italienne). La hausse des exportations se limiterait à  
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010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Sources : INSEE, BNP Paribas  
cotisations salariales à partir de septembre 2019. S’agissant des  
revenus financiers (6 % du RDB), nous anticipons qu’ils restent sur  
un bon rythme de progression. En ce qui concerne les prestations  
sociales (un peu plus du tiers du RDB), leur progression sera  
naturellement freinée par la baisse attendue du chômage et, de  
manière discrétionnaire, par la mesure de désindexation partielle. A  
l’inverse, la revalorisation des minima viendra en soutien. Quant aux  
prélèvements fiscaux et sociaux (qui pèsent pour près de 30% dans  
le RDB), nous les prévoyons en légère baisse sur l’année, une  
évolution suffisamment rare pour être soulignée. A propos de  
l’inflation enfin, deux des trois tendances relevées en 2018  
perdureront en 2019 : l’alourdissement des taxes sur le tabac et les  
carburants et le redressement de l’inflation sous-jacente (1,3% en  
moyenne annuelle, après 0,9% en 2018 et 0,6% en 2017). En  
revanche, et cela fait toute la différence, la hausse du pétrole  
devrait laisser la place à une baisse suffisamment importante pour  
entraîner avec elle l’inflation totale, qui refluerait de 2,1% à 1,6%.  
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,6% et serait nettement inférieure à celle des importations (4,3%).  
Le dynamisme de celles-ci est certes le signe d’une bonne  
progression de la demande intérieure (+1,9%) mais la contribution  
du commerce extérieur n’en est pas moins négative (-0,3 point).  
Sur le front intérieur, et de la consommation des ménages plus  
précisément, nous restons sur notre ligne positive du second  
semestre 2018 et voyons la consommation progresser de 2%  
(
(
après 1,1% en 2018), portée par le dynamisme du pouvoir d’achat  
2,2% après 1,1% en 2018). Celui-ci s’appuie, tout d’abord, sur de  
bonnes perspectives de hausse des revenus d’activité (qui  
constituent près des trois quarts du revenu disponible brut [RDB]).  
La progression de l’emploi total devrait certes ralentir, en lien avec  
la croissance moins forte et la baisse du nombre de contrats aidés.  
Mais ce ralentissement devrait être limité par l’effet positif attendu  
sur l’emploi de la bascule du CICE en baisse de charges, renforcé,  
à partir d’octobre 2019, par un allègement supplémentaire de  
charges au niveau du SMIC. La réforme du Code du travail et la loi  
Avenir professionnel pourraient aussi porter leurs premiers fruits. A  
la dynamique de l’emploi s’ajoute celle des salaires, attendus en  
accélération et qui bénéficieront d’un coup de pouce via la hausse  
des heures supplémentaires attendue suite à leur exonération de  
La prévision de ralentissement de l’investissement des entreprises  
(de 3,5% en 2018 à 2,7% en 2019, après 4,4% en 2017) est une  
autre composante importante de notre scénario. Elle porte la trace  
du degré élevé d’incertitude mais elle est assortie d’un risque  
haussier compte tenu des facteurs de soutien qui pourraient, au  
final, peser plus lourd dans la balance : amélioration de la situation  
financière des entreprises ; conditions de financement favorables ;  
niveau élevé du taux d’utilisation des capacités de production ;  
baisse de l’IS ; effet de trésorerie dû à la bascule du CICE en baisse  
de charges ; annonce d’un nouveau dispositif de suramortissement.  
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Soutien = EUR 11,1 mds  
Consolidation = EUR 7,1 mds  
Revalorisation du minimum vieillesse, de  
l’allocation adulte handicapé et de la prime  
d’activité : EUR 2 mds  
Désindexation partielle de certaines  
prestations sociales : EUR 3 mds  
Baisse d’un nouveau tiers de la taxe  
d’habitation pour 80% des ménages :  
EUR 3,8 mds (EUR 3,2 mds en 2018)  
Plein effet de la suppression, en octobre  
Contemporanéisation des APL :  
EUR 1 md  
La croissance française ne manque pas de soutiens : à ceux d’ordre  
budgétaire s’ajoutent de nombreuses réformes, dont les effets se  
feront sentir sur le long terme mais qui, dans l’immédiat, envoient un  
signal positif (loi PACTE par exemple). Dans notre scénario, la  
croissance française n’échappe pas au ralentissement général entre  
Recentrage du CITE (crédit d’impôt  
pour la transition énergétique) :  
EUR 0,8 md  
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018, des cotisations salariales chômage  
et maladie : EUR 4,1 mds  
Exonération de cotisations salariales sur  
les heures supplémentaires à partir du 1  
septembre 2019 : EUR 0,6 md (EUR 2  
mds en année pleine)  
Hausse des taxes sur le tabac (nette  
des effets de comportement) :  
EUR 0,4 md (EUR 0,6 md en 2018)  
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2018 et 2019. Mais ces vents porteurs contribuent à ce qu’elle  
ralentisse beaucoup moins que la zone euro, de 0,1 point (de 1,7 % à  
1,6%) contre 0,5 point (de 2% à 1,5%).  
Mise en place du prélèvement forfaitaire  
Hausse de la fiscalité énergétique  
(impact sur les ménages) : EUR1,9 md  
(EUR 2,4 mds en 2018)  
unique sur les revenus du capital : EUR 0,3  
md (EUR 1,6 md en 2018)  
Lissage des effets de seuil de la CSG pour  
les retraités modestes : EUR 0,3 md  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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