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Royaume-Uni, difficult times  
Catherine STEPHAN (*)  
Le Royaume-Uni n’est plus qu’à dix mois de la date  
officielle de son retrait de l’Union européenne, fixée au 29  
mars 2019.  
C’est donc dans une position difficile que le Royaume-Uni  
aborde les discussions avec l’UE.  
De fait, dès le début du processus, et malgré les réticences  
britanniques, l’Union impose son calendrier qui comprend  
deux phases.  
L’incertitude politique reste particulièrement élevée, les  
accords conclus jusqu’ici demeurant imprécis sur des  
sujets d’envergure, comme le traitement réservé à l’Irlande  
du Nord.  
La première détermine trois domaines, à savoir :  
1
/ Le montant du règlement financier dont le Royaume-Uni  
doit s’acquitter au titre des engagements pris vis-à-vis de l’UE  
/ Le statut des résidents européens au Royaume-Uni et des  
citoyens britanniques dans l’UE  
/ La situation de l’Irlande du Nord  
Difficile, dans ce contexte, de prévoir avec précision le  
scénario de sortie. En outre, le temps perdu sans avancée  
concrète amoindrit la probabilité d’un accord global  
satisfaisant pour toutes les parties.  
2
3
L’économie s’en trouve ralentie : la croissance est atone,  
dans un contexte de dépréciation de la livre sterling et de  
hausse de l’inflation.  
La deuxième phase, quant à elle, doit définir les contours du  
futur partenariat liant le Royaume-Uni à l’Union européenne.  
Un accord incomplet sur les conditions de sortie  
Ces conditions conduisent à une politique monétaire très  
prudente et retardent l’ajustement fiscal.  
Deux accords (obtenus le 8 décembre 2017 et le 19 mars  
2
018) ont permis de fixer la durée, ainsi que les modalités, de  
la phase de transition. Celle-ci devrait commencer le 29 mars  
Le 23 juin 2016, 52% des Britanniques décidaient, par voie de  
référendum, de quitter l’Union européenne. S’en est suivi un  
changement à la tête de l’exécutif (Mme Theresa May  
remplaçant David Cameron au poste de premier ministre, à  
charge pour elle de conduire le Brexit) et une période de  
dissensions politiques profondes, dont le Royaume-Uni n’est  
toujours pas sorti.  
2
2
019 (date de sortie officielle) et s’achever le 31 décembre  
020 (date de sortie définitive correspondant à l’arrivée à  
échéance du budget européen pluriannuel 2014-2020). Le  
Royaume-Uni devra respecter, durant la période de transition,  
l’ensemble du droit européen ainsi que la compétence de la  
Cour de justice de l’UE (CJUE) sans, pour autant, pouvoir  
participer aux prises de décision des institutions, organes et  
organismes de l’UE. Il devra également appliquer  
automatiquement les modifications de l’acquis. Enfin, le  
Royaume-Uni, qui continuerait alors à participer au marché  
unique et à l’union douanière, devra respecter l’indivisibilité  
des quatre libertés du marché unique, à savoir la libre  
circulation des biens, des services, des capitaux et des  
personnes, et se conformer à la politique commerciale de  
l’UE.  
Une course d’obstacles, loin d’être terminée…  
L’article 50 du traité de Lisbonne est activé le 29 mars 2017,  
coup d’envoi de deux années de négociation en vue de  
préparer les modalités du divorce. Dans la foulée, portée par  
des sondages favorables, Theresa May planifie des élections  
générales anticipées pour juin 2017. Contre toute attente, elle  
en sort affaiblie et le parti conservateur doit s’allier au DUP  
(parti des unionistes d’Irlande du Nord) afin de maintenir une  
très courte majorité à la Chambre des Communes.  
EcoFlash // 28 Mai 2018  
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Ralentissement de l’activité  
L’accord précise également les modalités de calcul du  
PIB (vol. glissement annuel, é.g.)  
«
chèque » que le Royaume-Uni signera  
à
l’Union  
-
-- Indice du climat des affaires (PMI composite, é.d.)  
européenne lors de sa sortie. Il indique que les droits des  
résidents européens établis au Royaume-Uni avant la fin de  
la période de transition, soit le 31 décembre 2020, seront  
inscrits dans la loi britannique et protégés. Enfin, il affirme  
l’absence de frontière entre les deux Irlande, dans le respect  
des accords du Vendredi saint de 1998.  
4%  
60  
58  
56  
Le casse-tête irlandais  
2
%
%
Le Royaume-Uni s’engage, en effet, à ce qu’aucune frontière  
physique ni aucun contrôle ou vérification ne soit mis en place  
entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Une  
position alignée sur celle de la Commission européenne, qui  
propose comme alternative la création d’une zone  
règlementaire commune entre la République d’Irlande et  
l’Irlande du Nord, à charge pour cette dernière d’opérer les  
contrôles douaniers vis-à-vis du reste du Royaume-Uni.  
54  
5
2
Inflation[e.g.]  
0
50  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
Graphique 1  
Source : Office of National Statistics (ONS)  
Problème, Mme Theresa May reste hostile à cette solution. Le  
gouvernement britannique, qui entend publier d’ici juin un  
Des dissensions existent aussi, et peut-être surtout, au niveau  
britannique lui-même. Jusqu’à présent, Mme Theresa May  
avait réussi à maintenir un équilibre fragile entre les différents  
courants, adversaires ou partisans du Brexit. Mais l’approche  
de l’échéance du 29 mars 2019 l’oblige à préciser ses choix,  
et cristallise les oppositions.  
«
livre blanc », peine en réalité à clarifier sa position sur cette  
question. Plusieurs dispositifs sont actuellement à l’étude.  
Le « partenariat douanier », qui a les faveurs de la Première  
ministre, suppose que le Royaume-Uni perçoive  
à sa  
frontière, pour le compte de l’UE, les taxes et droits de  
douane sur les biens destinés aux Etats membres. Le  
Royaume-Uni pourrait dès lors décider seul de sa politique  
commerciale, tout en évitant l’installation de postes de  
douane entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord.  
Au sein de l’exécutif d’abord. Début mai, la Première ministre  
échouait ainsi à recueillir l’assentiment du gouvernement  
quant à son projet de « nouveau partenariat douanier » avec  
l’UE.  
Un tel dispositif peine cependant à convaincre en raison de sa  
complexité. Le développement, en seulement trois ans, d’une  
technologie capable de réaliser de tels contrôles semble hors  
de portée. Les partisans d’un Brexit « dur » jugent, par  
ailleurs, ce dispositif trop proche d’une union douanière. Ils lui  
préfèrent un « arrangement douanier simplifié ». Le  
Royaume-Uni ne formerait aucune union douanière avec l’UE,  
mais les contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et la  
République d’Irlande seraient limités grâce à une surveillance  
à distance des frontières.  
Avec le Parlement ensuite. Celui-ci a obtenu de voter l’accord  
de retrait et d’obliger l’exécutif à revenir à la table des  
négociations en cas de rejet de sa part ; depuis quelques  
temps, les deux Chambres sont le théâtre d’initiatives visant à  
contrer ou influencer la position du gouvernement. A la  
Chambre des Lords, l’opposition, soutenue par 24 députés  
conservateurs, a obtenu un vote majoritaire en faveur du  
maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière de l’UE. Un  
amendement dans ce sens a également été déposé à la  
Chambre des Communes. Le vote, qui doit avoir lieu  
prochainement, sera serré.  
Toutefois, un tel dispositif irait à l’encontre de l’accord de paix  
pour l’Irlande du Nord de 1998 et donc des exigences de la  
Commission européenne. Celle-ci considère, par ailleurs, que  
ce dispositif butte, lui aussi, sur des contraintes techniques.  
Vis-à-vis de l’Ecosse enfin. Le 15 mai dernier, le Parlement  
d’Edimbourg rejetait à une large majorité le « EU Withdrawal  
Bill », censé encadrer juridiquement la séparation d’avec l’UE.  
La proposition britannique de maintenir une union douanière  
avec le reste de l’UE au-delà de 2021 offre une solution  
temporaire. Le Royaume-Uni et l’UE prendraient cependant le  
risque de voir cette situation durer.  
Un frein conséquent sur l’économie  
Un environnement économique fragilisé  
Ces incertitudes politiques ont d’ores et déjà un impact  
important sur l’économie britannique. Dans un contexte de  
reprise mondiale, la croissance du pays serait à peine  
supérieure à 1% en 2018 et 2019, contre 2,1% et 1,9% pour  
l’ensemble des pays de l’OCDE. En outre, les prévisions pour  
le Royaume-Uni traduisent une tendance à la baisse et de  
fortes incertitudes pèsent négativement sur ces chiffres. La  
croissance du PIB n’a ainsi été que de 0,1% en volume au  
premier trimestre 2018.  
Le futur hors de l’UE : le grand flou…  
Le Royaume-Uni et l’Union européenne doivent parvenir à un  
accord de retrait définitif, d’ici octobre 2018, afin que le  
Conseil de l’UE, ainsi que les Parlements européen et  
britannique, puissent l’approuver d’ici la fin de la procédure de  
retrait, en mars 2019. Les négociations sur le futur traité de  
libre-échange ont commencé avec deux sessions, en mai et  
en juin 2018, avant un rendez-vous clé à la mi-juin 2018.  
Selon Michel Barnier, il existe aujourd’hui deux risques  
d’échec majeurs : la frontière entre les deux Irlande et la  
La demande intérieure faiblit. Depuis l’annonce du  
référendum en mai 2015, la livre s’est dépréciée de 18% en  
termes nominaux, renchérissant ainsi le prix des importations.  
L’augmentation de l’inflation qui en a résulté (elle est proche  
de 3%) a érodé le pouvoir d’achat des Britanniques, freinant  
«
gouvernance » de l’accord de retrait, qui ramène au rôle  
que la Cour européenne de justice aura à jouer dans les  
contentieux pouvant naître de la séparation.  
EcoFlash // 28 Mai 2018  
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Coup de frein aux investissements étrangers (GBP mds)  
la consommation privée. De manière générale, les indices  
Purchasing Managers’ Index (PMI) restent à des niveaux très  
bas, notamment dans l’activité manufacturière (plus bas  
niveau depuis 17 mois en avril) et les services (au plus bas en  
mars depuis juillet 2016).  
▌Entrants ▌Sortants  Nets  
2
00  
50  
00  
1
Les enquêtes sur le moral des chefs d’entreprise révèlent une  
inquiétude croissante, en particulier dans les services (80%  
de la valeur ajoutée). Ces derniers constituent, en effet, l’une  
1
1
des rares sources d’excédents des échanges avec l’UE . Le  
50  
secteur immobilier, enfin, connaît un ralentissement.  
0
Si le taux de chômage reste bas (4,2%), la productivité du  
travail tend à marquer le pas. La concentration récente des  
emplois dans des secteurs à faible valeur ajoutée ou la faible  
accumulation de capital productif peuvent l’expliquer. Dans ce  
contexte, les restrictions attendues en matière d’immigration,  
ou encore l’inversion des flux d’investissements directs  
étrangers (graphique), sont plutôt mal venues.  
-50  
-100  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 2  
Source : Office of National Statistics (ONS)  
Une normalisation monétaire et fiscale retardée  
En novembre 2017, le gouverneur de la Banque d’Angleterre,  
Mark Carney, annonçait une normalisation « progressive et  
flexible » de la politique monétaire et décidait d’une hausse  
du taux de base de 0,25% à 0,50% (la première depuis 2007).  
La détérioration de la conjoncture au premier trimestre 2018 a  
toutefois condamné la possibilité d’une nouvelle hausse des  
taux en mai, contrairement à ce quavaient anticipé la plupart  
des investisseurs. Reconstruire une capacité d’intervention  
par le canal des taux d’intérêt en cas de nouvelles  
complications lors de la sortie effective du Royaume-Uni de  
l’UE reste donc un pari délicat. Les taux longs restent  
d’ailleurs exceptionnellement faibles, autour de 1,4% pour le  
taux à 10 ans des obligations souveraines. En parallèle, alors  
que la Réserve fédérale américaine a entamé la réduction de  
son bilan, celui de la Banque d’Angleterre devrait rester  
stable, à 435 milliards de livres. Il était jusque-là en régulière  
augmentation, sous l’effet des programmes de rachat d’actifs.  
Dépense publique hors charge d’intérêts (% PIB)  
Axe des X : En 2018  
Axe des Y : Evolution sur la période 2010-2018  
2
0
FR  
BE  
SW  
IT  
FN  
DK  
-2  
-4  
DE  
AU  
NL  
ES  
-
6
8
UK  
-
PT  
-
10  
35  
45  
55  
AU : Autriche ; BE : Belgique ; DE : Allemagne ; DK : Danemark ;  
ES : Espagne ; FN : Finlande ; FR : France ; IT : Italie ; NL : Pays-Bas ;  
PT : Portugal ; SW : Suède ; UK : Royaume-Uni.  
La flexibilité s’applique aussi à la politique budgétaire. Avec  
un ratio de dette publique sur PIB proche de 87%, le  
Royaume-Uni est dans une situation comparable à celle de  
ses voisins européens. Comme eux, il devrait voir ce ratio se  
réduire dans les prochaines années. Cependant, le rythme  
devrait être ralenti par rapport à ce qui avait été initialement  
prévu. Alors que le gouvernement tablait encore, en mars  
Graphique 3  
Source : Commission européenne (AMECO)  
nationale, tandis que les dépenses d’éducation augmentent  
également, avec plus de 70 millions de livres alloués à  
l’enseignement des mathématiques. En parallèle de ces  
mesures d’investissement, le gouvernement avait aussi fait un  
geste pour soutenir la consommation, via la hausse du revenu  
minimum ou le gel de certaines taxes. Ces mesures  
pourraient être poursuivies dans le prochain budget,  
notamment si la conjoncture demeure morose pour le pays.  
2
016, sur un équilibre budgétaire pour 2019, celui-ci n’est  
désormais planifié que vers 2025.  
Deux raisons principales expliquent ce changement : d’abord,  
la révision en baisse des projections économiques en raison  
du Brexit ; ensuite, le rejet de plus en plus manifeste des  
Britanniques de la politique d’économies budgétaires suivie  
depuis quelques années. Le Royaume-Uni est en effet, dans  
l’Union européenne, l’un des pays où le poids des transferts  
est le plus faible et a le plus reculé depuis 2010 (graphique 3).  
Face à certains effets, notamment sur l’éducation ou la santé,  
la majorité a pris le parti de réactiver quelques dépenses,  
mises en valeur par le gouvernement lors de la présentation  
de son budget en novembre dernier. Ainsi, 6,3 milliards de  
livres devraient être investis dans le système de santé  
(
*) Avec la collaboration de Guillaume VOISARD, stagiaire  
1
Les exportations de services financiers représentent à elles seules 3% du  
PIB ; la moitié d’entre elles sont à destination de l’Union européenne.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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