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La banque  
d’un monde  
qui change  
DIRECTION DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES  
Etat des lieux de l’économie française  
L’économie française apparaît aujourd’hui en meilleure  
forme qu’il y a cinq ans ; l’amélioration est toutefois  
d’ampleur limitée.  
PIB  
PIB en volume en niveau, pic d’activité T1 2008 = 100  
--- France  Allemagne  Zone euro  Espagne --- Italie  
1
10  
110  
105  
100  
95  
La croissance est de retour mais elle manque encore de  
vigueur. Le chantier du redressement de la compétitivité a  
bien avancé mais il est loin d’être achevé. La réduction du  
déficit budgétaire s’est poursuivie et la baisse du taux de  
chômage est, enfin, engagée. Mais la lenteur de l’ajustement  
laisse les deux indicateurs à un niveau encore élevé.  
105  
100  
Aux yeux de la Commission européenne, une correction  
progressive des déséquilibres est en cours, au point que  
95  
2
018 pourrait marquer la révision du classement de la  
France d’une situation de « déséquilibres excessifs » à  
déséquilibres », conjointement à la probable sortie du  
pays de la procédure pour déficit excessif.  
90  
90  
«
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
T1  
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Graphique 1  
Sources : INSEE, Eurostat  
Depuis début 2013, l’économie française a amorcé un lent  
redressement. Celui-ci va au-delà du mieux conjoncturel et du  
simple retour de la croissance, encore peu élevée au  
demeurant. Une amélioration de fond se dessine, sur le front  
de la compétitivité, des finances publiques comme du marché  
du travail, mais elle reste à confirmer et à amplifier. L’objet de  
cet article est de faire un tour d’horizon rapide de l’état de  
l’économie française alors qu’une nouvelle mandature  
commence. Nous nous en tiendrons ici aux grandes lignes, un  
état des lieux plus approfondi devant faire l’objet d’un prochain  
numéro de Conjoncture.  
0
,2% et 0,6% en moyenne annuelle) et rehaussée par les trois  
années suivantes (1% en 2014 et 2015, 1,1% en 2016).  
Commençons par illustrer le bon côté de la médaille et par  
rappeler les aspects positifs de la performance économique  
française (cf. graphique 1). Le premier constat est que la  
récession de 2008-2009 a été moins sévère en France que  
dans la zone euro (contraction du PIB en 2009 de,  
respectivement, 2,9% et 4,5%, en moyenne annuelle). Elle a  
été suivie d’une reprise vigoureuse (1,9% en 2010, 2,1% en  
2
011) mais interrompue dans son élan, à partir du deuxième  
trimestre 2011, par la crise des dettes souveraines  
européennes. La moyenne annuelle élevée en 2011 est ainsi  
trompeuse : elle est uniquement soutenue par la croissance  
très forte du premier trimestre 2011 (+1,1% t/t, +2,9% en  
glissement annuel), avant de se tasser nettement ensuite sous  
l’effet de la crise souveraine.  
Retour de la croissance mais manque de dynamisme  
La croissance française des neuf années écoulées (2008-  
2
016) se caractérise principalement par son manque de  
dynamisme mais aussi par sa résistance aux chocs, qu’il  
s’agisse de la crise financière de 2008 ou de celle des dettes  
souveraines européennes de 2011-2012. Entre 2008 et 2016,  
le PIB réel français a progressé au rythme annuel moyen de  
Mais, et c’est le deuxième constat favorable, l’économie  
française évite alors la rechute en récession : le PIB français  
ne fait que stagner entre le deuxième trimestre 2011 et le  
0
,6%, le plus faible de tout l’après-guerre sur une période  
aussi longue. Ce calcul est toutefois biaisé à la baisse par les  
deux années de récession 2008-2009 : de 2010 à 2016, le  
taux de croissance annuel moyen remonte à 1,1%. Mais si l’on  
zoome sur 2012-2016, la période plus spécifiquement sous  
revue dans cet article, il redescend à 0,8%, une moyenne tirée  
vers le bas par 2012 et 2013 (croissance de, respectivement,  
premier trimestre 2013 tandis que celui de la zone euro  
baisse de 0,2% en moyenne par trimestre sur la période. Le  
1
Date du creux d’activité pour la zone euro selon la datation officielle  
du Centre for Economic Policy Research.  
economic-research.bnpparibas.com  
Hélène Baudchon  
9 juin 2017  
1
 
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troisième constat favorable, qui découle des deux précédents,  
est le retour du PIB français à son niveau d’avant-crise dès  
début 2011 quand celui de la zone euro n’y est parvenu qu’au  
troisième trimestre 2015.  
Décomposition de la croissance française  
Contribution à la croissance des composantes du PIB, points de %,  
moyenne annuelle  
consommation des ménages ▌consommation publique  
▌investissement des entreprises ▌investissement des ménages  
▌variations de stocks ▌commerce extérieur  croissance du PIB  
Si le PIB français se situe aujourd’hui assez nettement au-  
dessus de son niveau d’avant-crise (à hauteur de 5%), une  
première illustration de la faiblesse de la croissance française  
réside dans le PIB par tête qui ne s’est hissé à ce niveau qu’en  
2
,5%  
2,0%  
,5%  
1,0%  
,5%  
,0%  
-0,5%  
1,0%  
Graphique 2  
2,1%  
1,9%  
1,6%  
2
016 pour le dépasser de seulement 1%. Et si l’on regarde  
1
1,1%  
l’indicateur plus restreint mais symbolique de la production  
industrielle, cette dernière se situe encore 12% en deçà de son  
niveau d’avant-crise. Pour la zone euro, l’écart à combler est  
moindre, de 7%. Cet écart moins défavorable repose toutefois  
sur la performance de l’Allemagne dont la production a  
retrouvé son niveau d’avant-crise (mais sans aller au-delà). La  
production italienne est encore 20% en deçà de son niveau  
d’avant-crise et l’espagnole 24% (sur la base des données  
disponibles jusqu’en mars 2017).  
1,0% 1,0%  
0,6%  
0
0,2%  
0
-
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
La faiblesse de la croissance actuelle ressort également,  
quoique de manière moins tranchée, lorsque l’on compare son  
rythme à celui des reprises antérieures. En partant de 2013,  
qui marque la sortie de l’épisode de stagnation pour la France  
et du double-dip pour la zone euro, la reprise a déjà quatre ans  
d’âge. Sur les seize trimestres écoulés (du deuxième trimestre  
Sources : INSEE, prévisions BNP Paribas  
En %  
Ecart de production  
France  Zone euro  
4
3
2
1
0
2
013 au premier trimestre 2017), elle a enregistré un taux de  
croissance trimestriel moyen de 0,3% (qui masque un profil  
assez heurté et sans marquer d’accélération au fil des  
trimestres). Ce rythme fait effectivement pâle figure par rapport  
aux lointaines années 1970 (0,9% en moyenne par trimestre  
sur la même période) mais le différentiel se réduit à 0,1 point  
avec les cycles plus récents (années 1980, 1990 et 2000) et  
leur rythme trimestriel moyen de 0,4%, reflet du ralentissement  
tendanciel de la croissance.  
-1  
-2  
-3  
Un autre indicateur de la faiblesse de la croissance française  
est l’écart de production : il est encore significativement  
négatif mais il n’est pas en cours de fermeture. Cela fait trois  
-4  
99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17  
Graphique 3  
Source : Commission européenne  
ans (2014-2016), en effet, que la croissance effective fait  
seulement jeu égal avec la croissance potentielle (estimée à 1-  
Croissance  
En glissement annuel, %  
1
,1% par la Commission européenne) alors que, au niveau de  
France --- Zone euro  
la zone euro, la première (1,6% en moyenne par an entre 2014  
et 2016) est nettement plus élevée que la seconde (1%), ce  
qui se traduit par un écart de production en voie rapide de  
fermeture (cf. graphique 3).  
5
4
3
2
1
0
5
4
3
2
Ce différentiel négatif de croissance que la France accuse vis-  
à-vis de la zone euro est la dernière illustration de sa faiblesse.  
Cet écart est apparu courant 2014. Il est important (1 point en  
1
0
-1  
-1  
-2  
-3  
-4  
-5  
-6  
2
015, 0,6 point en 2016). La situation n’est certes pas inédite.  
-
2
Déjà, de 2006 à 2008, la croissance française avait sous-  
performé, dans une ampleur comparable, celle de la zone euro  
-3  
-4  
(cf. graphique 4). Cela pose question. Cette configuration va-t-  
-5  
elle désormais prévaloir ? quel point est discréditée  
l’ancienne norme d’un différentiel de croissance légèrement en  
faveur de la France (+0,2 point en moyenne par an de 1996 à  
A
-6  
1
997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Graphique 4  
Sources : INSEE, Eurostat  
2
013) ? La réponse n’est pas tranchée. Ce qui joue en  
défaveur de la France dans les phases de reprise, c’est son  
caractère moins cyclique. Mais, dans le même temps, la  
croissance plus élevée de la zone euro est tirée vers le haut  
2
A hauteur de -2% d’après les estimations du FMI et -2,3% d’après  
celles de l’OCDE contre -1,3% pour la Commission européenne.  
economic-research.bnpparibas.com  
Hélène Baudchon  
9 juin 2017  
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Tableau de bord de l’économie française  
Indicateur  
Seuils  
-4/+6%  
-35%  
2007 2012 2015 2016  
solde courant, moyenne sur 3 ans, % du PIB  
-0,1  
-1,0  
-0,7  
-0,7  
position extérieure nette, % du PIB  
-8,9 -12,8 -16,4 -15,8  
Déséquilibres  
externes et  
compétitivité  
taux de change effectif réel, variation en % sur 3 ans  
parts de marché à l'exportation, variation en % sur 5 ans  
coût unitaire nominal du travail, variation en % sur 3 ans  
prix immobiliers réels, variation sur 1 an en %  
+/-5%  
-6%  
-1,6  
-7,8  
-2,7  
n.d.  
-2,1  
-17,0 -18,0 -5,4  
+9-12% +5,7 +4,4 +2,5 +2,1  
+6%  
+3,6  
11,2  
-1,9  
4,4  
-1,3  
4,4  
+1,0  
n.d.  
flux de crédit au secteur privé, % du PIB  
+14%  
dette privée, % du PIB  
+133% 115,6 138,5 144,3 n.d.  
+60% 64,3 89,5 96,2 96,0  
+16,5% +12,6 +1,2 +1,8  
dette publique, % du PIB  
Déséquilibres  
internes  
passif de l'ensemble du secteur financier, variation en % sur 1 an  
taux de chômage, moyenne sur 3 ans  
10%  
-0,2%  
+0,5%  
+2%  
8,6  
-0,1  
-0,3  
-0,9  
9,4  
10,3 10,3  
taux d'activité (15-64 ans), variation en pp sur 3 ans  
taux de chômage longue durée, % de la pop. active 15-74 ans, variation en pp sur 3 ans  
taux de chômage jeunes, % de la pop. active 15-24 ans, variation en pp sur 3 ans  
+0,4 +0,8 +0,6  
+0,7 +0,6 +0,3  
+0,8 +0,3  
-0,3  
Tableau 1  
Sources : INSEE, Commission européenne  
par le rattrapage espagnol. Celui-ci achevé, la croissance  
ibérique perdra en dynamisme. Il nous semble donc que la  
croissance française a un potentiel d’accélération que la zone  
euro n’a plus, ou moins. Selon nos prévisions, l’écart se  
réduirait à 0,3 point en 2017 (1,6% de croissance attendue en  
France en moyenne annuelle et 1,9% dans la zone euro) pour  
s’annuler en 2018 (1,6% de croissance attendue en France et  
dans la zone euro).  
de la zone euro, ces « facteurs de vulnérabilité ont une  
incidence qui dépasse les frontières nationales ». C’est-à-dire  
que la France est une « source potentiellement importante  
d’effets d’entraînement (sous-entendu négatifs) sur plusieurs  
autres Etats membres ».  
S’agissant de l’évaluation des progrès accomplis dans la  
correction de ces déséquilibres excessifs, la Commission  
retient qu’« un certain nombre de développements  
économiques et de réformes mises en œuvre laissent  
entrevoir qu’ils sont en cours de correction progressive ». Si  
ces progrès se confirment, la Commission évoque même la  
possibilité de revoir, dans son prochain bilan en 2018, le  
classement de la France de « déséquilibres excessifs » à  
« déséquilibres ». Devrait s’y ajouter la sortie de la procédure  
pour déficit excessif si le gouvernement parvient à tenir  
l’engagement de ramener le déficit budgétaire sous la barre  
des 3% du PIB en 2017 et ce de manière durable.  
Cette mollesse de la croissance française de 2012 à 2016  
s’explique par une combinaison de facteurs conjoncturels, de  
chocs ponctuels et de freins structurels. En résumé, trois  
éléments en particulier ont pesé : la consolidation budgétaire,  
le fléchissement de la croissance des pays émergents et la  
crise du secteur de la construction. Ces facteurs négatifs ont  
contrebalancé les facteurs de soutien externes (stimulus  
monétaire de la BCE, baisse des prix du pétrole et de l’euro) et  
internes (mesures d’allègement du coût du travail notamment),  
le tout sur une toile de fond bridée par les faiblesses  
structurelles de l’économie française.  
Mais si la Commission reconnaît des avancées, c’est pour en  
relativiser aussitôt la portée. Plus précisément, les progrès  
relatifs aux recommandations émises en 2016 sont jugés :  
Les déséquilibres dont souffre l’économie : constat global  
-
limités en matière d’économies budgétaires, d’allègement  
de la fiscalité sur les entreprises, de rationalisation des  
niches fiscales et d’efficacité du soutien public à l’innovation.  
certains progrès sont constatés concernant la  
compatibilité des évolutions du salaire minimum avec la  
création d’emplois et la compétitivité, la formation  
professionnelle, la levée de certaines barrières à l’entrée  
dans le secteur des services, l’avancement du choc de  
simplification et la modernisation du système fiscal  
La Commission européenne passe précisément en revue ces  
faiblesses et fait le point sur les progrès réalisés dans son  
dernier bilan approfondi de l’économie française, livré en  
février 2017. La France fait l’objet d’un tel bilan puisqu’elle est  
identifiée comme un pays présentant des déséquilibres  
macroéconomiques excessifs. En résumé, selon les propres  
termes de la Commission, ceux-ci concernent « la faiblesse de  
la compétitivité et le niveau élevé et croissant de la dette  
publique, dans un contexte de faible croissance de la  
productivité. D’autres facteurs de vulnérabilité [sont] constatés,  
en ce qui concerne notamment la segmentation du marché du  
travail, la capacité d’innovation, le manque d’efficacité des  
dépenses publiques et la complexité du système fiscal, qui  
pèsent lourdement sur les facteurs de production ». Facteur  
aggravant, compte tenu de la taille de l’économie française et  
de sa forte intégration commerciale et financière avec le reste  
-
(
adoption de la retenue à la source).  
-
les progrès sont qualifiés de substantiels s’agissant de la  
pérennisation des mesures d’allègement du coût du travail  
et de l’incitation à embaucher en CDI (améliorée par la loi  
Travail).  
economic-research.bnpparibas.com  
Hélène Baudchon  
9 juin 2017  
3
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qui change  
-
deux réformes recommandées n’ont fait l’objet d’aucune  
avancée : l’assurance-chômage et les seuils sociaux.  
Dette privée  
En % du PIB  
SNF France  SNF Zone euro --- Ménages France  Ménages Zone euro  
Le tableau 1 reprend les indicateurs suivis par la Commission  
pour chiffrer ces déséquilibres, les cases orangées identifiant  
ceux dépassant les seuils . En 2015, année sur laquelle se  
base le bilan approfondi de la Commission, quatre indicateurs  
sur quatorze se situent au-dessus du seuil : nettement  
s’agissant de la dette privée et de la dette publique,  
modérément s’agissant du taux de chômage et à peine pour le  
taux de chômage de longue durée. Ce dernier indicateur  
repasse d’ailleurs sous sa cote d’alerte en 2016. Le ratio de  
dette publique se situe au-dessus du seuil des 60% depuis  
7
5
75  
70  
65  
60  
55  
50  
45  
40  
35  
30  
70  
6
5
6
0
5
5
50  
45  
4
0
2
003 et le dépassement pour la dette privée remonte à 2011.  
3
5
Le franchissement de la cote d’alerte pour le taux de chômage  
est plus récent et date de 2014. Face à ces évolutions  
défavorables, une évolution favorable est remarquable : le  
retour sous le seuil de l’indicateur de parts de marché pour la  
première fois depuis 2001 (premier point disponible).  
3
0
1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
Graphique 5  
Source : Banque de France  
Coût unitaire du travail  
Bien que largement au-dessus du seuil, le niveau élevé du ratio  
de dette privée n’est pas identifié comme un déséquilibre  
excessif. La raison en est que ce passif, bien qu’important, en  
particulier celui des sociétés non financières (SNF), est gagé par  
un actif également conséquent. Aux yeux de la Commission,  
l’endettement élevé des SNF françaises ne présente ainsi pas  
de risque particulier. Sa progression continue depuis 2006 est  
tout de même remarquable, surtout depuis 2009, date à partir de  
laquelle l’évolution inverse s’observe au niveau de la zone euro,  
soit un désendettement des SNF (cf. graphique 5), entraîné  
largement par l’Espagne et, dans une moindre mesure, par  
l’Italie et l’Allemagne. Le ratio de dette des SNF françaises est  
désormais supérieur à la moyenne de la zone euro : du jamais  
vu. Cette évolution, si elle persiste, conjuguée à la faiblesse  
persistante de la rentabilité des SNF françaises, constitue  
toutefois une source d’inquiétude potentielle pour la Commission.  
Ratio CUT France sur CUT autre pays, 2000 = 100  
 Allemagne  Zone euro  Italie  Espagne  
120  
Détérioration  
15 relative  
1
compétitivité  
France  
1
10  
105  
00  
1
9
5
Amélioration  
relative  
90  
compétitivité  
France  
8
5
80  
00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17  
Graphique 6  
Source : OCDE  
premier, est la progression ralentie des coûts salariaux  
unitaires (CSU), passée d’un rythme annuel moyen de 1,9%  
entre 2000 et 2010 à 1,1% entre 2011 et 2016.  
Compétitivité, finances publiques, marché du travail :  
quels sont les progrès ?  
Cette section examine un peu plus dans le détail le degré  
d’avancement des trois chantiers majeurs de l’économie  
française que sont le redressement de sa compétitivité, de ses  
comptes publics et de son marché du travail.  
Si la France a ainsi gagné en compétitivité-coût par rapport à  
l’Allemagne où les CSU ont connu une accélération entre les  
deux périodes (de +0,8% en moyenne par an à +1,8%), sa  
compétitivité-coût se détériore toutefois vis-à-vis de l’Espagne  
où les CSU ont fléchi plus nettement encore (de +2,8% à  
Commençons par le plus avancé des trois, celui de la  
compétitivité, où les progrès sont certains mais incomplets.  
Nous retenons trois points d’amélioration. Le plus visible est le  
redressement du taux de marge des SNF, qui a regagné un  
peu plus de 2 points depuis son point bas de 29,7% au  
troisième trimestre 2013. Proche de 32% désormais, il est  
encore 1 point en deçà de son niveau moyen d’avant-crise. Le  
second point d’amélioration, qui est une composante du  
-0,8%). Par rapport à la zone euro dans son ensemble, la  
France reste ainsi confrontée à une légère détérioration de sa  
compétitivité-coût (cf. graphique 6). Le troisième point  
d’amélioration est le net ralentissement de la baisse des parts  
de marché à l’exportation. Mais le chemin à parcourir est  
encore long avant de regagner, si même c’est possible, des  
parts de marché et de réduire structurellement le déficit  
commercial. Cela suppose aussi une amélioration de la  
compétitivité hors-coûts, difficilement visible aujourd’hui.  
3
Après son achoppement en juin 2016, la négociation d’une nouvelle  
S’agissant de la réduction des déséquilibres budgétaires, le  
chantier a également avancé mais le bilan est plus mitigé. Le  
déficit s’est nettement réduit (-7,2% du PIB en 2009, -3,4% en  
2016) mais reste encore important, dans l’absolu et  
relativement à la moyenne de la zone euro où il n’est plus que  
de 1,5% du PIB (cf. graphique 7). Le retour sous la barre des  
convention a toutefois été ré-ouverte début mars 2017 et a abouti à la  
fin du même mois, soit après la remise de son bilan par la Commission.  
Contrairement au dépassement du seuil de 3% de déficit public qui  
déclenche automatiquement l’ouverture d’une procédure pour déficit  
excessif, les seuils identifiés dans la procédure de déséquilibres  
macroéconomiques n’ont pas ce caractère critique : ils sont seulement  
indicatifs d’une limite qu’il est préférable de ne pas franchir.  
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economic-research.bnpparibas.com  
Hélène Baudchon  
9 juin 2017  
4
 
 
La banque  
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qui change  
3
% en 2017 et le maintien du déficit sous ce seuil est un  
Finances publiques  
engagement important mais difficile à tenir. Depuis 2014, la  
consolidation budgétaire se fait à pas comptés car elle  
combine mesures de rigueur (gel des crédits pour certains  
ministères, baisse des transferts aux collectivités, etc.) et de  
soutien (plan emploi, baisses d’impôt, etc.). Le corollaire est le  
niveau encore élevé du déficit. La réduction du déficit en 2015  
et 2016 (un demi-point sur les deux années) a donc ceci de  
particulier qu’elle a été obtenue par une baisse de la part des  
dépenses publiques dans le PIB (-0,6 point), et ce malgré une  
baisse parallèle des recettes (-0,1 point).  
En % du PIB  
France  Zone euro  
Déficit budgétaire  
0
Ratio de dette  
100  
-1  
95  
90  
-2  
85  
-3  
80  
-4  
-5  
75  
70  
Mais le poids des unes comme des autres reste élevé (56,4%  
pour les dépenses publiques, 53% pour les recettes, taux de  
prélèvement obligatoires de 44,4%). La pérennité de la  
réduction du déficit pose aussi question car elle s’appuie  
davantage sur des facteurs transitoires (allègement du service  
de la dette grâce à la forte baisse des taux d’intérêt ; baisse  
des dépenses d’investissement des collectivités locales) que  
structurels. Enfin et surtout, le ratio de dette publique continue  
d’augmenter, quoique plus lentement, alors que son inflexion  
est engagée au niveau de la zone euro depuis 2015.  
65  
60  
-6  
-7  
55  
-8  
50  
95 98 01 04 07 10 13 16  
95 98 01 04 07 10 13 16  
Graphique 7  
Sources : INSEE, Commission européenne  
France : taux de chômage  
En % de la population active  
Observé --- Structurel (NAWRU)  
11  
C’est sur le front du marché du travail que les progrès sont les  
plus limités. Certes, une amélioration se dessine depuis 2015,  
en termes de créations d’emploi (+351 000 entre le deuxième  
trimestre 2015 et le premier trimestre 2017 pour le champ  
salarié marchand non agricole) comme de baisse du taux de  
chômage (-0,9 point sur la même période). L’enrichissement  
du contenu en emplois de la croissance est d’ailleurs  
remarquable. La croissance de l’emploi en 2016 est non  
seulement identique à celle du PIB (+1,1%) mais aussi la plus  
rapide depuis 2007, année de forte croissance (+2,3%). Mais  
ces évolutions sont synonymes d’écrasement des gains de  
productivité du travail. Et malgré sa dynamique favorable,  
l’emploi est encore, légèrement, en deçà de son pic d’avant-  
crise (à hauteur de 1,3%). Le net redressement de l’indicateur  
10  
9
8
7
6
5
4
3
1976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016  
Graphique 8  
Sources : INSEE, Commission européenne  
de tensions sur le marché du travail de la Dares est une autre  
évolution positive à signaler : il signifie que les demandeurs  
d’emploi sont susceptibles de rester moins longtemps au  
chômage. Et au premier trimestre 2017, le taux de chômage  
est repassé enfin, et nettement, sous la barre symbolique des  
L’inversion de la courbe du nombre des demandeurs d’emploi  
inscrits à Pôle emploi en catégorie A (c’est-à-dire n’ayant  
exercé aucune activité dans le mois), qui s’est amorcée au  
tournant 2015-2016, est plus timide encore : au nombre de 3,6  
1
0% (à 9,6% de la population active). Il retrouve ainsi son plus  
millions en octobre 2015, ils étaient encore 3,5 millions en avril  
bas niveau depuis début 2012. Ou devrions-nous écrire son  
niveau le moins élevé.  
2
017 . Il reste donc du chemin à parcourir avant de repasser  
sous la barre des 3 millions et revenir ainsi au niveau de 2012.  
La barre des 2 millions, niveau le plus bas atteint en 2008, est  
plus lointaine encore. De même, on est encore en attente de  
voir le début de mieux conjoncturel prendre racine et  
suffisamment d’ampleur pour mordre sur la composante  
structurelle du chômage (cf. graphique 8).  
Le caractère tardif et lent de l’amélioration est aussi à  
souligner. Le taux de chômage de la zone euro a commencé à  
refluer dès la mi-2013 et il diminue plus vite (-1,6 point depuis  
le deuxième trimestre 2015 et l’amorce de la baisse du taux de  
chômage français, -2,6 points depuis le pic de 12,1% du  
deuxième trimestre 2013). La baisse du taux de chômage de  
longue durée en France est encore plus récente (mi-2016) et  
limitée (-0,2 point, à 4,1% au premier trimestre 2017). Et si le  
sous-emploi semble se stabiliser (à 6,2% des personnes en  
Hélène Baudchon  
emploi), le halo autour du chômage continue de grossir .  
d’habitude (chômage partiel notamment). Le halo du chômage est  
composé de personnes  
à la lisière du chômage mais non  
comptabilisées comme tel car ne remplissant pas tous les critères du  
BIT (être sans emploi, disponible dans un délai de deux semaines et  
rechercher activement un emploi).  
5
Ratio entre les offres d'emplois collectées et les demandes  
enregistrées par Pôle emploi.  
6
7
Le sous-emploi concerne les personnes à temps partiel souhaitant  
Toutes catégories confondues (A, B, C, D, E), le nombre des demandeurs  
travailler plus et celles qui ont involontairement travaillé moins que  
d’emploi atteint 6,6 millions et il est seulement en voie de stabilisation.  
economic-research.bnpparibas.com  
Hélène Baudchon  
9 juin 2017  
5
 
 
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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