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EcoPerspectives // 1 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Euphorie conjoncturelle, faiblesses structurelles  
L’économie est en plein essor au point de montrer des signes de surchauffe. Les coûts salariaux augmentent, surtout dans les  
secteurs les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre. Malgré tout, dans le cadre des négociations pour former une coalition de  
gouvernement, la CDU/CSU et le SPD sont convenus de mettre en œuvre un stimulus budgétaire substantiel. Après une forte  
croissance en 2018, l’économie devrait marquer le pas l’année prochaine, freinée par les contraintes de capacités de production et le  
manque de main-d’œuvre qualifiée. La remontée des taux d’intérêt aux États-Unis et en Europe pèserait également.  
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- Croissance et inflation  
Forte reprise conjoncturelle  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
L’économie allemande a continué de croître fortement durant les  
derniers mois de 2017 et le PIB pourrait avoir gagné 0,8% au  
quatrième trimestre (T4), comme au trimestre précédent. Pour  
l’ensemble de l’année, l’expansion de l’économie ressort à 2,2%  
Prévision  
2.8  
2.6  
2
.1  
(
2,5% en données corrigées des effets de calendrier), son taux le  
1
.9  
1.8  
19  
1
.7 1.7  
plus élevé depuis 2011. Le redressement en cours, d’abord soutenu  
par la consommation des ménages et les dépenses publiques, a  
gagné les exportations, grâce à l’intensification des échanges  
mondiaux. À cela s’ajoute l’impulsion donnée aux dépenses  
d’investissement par des taux d’intérêt très bas et des taux  
d’utilisation du capital en hausse.  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
En conséquence, léconomie montre des signes de surchauffe. Le  
marché du travail ne cesse de se tendre à mesure que le taux de  
chômage poursuit son déclin régulier, atteignant 3,6% en novembre  
2- Lente reprise des investissements privés  
Investissement net des sociétés non financières en % du PIB, 1999 T1 = 100  
2
017, son plus bas niveau depuis la réunification. Nombre  
d’entreprises peinent désormais à trouver du personnel qualifié et  
 Allemagne  Etats-Unis ▪▪▪▪ France  
font de plus en plus appel aux travailleurs âgés ou aux migrants.  
Les coûts salariaux sont en hausse, particulièrement dans les  
secteurs confrontés à de graves pénuries de main-d’œuvre. Au  
T3 2017, les coûts salariaux totaux ont augmenté de 4,1% en g.a.  
dans le secteur de la construction, contre 2,3% dans l’ensemble de  
l’économie. Malgré ces évolutions, l’inflation reste modérée. En  
décembre, les prix à la consommation ont augmenté de 1,6% en  
g.a., soit un peu plus que la moyenne de la zone euro (1,4%).  
L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors énergie, alimentation,  
alcool et tabac, est remarquablement stable depuis plusieurs  
années, évoluant dans une fourchette étroite de 1% à 1,4%. Elle est  
ressortie à 1,3% en décembre. Elle pourrait toutefois se renforcer  
au cours des prochains mois, comme le laisse présager la hausse  
des anticipations des prix de vente déclarées par les industriels.  
Sources : Eurostat, BEA  
Les faiblesses structurelles perdurent  
Plusieurs facteurs ont pu contribuer au ralentissement de la  
productivité, à commencer par la faiblesse de l’investissement qui,  
en regard du PIB, n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-  
crise ; tout récemment, l’incertitude politique a pu peser sur les  
décisions des chefs d’entreprise. Le manque de personnel qualifié  
entrave par ailleurs les projets.  
Le redressement actuel masque certaines faiblesses structurelles.  
Depuis la crise, la croissance de la productivité a sensiblement  
ralenti. Entre 2014 et 2016, la productivité globale des facteurs n’a  
crû que de 0,7% en moyenne ; par comparaison, entre 1995 et  
2002, l’augmentation en moyenne mobile sur trois ans était chaque  
année supérieure à 1%. Ce fléchissement ne s’observe pas  
uniquement en Allemagne, mais aussi dans de nombreux autres  
pays de l’OCDE ; au demeurant, l’Allemagne a plutôt fait mieux que  
les autres pays dans ce domaine.  
Un autre facteur qui pèse sur la productivité est la mauvaise  
allocation des ressources en capital. Après des années de taux  
d’intérêt très bas, une part importante des investissements est  
dirigée vers des secteurs à faible productivité tels que l’immobilier,  
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mais aussi vers des entreprises « zombies » (celles dont le ratio de  
couverture des intérêts par les résultats est inférieur à 1 pendant  
plusieurs d’exercices consécutifs). Selon une étude de l’OCDE, la  
part du stock de capital bloqué dans ces entreprises en 2013 était  
d’environ 12% en Allemagne, contre, par exemple, environ 6% en  
3- Ecart de productivité entre industrie et services  
Productivité du travail (%, g.a., moyenne mobile sur trois ans )  
Industrie manufacturière Services marchands hors immobilier  
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France. Non seulement ces entreprises freinent la croissance de la  
productivité globale, mais elles accaparent aussi des ressources en  
travail et en capital qui pourraient être mieux employées dans  
d’autres industries.  
Enfin, dans le secteur des services, la productivité n’augmente que  
lentement. Selon l’OCDE, l’écart de productivité entre les secteurs  
secondaire et tertiaire est relativement grand en Allemagne. Entre  
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015 et 2017, la productivité de la main-d’œuvre dans les services  
marchands hors activités immobilières n’a crû que de 0,9% en  
moyenne, alors qu’elle a progressé de 2.1% dans l’industrie  
manufacturière.  
Source : OCDE  
Un nouvel exécutif en place mi-mars ?  
Les élections législatives de septembre se sont soldées par de  
lourdes défaites pour la grande coalition sortante associant les  
chrétiens-démocrates conservateurs de la CDU/CSU (la formation  
de la chancelière Angela Merkel) et les sociaux-démocrates du SPD  
menés par Martin Schulz. La CDU/CSU, restant la plus grande  
formation, tente depuis de former un gouvernement de coalition.  
Après l’échec des négociations avec les Verts et les libéraux (FDP),  
la CDU/CSU s’est tournée vers un SPD réticent pour l’aider à  
reconduire la grande coalition.  
La croissance limitée par la pénurie de capacités  
Les projections tablent sur une croissance économique de l’ordre de  
,8% en 2018, et de 2% en 2019. Cette année, la croissance sera  
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favorisée par la politique monétaire européenne très accommodante  
et par les mesures de soutien budgétaire. En outre, l’investissement  
devrait se raffermir à mesure que se dissipe l’incertitude des  
entreprises concernant la politique du gouvernement. Quant aux  
exportations, elles seront stimulées par la reprise en cours dans la  
zone euro et en Europe centrale et orientale.  
Les deux partis ont récemment décidé d’entamer des négociations  
formelles selon les grandes lignes convenues. Si les taux de l’impôt  
sur le revenu ne changeront pas, l’impôt de solidarité, institué après  
la réunification du pays pour aider les Länder de l’Est, sera  
supprimé par étapes. La nouvelle coalition lancera également un  
important programme d’investissements dans les infrastructures et  
l’éducation. Sur l’Europe, les partis de la coalition soutiennent le  
projet de transformation du Mécanisme européen de stabilisation en  
un Fonds monétaire européen. Enfin, l’Allemagne se dit prête à  
augmenter sa contribution au budget de l’UE après le départ du  
Royaume-Uni.  
Les années suivantes, cependant, il faut s’attendre à ce que les  
goulets d’étranglement de la production, dus à la pénurie de  
capacités de production et de main-d’œuvre qualifiée, limitent la  
croissance et accélèrent l’inflation. De plus, le resserrement  
monétaire aux États-Unis et en Europe devrait peser sur l’activité  
mondiale, en particulier en 2019. La croissance de l’économie  
allemande ralentirait alors à 2%.  
Malgré l’afflux substantiel de main-d’œuvre (migrants et réfugiés), le  
marché du travail restera sans doute tendu. Les syndicats ont déjà  
durci leur position dans les négociations salariales. IG Metall,  
principal syndicat de la métallurgie et de l’électronique, a demandé  
une hausse de 6% des salaires et le passage à la semaine de  
travail de 28 heures pour les salariés qui le souhaitent. Le patronat  
ne propose qu’une hausse des salaires de 2%. De tels écarts de  
position ne sont pas exceptionnels et les parties devraient se mettre  
d’accord à mi-chemin. Des accords généreux sur les salaires et le  
temps de travail auront pour effet une hausse des prix à la  
consommation. L’inflation des prix à la consommation devrait ainsi  
avoisiner les 2% en 2019.  
Les modalités doivent encore être précisées et approuvées par les  
bases respectives des partis. La principale difficulté consiste à  
convaincre les membres du SPD, alors que certaines grandes  
promesses électorales, telles que l’augmentation de la fiscalité sur  
les plus hauts revenus et la remise à plat de l’assurance maladie,  
ne figurent pas dans l’accord préalable. Si tout se passe comme  
prévu, un nouveau gouvernement pourrait être en place d’ici mi-  
mars au plus tôt.  
Raymond Van der Putten  
raymond.vanderputten@bnpparibas.com  
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Müge Adalet McGowan, Dan Andrews, Valentine Millot, 2017 : The Walking Dead?  
Zombie firms and productivity performance in OECD countries, document de travail  
du Département des affaires économiques de l’OCDE, n° 1372, OCDE  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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