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France : l’emploi et ses soutiens  
Hélène Baudchon  
France : dynamique de l’emploi et de la croissance  
La fin de la prime à l’embauche dans les PME, la réduction  
du nombre de contrats aidés, ou encore le moindre soutien  
du CICE, freinent à court terme la dynamique de l’emploi.  
Variation en glissement annuel, %  
 Emploi salarié privé  Croissance du PIB  
Une prolongation du ralentissement de l’emploi en 2018  
n’est toutefois pas le scénario le plus probable.  
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La croissance prenant de la vitesse, elle devrait stimuler les  
embauches. De nouveaux soutiens devraient aussi entrer  
en jeu (allègements fiscaux, renforcement de la flexi-  
sécurité du marché du travail).  
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En 2019, malgré la décélération attendue de la croissance,  
nous anticipons une légère accélération de l’emploi, qui  
trouverait un nouveau soutien dans la bascule du CICE en  
baisse de charges permanente et l’allègement  
supplémentaire du coût du travail au niveau du Smic.  
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1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017  
La reprise de l’emploi en France a été la bonne surprise de  
ces deux dernières années. Depuis 2015, en effet, la  
dynamique de l’emploi a eu de quoi étonner au regard du  
manque de dynamisme de la croissance sur la période.  
Jusque fin 2016-début 2017, la croissance se situait autour de  
Graphique 1  
Source : INSEE  
Une croissance enrichie en emplois  
L’emploi salarié privé a repris le chemin de la hausse depuis  
le deuxième trimestre 2015 (cf. graphique 1). Entre cette date  
et le troisième trimestre 2017 (dernier point disponible), près  
de 550 000 emplois salariés privés ont été créés, à un rythme  
trimestriel moyen de 55 000, soit une hausse cumulée de  
1
%
et n’était donc clairement pas sur les rythmes  
habituellement identifiés comme créateurs d’emplois et à  
même de faire baisser le chômage, à savoir 1,5% voire 2%.  
Maintenant que, depuis la fin 2016, la croissance est passée  
à la vitesse supérieure (2% en rythme trimestriel annualisé,  
avec de bonnes chances de rester proche de ce rythme au  
cours des prochains trimestres), la progression de l’emploi  
paraît plus en phase. Et pourtant, il n’est pas certain qu’il  
poursuive sur sa lancée : l’horizon s’éclaircit côté croissance  
mais il n’en va pas exactement de même du côté des  
perspectives d’emploi. La question qui se pose est de savoir  
si le ralentissement de l’emploi salarié privé observé au  
troisième trimestre est seulement passager ou le premier  
point d’une tendance qui pourrait se prolonger ? Dans cet  
article, nous passons en revue les raisons sous-jacentes à  
cette interrogation.  
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,9% et de 0,3% par trimestre (1,2% en rythme annualisé).  
Sur la même période, le PIB réel a augmenté de 3,5% en  
cumulé et à un rythme trimestriel moyen de 0,3% (1,4% en  
annualisé).  
Cette concordance du rythme de progression de l’emploi  
salarié privé avec celui de la croissance est remarquable : un  
tel rythme de créations d’emplois n’est, en effet, pas attendu  
avec un rythme de croissance aussi peu élevé (jusque fin  
2016 en tout cas). Une autre série de chiffres permet  
d’illustrer ce propos de manière plus frappante encore : en  
2016, l’emploi salarié privé a augmenté de 1,2% en moyenne  
EcoFlash // 5 décembre 2017  
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annuelle, soit son rythme de progression le plus élevé depuis  
France : Emploi total et ses composantes (1)  
2
007, aussi élevé qu’en 1997, alors même que la croissance  
Variation en moyenne annuelle en % et contribution en point de %  
du PIB l’est sensiblement moins (1,2% en moyenne en 2016  
1
contre 2,4% en 2007 et 2,3% en 1997 ). Le revers de la  
 Emploi total  Emploi salarié privé  Emploi salarié public  
Emploi non salarié  
médaille est, toutefois, l’écrasement induit des gains de  
productivité apparente du travail.  
1,5  
Les évolutions de l’emploi total sont également instructives.  
En effet, le redémarrage de l’emploi salarié privé, sur lequel  
nous mettons l’accent dans cet article, date de 2015 mais  
celui de l’emploi total remonte à 2010. En fait, l’emploi total  
n’a jamais cessé de progresser depuis cette date, qui marque  
la sortie de la Grande Récession, alors que l’emploi salarié  
privé a accusé une rechute, en 2012-2013, suite à la crise  
des dettes souveraines européennes et au tassement de la  
croissance qui s’est ensuivi. C’est la progression de l’emploi  
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public et non salarié qui a permis de maintenir en territoire  
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positif celle de l’emploi total (cf. graphique 2).  
La croissance, molle mais positive, a certainement contribué  
à ces évolutions. Mais l’impulsion est aussi, et peut-être  
surtout, à mettre sur le compte de la politique économique et  
des nombreuses et diverses mesures de soutien qui sont  
venues enrichir son contenu en emplois sur cette période.  
Parmi ces mesures, on trouve les habituels contrats aidés. Ils  
répondent à une logique contra-cyclique de traitement social  
du chômage et ne débouchent pas, ou peu, sur des emplois  
pérennes. Ils n’en contribuent pas moins au nombre total  
d’emplois créés. Les autres mesures de type allègement du  
coût du travail (crédit d’impôt compétitivité emploi, baisses de  
charges patronales du pacte de responsabilité et de solidarité  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Graphique 2  
Source : INSEE  
France : Emploi et climat de l’emploi  
Emploi salarié privé mensualisé [g.a., %, é.d.]  
Climat de l’emploi [é.g.]  
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et prime à l’embauche dans les PME ) sont moins directes  
mais visent un effet plus durable sur l’emploi.  
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Le lien entre croissance et emploi est à double sens : la  
croissance entraîne l’emploi et, en retour, l’emploi vient en  
renfort de la croissance en créant, avec la baisse du  
chômage, un effet d’entraînement positif qui pose les bases  
d’une dynamique de croissance auto-entretenue. Si l’on  
ajoute le redémarrage de l’investissement des entreprises aux  
premiers signes d’amélioration du marché du travail, les  
ingrédients d’une reprise auto-entretenue sont ainsi présents  
en France depuis 2015, de telle sorte que la croissance  
française a la caractéristique d’être à la fois lente et robuste :  
lente de par son rythme jusqu’à récemment, et pour diverses  
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2005  
2007  
2009  
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2013  
2015  
2017  
Graphique 3  
Source : INSEE  
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raisons , très modeste ; robuste au regard de la solidité que  
Dans le secteur marchand il devrait rester mesuré, le  
contrecoup dû à la fin de la prime à l’embauche étant amorti  
par l’effet positif de la croissance et des autres mesures  
d’allègement du coût du travail toujours à l’œuvre. Ce  
ralentissement n’est d’ailleurs guère visible, si ce n’est  
totalement absent, dans les différentes enquêtes disponibles  
portant sur la tendance prévue des effectifs (enquête  
mensuelle de conjoncture de l’INSEE dans les services ;  
enquête trimestrielle de conjoncture de l’INSEE dans  
l’industrie ; indice de l’INSEE du climat mensuel de l’emploi  
lui confère la progression de l’emploi. D’où l’importance des  
évolutions de celui-ci, d’autant plus grande l’année prochaine  
que d’importants et nombreux changements budgétaires et de  
fiscalité vont intervenir et possiblement peser sur la  
consommation des ménages. La bonne tenue de celle-ci  
dépend donc principalement de la bonne tenue de l’emploi.  
Quel ralentissement à court terme ?  
Or, certaines des mesures de soutien mentionnées plus haut  
ont pris fin (la prime à l’embauche depuis le 30 juin) ou voient  
leur enveloppe fortement réduite (le nombre de contrats  
aidés). C’est pourquoi la question d’un ralentissement de  
l’emploi d’ici la fin de l’année n’est pas qu’hypothétique.  
(
cf. graphique 3) ; composante « emplois » des indices PMI  
de Markit). L’évolution de l’emploi dans l’intérim renvoie  
également un signal plutôt positif (cf. graphique 4). Et si le  
contrecoup est bien visible dans les déclarations  
d’embauches du troisième trimestre (-0,7% t/t, tous types de  
contrats confondus), les données mensuelles permettent de  
voir qu’il est concentré sur le mois de juillet. L’ensemble de  
ces informations plaide pour considérer comme ponctuelle  
l’inflexion de l’emploi salarié privé au troisième trimestre  
(+0,2% t/t selon l’estimation préliminaire de l’INSEE après une  
progression trimestrielle moyenne de 0,4% t/t les quatre  
trimestres précédents).  
1
Croissance non corrigée des jours ouvrés  
La part dans l’emploi total de l’emploi salarié privé, public et non  
2
salarié est de, respectivement, 70%, 20% et 10%.  
3
Le CICE est en vigueur depuis 2013 ; les premiers allègements de  
charges du PRS datent de 2015 et ont été élargis en 2016 ; la prime  
à l’embauche a couru de janvier 2016 à juin 2017.  
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France : sur la voie du redressement, Conjoncture n°7, juillet-août 2017  
EcoFlash // 5 décembre 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
3
En revanche, d’après les estimations de l’INSEE, les  
répercussions sur l’emploi non marchand de la réduction du  
nombre de contrats aidés seraient bien plus négatives,  
entraînant un freinage marqué de l’emploi total au second  
semestre 2017 (cf. graphique 5).  
France : Emploi et intérim  
Emploi salarié privé [g.a., %, é.d.]  
Intérim [g.a., %, avancé de 2 trimestres, é.g.]  
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Les termes du débat pour 2018 et 2019  
La question du ralentissement ne concerne toutefois pas  
seulement les derniers mois de 2017 : un prolongement en  
2
018 est possible, du fait de la disparition des soutiens déjà  
évoqués et d’un CICE un peu moins favorable puisque son  
taux repasse de 7% à 6%.  
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Mais possible ne veut pas dire certain, en tout cas s’agissant  
d’un ralentissement de l’emploi marchand. Comme au second  
semestre 2017, il devrait conserver le soutien de la  
croissance. Il devrait même bénéficier d’un soutien accru, au  
regard de l’accélération attendue de la croissance en 2018  
1996 1999 2002 2005 2008 2011 2014 2017  
(+2% en moyenne annuelle après +1,8% en 2017 d’après nos  
prévisions). L’emploi devrait aussi gagner le soutien, indirect,  
des nouvelles mesures fiscales en faveur de l’investissement  
et de l’attractivité. Pourraient également se greffer des  
premiers effets de la nouvelle réforme du Code du travail,  
voire aussi des réformes de l’apprentissage, de la formation  
Graphique 4  
Source : INSEE  
France : Emploi total et ses composantes (2)  
Variation semestrielle de l’emploi, en milliers de personnes  
5
professionnelle et de l’assurance-chômage .  
Emploi total Emplois marchands Emplois non  
Certes, l’horizon d’action de ce type de réformes structurelles  
est le moyen-long terme mais un effet positif plus rapide est  
possible si le climat des affaires s’en trouve amélioré. Si les  
entreprises sont plus confiantes et optimistes, c’est facteur de  
croissance et donc d’emplois (l’argument vaut aussi pour la  
confiance des ménages). Or, ces réformes sont de nature à  
être perçues favorablement par les entreprises, en particulier  
celle du Code du travail du fait des nouveaux éléments de  
flexibilité, simplicité et visibilité qu’elle introduit (cf.  
l’infographie page suivante pour plus de détails sur le contenu  
marchands aidés Autres  
200  
1
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50  
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1
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des ordonnances ). Laccueil de la réforme de l’assurance-  
-100  
chômage pourrait être un peu moins positif du fait de  
l’introduction proposée d’un système de bonus-malus sur les  
CDD (pour en réguler l’usage, au profit des CDI, via une  
internalisation des coûts afférents, aujourd’hui supportés par  
S1  
013 2013 2014 2014 2015 2015 2016 2016 2017 2017  
P)  
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S1  
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S1  
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S1  
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S1  
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(
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l’assurance-chômage) . Mais le caractère pénalisant de cette  
Graphique 5  
Sources : INSEE, prévisions INSEE (Point de  
conjoncture octobre 2017), BNP Paribas.  
mesure pour certaines entreprises est à mettre en regard du  
bénéfice global tiré d’un meilleur fonctionnement attendu du  
marché du travail. Du point de vue des Français, la question  
de l’effet de ces réformes sur leur confiance ne peut encore  
être tranchée : entre, d’un côté, la perception attendue  
favorable des éléments de sécurisation des parcours  
Face à l’effet positif rapide possible de la réforme du Code du  
travail sur l’emploi, via la confiance des entreprises, un effet  
négatif peut toutefois également jouer à brève échéance,  
fonction de l’ampleur des sureffectifs dans les entreprises et  
du phénomène de rétention de main d’œuvre pour cause de  
difficultés à licencier. Si ces difficultés sont levées par la  
réforme, le nombre de licenciements pourrait assez fortement  
professionnels  
et  
de  
l’objectif  
d’amélioration  
du  
fonctionnement du marché du travail et, de l’autre, la  
perception possiblement plus négative des éléments de  
flexibilité, il n’est pas possible de savoir, à ce stade, de quel  
côté penchera la balance.  
augmenter  
à court terme, l’emportant même sur les  
embauches. Ce risque est réel et significatif en bas de cycle  
mais la phase actuelle d’amélioration conjoncturelle et les  
premiers signes de difficultés de recrutement permettent de le  
minimiser voire de le neutraliser.  
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Ces trois réformes sont actuellement en cours de préparation, pour  
une entrée en vigueur courant 2018.  
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Pour plus de détails encore sur cette réforme, cf. Thibault Mercier,  
En 2019, d’autres changements sont à prévoir en matière de  
réduction du coût du travail, ce qui ne sera pas sans effet sur  
l’emploi. Cette année-là doit, en effet, s’opérer la bascule du  
CICE en allègement de charges patronales à hauteur de 6  
points, toujours dans la limite de 2,5 Smic. Cette  
transformation s’accompagne d’une baisse supplémentaire de  
France : qu’attendre de la réforme du Code du travail ?, Conjoncture  
n° 8, septembre 2017  
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En plus de cette nouveauté, la réforme de l’assurance-chômage  
contient trois autres changements importants : son extension aux  
démissionnaires et aux indépendants ; le renforcement du principe  
des « droits et devoirs » et un contrôle plus efficace de la recherche  
d’emploi ; la modification du mode de gouvernance, du bipartisme  
actuel vers un tripartisme associant l’Etat aux partenaires sociaux  
dans des modalités qui restent à définir.  
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points des cotisations patronales au niveau du Smic et  
jusque 1,6 fois le salaire minimum.