Conjoncture

PDF
2
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Inde: besoin d’assainissement des banques publiques  
Johanna Melka  
Tout semble sourire à Narendra Modi : en 2016, l’économie indienne a enregistré une des croissances les plus dynamiques, les  
fondamentaux macroéconomiques se sont consolidés, les réformes ont progressé et son parti a remporté une importante victoire lors  
des dernières élections législatives. Néanmoins, le gouvernement doit désormais faire face à la détérioration de la situation des banques  
publiques qui contraint la distribution du crédit et pèse sur les investissements des entreprises. Les autorités envisagent la création  
d’un organisme de défaisance centralisé mais un financement public fragiliserait la consolidation budgétaire en cours.  
La situation macroéconomique de l’Inde s’est consolidée depuis Néanmoins, même si la situation macroéconomique du pays s’est  
l’arrivée de Narendra Modi au pouvoir en mai 2014. La croissance du consolidée, la situation microéconomique s’est fragilisée. Depuis cinq  
PIB par tête a atteint 6,2% en 2016, soit l’un des rythmes les plus ans les entreprises font face à une forte hausse du service de leur dette  
soutenus parmi l’ensemble des pays émergents et les perspectives de alors que leurs profits décélèrent. Conjointement à la détérioration de la  
croissance sont bien orientées. Selon les projections du Fonds situation financière des entreprises, la qualité des actifs bancaires s’est  
monétaire international (FMI) la croissance économique devrait être dégradée et les bilans des banques, en particulier des banques  
comprise entre 7,2% et 8,1% à horizon 2021. Les réformes ont publiques, se sont fortement fragilisés. Le poids des créances  
accéléré depuis près de trois ans et Narendra Modi bénéficie toujours douteuses est tel qu’il pénalise la distribution du crédit bancaire et les  
d’un important soutien de l’ensemble de la population comme en autorités indiennes envisagent la création d’un organisme de  
témoigne la victoire de son parti lors des dernières élections défaisance centralisé afin d’assainir les bilans des banques publiques.  
parlementaires en mars.  
Pour appréhender l’ampleur des problèmes microéconomiques en Inde,  
Par ailleurs, les fondamentaux macroéconomiques se sont nous proposons d’analyser dans une première partie l’évolution de la  
consolidés. L’inflation a fortement décéléré à 5% en moyenne en situation des entreprises, en mettant notamment l’accent sur les entreprises  
2
016 alors qu’elle s’établissait à 6,6% deux ans plus tôt. Dans le  
privées non-financières, pour nous concentrer dans un second temps sur la  
détérioration de la situation des banques, et en particulier des banques  
publiques. Nous présenterons notamment les différentes solutions qui  
même temps, la vulnérabilité extérieure a sensiblement diminué  
sous l’impulsion de la baisse des prix des matières premières. Le  
déficit courant devrait ainsi s’établir à moins de 1% du PIB en 2016 émergent pour tenter d’assainir le secteur bancaire indien.  
alors qu’il était proche de 2% du PIB deux ans plus tôt. De plus, les  
investissements directs étrangers ont bénéficié de l’amélioration de  
l’environnement des affaires et ont accéléré à 2% du PIB soit un  
point de plus qu’il y a deux ans. Fin septembre 2016, le pays  
Fragilité des entreprises indiennes  
A partir de 2011 la situation financière des entreprises indiennes s’est  
présentait une position extérieure nette débitrice équivalente à  
6,7% du PIB alors qu’elle atteignait 17,9% du PIB deux ans plus  
dégradée. Sur la période 2006-2011 leur dette a augmenté de plus de  
1
2
0% par an en moyenne pour atteindre 50,1% du PIB fin 2011, soit une  
tôt. En fin d’année 2016, les réserves de change couvraient 1,6 fois  
les besoins de financement à court terme du pays. A ce jour, même  
si les finances publiques restent le talon d’Achille de l’économie  
indienne, elles se sont améliorées. Sur l’exercice budgétaire  
hausse de dix points de PIB en cinq ans. Cette forte hausse de la dette  
était soutenable tant que l’environnement macroéconomique restait très  
porteur. Mais, après avoir subi un premier choc en 2008-2009, les  
entreprises indiennes ont été de nouveau fragilisées à partir de 2011  
quand l’activité économique a ralenti et que les projets d’infrastructure  
ont été retardés voire annulés. Ainsi, dès 2011 le rythme de croissance  
des charges d’intérêt est devenu bien supérieur à celui des profits des  
entreprises. Le ratio de couverture des intérêts par les revenus est  
tombé de 5 en 2011 à 2,8 en 2013. Puis, entre 2014 et début 2016, les  
entreprises indiennes ont subi un troisième choc induit par la forte  
baisse du prix des métaux.  
2
016/2017 achevé au 31 mars 2017 on estime le déficit du  
gouvernement à 3,5% du PIB, soit un point de moins qu’il y a deux  
ans. Par ailleurs, même si la base fiscale du pays reste très faible  
(
10,2% du PIB) l’adoption de la loi sur l’uniformisation de la taxe sur  
les biens et services (votée en juillet 2016), qui pourrait être mise en  
place en juillet 2017, devrait à terme augmenter les recettes du  
gouvernement ainsi que la croissance potentielle du pays en  
améliorant la compétitivité des entreprises.  
3
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
3
A partir de 2013, pour faire face à la détérioration de leur situation De plus, la part de la dette dite « à risque » est élevée (41% selon un  
4
financière, les entreprises indiennes sont entrées dans une phase de rapport de Crédit Suisse portant sur 3 700 entreprises cotées ) et  
5
désendettement. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), fortement concentrée (selon le ministère des Finances , 71% de la dette  
la dette totale des entreprises non-financières indiennes atteignait fin « à risque » serait détenue par seulement cinquante entreprises).  
juin 2016 USD 1023 mds, l’équivalent de 49,5% du PIB, alors qu’elle  
s’élevait à près de 53% du PIB en 2013.  
Néanmoins, la situation des seules entreprises privées est beaucoup  
moins préoccupante avec une part de dette à risque de seulement  
Au niveau macroéconomique, le taux d’endettement n’est pas  
particulièrement élevé ; il est même plus modeste que dans de  
nombreux pays émergents d’Asie (cf. graphique 1). En revanche, les  
données d’entreprises indiquent que la capacité des plus grandes  
entreprises à faire face au service de leur dette est bien plus faible que  
14,7%. Par ailleurs, alors que la situation des entreprises publiques  
semble continuer de se détériorer, celle des entreprises privées s’est  
consolidée au cours des douze derniers mois (en septembre 2015 la  
part de la dette à risque s’élevait à 27%).  
1
dans les autres pays émergents (cf. graphique 2). Selon le FMI , le ratio  
Nous concentrerons notre analyse sur la situation des entreprises  
privées non-financières en raison du manque de disponibilités des  
données publiques.  
2
de couverture des entreprises indiennes atteignait 3,7 en juin 2016  
alors qu’il s’élevait à 5,5 en Chine, 6,5 aux Philippines, 7,7 en Thaïlande  
et 8,4 en Malaisie.  
Dette des entreprises non financières  
Consolidation de la situation des entreprises  
privées depuis le 1er trimestre 2016  
Notre analyse de la situation financière des entreprises privées  
indiennes est réalisée à partir des données publiées par la banque  
centrale portant sur la situation de 2700 entreprises cotées.  
80 % du PIB  
2011  
1
1
1
1
1
60  
40  
20  
00  
2016  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
En septembre 2016, leur situation était globalement plus satisfaisante  
qu’un an plus tôt :  
14,5% des entreprises privées non-financières étaient considérées  
comme ayant un taux d’endettement excessif (entreprises dont  
l’excédent brut d’exploitation est négatif ou le ratio de dette  
rapportée aux fonds propres supérieur ou égal à 2), soit près de  
cinq points de moins qu’en septembre 2015. La dette des  
entreprises les plus vulnérables ne représente désormais que 16%  
de la dette totale, soit près de 14 points de moins qu’il y a un an (cf.  
graphique 3).  
Graphique 1  
Source : FMI  
Ratio de couverture des intérêts  
profit/charges d'intérêt)  
(
25  
20  
15  
10  
5
0
2
010  
016  
Globalement, le ratio de dette rapportée au fonds propres de  
l’ensemble des entreprises privées non-financières était de 32% en  
septembre 2016 alors qu’il atteignait 38% en septembre 2015.  
Leur chiffre d’affaires a cessé de se contracter à partir de la fin de  
l’année 2015 pour enregistrer une croissance positive au T1-2016  
2
(
cf. graphique 4).  
Leur profitabilité a atteint un point haut depuis plus de cinq ans : le  
ratio des profits nets rapportés au chiffre d’affaires s’élevait à 8,7%,  
soit 1 point de plus qu’en 2015.  
Graphique 2  
Source : FMI  
3
Part de la dette des entreprises dont les recettes ne suffisent pas à couvrir les charges  
1
2
Global Financial Stability Report, Octobre 2016  
Le « Interest Coverage Ratio » est défini comme le profit avant paiement des intérêts  
d’intérêt.  
4
Crédit Suisse s’appuie sur les données de 3 700 entreprises non-financières.  
5
rapporté aux dépenses d’intérêt.  
Economic Survey 2016-2017  
4
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Entreprises fortement endettées  
Nombre d'entreprises (% total)  
Part de la dette (% total)  
mars-15  
19  
14,2  
sept-15  
19,4  
15,3  
mars-16  
14  
12,9  
sept-16  
14,5  
13,5  
mars-15  
33,8  
23  
sept-15  
30,5  
24,9  
mars-16  
20,6  
19  
sept-16  
16  
14,5  
EBIT <0 ou DET* >= 2  
EBIT<0 ou DET >= 3  
Tableau 1  
Source : RBI, 2700 entreprises privées non-financières  
*
DET (Debt-to-Equity ratio ) : ratio de dette rapportée aux fonds propres  
Entreprises dont les revenus ne couvrent pas les  
charges d'intérêt (ICR < 1)  
Entreprises privées non financières  
%
Ratio bénéfice d'exploitation aux ventes  
%
15  
%
Nombre d'entreprises  
Poids dans la dette  
Ratio de dette rapportée aux fonds propres  
%
20  
15  
10  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
2,5  
2
Ratio profit net aux ventes  
Ventes (g.a.)  
1
5
0
0
1
1
0
0
,5  
,5  
-5  
mars-14 sept-14 mars-15 sept-15 mars-16 sept-16  
12  
13  
14  
15  
16  
Graphique 3  
Source : RBI  
Graphique 4  
Source : RBI  
Les dépenses d’intérêt ont diminué et s’élevaient à 26,2% des appartenant aux secteurs du fer et de l’acier et de la construction. Par  
revenus avant impôt contre 30,3% en septembre 2015.  
ailleurs, la situation financière des entreprises du secteur de l’énergie,  
Les profits avant impôts couvraient 3,8 fois leurs charges d’intérêt et notamment de la production et de la distribution d’électricité, s’est  
fin septembre 2016.  
sensiblement dégradée au cours des douze derniers mois même si,  
globalement, leurs revenus avant impôts restaient suffisants pour  
couvrir leurs charges d’intérêt (cf. graphique 5).  
Ainsi, fin septembre 2016, seulement 14,7% de la dette des  
entreprises privées non-financières cotées était engagé par des  
entreprises ayant des recettes insuffisantes pour couvrir leurs  
6
charges d’intérêt alors que ce ratio était supérieur à 27% un an  
plus tôt.  
Ratio de couverture des intérêts  
(profit/charges d'intérêt)  
Néanmoins, la situation reste très hétérogène selon les secteurs  
d’activité concernés.  
5
4
3
2
1
0
Total  
Industrie manufacturière  
Construction  
Production et distribution d'électricité  
Fer et acier  
Une situation très disparate selon les secteurs  
d’activité  
L’analyse de la structure financière des entreprises par secteur  
d’activité révèle que les entreprises privées les plus fragiles (celles dont  
les profits avant impôts sont négatifs ou dont les recettes sont  
insuffisantes pour couvrir le paiement des intérêts) sont celles  
1
2
13  
14  
15  
16  
Graphique 5  
Sources : RBI, CEIC  
6
Financial Stability Report, RBI, décembre 2016  
5
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Le secteur de la sidérurgie reste le secteur d’activité le plus fragile. La pertes pour les entreprises distributrices qui se trouvent alors dans  
banque centrale estime que 28,6% des entreprises étaient en situation l’incapacité de faire face à leurs propres engagements vis-à-vis des  
de stress en septembre 2016. Ces entreprises concentrent 36,7% de la entreprises productrices d’électricité. Les crédits aux entreprises du  
7
dette du secteur . Travaillant sur des données d’enquête, nous ne secteur représentaient fin décembre 2016 plus de 10% des crédits  
disposons pas de la valeur de la dette de l’ensemble du secteur totaux, soit l’équivalent de 3,5% du PIB.  
d’activité. Néanmoins, le crédit bancaire octroyé aux entreprises du  
secteur était de USD 47 mds fin 2016, soit l’équivalent de 2,1% du PIB.  
Concernant le secteur des transports et des télécommunications, même  
si la dette excède 150% des capitaux propres dans ces deux secteurs  
La détérioration de la situation financière des entreprises de la d’activité, globalement, au T3-2016, les profits couvraient encore  
sidérurgie résulte d’une forte hausse de leur dette entre 2011 et 2014 respectivement plus de trois fois et deux fois et demi les charges  
dans une période où les prix des métaux étaient à des niveaux d’intérêt des entreprises. Toutefois, dans le transport aérien, la situation  
particulièrement élevés. Lorsque les prix se sont retournés (de plus de des entreprises s’est détériorée au deuxième semestre conjointement à  
42% entre mi-2014 et début 2016) leur chiffre d’affaires a baissé l’augmentation des prix du pétrole qui ont tiré à la hausse les dépenses  
pendant six trimestres consécutifs entraînant une contraction de leurs des compagnies aériennes. Ainsi, les profits de Jet Airways (dont la part  
profits. Depuis le T2-2016 leur situation s’est globalement légèrement de marché excède 38%) ne couvraient que 0,9 fois ses charges  
8
redressée , en particulier pour les plus grosses entreprises du secteur, d’intérêt en fin d’année.  
sous l’impulsion de la hausse des prix internationaux des métaux.  
Cependant, les profits étaient toujours insuffisants pour couvrir les  
charges d’intérêt (le ratio s’élevait à 0,8 au T3-2016).  
Banques publiques: forte hausse des  
La situation financière des entreprises du secteur de la construction est risques  
fragile et elle s’est dégradée jusqu’en septembre 2016. Globalement,  
leurs profits sont juste suffisants pour couvrir leurs charges d’intérêt. La  
banque centrale estime que 32,6% de leur dette est risquée. La part du  
secteur de la construction dans le crédit bancaire reste néanmoins  
modeste (1,6%). Fin 2016, les crédits octroyés aux entreprises du  
secteur atteignaient seulement USD 11,7 mds, soit l’équivalent de 0,5%  
du PIB.  
La détérioration de la situation des entreprises indiennes depuis 2011 a  
généré une forte hausse des risques de crédit. Les créances douteuses  
(
hors actifs restructurés) ont augmenté de plus de 44% par an en  
moyenne au cours des cinq dernières années (cf. graphique 6) et sont  
concentrées à 75% dans les banques publiques. Leurs besoins de  
recapitalisation sont très élevés et ont nécessité l’injection de capital de  
la part du gouvernement. Néanmoins, même s’il soutient ses banques  
publiques, le gouvernement indien cherche à limiter leur recapitalisation  
par les fonds publics afin de contenir tout risque de dérapage  
budgétaire.  
Dans le secteur énergétique, la situation des entreprises privées n’est  
pas aussi fragile que dans le secteur de la sidérurgie ou même de la  
construction, mais elle s’est dégradée au cours des six derniers mois.  
Au T3-2016 leurs profits nets ne couvraient plus que 1,4 fois leurs  
charges d’intérêt contre 1,7 fois un an plus tôt. Cette détérioration est le Croissance des créances douteuses  
reflet d’une hausse de leur dette dans le cadre d’importants  
programmes d’investissement (le crédit a augmenté de +19% par an en  
moyenne sur la période 2010-2015) qui n’ont pas encore dégagé les  
bénéfices attendus. Deux raisons l’expliquent : en premier lieu, la  
production effective d’électricité n’atteignait au second semestre 2016  
que 59,6% de la production potentielle ; en second lieu les prix de  
l’électricité restent bien inférieurs aux coûts. Dans certains Etats, les  
g.a., %  
1
00  
80  
6
4
2
0
0
0
0
9
prix n’ont pas été augmentés depuis plus de dix ans, ce qui génère des  
7
Au T3-2016, les revenus des entreprises ne couvraient, globalement, que 0,8 fois le  
paiement des intérêts.  
En effet, au T1-2015, plus de 50% de la dette du secteur était risquée (vs 36.7% au T2-  
-20  
8
0
6
07  
08  
09  
10  
11  
12  
13  
14  
15  
16  
1
6).  
9
Graphique 6  
Sources : RBI, CEIC  
En moyenne, les prix sont de Rs 2.5/kwh alors que le prix moyen pour couvrir les coûts  
serait de Rs 4/kwh.  
6
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Ratio de créances douteuses par banque  
Augmentation significative des créances douteuses  
Fin septembre 2016, les créances douteuses de l’ensemble du secteur  
bancaire indien atteignaient 9,3% des crédits totaux (soit un niveau très  
supérieur à ce qui prévaut dans les autres pays émergents d’Asie) et la  
part des prêts considérés comme « risqués » (somme des prêts non  
performants et restructurés) s’élevait à 12,3% des crédits (cinq points  
de plus qu’il y a un cinq ans) soit l’équivalent de 4,2% du PIB.  
Néanmoins, pour rendre compte de l’ensemble des crédits susceptibles  
de ne pas être remboursés, le ministère des Finances considère qu’il  
faut également intégrer les crédits octroyés aux entreprises dont les  
revenus sont insuffisants pour couvrir leurs charges d’intérêt et qui ne  
sont pas encore reconnus comme étant risqués. Il estime ainsi que les  
crédits « stressés » atteignaient fin septembre 16,6% de l’ensemble des  
crédits bancaires (20% dans les seules banques publiques) soit  
l’équivalent de 8,7% du PIB.  
%
2
Total  
1
Banques privées  
Banques étrangères  
Banques publiques  
10  
8
6
4
2
0
0
5
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16  
Graphique 7  
Sources : RBI, CEIC  
La concentration des créances douteuses dans les banques publiques  
s’explique en grande partie par un problème de gouvernance. Les  
Cette forte augmentation des créances douteuses reflète à la fois la intérêts politiques interfèrent parfois dans la gouvernance des banques  
détérioration de la qualité des actifs bancaires mais aussi la publiques et dans la politique de crédit.  
requalification des créances « restructurées » en créances  
«
douteuses » suite au vaste programme de « reconnaissance des Les crédits à risque sont majoritairement concentrés dans l’industrie,  
créances douteuses »10 mis en place par la banque centrale indienne secteur qui reçoit 51% des crédits aux entreprises. La banque centrale  
fin 2015 dans le but de contraindre les banques à provisionner indienne estimait fin septembre 2016 que 22% des crédits accordés dans  
davantage leurs actifs à risque. Néanmoins, l’ensemble des créances l’industrie étaient risqués alors que dans l’agriculture et les services ils ne  
douteuses et des prêts restructurés continue de croître, car en dépit de représentaient, respectivement, que 7,2% et 8,3% des crédits totaux.  
la légère amélioration de la situation financière des entreprises privées  
depuis un an, celle des entreprises publiques continue de se dégrader. Au sein de l’industrie, les actifs risqués sont concentrés dans les  
Par ailleurs, la situation de l’ensemble des entreprises reste précaire secteurs que nous avons déjà identifiés comme étant les plus fragiles  
dans certains secteurs d’activité (infrastructures, métaux notamment).  
au vu de la situation des entreprises privées non-financières : les  
métaux, la construction et les infrastructures. Dans ces trois secteurs  
d’activité, fin septembre 2016, les actifs risqués dépassaient  
respectivement 43%, 28% et 18% des crédits octroyés. Les crédits aux  
entreprises dans les secteurs les plus risqués - infrastructures au sens  
large (y compris énergie), métaux et construction - représentaient en  
janvier 2017 21% des crédits du secteur bancaire (y compris les prêts  
aux ménages), soit l’équivalent de 9,4% du PIB (cf. graphique 8).  
Concentration des risques dans les banques  
publiques  
1
1
Fin septembre 2016, 89% des créances douteuses étaient concentrées  
dans les banques publiques. Le ratio de créances douteuses s’élevait à  
11,8% des crédits des banques publiques alors que ce ratio n’était que  
de 3,2% dans les banques privées et de 4,1% dans les banques  
étrangères (cf. graphique 7).  
D’autres secteurs présentaient des ratios de crédits à risque supérieurs  
à 15%. C’est notamment le cas de l’exploitation minière, l’alimentaire, le  
textile, le papier, le ciment, l’ingénierie, les équipements de transport et  
la joaillerie.  
En intégrant les prêts restructurés, la banque centrale estime que  
15,8% des prêts accordés par les banques publiques étaient risqués  
alors que ce ratio n’était que de 4,6% dans les banques privées. Dans  
les banques publiques, le montant total des prêts « à risque » a été  
multiplié par près de vingt-et-un en cinq ans alors que, dans le même  
temps, l’ensemble des crédits octroyés par les banques publiques  
n’était multiplié que par 1,8.  
1
1
Dans le secteur des infrastructures au sens large, la détérioration de la situation  
financière des entreprises résulte en partie des nombreuses contraintes administratives  
qui ont généré des retards très importants voire des annulations de projets. Les  
entreprises publiques ont entrepris de gros travaux d’infrastructures en réponse aux  
importants besoins du pays. Leur dette a été multipliée par deux sur la période 2010-2015.  
Face à d’importants retards dans les projets, voire à leur suspension, ainsi qu’à une  
mauvaise évaluation des coûts (pour des raisons environnementales et légales), leurs  
profits ont chuté et leur situation financière s’est sensiblement dégradée.  
10  
Revue de portefeuille (Asset Quality Review ) qui doit être achevée au 31/03/2017.  
7
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Concentration des créances "à risque" par secteur  
Ratio de solvabilité  
(créances douteuses et crédits restructurés, %)  
Infrastructure  
Construction  
Joaillerie  
%
mars-14  
mars-15  
mars-16  
sept-16  
2
1
0
8
Equipement de transport  
Ingénierie  
16  
14  
12  
Métaux  
Ciment  
Caoutchouc, plastique  
Industrie chimique  
Papier  
1
0
8
6
4
2
0
Part dans le crédit  
"
Ratios de crédits à risque  
"
Textile  
Alimentaire  
Industrie minière  
Banques  
publiques  
Graphique 9  
Banques  
privées  
Banques  
étrangères  
Secteur  
bancaire  
0
10  
20  
30  
40  
50  
Graphique 8  
Source : RBI  
Source : RBI  
Des besoins de recapitalisation élevés et très  
partiellement couverts par l’Etat  
Ratio de solvabilité des banques publiques  
mars 2016, %)  
(
11,5% (critère Bâle III 2019)  
En réponse à la hausse des créances douteuses, les banques  
indiennes ont augmenté leurs provisions. Mais dans son dernier rapport  
de décembre 2016, la banque centrale estimait que trente-trois  
banques au total (74% des prêts) avaient des provisions insuffisantes  
pour couvrir leurs pertes attendues. Parmi ces trente-trois banques  
figuraient toutes les banques publiques, dont l’ensemble des provisions  
ne couvrait, fin septembre 2016, que 5,8% des crédits alors que la  
banque centrale estimait que les pertes à venir s’élèveraient à 7,5% des  
crédits.  
Vijaya Bank  
UCO Bank  
Punjab National Bank  
Oriental Bank of Commerce  
Indian Bank  
Dena Bank  
Central Bank of India  
Bank of Maharashtra  
Bank of Baroda  
Punjab National Bank  
State Bank of India  
0
5
10  
15  
Par ailleurs, même si globalement, dans son scénario le moins  
optimiste, la banque centrale estimait fin décembre 2016 que les pertes  
des banques publiques (anticipées ou induites par un choc modeste)  
Graphique 10  
Source : CEIC  
n’excèderaient pas leurs capitaux propres, ce ne serait pas le cas de En février 2017, selon l’hypothèse faite sur le taux de provisionnement,  
toutes les banques. En effet, cinq banques publiques et une banque le FMI a estimé les besoins en capital du secteur bancaire indien entre  
privée (qui détiennent 7% ensemble des prêts bancaires totaux) 1,5% et 4,2% du PIB (pour un taux de provisionnement compris entre  
enregistreraient des pertes, en cas d’un choc standard, supérieures à 40% et 70% des créances)12. Le coût de recapitalisation des seules  
leurs capitaux propres.  
banques publiques serait compris entre 1% et 2,8% du PIB. Néanmoins,  
l’estimation faite par le FMI des créances risquées est bien inférieure à  
Fin septembre, les ratios de solvabilité des banques publiques étaient celle réalisée par le ministère des Finances. En effet, contrairement à  
de l’ordre de 12% (cf. graphique 9). A titre de comparaison, ceux des ce dernier, le FMI estime que seulement 25% des prêts restructurés  
banques privées étaient d’environ 15% alors que ceux des banques pourraient se transformer en créances douteuses. Par ailleurs, il ne  
étrangères étaient proches de 17%. Par ailleurs, dans l’ensemble, les tient pas compte des créances détenues par les entreprises qui ne  
banques publiques ne détenaient pas assez de capitaux propres pour peuvent faire face à leurs charges d’intérêt. Pour satisfaire aux  
respecter les contraintes bâloises à l’horizon 2019. Ainsi, fin mars 2016 exigences réglementaires d’ici 2019, l’agence de notation Fitch estimait  
quatorze banques publiques sur vingt-et-une et trois banques privées en juin 2016 les besoins en capital de l’ensemble du secteur bancaire à  
sur dix-neuf présentaient des ratios de solvabilité inférieurs à 11,5%, le USD 90 mds (soit environ 4% du PIB) dont 83% pour les seules  
niveau exigé d’ici 2019 (cf. graphique 10).  
banques publiques.  
12  
FMI, Article IV, février 2017  
8
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
A ce jour, le gouvernement indien n’a prévu d’injecter au total que INR Mais une question reste ouverte : qui financerait le rachat des  
00 mds soit l’équivalent de USD 10,4 mds (0,5% du PIB). Depuis créances douteuses ?  
7
l’exercice budgétaire 2015/2016 près de INR 500 mds ont déjà été A cette question, le ministère des Finances et le vice-gouverneur de la  
injectés (0,4% du PIB) et INR 100 mds supplémentaires seront banque centrale ont apporté des premiers éléments de réponse. Le  
injectés en 2017/2018 et en 2018/2019. A ce jour, en raison de la ministère des Finances propose de créer un organisme public (Public  
détérioration des bilans des banques publiques, il semble très difficile Sector Asset Rehabiliation Agency ou PARA) qui serait financé par trois  
d’envisager qu’elles parviennent à lever des capitaux sur les marchés moyens : i) l’émission de titres de la part du gouvernement, ii) les  
1
3
à hauteur d’environ 3% du PIB . Or, dans son budget prévisionnel marchés financiers (avec l’ouverture du capital de la PARA aux  
pour l’exercice 2017/2018 le gouvernement n’a pas fait mention d’une investisseurs), iii) la vente de titres publics détenus par la banque  
hausse de ses dépenses pour recapitaliser davantage le secteur centrale et transférés à la PARA.  
bancaire.  
La deuxième « solution » a été proposée par le vice-gouverneur de la  
banque centrale indienne, Viral Acharya, en février. Il propose de  
créer deux organismes de défaisance, des gestionnaires d’actifs, afin  
d’alléger le coût supporté par les finances publiques : un organisme  
privé (Private Asset Management Company) et un organisme public  
Vers la création d’un organisme de défaisance ?  
Depuis 2014, les autorités monétaires indiennes ont entrepris plusieurs  
mesures (voir encadré, page 10) pour tenter d’assainir les bilans  
(
National Asset Management Company), qui achèteraient et  
bancaires. Néanmoins, à ce jour, aucun progrès significatif n’a été  
enregistré. Or, les difficultés des banques publiques pèsent de plus en  
plus sur la distribution du crédit ce qui contraint l’activité économique et  
en particulier les investissements privés. Ainsi, fin janvier 2017 le crédit  
aux entreprises n’augmentait que de +1% en glissement annuel (g.a.) et  
se contractait de 5% en g.a. dans l’industrie.  
centraliseraient l’ensemble des créances douteuses. L’idée présentée  
par Viral Acharya étant que la société privée de gestion d’actifs (à  
l’image de ce qui a été fait en Espagne) se concentre sur les  
créances les moins problématiques (définies par le vice-gouverneur  
de la banque centrale comme étant celles du secteur des métaux, de  
la construction, des télécommunications et du textile) alors que la  
société publique de gestion d’actifs rachèterait principalement les  
créances des entreprises du secteur de l’énergie. Une telle solution  
permettrait de contenir, au moins partiellement, le coût à charge pour  
le gouvernement car les deux entreprises ouvriraient leur capital aux  
investisseurs.  
Le ministère des Finances estimait dans son dernier rapport sur l’état  
de l’économie 14 que de nouvelles annulations de dette seraient  
indispensables pour assainir les bilans bancaires. Il estime que trente-  
trois entreprises parmi les cent plus fragiles auraient besoin d’une  
réduction de dette comprise entre 50% et 75%. Néanmoins, il paraît  
difficile que de telles annulations de dette puissent avoir lieu de manière  
spontanée et décentralisée car la dette des entreprises les plus fragiles  
semble être disséminée au sein du secteur bancaire.  
Quel serait le coût pour les finances publiques ?  
Evaluer le coût de la création d’un organisme de défaisance dépend de  
nombreux facteurs dont l’origine des fonds et la décote pour le rachat  
des créances douteuses.  
La solution la plus efficace consisterait à créer un organisme de  
défaisance centralisé. Toutes les créances douteuses des banques  
seraient regroupées au sein d’une même entité juridique ad hoc, ce qui  
permettrait de pallier le problème de la dispersion des créances d’une  
même entreprise auprès de plusieurs établissements bancaires. Par  
ailleurs, une telle solution permettrait aux banques de se concentrer sur  
leurs activités de crédit plutôt que sur le recouvrement de créances. La  
recapitalisation de certaines banques resterait néanmoins  
indispensable pour leur permettre de consolider leurs bilans, respecter  
les normes réglementaires internationales d’ici 2019 et reprendre leurs  
activités de crédit.  
Pour estimer le coût maximal pour le gouvernement, nous supposons  
qu’il prendra à sa charge l’intégralité du rachat des créances douteuses  
des banques publiques. Sur la base d’un montant de créances  
stressées définies par le ministère des Finances (USD 170 mds pour  
les banques publiques) et un taux de perte compris entre 60% et 70%,  
selon le type de scénario retenu, on estime alors que le coût de rachat  
des créances douteuses des banques publiques avec une décote  
comprise entre 30% et 40% serait de l’ordre de USD 51 mds à USD 68  
mds, soit l’équivalent de 2,3% à 3,0% du PIB. Néanmoins, le ministère  
des Finances considère que, même dans le cas de la création d’un  
organisme de défaisance, du capital supplémentaire devra être injecté  
dans les banques publiques.  
1
3
La profitabilité des banques publiques a fortement diminué. En septembre 2016, les  
ROA et ROE des banques publiques étaient négatifs.  
Economic Survey 2016-2017  
14  
9
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
Encadré  
Mesures d’assainissement des bilans bancaires prises par les autorités monétaires indiennes depuis juin 2014  
Juin 2014 : La première mesure prise par les autorités monétaires (« 5/25 ») pour faire face à la montée des risques de crédit a consisté à donner  
du temps aux emprunteurs pour tenir leurs engagements. Les autorités étant convaincues que les difficultés des entreprises seraient temporaires,  
elles ont autorisé les banques à allonger la durée des emprunts à vingt-cinq ans avec un ajustement des taux d’intérêt tous les cinq ans. Cette  
mesure permettait aussi de réduire le coût de provisionnement pour les banques. Mais les difficultés des entreprises se sont accentuées (baisse  
des prix des matières premières et ajournement dans les projets d’infrastructure).  
Août 2014 : Dans le même temps, la banque centrale a autorisé la création d’organismes privés de défaisance, les Asset Reconstruction  
Companies (ARC), dont la fonction était de racheter les créances douteuses aux banques commerciales. Par ailleurs, le gouvernement a autorisé  
une prise de participation de 100% des investisseurs étrangers. Mais au cours des deux dernières années les banques n’ont vendu que 5% de leurs  
créances douteuses car la décote qu’elles acceptaient sur la valeur des crédits était jugée trop insuffisante aux yeux des acheteurs.  
Juin 2015 : Face à la hausse des risques de crédit, la banque centrale a mis en place un programme de restructuration de dette (Strategic Debt  
Restructuring), autorisant un consortium de banques à convertir la totalité ou une partie des dettes des entreprises en actions de telle sorte que les  
créanciers détiennent la majorité et puissent ainsi prendre le contrôle des entreprises en défaut de paiement. Néanmoins, les entreprises ont, pour  
la plupart, refusé la conversion de leur dette en actions dans de telles conditions. Par conséquent, les restructurations de dette dans ce cadre ont  
été limitées.  
Octobre 2015 : Une vaste revue du portefeuille bancaire est entreprise (Asset Quality Review) afin de contraindre les banques à requalifier les prêts  
restructurés en créances douteuses et de provisionner suffisamment leurs créances à risque. Celles-ci ont jusqu’au 31 mars 2017 pour passer en  
revue l’intégralité de leur portefeuille et augmenter leurs provisions à hauteur des créances douteuses ainsi redéfinies.  
Mai 2016 : la loi sur les faillites est adoptée. Cette loi sur le processus réglementaire encadrant les recouvrements de dette devrait  
considérablement alléger le processus de restructuration de dette en faveur des banques. Actuellement, le taux de recouvrement n’est que de  
25,7% en Inde alors qu’il atteint 31,2% en Indonésie et 81,3% en Malaisie. Par ailleurs, il faut en moyenne 4,3 ans aux banques indiennes pour  
résoudre un défaut de paiement alors qu’il ne faut que 1,9 an en Indonésie et 1 an en Malaisie. L’objectif des autorités monétaires est de réduire ce  
délai à 180 jours.  
Juin 2016 : Le programme de restructuration de dette mis en place un an plus tôt est modifié. Un nouveau programme s’y substitue : Scheme for  
Sustainable Structuring of Stressed Assets (S4A). Les banques ont désormais la possibilité de distinguer la partie recouvrable de la partie non  
recouvrable de leur créance. Les dettes éligibles à ce nouveau programme sont celles dont la partie estimée comme étant recouvrable est  
supérieure ou égale à 50% de la créance. Le montant de la créance qui pourrait être recouvrée doit être estimé par une agence indépendante. La  
partie non recouvrable de la dette peut alors être transformée en actions ou actions privilégiées. Dans le cadre de ce nouveau programme, les  
banques ne devront provisionner que 20% de l’encours total ou 40% de la partie non recouvrable de la créance. Par ailleurs, contrairement à ce qui  
prévalait dans le programme de restructuration précédent, dans le cadre du S4A les banques n’auront aucun droit de regard sur la gestion de  
l’entreprise.  
Selon l’agence de notation Fitch, quelle que soit la méthode retenue, le Ainsi, même si le gouvernement indien semble aujourd’hui peu enclin à  
coût devrait être proche de USD 90 mds dont USD 75 mds pour les accroître ses dépenses en faveur des banques publiques, il pourrait y  
seules banques publiques (soit 3,4% du PIB). Créer une structure être contraint au vu de la détérioration de leur situation. Le coût  
dedéfaisance ne permettrait donc pas d’alléger le coût à la charge du d’assainissement du secteur bancaire en général et des seules  
gouvernement par rapport à une « simple » recapitalisation à moins que banques publiques en particulier pourrait être supporté par le pays,  
la structure ad hoc soit financée par des capitaux privés.  
même si les finances publiques restent fragiles. Sur l’exercice  
1
0
Conjoncture // Avril 2017  
economic-research.bnpparibas.com  
budgétaire 2016/2017 achevé au 31 mars 2017, on estime le déficit du points de moins qu’il y a cinq ans. Cette diminution reflète en partie la  
gouvernement et de l’ensemble des administrations à 6,5% du PIB et la stratégie de désendettement des entreprises mais aussi les difficultés  
dette publique à près de 69% du PIB. Néanmoins, quelle que soit la croissantes des banques publiques.  
solution adoptée par les autorités, supporter l’intégralité du coût  
d’assainissement des banques publiques, fragiliserait la consolidation Pour parvenir à relancer le crédit bancaire et ainsi soutenir les  
budgétaire en cours.  
investissements privés, les autorités monétaires doivent impérativement  
parvenir à assainir les bilans des banques publiques. Mais, à ce jour,  
les mesures prises par les autorités restent insuffisantes. La question  
de la création d’un organisme de défaisance public se pose mais elle  
pourrait mettre à mal la consolidation des finances publiques. Par  
ailleurs, l’assainissement durable des bilans bancaires nécessite  
impérativement d’améliorer la gouvernance au sein des banques  
publiques.  
Conclusion  
La forte augmentation de la dette des entreprises et la détérioration de  
leur situation financière ont été à l’origine d’une très forte augmentation  
des créances douteuses concentrées dans les banques publiques. A ce  
jour, la forte hausse des risques de crédit concerne principalement les  
banques publiques qui bénéficient d’un vaste soutien de la part du  
gouvernement. Néanmoins, la distribution du crédit a sensiblement  
ralenti et les investissements peinent à redémarrer. Le crédit aux  
entreprises s’élevait à seulement 34,3% du PIB fin 2016, soit cinq