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Irlande  
Indicateurs au vert  
En quasi faillite il y a six ans, l’Irlande enregistre un  
redressement spectaculaire de sa situation économique.  
Elle emprunte désormais aux mêmes taux que la France  
sur les marchés.  
A l’horizon 2017-2018, les perspectives restent bonnes,  
en dépit de la menace constituée par le Brexit.  
Très dépendante des décisions d’implantation des  
Spread souverain de l’Irlande  
12%  
12-mai  
10%  
8%  
6%  
4%  
grands groupes, l’amélioration de la situation budgétaire de  
l’île revêt toutefois une part d’aléa pointée du doigt par la  
Commission européenne.  
2%  
0.46%  
0%  
2
008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Si le risque de crédit recule, la conjoncture irlandaise  
Graphique  
Source : Thomson Reuters  
reste sensible aux variations de taux d’intérêt.  
Fin du système « Double Irish »  
er  
Depuis 2013 et sa sortie réussie du programme d’aide financière  
internationale, l’Irlande enchaîne les bonnes performances  
économiques (croissance forte, réduction des déficits, recul du  
chômage...). Le risque attaché à sa dette a considérablement baissé,  
ce dont témoigne le niveau désormais faible du spread souverain  
Depuis le 1 janvier 2015, les filiales de grands groupes enregistrées  
en Irlande n’ont plus la possibilité de transférer fiscalement tout ou  
partie de leurs recettes dans d’autres territoires (comme, par  
exemple, les Bahamas), un système connu sous le nom de « Double  
Irish ». En outre, la directive européenne « pays par pays », adoptée  
suite à l’initiative BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) de l’OCDE,  
exige des multinationales qu’elles identifient chaque entité exerçant  
dans une juridiction fiscale particulière, en précisant la nature de ses  
activités (capital social, nombre d'employés, actifs corporels, chiffres  
d’affaire, bénéfices ou pertes avant impôts, etc.). En conséquence  
de quoi, plusieurs groupes ont décidé de relocaliser tout ou partie de  
leurs recettes en Irlande, où l’impôt sur les sociétés, bien que non  
nul, est faible en regard de la moyenne européenne.  
(
graphique). La capacité de l’île à honorer ses engagements auprès  
1
des créanciers officiels n’est plus un sujet aux yeux de la  
Commission européenne (CE), plutôt bienveillante à l’occasion de  
son dernier examen de suivi post-programme (PPSR, novembre  
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016).  
«
Miracle » budgétaire  
L’Irlande semble, de fait, revenue sur les bons rails. La croissance  
de son PIB, l’une des plus rapides au sein de l’Union européenne  
Encadré  
Source : Commission européenne  
(
UE), devrait dépasser 3% en 2017 comme en 2018. Le Brexit  
publics. Le PPSR indique notamment que « compte tenu de la part  
désormais significative de [l’impôt sur les sociétés] dans les recettes  
fiscales et de sa nature intrinsèquement volatile […] il est important  
de déterminer […] la durabilité du flux soutenu de recettes »  
représente, certes, une menace, eu égard au poids du Royaume-Uni  
dans les échanges (15% du total). Mais il recèle aussi des  
opportunités, comme celle de voir se redéployer vers Dublin des  
investissements directs étrangers.  
Recul du risque de crédit  
Ces derniers ont, de tout temps, été au cœur de la dynamique  
économique de l’Irlande, fiscalement attractive (taux d’imposition sur  
les sociétés limité à 12,5%). En 2015 ils ont explosé, des filiales de  
grands groupes internationaux choisissant de localiser tout ou partie  
de leurs activités dans l’île (voir encadré). Le PIB, qui obéit au  
principe de résidence, a gonflé d’autant (+26% sur une seule année),  
ce qui a évidemment eu des conséquences favorables pour le  
budget (le produit de l’IS, principale source de recette fiscale, a bondi  
de 49%). Le ratio d’endettement public a chuté, de 105% du PIB en  
Principal sujet de préoccupation durant la crise, le risque de crédit  
recule, lentement. Les banques ont renforcé leurs fonds propres -  
leur ratio Core Equity Tier One (CET1) s’établissait à 15 % en  
moyenne vers la fin du mois de septembre 2016 - tandis que le ratio  
des prêts non performants diminue.  
Proche de 9% fin 2016, ce dernier reste toutefois très supérieur à la  
moyenne européenne. Malgré les mesures adoptées par les  
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autorités , la résorption du stock de prêts hypothécaires improductifs  
2
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014 à 78% du PIB en 2015 ; en 2018, il devrait se rapprocher de  
0% du PIB.  
prend du temps, un point soulevé par le FMI dans sa dernière  
évaluation de la stabilité du système financier (ESSF, juillet 2016).  
Enfin, le taux de défaut sur les prêts aux PME reste élevé, ce qui aux  
yeux de la Commission rend l’Irlande particulièrement sensible au  
risque de remontée des taux d’intérêt.  
Un tel « miracle » budgétaire a son revers : il ne se produit qu’une  
fois. Bien que satisfaite des progrès accomplis, la Commission  
relève ainsi la fragilité du processus de redressement des comptes  
1
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Le FMI a été pratiquement remboursé (EUR 4 mds restent dû entre 2021 et 2023,  
Telles la fixation d’objectifs pour le règlement des arriérés hypothécaires ou  
sur un prêt total de EUR 22,5 mds) ; la prochaine échéance (EUR 4 mds) est en 2018  
concerne le Mécanisme européen de stabilité (MES).  
Mortgage Arrears Resolution Targets, pour les banques, ou la loi sur la faillite  
personnelle (Personal Insolvency Act).  
economic-research.bnpparibas.com  
Jean-Luc Proutat  
19 mai 2017 - 17-20  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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