Conjoncture

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Conjoncture // Avril 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
A court terme, le principal risque pour l’économie est le durcissement de la politique monétaire américaine qui pourrait générer des  
tensions à la baisse sur la roupie. A moyen terme, c’est celui que l’Indonésie reste durablement un pays à revenus intermédiaires  
(
« middle income trap »). Le premier risque est a priori modéré. En effet, les fondamentaux macroéconomiques se sont consolidés au  
cours des cinq dernières années et la vulnérabilité extérieure, notamment, a sensiblement diminué. Le second risque est plus élevé.  
Pour devenir un pays à « revenus supérieurs », l’Indonésie doit suivre le modèle coréen en développant son secteur manufacturier. Or,  
les déficiences en infrastructures et le faible niveau de qualification de la population sont autant de facteurs qui pèsent sur son  
développement et sur son intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Néanmoins, depuis l’arrivée du président Widodo au  
pouvoir en 2014, de nombreuses réformes ont été entreprises. Sa réélection en 2019 permettrait de poursuivre dans cette voie.  
Depuis l’arrivée de Joko Widodo au pouvoir en 2014, la situation  
macroéconomique de l’Indonésie s’est consolidée, et ce en dépit du  
ralentissement de la croissance. Les déséquilibres macroéconomiques  
se sont réduits, la vulnérabilité extérieure du pays a sensiblement  
diminué et l’environnement des affaires s’est amélioré grâce aux  
réformes importantes mises en place par le gouvernement. Ainsi,  
l’Indonésie est aujourd’hui moins exposée aux risques induits par le  
durcissement de la politique monétaire américaine qu’en 2013. A  
l’époque, la simple perspective d’une hausse des taux directeurs  
américains avait provoqué une dépréciation de plus de 20% de la  
roupie face au dollar en dépit des interventions de la Banque centrale  
indonésienne pour stabiliser le cours de sa monnaie. Depuis 2015,  
l’Indonésie a fait preuve d’une bonne résistance à l’environnement  
Depuis 2015, l’Indonésie a fait la preuve de sa résistance à  
l’environnement économique et financier international. Ses  
fondamentaux macroéconomiques et son environnement des affaires  
se sont améliorés. Pour saluer ces bons résultats, les agences de  
notation Standard & Poor’s et Fitch ont amélioré la note du souverain  
indonésien respectivement en mai 2017 et février 2018. Ainsi, même si  
l’Indonésie reste exposée à l’environnement extérieur, elle est  
aujourd’hui moins vulnérable qu’il y a cinq ans à une hausse de  
économique et financier international.  
l’aversion pour le risque des investisseurs étrangers.  
Cependant, à moyen terme, l’Indonésie est sujette à un autre risque :  
celui de vieillir avant d’être parvenue à s’enrichir (i.e. un pays tombé  
dans le piège des économies à revenus intermédiaires ou middle  
income trap), ce qui aurait alors des conséquences néfastes sur ses Au cours des cinq dernières années, le déficit budgétaire est resté  
finances publiques. En effet, aujourd’hui, en dépit d’un avantage contenu bien en deçà du plafond fixé par les autorités à 3% du PIB.  
démographique certain, ses perspectives de croissance à moyen terme D’après les premières estimations du ministère des Finances, en 2017 il  
restent modestes, en particulier au regard du niveau de développement atteignait seulement 2,5% alors même que les recettes (rapportées au  
du pays. Avec un PIB par habitant estimé à 3700 dollars US en 2017, PIB) ont diminué (12,3% alors qu’elles atteignaient 15,5% cinq ans plus  
l’Indonésie fait toujours partie des pays dits à « revenus intermédiaires tôt). A titre de comparaison, dans les autres pays de l’ASEAN elles  
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faibles ». Or, pour devenir un pays à « revenus supérieurs », elle doit étaient comprises entre 16,3% du PIB (en Malaisie) et plus de 23% du  
suivre le modèle de croissance adopté par d’autres pays d’Asie, comme PIB (au Vietnam).  
la Corée du Sud, en développant significativement son secteur  
La maîtrise du déficit budgétaire a donc été permise par une baisse  
manufacturier. Or, à ce jour, la contribution de l’industrie manufacturière  
continue des dépenses qui n’atteignaient que 14,7% du PIB en 2017  
à la croissance indonésienne reste faible et tend même à diminuer. Ce  
(
contre 17,3% en 2012). Cependant, le gouvernement est parvenu à  
résultat reflète la faible compétitivité de l’Indonésie par rapport aux  
autres pays de l’ASEAN. En effet, le faible niveau de qualification de la  
population active, les déficiences en infrastructures et la règlementation  
pèsent sur la compétitivité et l’attractivité de l’Indonésie. Pour pallier ces  
contraintes, le gouvernement du président Joko Widodo a entrepris  
d’importantes réformes depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Sa  
réélection en avril 2019 permettrait de poursuivre dans cette voie.  
optimiser la structure de ses dépenses. Il a réduit la part des dépenses  
«
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investissements en infrastructures. De plus, pour lutter contre la  
pauvreté, il a augmenté la part des fonds transférés aux régions afin  
non productives » (notamment celle des subventions à partir de  
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014 ) de plus de 6 points de pourcentage du PIB pour accroître ses  
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En 2017, les recettes budgétaires sont estimées à 21,9% du PIB en Thaïlande,  
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9,5% du PIB aux Philippines selon le FMI.  
Les subventions ne s’élevaient plus qu’à 1,3% du PIB en 2017 alors qu’elles  
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atteignaient 3,8% du PIB en 2014.  
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que les gouvernements locaux puissent cibler plus efficacement les hausse des taux directeurs américains avait généré une forte défiance  
mesures d’aide.  
vis-à-vis des pays émergents en général et de l’Indonésie en particulier.  
Les sorties de capitaux avaient alors entraîné une dépréciation de la  
roupie face au dollar de plus de 20% sur l’année. Dans le même temps,  
les taux d’intérêt sur les obligations indonésiennes avaient augmenté de  
plus de 330 points de base.  
Dans le même temps, pour compenser la forte baisse des recettes  
tirées des activités pétrole et gaz (-2,8 points de pourcentage du PIB  
sur la période 2012-2016) induite par la baisse des prix du pétrole, le  
gouvernement a mis en place une amnistie sur les revenus rapatriés de  
l’étranger qui a permis de générer l’équivalent de 1,1% de PIB de  
revenus supplémentaires entre juillet 2016 et mars 2017. La question  
est aujourd’hui de savoir si cela aura des effets positifs sur la collecte  
des recettes au-delà de cet effet de « régularisation ».  
Indonésie : besoins de financement à court terme et réserves de change  
Réserves de change/besoins de financement  
Solde courant  
USD Mds  
3
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Indonésie : finances publiques  
Dette à court terme par maturité  
%
PIB  
2
1
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0
5
0
5
0
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Revenus  
Dépenses  
Solde budgétaire  
0
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Graphique 2  
Source : CEIC  
La vulnérabilité extérieure du pays a sensiblement diminué depuis le  
deuxième trimestre 2014 grâce à la forte baisse du déficit courant qui  
était contenu à 1,7% du PIB en 2017 contre 3,1% du PIB en 2013. En  
février 2018, les réserves de change couvraient 1,8 fois les besoins à  
-
2010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Graphique 1  
Sources : MoF, CEIC  
Grâce à sa discipline budgétaire, l’Indonésie est l’un des pays d’Asie les court terme du pays (définis par la somme du déficit courant et des  
moins endettés. En 2017, la dette du gouvernement était estimée à remboursements de dette à horizon d’un an), alors qu’elles étaient juste  
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8,5% du PIB. Néanmoins, sa structure n’est pas sans risque. Elle est suffisantes pour y faire face en 2013. Les autorités monétaires ont donc  
particulièrement exposée aux chocs de change et de taux d’intérêt. En davantage de marges de manœuvre pour intervenir sur les marchés  
effet, elle est constituée à 80% de titres de dette dont les coûts de des changes afin de stabiliser le cours de leur monnaie.  
financement sont très volatils. Par ailleurs, elle est détenue à près de  
Par ailleurs, la structure de la balance des paiements s’est améliorée.  
Depuis 2015, les investissements directs étrangers entrants (2,2% du  
PIB en 2017) suffisent à couvrir le déficit de la balance courante.  
60% par des créanciers étrangers, ce qui peut constituer un risque  
important de refinancement en cas de défiance vis-à-vis des pays  
émergents. Néanmoins, 72% de la dette détenue par les investisseurs  
étrangers a une maturité supérieure à cinq ans. En revanche, la forte Néanmoins, l’Indonésie reste vulnérable à l’environnement international.  
exposition aux investisseurs étrangers fait peser un risque sur la Sa balance commerciale est tributaire de l’évolution du prix des  
liquidité en devises en cas de retrait de ces derniers du marché de la matières premières qui affecte à la fois la valeur des importations et  
dette en monnaie domestique. De plus, la dette du gouvernement est celle des exportations. Importateur net de pétrole, l’Indonésie a  
libellée à 41% en devises, ce qui implique un risque de revalorisation bénéficié de la baisse des cours mondiaux jusqu’au deuxième trimestre  
mécanique de la dette en cas de dépréciation du taux de change.  
2017 (sa facture pétrolière a baissé de près de 3 points de pourcentage  
du PIB). De plus, s’agissant d’un important exportateur net de matières  
premières autres que le pétrole et le gaz (44% de ses exportations en  
Néanmoins, les autorités monétaires indonésiennes, conscientes de  
ces risques, ont fait de la stabilisation de la roupie l’un de leurs  
principaux objectifs de politique monétaire. Ainsi, depuis 2015, le cours  
de change de la monnaie est resté relativement stable contre  
l’ensemble des devises des principaux partenaires commerciaux du  
pays (la roupie s’est appréciée de 0,3% contre le dollar US).  
2017), ses recettes dépendent notamment de l’évolution des prix du  
charbon, de l’huile de palme et du caoutchouc. A court et moyen terme,  
le déficit de la balance des paiements courants devrait légèrement se  
creuser compte tenu de la hausse des prix du pétrole et de la reprise de  
la consommation des ménages dans un contexte pré-électoral.  
En effet, l’Indonésie importe l’essentiel de ses biens d’équipement en  
raison du faible niveau de développement de son industrie  
manufacturière. Néanmoins, les investissements directs étrangers (IDE)  
devraient rester suffisants pour couvrir le déficit courant.  
L’Indonésie est aujourd’hui moins vulnérable aux changements de  
politique monétaire américaine et aux sorties de capitaux qu’elle ne  
l’était en 2013 ou en 2015. En effet, en 2013, la « perspective » d’une  
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Indonésie : balance des paiements  
millions de dollars ; trois autres entreprises publiques prévoient de faire  
de même en 2018 .  
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Autres investissements nets  
Investissements nets de portefeuille  
IDE nets  
Solde courant  
Solde courant + IDE nets  
%
du PIB  
6
4
2
0
2
4
6
L’environnement des affaires s’est sensiblement amélioré au cours des  
cinq dernières années, tant en termes de qualité de la gouvernance que  
de facilité à faire des affaires (« doing business »), même si le pays  
reste assez mal classé, derrière la Malaisie notamment.  
e
En termes de gouvernance, l’Indonésie était classée 113 sur 211 pays  
-
-
-
en 2017 devant l’Inde, les Philippines et la Thaïlande, soit 24 places de  
mieux qu’il y a cinq ans. Le respect de l’état de droit reste l’une des  
principales faiblesses du pays.  
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012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
Source : CEIC  
En termes de « facilités à faire des affaires » le pays était classé 72e  
parmi 190 pays en 2017, gagnant ainsi 44 places en cinq ans.  
Néanmoins, le pays reste classé derrière les autres pays de l’ASEAN à  
l’exception des Philippines.  
Graphique 3  
Le risque de sorties de capitaux constitue la principale source de  
vulnérabilité extérieure de l’Indonésie. En effet, même si les flux  
d’investissements de portefeuille ont diminué de 0,2 point de  
pourcentage depuis 2014, ils s’élevaient encore à 2,4% du PIB en 2017,  
ce qui représentait 49% des entrées de capitaux dans le pays. En  
termes de stock, les investissements de portefeuille constituaient 70,7%  
du passif net de l’Indonésie vis-à-vis des non-résidents (24% du PIB),  
reflet de la détention par les investisseurs étrangers des titres de dette  
du gouvernement à hauteur de 6,2% du PIB (41% des titres  
échangeables du gouvernement) et d’actions (10,5% du PIB).  
D’importantes sorties de capitaux (comme ce fut le cas en 2013 et en  
Indonésie : indicateurs de gouvernance, amélioration depuis 2011  
2011 2016  
Voix et  
responsabilisation  
0
.5  
Contrôle de la  
corruption -0.5  
0
Stabilité politique  
-1  
Efficacité du  
gouvernement  
Respect de la loi  
2015) conduiraient à des tensions à la baisse sur la roupie.  
Qualité de la  
réglementation  
Néanmoins, la structure de la dette extérieure s’est légèrement  
consolidée depuis 2015. En premier lieu, la dette privée ne s’élève plus  
qu’à 16,9% du PIB en 2017 contre 19,5% en 2015. En second lieu, le  
risque de refinancement a diminué. Seulement 15,5% de la dette a une  
maturité inférieure à un an, soit cinq points de pourcentage de moins  
qu’en 2015. En troisième lieu, grâce à la hausse des réserves de  
change et à la baisse de la dette à court terme, les réserves de change  
couvrent désormais 2,3 fois la dette remboursable à horizon des douze  
prochains mois contre seulement 1,8 fois en 2015. Enfin, la part de la  
dette extérieure libellée en devises, même si elle reste très élevée, a  
diminué de 5 points de pourcentage pour s’élever à 80% de la dette  
extérieure, soit l’équivalent de 27,8% du PIB. Par ailleurs, pour réduire  
le risque de revalorisation de la dette extérieure privée, les autorités  
monétaires indonésiennes ont adopté d’importantes réglementations à  
partir de 2015 (renforcées en 2016) afin de contraindre les entreprises à  
L'indicateur varie entre -2.5 (mauvais) et 2.5 (bon) pour rendre compte  
de la qualité de la gouvernance.  
Graphique 4A  
Source : Banque mondiale  
ASEAN-5 : indicateurs de gouvernance  
Indonésie  
Malaisie  
Philippines  
Thaïlande  
Vietnam  
Voix et  
responsabilisation  
2
1
0
Contrôle de la  
corruption  
Stabilité politique  
-
1
Efficacité du  
gouvernement  
Respect de la loi  
3
couvrir leurs positions de change . Dans le même temps, pour réduire  
le risque de change les entreprises publiques ont commencé à émettre  
des obligations libellées en roupie sur le London Stock Exchange,  
Qualité de la  
réglementation  
(
appelées « komodo bonds »). En 2017, deux obligations ont été  
L'indicateur varie entre -2.5 (mauvais) et 2.5 (bon) pour rendre compte  
de la qualité de la gouvernance.  
émises par Wijaka Karya et Jasa Marga pour une valeur totale de 700  
Graphique 4B  
Source : Banque mondiale  
3
Seules les entreprises notées BB- peuvent émettre de la dette en devises. De  
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plus, leur ratio de liquidité (défini par le rapport entre l’actif et le passif en  
devises à court terme) doit être de 70% minimum. Par ailleurs, elles doivent  
couvrir 25% de leurs positions nettes en devises auprès d’une banque  
indonésienne.  
A ce jour, le montant total des émissions de komodo bonds s’élève à  
USD 2,7 mds. L’Indonésie a profité du fait que des organismes supranationaux,  
tels la BERD ou l’Agence Inter-américaine pour le Développement, ont  
commencé à émettre ce type d’obligations depuis 2007.  
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ASIE : facilité à faire des affaires  
La décélération de la croissance reflète à la fois la baisse de la qualité  
et celle de la quantité de travail. En effet, alors que le taux de chômage  
a atteint un point bas à 5,3% en 2017, la part des emplois précaires  
Inde  
Philippines  
Chine  
Malaisie  
Indonésie  
Vietnam  
Thaïlande  
(
notamment dans le secteur informel) atteignait toujours plus de 57%  
Facilité de faire des  
affaires  
Règlement de 200  
selon l’Organisation internationale du travail. Par ailleurs, le manque de  
travailleurs qualifiés pèse sur la mobilité des secteurs les moins  
productifs vers les secteurs les plus productifs. L’industrie  
manufacturière, secteur créateur d’emplois à niveau de productivité  
élevée, n’a pas pu absorber les destructions d’emplois dans l’agriculture.  
En cinq ans, ce sont moins de 3 millions d’emplois qui ont été créés  
dans l’industrie, soit 2,4 fois moins que dans les services. Ainsi, la part  
Création d'entreprise  
l'insolvabilité  
1
50  
00  
Obtention d'un permis de  
conduire  
1
Exécution des contrats  
50  
0
Raccordement à  
l'électricité  
Commerce transfrontalier  
Paiement des taxes et  
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de l’emploi dans le secteur secondaire est restée relativement stable  
Transfert de propriété  
(21,1% en 2017) alors qu’elle a sensiblement augmenté dans le tertiaire  
(48% de l’emploi), ce qui pèse sur la croissance de la productivité du  
travail.  
impôts  
Protection des  
Obtention de prêts  
investisseurs minoritaires  
Graphique 4C  
Source : Banque mondiale  
Indonésie : répartition de l'emploi par principaux secteurs  
e
Enfin, en termes de compétitivité, l’Indonésie était classée 36 sur 137  
pays en 2017, ce qui représente un gain de 14 places en cinq ans qui  
résulte principalement d’une nette amélioration de la qualité des  
infrastructures. La qualité de l’éducation, l’efficacité du marché du  
travail et la maturité technologique restent les principaux facteurs qui  
pèsent sur la compétitivité du pays et expliquent son retard par rapport  
à la Malaisie et à la Thaïlande notamment.  
%
Agriculture  
Industrie manufacturière  
Services  
50  
45  
40  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
2005  
2010  
2015  
2017  
Sources : MoF, CEIC  
Graphique 5  
En dépit d’une amélioration des grands équilibres macroéconomiques  
et de l’environnement des affaires, la croissance économique est restée  
quelque peu décevante. En 2017, elle était de 5,1%, soit un rythme bien  
en deçà de l’objectif de 7% fixé par le président Widodo lors de son  
arrivée au pouvoir en 2014. Par ailleurs, les perspectives de croissance  
restent modestes.  
Dans le même temps, la contribution du capital à la croissance a baissé  
de 0,3 point de pourcentage. Alors que les dépenses d’infrastructure  
ont fortement augmenté, les investissements en biens d’équipement ont  
fortement décéléré, notamment ceux à forte intensité technologique.  
Enfin, la croissance de la PGF (i.e les gains de productivité générés par  
une meilleure combinaison des facteurs de production et/ou du progrès  
technique) a baissé de 0,2 point de pourcentage pour n’atteindre que  
0
,4% sur la période 2013-2017 alors qu’elle s’établissait à 1,6% aux  
Sur la période 2013-2017, la croissance a atteint 5,1% en moyenne  
alors qu’elle s’établissait à 6,0% sur la période 2008-2012. Ce  
ralentissement s’explique par la baisse de la contribution du travail et du  
capital mais aussi par des gains de productivité globale des facteurs de  
production (PGF) plus faibles que dans les autres pays de l’ASEAN.  
L’Indonésie ne crée pas suffisamment d’emplois de qualité et n’investit  
pas suffisamment dans des technologies avancées.  
Philippines, 1,2% en Thaïlande, 1,4% au Vietnam et 1,6% en Inde.  
Décomposition de la croissance en Indonésie  
1
991-97 2000-07 2008-12 2013-17  
Croissance du PIB  
7,3  
1,1  
0,9  
5,1  
0,2  
4,9  
1,2  
0,5  
2,5  
0,8  
6,0  
0,9  
0,8  
3,4  
0,9  
5,0  
0,7  
0,7  
3,1  
0,4  
Contribution de la quantité de travail  
Contribution de la qualité du travail  
Contribution du capital  
La décomposition de la croissance par le Conference Board montre  
qu’au cours des cinq dernières années, la croissance de la productivité  
horaire du travail a décéléré de 0,6 point de pourcentage pour s’établir  
à +3,6% sur la période 2013-2017 soit 0,5 point de pourcentage de  
moins qu’en Thaïlande dont le niveau de développement est pourtant  
supérieur à celui de l’Indonésie.  
Croissance de la PGF  
Tableau 1  
Source : Conference Board  
5
Industrie manufacturière, construction, distribution de l’eau, gaz et de l’électricité. En  
017, la part de l’emploi dans l’industrie manufacturière n’était que de 14%.  
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Conjoncture // Avril 2018  
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La croissance dans le secteur manufacturier ne suffit pas à  
générer une forte hausse de l’emploi productif  
Depuis 2015, la contribution du secteur manufacturier à la croissance  
économique a diminué. En 2017, elle était inférieure à 20%, soit trois  
points de moins qu’en 2013.  
L’Indonésie bénéficie d’un avantage démographique important par  
rapport aux autres pays de la zone Asie du Sud-Est. Néanmoins, ses  
perspectives de croissance restent bridées. Pour tirer profit de son atout  
démographique, le gouvernement doit développer son industrie  
manufacturière. Cela nécessite d’agir simultanément sur le travail, le  
capital et la réglementation.  
La compétitivité dans l’industrie manufacturière est faible  
La perte de compétitivité des produits indonésiens au cours des quinze  
dernières années explique la décélération de la croissance dans  
l’industrie manufacturière. Même si tous produits confondus, ses parts  
de marché mondiales sont restées relativement stables sur la période  
1
995-2016, elles ont baissé de 0,2 point de pourcentage pour les  
L’Indonésie bénéficie d’un avantage non négligeable : sa  
population active  
produits manufacturés, jusqu’à atteindre 0,6% en 2016.  
Néanmoins, la situation varie selon la nature des produits exportés. Les  
parts de marché ont augmenté pour les produits manufacturés à faible  
valeur ajoutée (en termes d’intensité technologique), alors qu’elles sont  
restées stables pour les produits à valeur ajoutée intermédiaire et ont  
baissé pour les biens à forte valeur ajoutée. L’Indonésie a subi la  
concurrence des autres pays d’Asie, notamment le Vietnam dont les  
parts de marché ont fortement augmenté pour les produits à faible  
valeur ajoutée.  
En 2017, l’Office national des statistiques indonésien estimait la  
population en âge de travailler à 192 millions, ce qui représente plus de  
73% de la population. Selon les estimations de l’ONU, l’Indonésie est,  
avec les Philippines, le Laos et le Cambodge, l’un des pays d’Asie du  
Sud-Est dont la part de la population active devrait continuer à croître  
jusqu’en 2030. Le FMI estime que la hausse de la population active  
indonésienne devrait générer une augmentation du PIB réel de l’ordre  
de 1 point de pourcentage par an sur la période 2020-2050.  
En 2016, les avantages comparatifs révélés (RCA) de l’Indonésie 6  
restaient concentrés dans les produits primaires (produits agricoles,  
métaux, énergies fossiles) et les produits manufacturés à faible  
intensité technologique et à forte utilisation de main-d’œuvre comme le  
secteur textile. Néanmoins, même si le pays n’a pas encore  
d’avantages comparatifs dans les produits à plus forte intensité  
technologique, on observe une hausse de leurs poids dans les  
exportations (comme pour la vente d’automobiles).  
Par conséquent, pour que le pays parvienne à générer des gains de  
productivité élevés afin d’accroître son revenu par habitant, il doit  
impérativement développer l’emploi dans l’industrie manufacturière. En  
effet, l’Organisation internationale du travail (OIT) a estimé qu’en 2016  
la productivité atteignait 14 282 dollars US dans ce secteur alors qu’elle  
ne s’élevait qu’à 8 079 dollars US dans les services. Or, en 2017, le  
secteur manufacturier n’employait que 14,1% des travailleurs, soit  
seulement 0,2 point de pourcentage de plus qu’il y a cinq ans, alors que  
la part de l’emploi dans les services avait augmenté de près de cinq  
points de pourcentage sur la même période pour s’élever à plus de 48%.  
La faiblesse des créations d’emplois dans le secteur manufacturier  
s’explique principalement par la faible croissance dans ce secteur.  
L’OIT estime l’élasticité de l’emploi à la croissance à 0,77 dans  
l’industrie, 0,57 dans les services et 0,02 dans l’agriculture.  
Avantages comparatifs révélés (RCA), un indicateur supérieur à 1 indique  
l'avantage comparatif de l'Indonésie dans cette catégorie de produits  
Produits primaires  
Produits manuf à faible VA (textile)  
Produits manuf à faible VA (autres produits)  
Produits manuf à faible VA (automobile)  
3.0  
2.5  
2.0  
Produits manuf à VA intermédiaire (transformés)  
Produits manuf à VA intermédiaire (ingénierie)  
Produits manuf à VA élevée (produits électriques et électroniques)  
Produits technologiques à VA élevée (autres)  
Indonésie : contributions à la croissance économique  
des principaux secteurs d'activité  
%
Agriculture  
Industrie manufacturière  
Services  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015  
Graphique 7  
Sources : UNComtrade database, estimations BNP Paribas  
6
La notion d’avantage comparatif révélé a été introduite par Balassa (1965). Un  
pays i a un avantage comparatif dans un produit j si le ratio suivant est  
supérieur à 1 RCAij = (xij/Xit) / (xwj/Xwt).  
2005  
2010  
2015  
2017  
Graphique 6  
Sources : MoF, CEIC  
où xij et xwj sont respectivement les exportations de produit j par le pays i et par  
le monde ; et où Xit et Xwt sont les exportations totales du pays i et du monde.  
1
6
Conjoncture // Avril 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
A titre de comparaison, la Chine, la Thaïlande, la Malaisie, les  
Philippines et le Vietnam ont des avantages comparatifs dans les  
produits à forte intensité technologique.  
Indonésie : répartition de la population active par diplôme (2017)  
3%  
1
2%  
Non scolarisé  
L’Indonésie reste par ailleurs peu intégrée dans les chaînes de valeur  
mondiales contrairement aux autres pays d’Asie. Or, une plus grande  
intégration de l’Indonésie aux chaînes mondiales de production  
favoriserait une augmentation de sa productivité et pourrait lui permettre  
d’accroître significativement son niveau de revenu (Kummritz 2016,  
Taglioni et Winkler, 2016).  
12%  
Cycle primaire non achevé  
Ecole primaire  
Collège  
28%  
27%  
Participation de l'Indonésie dans les chaînes de valeurs mondiales  
Lycée  
En % des exportations, 2014  
Enseignement supérieur  
Source : BPS  
Forward (valeur ajoutée domestique contenue dans les exportations étrangères)  
Backward (valeur ajoutée étrangère contenue dans les exportations domestiques)  
18%  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
Graphique 9  
Le manque de travailleurs qualifiés se traduit par une inadéquation  
entre l’offre et la demande d’emplois. Selon l’ADB, en 2015, seulement  
40% des travailleurs occupaient un poste en adéquation avec leur  
niveau de qualification. Plus de 51% des travailleurs n’étaient pas assez  
qualifiés et 8,5% étaient surqualifiés.  
Le faible niveau de qualification est par ailleurs une contrainte au  
transfert de main-d’œuvre des secteurs les moins productifs vers les  
plus productifs.  
Indonésie  
Malaisie  
Thaïlande  
Vietnam  
Graphique 8  
Sources : OCDE, WTO, estimations FMI  
Pour élever le niveau de qualification des travailleurs indonésiens, le  
gouvernement a adopté en 2003 une loi budgétaire afin de consacrer  
En 2014, la participation de l’Indonésie aux chaînes de valeur  
20% de ses dépenses à l’éducation. Néanmoins, en comparaison avec  
7
mondiales (exprimée en pourcentage de ses exportations) est estimée  
les autres pays d’Asie, celles-ci sont restées modestes. Elles n’étaient  
que de 3,6% du PIB en 2016 alors qu’elles sont estimées par la Banque  
mondiale à plus de 5% en Malaisie et au Vietnam. Par ailleurs, au vu  
des derniers résultats de l’enquête PISA, l’Indonésie reste très mal  
par l’OCDE et la Banque mondiale à 43% alors que celles de la  
Thaïlande, des Philippines, du Vietnam et de la Malaisie sont comprises  
entre 55% et 60%. De plus, sa participation aurait baissé entre 2011 et  
2014. Compte tenu de ses faibles avantages comparatifs dans  
8
classée , en dépit de nettes améliorations. Les étudiants indonésiens  
l’exportation de produits à forte intensité technologique, la contribution  
de l’Indonésie porte principalement sur la vente de produits  
intermédiaires utilisés par ses partenaires commerciaux pour être ré-  
exportés (forward participation).  
auraient trois ans de retard par rapport à leurs voisins d’Asie (Malaisie,  
Thaïlande, Vietnam notamment). Ce résultat s’explique par des  
ressources financières allouées à l’éducation insuffisantes, notamment  
par les gouvernements régionaux et locaux, mais aussi par des  
La structure du commerce indonésien reflète l’une des contraintes déficiences dans la qualité de l’enseignement.  
structurelles majeures à son développement : le faible niveau de  
qualification de l’emploi. En effet, pour parvenir à accroître son niveau Les IDE plus modestes que dans les autres pays d’Asie restent  
de compétitivité, en particulier sur des produits à plus forte valeur  
ajoutée et ainsi augmenter sa participation au développement des  
concentrés dans l’industrie minière  
Un autre facteur, pour accroître la compétitivité, et donc la productivité  
chaînes mondiales de production, l’Indonésie doit accroître le niveau de  
et le revenu par tête serait de parvenir à attirer davantage  
qualification des travailleurs.  
d’investissements directs étrangers (IDE). En effet, les IDE favorisent  
les transferts de technologie et contribuent à la montée en gamme des  
produits fabriqués dans le pays.  
L’emploi faiblement qualifié ne satisfait pas la demande  
En 2017, 6 travailleurs sur 10 n’avaient pas terminé leurs études  
secondaires et seulement 12% des travailleurs avaient un diplôme de  
l’enseignement supérieur.  
Or, au cours des cinq dernières années, la part des IDE entrants dans  
le PIB est restée stable, autour de 2,4% du PIB, en dépit de  
l’allègement des contraintes sur les investissements étrangers depuis  
l’arrivée de Joko Widodo au pouvoir. En 2017, les IDE en Indonésie  
étaient inférieurs à ceux reçus par le Vietnam (5,7% du PIB), la Malaisie  
7
Somme des biens exportés en utilisant la valeur ajoutée des produits importés  
(
backward participation) et celle des biens exportés qui seront utilisés dans le  
8
e
En 2015, au classement PISA en Sciences, l’Indonésie était classée 65  
e e e e  
processus de production d’autres pays (forward participation) rapportée aux  
exportations totales.  
derrière le Vietnam (8 ), la Corée (11 ), la Malaisie (47 ) et la Thaïlande (57 ).  
1
7
Conjoncture // Avril 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
(
3,5% du PIB) et la Thaïlande avant le coup d’Etat de 2014 (3,5% du entreprises publiques s’est dégradée au cours des cinq dernières  
PIB).  
années, en raison justement d’une hausse importante de leur  
endettement pour financer les projets du gouvernement. A ce jour, la  
charge d’intérêts reste soutenable et les résultats financiers sont  
satisfaisants. Néanmoins, à moyen terme, le gouvernement devra  
trouver d’autres sources de financement pour répondre aux besoins en  
infrastructure colossaux du pays.  
Par ailleurs, alors que la part des IDE dans le secteur tertiaire a  
fortement augmenté, elle a diminué dans l’industrie, reflet de la moindre  
attractivité du secteur des matières premières dans un contexte de  
baisse des prix mondiaux. Néanmoins, le secteur minier reste le  
principal récipiendaire des investissements étrangers (13,6% en 2017).  
b. L’environnement des affaires reste contraignant pour les  
Dans l’industrie manufacturière, les tendances sont assez disparates.  
L’attractivité du secteur des machines et biens d’équipement a  
investisseurs étrangers  
augmenté et a reçu 11,7% des IDE en 2017 contre seulement 6,9% en En dépit d’une nette amélioration de l’environnement des affaires et  
004. A l’inverse, les investissements dans les véhicules de transport d’une ouverture de plusieurs secteurs d’activité aux investissements  
2
ont sensiblement baissé, comme ceux dans le textile qui n’ont reçu étrangers, le cadre réglementaire en Indonésie pèse toujours sur les  
respectivement que 3,9% et 1,2% des IDE. Dans le secteur tertiaire, IDE. Le manque de transparence, les incertitudes sur l’évolution de la  
l’attractivité des services publics de distribution d’eau, de gaz et réglementation, les lois sur l’acquisition des terres, sont contraignants.  
d’électricité s’est renforcée ainsi que celle du secteur immobilier avec Le pays reste mal classé en termes d’application et de respect des  
e
respectivement 13,2% et 8,9% des IDE, en raison, notamment, des contrats (145 sur 190 pays). De plus, l’un des points clés de blocage  
importants programmes de développement en infrastructures.  
est la difficulté de faire appliquer certaines mesures favorables aux  
investissements au niveau local. De fait, certains gouvernements locaux  
restent peu enclins aux investissements étrangers. Néanmoins, les  
élections régionales de 2019 devraient permettre de renouveler le  
paysage politique et des dirigeants plus favorables à l’ouverture  
pourraient être élus.  
Plusieurs contraintes pèsent sur les investissements étrangers et  
les investissements domestiques productifs  
Au-delà du manque de travailleurs qualifiés, l’insuffisance dans les  
infrastructures et une réglementation contraignante pour les  
investisseurs étrangers limitent toujours les entrées d’investissements  
directs étrangers et l’investissement productif en général.  
c. Le tissu économique reste dominé par les entreprises  
publiques  
a. Les besoins en infrastructures restent très importants  
Par ailleurs, le tissu économique reste dominé par les entreprises  
publiques. Or, l’expérience du Vietnam prouve qu’il est indispensable  
de favoriser l’émergence des petites et moyennes entreprises (PME)  
pour développer le tissu industriel, favoriser les créations d’emplois et  
accroître la productivité . Pour ce faire, le gouvernement indonésien, à  
l’instar du Vietnam, doit créer un environnement fiscal plus favorable  
aux PME.  
Les besoins en infrastructures du pays sont massifs : la Banque  
mondiale les estime à 1500 milliards de dollars US et l’Asian  
Development Bank à 1100 milliards sur la période 2016-2030. Selon la  
Banque mondiale, il faudra vingt ans au pays pour combler son écart  
avec les autres pays émergents et quarante-quatre ans pour atteindre  
le niveau de développement en infrastructures des pays avancés, en  
supposant que le gouvernement du président Widodo atteigne ses  
objectifs fixés dans son plan de développement à moyen terme (un  
programme d’investissements de 5,4 trillions de roupies soit 415  
milliards de dollars US et l’équivalent de 47% du PIB de 2015 sur la  
1
0
***  
Depuis 2015, l’Indonésie a prouvé sa résistance à l’environnement  
économique et financier international. En dépit d’une croissance bridée,  
les finances publiques sont maîtrisées, les pressions inflationnistes sont  
contenues, son déficit courant est faible et les autorités monétaires ont  
prouvé leur capacité à stabiliser la roupie. Par ailleurs, même si  
l’environnement des affaires reste fragile, il s’est sensiblement amélioré  
au cours des cinq dernières années.  
9
période 2015-2019 ). Néanmoins, les faibles recettes budgétaires ont  
fortement contraint la réalisation de ce programme malgré la  
réallocation des dépenses de subventions sur le fioul vers les dépenses  
d’infrastructures. La Banque mondiale estime que même si le  
gouvernement consacrait 20% de ses recettes aux dépenses  
d’infrastructures au cours des deux prochains exercices budgétaires,  
elles atteindraient sur l’ensemble de la période 2015-2019 moins de 1,5  
trillion de roupies, soit seulement 27% de la cible fixée par le Dans ce contexte, les risques à court terme pour l’économie  
gouvernement. Pour contourner, au moins en partie, ces contraintes indonésienne sont modérés. Les tensions sur la roupie devraient rester  
budgétaires, le gouvernement a fait appel aux entreprises publiques. contenues dans le cadre du durcissement de la politique monétaire  
Goldman Sachs estime que les montants investis par les entreprises américaine. Par ailleurs, en cas de « guerre commerciale » entre les  
1
1
publiques sont équivalents à ceux du gouvernement central.  
Etats-Unis et la Chine, même si l’Indonésie ne serait pas totalement  
immunisée, les effets devraient être contenus en raison de sa faible  
intégration au processus des chaînes de valeur mondiales.  
Cependant, le recours croissant aux entreprises publiques pour financer  
les grands projets d’infrastructures implique un risque d’augmentation  
des dettes contingentes pour l’Etat. En effet, la situation financière des  
1
1
0
1
Au Vietnam, les PME contribuent à 40% du PIB et 50% de l’emploi.  
5% des exportations de l’Indonésie sont à destination de la Chine (soit  
1
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Plan de développement à moyen terme (RPJMN)  
l’équivalent de 2,2% du PIB).  
1
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Conjoncture // Avril 2018  
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A moyen terme, le principal risque porte sur la capacité du pays à  
stimuler sa croissance pour devenir un pays à revenus supérieurs. Pour  
ce faire, le gouvernement doit améliorer la compétitivité de l’industrie  
manufacturière afin de favoriser la mobilité de la population active des  
secteurs les moins productifs (comme l’agriculture) vers les plus  
productifs. Il doit pour cela utiliser trois leviers : le capital humain  
(
éducation), le capital physique (infrastructures et investissements  
productifs) et la réglementation. Cela nécessite des moyens financiers  
en augmentant les recettes budgétaires) mais aussi la volonté d’agir.  
(
Le président Widodo a fait preuve d’un tel engagement. Sa réélection  
en 2019 permettrait de poursuivre sur cette voie, même si certains  
points de blocage au niveau des Etats restent importants. Dans le cas  
où son rival actuel, Prabowo Subianto, était élu, le rythme de mise en  
place des réformes, sans pour autant être interrompu, pourrait ralentir.  
Les résultats des élections parlementaires, qui se tiendront au même  
moment, seront déterminants.  
Achevé de rédiger le 23 mars 2018