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Egypte  
Inflation : la dépréciation de la livre n’explique pas tout  
Le flottement de la livre depuis novembre 2016 et la mise en place de réformes budgétaires ont sensiblement amélioré la situation  
macroéconomique, notamment les réserves de change. La forte dépréciation de la livre a propulsé l’inflation à un plus haut depuis  
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0 ans, soulignant la sensibilité des prix aux variations du change. D’autres facteurs sont déterminants, tels que le contrôle exercé  
sur les prix par les entreprises du secteur des biens de consommation, en raison notamment des particularités des circuits de  
distribution. La politique budgétaire contribue aussi à la hausse des prix, mais d’une manière plus limitée. La réduction de l’inflation  
risque d’être lente, et à court terme les autorités disposent de moyens limités pour y faire face.  
La situation économique s’est sensiblement améliorée depuis le  
1- Prévisions  
flottement de la livre égyptienne en novembre 2016. L’amélioration  
la plus notable concerne sans surprise les comptes externes et la  
liquidité en devises. Les réserves de change de la Banque centrale  
d’Egypte (BCE) ont augmenté de 60% pour atteindre USD 31,3 mds  
en juin 2017, équivalent à pratiquement six mois d’importations de  
biens et de services. La crédibilité du nouveau régime de change et  
la hausse des taux d’intérêt sur les titres publics ont attiré plus de  
USD 10 mds d’investissements de portefeuille contre une quasi  
absence jusqu’à mi-2016. Ce montant lié à des activités de carry-  
trade n’est pas inclus dans les réserves de change officielles car il  
est lié à des flux prudemment considérés comme volatils par la BCE.  
Du côté des finances publiques, l’amélioration est plus timide mais  
la dynamique est positive. La réduction progressive des subventions  
à l’énergie et la hausse de certaines recettes fiscales (TVA)  
devraient permettre de réduire significativement le déficit budgétaire  
primaire pour l’année budgétaire 2016/2017 (3,5% du PIB contre  
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015 2016 2017e 2018e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,1 4,3 3,8 4,5  
11,5 10,2 23,4 19,4  
-11,4 -12,7 -11,7 -9,3  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
90 82  
93  
91  
-3,7 -5,6 -3,0 -2,6  
Dette externe, % du PIB  
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20  
18  
18  
32  
31  
30  
40  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change EGP/USD (fin d'année)  
3,1  
2,9  
5,7  
6,8  
7,40 8,20 18,1 16,5  
*
année fiscale T-1/T (Juillet-Juin)  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Réserves de change de la Banque centrale  
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,5% estimé en 2015/16). Cependant, la charge d’intérêt reste très  
USD mds  Mois d’importations de biens et services, é.d  
lourde (plus de 8% du PIB ou environ 45% des revenus budgétaires  
totaux) et devrait maintenir le déficit budgétaire total au-dessus de  
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0% du PIB en 2016/17.  
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L’activité économique montre des signes de dynamisme mais qui  
restent à confirmer. La consommation des ménages, un des  
principaux moteurs de l’activité, est fortement contrainte par la  
flambée des prix. Le rythme annuel de hausse des prix à la  
consommation a atteint plus de 30% en moyenne depuis le mois de  
janvier. Une telle hausse des prix est pour partie due à la forte  
dépréciation de la livre depuis novembre 2016 (-50% contre USD).  
Cependant, on peut estimer que d’autres éléments constituent des  
facteurs explicatifs du niveau d’inflation structurellement élevé en  
Egypte et de l’ampleur de la hausse des prix depuis six mois.  
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La variation du change est déterminante  
Sources : BCE, BNP Paribas  
La transmission des variations du taux de change aux prix à la  
consommation est significative. Une analyse menée par des  
consommation. Cette transmission n’est pas immédiate et reste  
active pendant deux ans. Par ailleurs, le degré de transmission est  
considéré comme étant incomplet, en raison notamment de  
l’existence de nombreux biens dont les prix sont administrés.  
membres de l’université du Caire et de la BCE sur la période 2003-  
1
2
015 a montré que cette transmission se fait peu de manière  
directe sur les prix des biens importés, mais plus significativement  
de manière indirecte par l’intermédiaire d’une hausse du prix des  
biens semi-finis et des matières premières. Cette hausse se  
transmet aux prix à la production avant d’affecter les prix à la  
consommation. Ce mécanisme est notamment dû à l’existence de  
producteurs nationaux importants dans les secteurs des biens de  
A partir de novembre 2016, la hausse des prix à la consommation  
n’a pas été immédiate mais elle est très importante. L’ampleur de la  
dépréciation de la livre est évidemment un facteur décisif. Après le  
flottement de la livre de 2003, sa dépréciation par rapport au dollar  
US était restée relativement modérée (13% après un an et 25%  
après vingt mois), tandis que la livre a immédiatement chuté de  
50% après la décision de flottement de novembre 2016.  
1
Omneia Helmy, Mona Fayed, Kholoud Hussein, 2017, « Exchange rate Pass-  
through to Inflation in Egypt : a Structural VAR Approach », 37th Annual meeting of  
the Middle East Economic Association.  
economic-research.bnpparibas.com  
Egypte  
3ème trimestre 2017  
23  
Par ailleurs, le degré de transmission a pu varier depuis 2003 en  
raison de facteurs plus structurels. La part des importations dans le  
PIB est sensiblement plus importante actuellement qu’en 2003  
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- Flottement de la livre et inflation : 2003 et 2016  
indices  
EGP:USD m=dec 2002  CPI m=dec 2002  
EGP:USD m=oct 2016  CPI m=oct 2016  
(
21% contre 14% en termes réels). On peut supposer que cette part  
sera plus élevée à moyen terme étant donné les fortes restrictions  
sur la disponibilité en devises qui pesaient sur les importateurs au  
cours des trimestres précédant le flottement de novembre 2016.  
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Un autre élément affectant le degré de transmission est la réaction  
des entreprises à la dépréciation du change. Schématiquement,  
face à la hausse du coût des importations, elles doivent choisir  
entre le maintien de leurs marges ou de leurs parts de marché. Un  
déterminant de ce choix peut être lié à l’ampleur de la dépréciation  
du change. Une variation modérée sera plus facilement absorbable  
en termes de coûts et la dépréciation de mars 2016 (environ 13%)  
n’a pas donné lieu à une poussée inflationniste significative. Après  
la dépréciation de novembre 2016, en plus de la hausse des prix  
des facteurs de production importés, la plupart des entreprises du  
secteur formel ont procédé à des augmentations de salaires (de  
l’ordre de 10-20%) rendant nécessaire une hausse des prix de  
vente. Un autre facteur plus structurel influant sur l’inflation réside  
dans les caractéristiques des marchés, et notamment le niveau de  
concurrence existant sur le marché des biens de consommation.  
80  
Source : BCE, BNP Paribas  
années de relative stabilité des prix. La concurrence du marché des  
biens peut aussi être un facteur explicatif de la persistance d’un  
niveau d’inflation élevé sur longue période, même quand les  
capacités de production ne sont pas pleinement utilisées.  
Une concurrence limitée sur le marché des biens de  
consommation  
La politique budgétaire  
Nous estimons que la concurrence limitée dans le marché des biens  
de consommation, et particulièrement le secteur alimentaire, est un  
moteur important de l’inflation. L’alimentaire représente environ 34%  
des dépenses des ménages et 31% du panier de l’indice des prix à  
la consommation (hors fruits et légumes). Il apparaît que le contrôle  
des circuits de distribution (jusqu’à une certaine forme d’intégration)  
constitue un élément déterminant de la stratégie de fixation des prix  
des entreprises. Celles-ci peuvent contrôler directement une partie  
de leurs canaux de distribution et/ou être majoritairement  
distribuées dans les circuits traditionnels (commerce de proximité),  
dans lesquels elles conservent un certain contrôle des prix de  
ventes. Les grandes surfaces (super et hypermarchés) se  
développent rapidement comme le montre l’entrée récente de  
Au cours du second semestre 2016, la baisse des subventions  
énergétiques a été un autre élément important de la hausse des prix.  
Les prix de l’essence ont augmenté de plus de 100% par rapport à  
2014, tandis que l’augmentation des prix de l’électricité s’est  
échelonnée de 29% à 124% suivant le niveau de consommation. La  
monétisation du déficit budgétaire, en gonflant la contrepartie de la  
masse monétaire, peut être inflationniste, mais, cet élément ne  
semble pas décisif. La monétisation du déficit a été assez  
importante en 2015 mais s’est réduite en 2016. Plus généralement,  
on ne constate pas de gonflement incontrôlé de la masse monétaire.  
L’agrégat M2 en pourcentage du PIB a faiblement progressé entre  
fin 2014 et mars 2017, passant de 76% à 80%.  
A court terme l’inflation des prix à la consommation devrait rester  
élevée. Nous prévoyons une inflation moyenne de 23% en  
2
chaines régionales importantes sur le marché égyptien . Cependant,  
les producteurs privilégient avant tout la distribution traditionnelle.  
Leurs produits sont présents dans les circuits de grande distribution  
mais il existe une réelle volonté d’en limiter la part afin de garder le  
pouvoir de fixation des prix. Cette stratégie est rendue possible par  
lintensité relativement faible de la concurrence sur le marché  
intérieur. Selon le dernier rapport sur la compétitivité mondiale du  
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016/2017 et de 19% en 2017/2018. De nouvelles baisses des  
subventions, la persistance de l’inflation importée et une possible  
accélération de la demande intérieure devraient continuer  
d’alimenter la hausse des prix. La hausse du prix de l’énergie ou  
des produits agricoles sur les marchés internationaux est aussi à  
prendre en compte même si les prix du pétrole devraient rester  
contenus à moyen terme. Les moyens dont disposent le  
gouvernement et la BCE pour faire face à l’inflation sont pour le  
moment limités. L’efficacité du taux d’intérêt est affaibli par la faible  
bancarisation de la population (inférieure à 15%), tandis que la  
politique de change de la BCE privilégie pour le moment l’objectif  
d’accumulation de réserves de change afin de faire face à  
d’éventuelles tensions. La récente appréciation de la livre pourrait  
signaler une modification de cette politique.  
e
World Economic Forum, l’Egypte se classe 112 (sur 138) selon le  
e
critère d’efficacité du marché des biens et 127 selon la sous-  
composante « intensité de la concurrence interne ». Sur un certain  
nombre de marchés de biens de consommation, notamment  
alimentaires, les producteurs locaux détiennent l’essentiel des parts  
de marché et le rôle des multinationales reste assez marginal. Suite  
à la dépréciation de la livre on a pu constater des augmentations de  
prix allant au-delà de la hausse des coûts des biens intermédiaires  
importés et permettant une forme de rattrapage après quelques  
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En 2013-2016, des leaders régionaux tels que Lulu, Panda, Al Othaim et BIM se  
sont ajoutés à l’expansion de chaines internationales déjà présentes telles que  
Merci à Youssef Beshay (BNPP Senior Banker Egypte) pour ses observations.  
Carrefour et Spinney’s.  
economic-research.bnpparibas.com  
Egypte  
3ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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