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Argentine  
Lumière au bout du tunnel  
Depuis plus d’un an, Mauricio Macri mène de profondes réformes économiques : retour sur les marchés internationaux,  
suppression de nombreuses taxes, libéralisation des prix de l’énergie et du taux de change, amélioration de la qualité des  
statistiques… Ces réformes menées tambour battant ont d’abord fait plonger le pays en récession et accélérer l’inflation. Mais les  
gains attendus des réformes se matérialisent enfin : la confiance des investisseurs internationaux facilite le financement de l’Etat, la  
croissance décolle et l’inflation commence à décélérer.  
Retour à la croissance  
1- Prévisions  
En 2016, l’économie Argentine s’est contractée de 2,3%. Les  
2015 2016 2017e 2018e  
raisons de cette récession sont à la fois externes et internes.  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation (officielle, moyenne annuelle)  
Solde budgétaire (en % du PIB)  
Dette publique (en % du PIB)  
Solde courant (en % du PIB)  
Dette externe (% PIB)  
2,6  
26,7 43,0  
-5,6 -5,8  
52,0 51,3  
-2,7 -2,6  
25,2 31,7  
-2,3  
3,0  
25,0  
-6,1  
49,4  
-2,9  
32,5  
55  
3,5  
15,0  
-5,1  
49,2  
-3,4  
33,8  
57  
En raison des difficultés économiques du Brésil, le principal  
partenaire commercial de l’Argentine, les exportations n’ont  
augmenté que très faiblement en volume, et bien moins vite que les  
importations, si bien que le commerce extérieur a pesé  
négativement sur la croissance en 2016.  
Réserves de change (USD Mds)  
Réserves de change (mois d'import)  
Taux de change (fin d'année)  
24  
38  
En interne, du fait de conditions climatiques médiocres et de la  
faiblesse des investissements, le secteur primaire a pesé  
négativement sur l’activité. Cependant, la récession s’explique  
principalement par les réformes radicales menées par Mauricio  
Macri. Le rebond de l’inflation au premier semestre a fortement  
entamé le pouvoir d’achat des ménages, entraînant une contraction  
de la consommation, moteur de la croissance au cours des  
dernières années. L’investissement, pénalisé par une politique  
monétaire restrictive, s’est lui aussi contracté. Malgré la volonté  
affichée par Mauricio Macri d’améliorer les finances publiques, les  
dépenses publiques ont limil’ampleur de la récession.  
3,2  
5,6  
7,5  
7,0  
12,0 15,8  
17,5  
20,6  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Indicateurs macroéconomiques  
Variation annuelle (%)  
Inflation  Croissance  Production industrielle  
50  
40  
30  
20  
10  
0
Depuis la fin de l’année 2016, la plupart des indicateurs attestent  
d’une amélioration progressive de la situation économique, et les  
réformes engagées commencent à porter leurs fruits. Le pays est  
techniquement sorti de la récession. Le PIB a augmenté au second  
semestre 2016 même si, en glissement annuel, l’évolution du PIB  
reste négative. L’investissement devrait rebondir en 2017, porté par  
une hausse de l’investissement public, notamment dans les  
infrastructures, et un retour prévu des investisseurs étrangers  
encouragés par les réformes entreprises. Le ralentissement de  
l’inflation permet d’espérer une reprise de la consommation. La  
production agricole sera portée par de bonnes conditions  
climatiques. Une amélioration progressive de la situation  
économique brésilienne devrait favoriser les exportations en 2017 et  
-10  
20  
-
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017  
Source : Datastream  
relèvement des prix du gaz et de l’électricité ont fortement attisé  
l’inflation, qui a dépassé 40% en variation annuelle dans le courant  
016.  
2
2
3
018. C’est pourquoi la croissance est attendue à 3% en 2017 et  
,5% en 2018.  
L’inflation est désormais sur une pente descendante. Après 43% en  
2016, les prix devraient augmenter de 25% en 2017 et 15% en 2018.  
En glissement annuel, l’inflation est passée de 42% au quatrième  
trimestre 2016 à 32,8% au premier trimestre 2017. Cependant, en  
janvier 2017, les prix ont augmenté de 1,3%, puis de 2,5% en  
février et 2,4% en mars. Pour prévenir un éventuel retour de  
l’inflation, la banque centrale a augmenté son taux directeur début  
avril, de 150 points de base à 26,25%.  
L’inflation décélère  
L’inflation est un problème récurrent en Argentine. Cependant, les  
réformes engagées par Mauricio Macri ont permis d’améliorer la  
fiabilité des statistiques.  
En décembre 2015, les autorités monétaires ont cessé d’intervenir  
pour soutenir la monnaie, ce qui a entraîné une dépréciation de  
La relative stabilisation du taux de change, permise par un fort afflux  
de capitaux étrangers et une politique monétaire plutôt restrictive,  
permettra de contenir l’inflation. Enfin, une hausse de  
l’investissement devrait permettre une augmentation de la  
40% du peso face au dollar. Toujours dans le cadre d’un plan de  
libéralisation de l’économie, Mauricio Macri a fortement réduit les  
subventions aux prix de l’énergie. La dépréciation du change et le  
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Argentine  
2ème trimestre 2017  
13  
production avec pour effet de freiner la hausse des prix, notamment  
dans les secteurs qui souffraient de sous-investissement comme  
l’énergie.  
3
- Comptes externes  
USD milliards  
Solde courant  Investissements de portefeuille (nets)  
IDE (nets)  
Rebond marqué des entrées de capitaux étrangers  
50  
La balance commerciale de l’Argentine présente traditionnellement  
un solde positif grâce aux importantes exportations de produits  
agricoles (viande, céréales), qui représentent près de 60% du total  
des exportations. Cependant, du fait de la baisse des prix agricoles  
depuis 2014, elle est devenue déficitaire en 2015. Comme les  
importations ont elles aussi diminué sous l’effet d’une baisse de la  
consommation et de l’investissement, la balance commerciale est  
redevenue excédentaire en 2016.  
40  
30  
20  
10  
0
-
10  
20  
Le compte courant présentait quant à lui un déficit de 2,6% du PIB  
en 2016, sous l’effet d’un fort déficit dans le secteur des services et  
du paiement des intérêts de la dette externe. En 2016, le règlement  
du conflit avec les « fonds vautours » a augmenté les besoins de  
financement étrangers de USD 16,5 milliards.  
-
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Source : Datastream  
est de moins en moins effectué par la banque centrale, ce qui  
aidera à modérer l’inflation. Dans le même temps, ces émissions  
ont fortement accru l’endettement public extérieur qui atteignait  
Le retour sur les marchés internationaux a facilité le financement du  
déficit courant. Si le montant des investissements directs étrangers  
3
2,6% du PIB en 2016, un niveau qui reste cependant inférieur à la  
(
IDE) entrants n’a pas encore décollé, les investissements de  
moyenne des pays émergents. De plus, les charges d’intérêt  
atteignaient 0,8% du PIB en 2016, et devraient croître sensiblement  
pour atteindre 1,5% du PIB en 2018. Les taux payés, à 7,5% lors de  
la première émission en avril 2016, ont ensuite légèrement  
augmenté en fin d’année, traduisant une retombée de l’optimisme  
qui avait entouré le retour du pays sur les marchés. En cas de  
croissance décevante, de difficultés politiques de Mauricio Macri qui  
remettraient en cause les réformes entreprises ou de forte remontée  
des taux américains, l’Argentine pourrait être vulnérable à un  
phénomène de « sudden stop ». A ce titre, les élections législatives  
de mi-mandat en octobre seront particulièrement importantes. De  
plus, la part croissante de dette publique libellée en dollar, qui  
atteint 71% de la dette publique totale, peut représenter un risque  
en cas de chute du peso. Cependant, l’amélioration des relations  
avec les organisations multilatérales et une maturité moyenne de la  
dette souveraine relativement longue (7,9 ans) atténuent le risque  
souverain en monnaie étrangère.  
portefeuille ont connu une hausse spectaculaire, notamment sous  
l’effet des émissions successives de dette publique. En  
conséquence, en 2016 le montant des réserves de change s’est  
fortement accru et représentait 5,6 mois d’importations.  
Le déficit courant se maintiendra autour de 3% du PIB en 2017 et  
2018. Les exportations devraient augmenter avec la reprise au  
Brésil et la suppression des taxes sur les exportations de céréales  
qui avaient découragé les exportations agricoles. Dans le même  
temps, les importations vont croître dans le sillage d’une hausse  
attendue de la consommation et de l’investissement. Le  
financement du déficit courant se trouvera facilité par une probable  
hausse des IDE. De plus, suite aux réformes engagées par Mauricio  
Macri, les relations se sont normalisées avec les organisations  
multilatérales comme le FMI, et l’Argentine dispose désormais d’une  
source potentielle supplémentaire pour financer son déficit courant.  
Evolution contrastée des finances publiques  
D’après le FMI, le déficit public est anticipé à 6,1% du PIB en 2017  
et à 5,1% en 2018. Le niveau de dette publique devrait se stabiliser  
aux alentours de 50% du PIB, après avoir augmenté de près de 10  
points entre 2014 et 2015. D’un côté, le retour de la croissance  
améliorera mécaniquement les comptes publics ; de l’autre, le  
gouvernement envisage d’effectuer un resserrement fiscal graduel  
de façon à ne pas pénaliser trop lourdement l’activité économique et  
à contenir le fort mécontentement social. Une hausse des  
investissements publics, des transferts aux régions et des dépenses  
de sécurité sociale creuseront le déficit ces prochaines années alors  
que, dans le même temps, les impôts ne devraient pas augmenter.  
Les réformes engagées depuis décembre 2015 ont eu un effet  
mitigé sur le déficit public. D’une part, la baisse drastique des  
subventions publiques dans l’énergie ont diminué les dépenses.  
Des recettes exceptionnelles liées à l’amnistie fiscale ont permis à  
l’Etat de collecter près de USD 7 milliards, un montant supérieur  
aux attentes du gouvernement. Mais, dans le même temps, la  
suppression de certaines taxes, comme celles portant sur les  
exportations de céréales, ont grevé les recettes. De plus, la  
récession a pesé négativement sur les recettes fiscales. Le déficit  
public a atteint 5,8% du PIB en 2016, en légère augmentation par  
rapport à 2015 où il s’élevait à 5,6% du PIB. Ce déficit est  
principalement causé par un déficit primaire proche de 5% du PIB  
(
4,4% en 2015, 4,9% en 2016 et une prévision de déficit primaire de  
,8% du PIB en 2017).  
4
Le financement du déficit s’est trouvé largement facilité par le retour  
sur les marchés financiers internationaux, dont le pays avait été  
exclu suite aux défauts de 2001 et 2014, et sur lesquels l’Etat a levé  
près de USD 30 millards en 2016. Ainsi, le financement du déficit  
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2ème trimestre 2017  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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