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EcoEmerging// 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Editorial  
Malaise  
Dans son World Economic Outlook d’octobre, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance sur une majorité de pays  
émergents et en développement. Les risques qui pèsent sur leurs perspectives de court terme se sont de fait aggravés ou même  
matérialisés au cours des six derniers mois. Le FMI voit la hausse des barrières tarifaires et des tensions commerciales comme une  
des principales menaces. En outre, les conditions de financement internationales devraient continuer de se dégrader. Alors que les  
investisseurs se sont montrés sélectifs pendant le récent épisode de turbulence sur les marchés émergents, les sources de  
vulnérabilité pourraient continuer d’augmenter et les risques de contagion en cas de choc se diffuser progressivement.  
Le Fonds monétaire international a révisé à la baisse ses prévisions  
de croissance économique pour une vaste majorité de pays entre  
son World Economic Outlook publié en avril 2018 et celui du début  
du mois d’octobre. Pour l’ensemble des économies émergentes et  
en développement, la croissance moyenne devrait se stabiliser à  
De fait, les conditions d’emprunt des entreprises et des  
gouvernements des pays émergents se sont détériorées depuis le  
T2 2018. Jusqu’à maintenant, le reflux des investissements de  
portefeuille de la part des non-résidents, consécutif à la montée des  
taux américains, s’est fait de manière « discriminante ». Les pays  
aux déséquilibres extérieurs les plus sévères et aux fondamentaux  
macroéconomiques les plus fragiles (auxquels peut s’ajouter un  
risque politique élevé) ont été les principaux pays affectés par les  
sorties de capitaux et les dépréciations monétaires. La Turquie et  
l’Argentine sont les cas extrêmes (présentant d’importants  
déséquilibres externes et internes et une dette en devises élevée),  
qui ont vu leurs monnaies s’effondrer entre mars et septembre.  
L’Afrique du Sud et le Brésil (dont les finances publiques sont  
dégradées et la croissance est atone), l’Inde et l’Indonésie (dont les  
déficits courants s’aggravent avec la hausse du prix du pétrole et  
dont les financements extérieurs reposent en partie sur des  
capitaux de court terme) ont également subi de fortes dépréciations  
de leurs monnaies. La Russie fait exception, puisque le rouble a  
fortement chuté depuis six mois, du fait de l’aggravation des  
sanctions internationales et malgré l’amélioration de ses excédents  
courant et budgétaire. Les banques centrales des pays concernés  
ont augmenté leurs taux d’intérêt au cours des derniers mois,  
pénalisant la demande interne. A court terme, le resserrement des  
conditions financières internationales devrait se poursuivre, et  
pourrait même s’accélérer soudainement en cas de nouveau choc  
(hausse plus forte que prévu de l’inflation américaine ou choc  
politique par exemple).  
4,7% en 2018 et 2019. Elle resterait donc relativement solide,  
proche du taux de 2017 et de la moyenne annuelle des cinq  
dernières années. Néanmoins, la révision par rapport aux prévisions  
d’avril (qui étaient de 4,9% pour 2018 et 5,1% pour 2019) est  
significative. Selon le nouveau scénario, la phase d’accélération de  
la croissance observée en 2016-2017 serait déjà interrompue.  
Les révisions à la baisse des chiffres de croissance concernent une  
multitude de pays émergents et en développement, illustrant la  
diversité des risques qui pèsent sur leurs perspectives de court  
terme. Les quelques révisions à la hausse, quant à elles,  
concernent surtout des pays exportateurs de pétrole (Arabie  
Saoudite ou Russie, par exemple), qui profitent de la hausse plus  
forte que prévu des prix du pétrole en 2018 (+31% dans le scénario  
du FMI) et de leur relative stabilité en 2019.  
Les risques baissiers sur la croissance se sont aggravés au cours  
des six derniers mois et certains ont commencé à se matérialiser,  
au premier rang desquels la montée du protectionnisme. La hausse  
du coût des échanges qui résultera des nouvelles barrières  
tarifaires assombrit les perspectives d’exportation de la Chine, ainsi  
que de certains de ses partenaires commerciaux en Asie  
(
notamment Taiwan, la Corée du Sud et les pays de l’ASEAN) à  
cause du risque d’effets en cascade à travers les chaînes de valeur.  
La progression de la demande mondiale, et donc des exportations  
asiatiques, a déjà ralenti en 2018, suite au rebond vigoureux de  
Ainsi, l'environnement international pourrait continuer à se dégrader  
(
réduction des flux de capitaux et montée des coûts de financement,  
ralentissement de la demande externe et des échanges  
commerciaux, prix du pétrole élevés), conduisant à une diffusion  
progressive des risques au sein des pays émergents et à une  
hausse de leurs vulnérabilités macroéconomiques (montée de  
l'inflation, creusement des déficits extérieurs, croissance moins  
dynamique, pressions sur les finances publiques). Dans ce contexte,  
la volatilité financière et l'aversion au risque devraient augmenter et  
les investisseurs internationaux pourraient opter pour des stratégies  
de moins en moins discriminantes, ce qui aggraverait les effets de  
contagion entre pays émergents en cas de choc.  
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017 (le volume d’échanges mondiaux a augmenté de 3,7% en  
glissement annuel en janvier-juillet 2018 contre 4,4% en 2017, selon  
les statistiques du CPB). Mais ce ne sont que les dernières données  
qui laissent apparaître de possibles effets des mesures  
protectionnistes américaines (avec l’accélération des livraisons de  
marchandises chinoises aux Etats-Unis pendant l’été ou le récent  
ralentissement des exportations taiwanaises et coréennes). En  
outre, l’incertitude quant à l’évolution des tensions commerciales  
entre les Etats-Unis et ses partenaires pourrait peser sur  
l’investissement privé et aggraver les effets récessifs des mesures  
protectionnistes. La détérioration de la confiance pourrait aussi  
participer au mouvement de hausse des coûts de financement  
internationaux.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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