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Janvier 2017  
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Malaisie: fragilité du modèle de croissance  
Hélène Drouot  
Grâce à un modèle de croissance singulier, articulé autour de trois axes  stabilité politique et sociale,  
interventionnisme dans le domaine économique, permettant l’industrialisation et l’internationalisation de  
l’économie – la Malaisie a plutôt bien résisté aux chocs subis ces dernières années. Dans un contexte de  
marges de manœuvre limitées de la politique économique et de ralentissement des échanges mondiaux, le  
modèle de croissance doit pourtant s’adapter à de nouvelles contraintes si la Malaisie ambitionne de  
devenir un pays à haut revenu d’ici à 2020.  
La spécificité du modèle de croissance malaisien, Chinois (pour la plupart bouddhistes et chrétiens) et  
combinant stabilité politique, interventionnisme écono- près de 9 % d’Indiens (en grande partie hindouistes).  
mique et ouverture de l’économie, a permis au pays de  
résister aux chocs économiques et financiers des Permise par la stabilité politique du pays, la Nouvelle  
dernières années. Confrontée à la chute des prix des Politique Economique (NPE) est lancée en 1970,  
matières premières et au ralentissement des échanges articulée autour de trois axes principaux, justice  
commerciaux et de la croissance en Chine, l’économie ne sociale en faveur des Malais, interventionnisme dans  
s’est pas effondrée.  
le domaine économique et développement accéléré  
fondé sur l’industrialisation. La mise en place de la  
Depuis 2013 cependant, le modèle de croissance est NPE peut être identifiée comme l’élément déclencheur  
fragilisé. La cohésion sociale s’affaiblit et la Malaisie, du décollage économique malaisien.  
dont les exportations sont très intégrées régionalement,  
apparaît vulnérable à l’essoufflement des gains retirés  
des chaînes de valeur mondiales et à la montée du  
protectionnisme.  
Développement rapide de l’économie et réduction des  
inégalités  
Sous l’impulsion de la NPE, le PIB réel a progressé de  
6
,4% par an en moyenne entre 1970 et 2010 et le  
1
970-2010: la Nouvelle Politique Economique  
pays a rejoint la tranche supérieure des pays à revenu  
intermédiaire.  
La Malaisie est longtemps apparue comme le pays  
politiquement le plus stable de la région. Depuis son  
indépendance en 1957, les gouvernements successifs  
sont issus de la même coalition, Barisan Nasional  
PIB nominal par tête depuis 1970 (USD)  
12000  
(
BN), composée de treize partis, dont quatre nationaux  
Malaisie  
Thaïlande  
Indonésie  
et neuf partis représentant principalement des  
communautés ethniques du Sabah et du Sarawak.  
10000  
Philippines  
8
6
4
2
000  
000  
000  
000  
0
Pendant plus de quarante ans, le BN a géré avec  
succès l’équilibre entre communautés ethniques et  
religieuses. La population malaisienne compte environ  
5
5 % de Malais musulmans et 10 % d’« indigènes »  
d’autres confessions, qui forment avec les Malais la  
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015  
catégorie des Bumiputra (« fils du sol »), 26 % de  
Graphique 1  
Source : Banque mondiale  
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La NPE a également permis de réduire graduellement 656 en 1980 et entre 900 et 1014 en 1985 ». En 1986,  
1
le niveau des inégalités (mesuré par l’indice de Gini , la part de ces entreprises dans le PIB est d’environ  
voir graphique 1), mêlant l’augmentation rapide des 30 %.  
créations d’emplois, principalement dans le secteur  
des services, et l’intégration économique des Malais.  
La dérégulation et la privatisation de l’économie mises  
en œuvre depuis 1986 n’ont pas remis en cause la  
forte implication structurelle de l’État dans l’économie  
malaisienne. L’objectif, toujours d’actualité, est de  
favoriser une croissance économique qui ne soit plus  
portée exclusivement par l’État, via l’instauration  
de partenariats public-privé. Cependant, cette  
privatisation s’effectue sans recul de l’État, dont les  
dépenses publiques ne cessent de s’accroître. Il s’agit  
davantage d’un changement dans la forme et la  
méthode de l’engagement de l’État plutôt qu’un retrait  
de celui-ci.  
Indice de GINI et ratio des revenus mensuels  
0,6  
0,5  
0,4  
0,3  
12  
Ratio des revenus mensuels  
moyens des 20 % les plus riches  
sur les 40 % les plus pauvres  
1
1
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Indice de GINI  
1
970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010  
Dépenses publiques  
Graphique 2  
Source : OCDE  
8
7
6
000  
000  
000  
%
25  
Emploi par secteur (millions de personnes)  
Poids dans le PIB  
Indice nominal, 1970=100  
2
1
1
5
0
0
5
0
1
1
1
1
6
4
2
0
8
6
4
2
0
Services  
Industrie  
Agriculture  
5000  
4000  
3000  
2000  
1000  
0
1
970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015  
Graphique 4  
Source : Banque mondiale  
1982  
1987  
1992  
1997  
2002  
2007  
2012  
Graphique 3  
Source : FMI  
Diversification de l’économie et ouverture au commerce  
mondial  
Le gouvernement a aussi favorisé la création  
d’entreprises contrôlées et gérées par les Malais en  
instaurant une politique financière incitant les banques  
à prêter aux nouvelles entreprises industrielles.  
Autre axe de développement, l’économie s’est  
rapidement diversifiée. Avant les années 70, la  
Malaisie était le premier producteur mondial de  
caoutchouc et d’étain ; le secteur agricole représentait  
Enfin, l’implication de l’Etat dans l’économie est près de 50% du PIB et 80% des exportations.  
importante, le gouvernement intervenant directement au  
niveau de la création d’entreprises dans les secteurs L'effondrement des prix du caoutchouc et de l'étain au  
qu’il souhaite développer. D’après E. Lafaye de début des années 1980 a entraîné la réorientation du  
Micheaux (2012), le poids de plus en plus important de secteur des matières premières vers le pétrole brut, le  
l’intervention publique dans les affaires est mesurable gaz naturel et l’huile de palme, qui sont aujourd’hui  
au regard de l’augmentation du nombre d’entreprises encore les principales productions du pays. Parallèlement,  
publiques qui « sont passées de 362 unités en 1975 à sous l’impulsion de la politique économique, la  
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diversification de l’économie s’est poursuivie au bénéfice Ce secteur représente aujourd’hui près de 40% du  
des secteurs de l’industrie et des services. D’abord axée total des exportations et a permis l’insertion du pays  
sur une industrialisation par substitution aux importations, dans les chaînes de valeur régionales et mondiales,  
la NPE a progressivement aidé au développement d’une grâce à la production de composants électroniques  
industrie manufacturière de plus en plus développée.  
(pour les téléphones portables ou les ordinateurs,  
comme pour le secteur automobile).  
Contribution de chaque secteur au PIB  
Les exportations à destination des partenaires  
« traditionnels » (pays occidentaux importateurs de  
matières premières) ont progressivement perdu du  
terrain, au profit des partenaires régionaux, au premier  
rang desquels la Chine.  
6
5
4
3
2
1
0
0
0
0
0
0
0
%
Industrie manufacturière Autre industrie  
Services Agriculture  
Exportations vers l'Asie et les pays du G3  
(en % du total des exportations)  
Chine  
6
5
4
3
2
0
0
0
0
0
Asie (y compris Chine)  
G3 (Etats-Unis, Zone euro, Japon)  
1
970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015  
Graphique 5  
Source : Banque mondiale  
La base d’exportation s’est élargie (passant de moins  
de 50% du PIB à plus de 70% entre 1980 et 2010) et  
les exportations de matières premières (au sens large)  
ne représentaient plus que 25% des exportations en  
10  
0
2
010, contre près de 80% en 1980. En outre, la  
1981 1986 1991 1996 2001 2006 2011 2016  
Graphique 7 Source : FMI  
Malaisie s’est intégrée dans l’économie régionale et  
mondiale, en augmentant progressivement le degré de  
sophistication de ses exportations.  
2
010: le Nouveau Modèle Economique, dans la continuité  
de la NEP  
Poids des secteurs dans les exportations  
Début 2010, le « Nouveau Modèle Economique »,  
NME, est lancé. Sur le plan économique, il prévoit de  
s’appuyer sur l’ancien programme de transformation  
économique « Vision 2020 », initié en 1991, en  
favorisant les investissements publics et privés  
privilégiant principalement les infrastructures et le  
développement des services. Un de ses objectifs est  
également de promouvoir les gains de productivité, en  
faisant émerger un nouveau modèle économique basé  
sur l’innovation, tout en poursuivant la montée en  
1
00  
%
1
980  
2015  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
Produits  
Matières premières  
Matières  
Produits  
Biens électroniques  
Biens électroniques  
et électriques  
et électriques  
manufacturés  
manufacturés  
premières  
dérivés des  
dérivés des  
matières premières  
matières premieres  
Graphique 6  
Source : OCDE gamme des exportations.  
Le développement du secteur de l’électronique et des Sur le plan politique, le concept de « One Malaysia »  
composants électriques est  
particulièrement est introduit, destiné à rassurer les différentes  
remarquable, permettant une spécialisation avec des communautés ethnico-religieuses non malaises  
liens très réduits au secteur des matières premières. (chinoise et indienne en particulier).  
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Enfin, sur le plan international, les objectifs fixés Les données ne sont disponibles que jusqu’en 2011,  
visent à tirer parti de la position géographique et mais sur la période 2009-2013, une étude récente  
géopolitique du pays, pour bénéficier au maximum de l’OCDE estime que la Malaisie a représen à  
du processus d’intégration régionale. Les liens elle seule 2,7% du total du commerce relatif aux  
économiques et commerciaux avec l’Inde et – surtout chaînes de valeur, et 5,7% du commerce asiatique  
la Chine sont renforcés, les initiatives régionales au (relativement aux chaînes de valeur), quand le pays  
sein de l’ASEAN sont multipliées et de nombreux ne représentait que 0,4% du PIB mondial et 2,5% du  
2
accords de libre-échange sont signés. Afin d’attirer PIB de l’Asie émergente sur la même période. Cette  
les investissements directs en provenance de forte participation fait de la Malaisie un des pays les  
l’étranger, les restrictions les encadrant sont plus actifs en Asie.  
assouplies.  
Accords de libre-échange signés et effectifs  
Depuis 2013: essoufflement du modèle  
16  
14  
12  
10  
8
6
4
2
0
Le gouvernement poursuit son objectif de faire de la  
Malaisie un pays pleinement développé à l’horizon  
2020. Sur le plan politique cependant, la popularité du  
BN s’est érodée : la politique « One Malaysia » n’est  
pas favorablement accueillie par la population et les  
revendications économiques et sociales se multiplient.  
Ralentissement de la croissance  
9
3
95 97 99 01 03 05 07 09 11 13 15  
En outre, depuis la mi-2014, la croissance du PIB réel  
a progressivement ralenti, de 6,5% en glissement  
annuel au T2-2014 à 4,0% au T2-2016, sous l’effet de  
la baisse des prix du pétrole et des matières premières  
et du ralentissement de la croissance en Chine.  
Graphique 8 Source : ADB  
La politique entreprise a permis à l’économie de rester  
l’une des plus intégrées de la région. Lindice de  
participation aux chaînes de valeurs mondiales,  
calculé par l’OCDE et l’OMC, indique que la  
participation de la Malaisie est l’une des plus élevées  
d’Asie.  
Même en cas de prix des matières premières  
durablement bas, la Malaisie ne devrait pas être  
autant pénalisée que d’autres pays exportateurs de  
pétrole. D’une part, parce que, nous l’avons vu, le  
secteur des matières premières n’est plus le seul  
moteur de la croissance. Les secteurs des services et  
de l’industrie manufacturière représentent aujourd’hui  
respectivement 55% et 20% du PIB.  
Indice de participation aux chaînes de valeur  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
20  
10  
0
2000  
2005  
2011  
D’autre part, la Malaisie est depuis 2014 un  
importateur net de pétrole et un exportateur net  
d’hydrocarbures. Les chiffres de Energy Information  
Administration (EIA) montrent qu'au cours de la  
dernière décennie, la Malaisie a développé ses  
industries en aval, de sorte que la proportion de  
pétrole brut exporté a diminué de près de 40%. Les  
Corée  
Chine  
Hong Kong  
Inde  
Indonésie  
Malaisie  
Philippines  
Singapour  
Taiwan  
Thailande  
ASEAN  
ASEAN  
Philippines Taïwan  
Singapour Thaïlande  
Corée  
Hong  
Indonésie  
Malaisie  
Chine Kong Inde  
Graphique 9  
Sources : OCDE, TIVA  
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produits pétroliers au sens large représentent vers les ménages. Au cours de l’année 2015, se sont  
aujourd'hui une part beaucoup plus importante des ajoutées l’introduction de la taxe sur les biens et  
exportations que le pétrole brut (9,2% des services (Goods and Services Tax, GST), à un taux de  
exportations brutes en 2013 contre 3,2% en 2004).  
6%, et une refonte des politiques de subvention.  
Enfin, PETRONAS, l’entreprise publique d’exploration Cette politique s’est révélée fructueuse : en 2015, le  
et de production pétrolière et gazière, cherche à gouvernement a atteint son objectif de réduction du  
modifier sa stratégie en se diversifiant avec d’autres déficit, pour la sixième année consécutive, à 3,2% du  
produits, tels que le gaz naturel liquéfié (GNL). En PIB. En 2009, celui-ci était de 6,5% du PIB.  
d'autres termes, la balance commerciale des produits  
de base de la Malaisie est maintenant plus  
dépendante du GNL (plus spécifiquement de la  
Déficit et dette publics (en % du PIB)  
demande japonaise et coréenne) que du pétrole brut.  
Déficit  
Dette  
0
1
2
3
4
5
6
7
60  
Le dernier plan quinquennal en date, le onzième Plan  
Malaisien (11MP), a été dévoilé en mai 2015, affichant  
des objectifs particulièrement ambitieux. Le  
gouvernement entend renforcer la croissance de 5% à  
-
-
-
-
-
-
-
5
4
0
0
30  
20  
6
% en moyenne entre 2016 et 2020. Le plan favorise  
également de nouveaux moteurs de croissance, issus  
du secteur privé, ainsi que des activités à plus forte  
valeur ajoutée dans les secteurs de l'agriculture, de  
l’industrie manufacturière et des services. Bien que les  
objectifs de croissance et de revenu soient difficiles à  
atteindre, l'infrastructure relativement avancée de  
l'économie soutient de telles ambitions. Mais, dans  
l’immédiat, la Malaisie se retrouve confrontée à  
d’autres freins à la croissance.  
1
0
0
0
0 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15  
Graphique 10 Source : Banque centrale malaisienne  
Dans le même temps, grâce à une meilleure collecte  
et aux recettes de la GST, les revenus liés aux  
activités pétrolières ont chuté (de plus de 30% du total  
des revenus en moyenne en 2010-2014 à 17% en  
2
015), alors que la part des revenus dans le PIB est  
Assainissement budgétaire  
restée globalement stable sur la période, autour de  
D’une part, l’assainissement budgétaire réduit les 20% du PIB.  
marges de manœuvre du gouvernement pour soutenir  
la croissance. Depuis 2009, la politique fiscale s’est en  
Total des revenus et revenus liés aux produits  
pétroliers  
effet concentrée sur la réduction des déficits. Cet  
engagement est maintenu en dépit du ralentissement  
de la croissance et de la chute des prix des matières  
premières.  
40  
35  
30  
25  
20  
15  
10  
5
0
%
Total des revenus  
(% du PIB)  
Autres revenus liés aux activités  
pétrolières (% du total des revenus)  
Depuis la mi-2014, plusieurs ensembles de mesures  
visant à augmenter et diversifier les sources de  
revenus ont également été introduits, en réaction à la  
baisse des revenus liés aux activités pétrolières (y  
compris les dividendes versés par PETRONAS). Ces  
mesures comprennent également une restructuration  
des dépenses et une nouvelle politique de transferts  
Dividendes de PETRONAS (% du total des revenus)  
2
010  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
Graphique 11  
Source : Banque centrale malaisienne  
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Le gouvernement prévoit de poursuivre la réduction du commerce « ordinaire » (i.e. exportations basées  
déficit, bien que très lentement, à 3,1% et 3% essentiellement sur les inputs locaux et importations  
respectivement en 2016 et 2017.  
principalement destinées à la demande intérieure).  
Exposition au ralentissement du commerce mondial  
Face à cette nouvelle configuration, les pays plus  
concernés sont donc ceux doublement exposés au  
commerce relevant des chaînes de valeur et à la  
demande finale chinoise. La Malaisie est l’un des plus  
vulnérables au sein de l’ASEAN, compte tenu i/ du  
niveau élevé de son indice de participation aux  
chaînes de valeur mondiales (plus élevé que la  
moyenne des pays de l’ASEAN), ii/ de sa forte  
intégration régionale (voir graphique 7) et iii/ en termes  
d’exportation de valeur ajoutée de produits satisfaisant  
une demande finale, du fait que la Chine à elle seule  
représente 10% du total.  
D’autre part, la dynamique du commerce mondial,  
moteur important de la croissance, se modifie. Bien  
qu’en partie responsables, les composantes  
cycliques (faible rythme de progression de la  
croissance mondiale et de l’investissement) ne  
suffisent pas à expliquer le ralentissement des  
échanges commerciaux. La conjonction de plusieurs  
composantes structurelles semble plus adéquate. La  
moindre progression des chaînes de valeur, c’est-à-  
dire une fragmentation internationale des processus  
de production croissant plus lentement, constitue un  
3
facteur important .  
Exposition à la Chine en termes d'exportations  
brutes et de valeur ajoutée  
D’après une étude récente de l’OCDE (2016), alors  
que les chaînes de valeur ont progressé de 4% par an  
en moyenne de 1991 à 2011, celles-ci se sont  
contractées de près de 2% par an en moyenne depuis  
cette date. Cela ne signifie pas que le fractionnement  
international des processus de production régresse,  
mais qu’il n’est plus l’accélérateur d’échanges qu’il a  
été avant la crise.  
1
1
2
0
8
6
4
2
0
HKG  
TWN  
KOR  
MYS  
SGP  
THA  
PHL  
IDN  
VNM  
JPN  
IND  
0
5
10 15 20 25 30 35 40 45 50 55  
Exportations brutes à destination de la Chine (% du PIB)  
Parallèlement, le rééquilibrage du modèle de  
croissance chinois et ses implications pour l’ensemble  
des pays de l’ASEAN fragilisent la Malaisie. Depuis  
Graphique 12  
Source : OCDE  
A plus longue échéance, l’érosion de la compétitivité-prix  
de la Chine devrait profiter aux autres pays d’Asie, mais  
la Malaisie ne bénéficie pas d’avantages comparatifs en  
termes de coûts (le différentiel de salaire avec la Chine  
est relativement faible) et doit donc se distinguer par des  
avantages hors prix (qualité des infrastructures,  
qualification de la main d’œuvre, climat des affaires).  
2
009, la progression des échanges extérieurs de la  
Chine a continué à être nettement plus rapide que  
celle des échanges internationaux, mais la  
composition de ces derniers est différente de celle qui  
prédominait avant la crise.  
Le ralentissement de la croissance mondiale, d’une  
part, et les changements structurels internes à son  
économie (ex. la hausse des coûts salariaux) de  
l’autre, poussent la Chine à infléchir son mode  
Nouvelles contraintes  
d’insertion internationale. La participation de A moyen terme, les perspectives de la Malaisie restent  
l’économie chinoise aux chaînes mondiales de favorables. Si le pays parvient à améliorer son climat  
production n’est plus le moteur principal de ses des affaires, son intégration dans l’économie régionale  
échanges commerciaux. La dynamique des et la bonne qualité de ses infrastructures pourraient lui  
échanges extérieurs est désormais portée par le assurer de maintenir un positionnement favorable au  
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sein des pays de l’ASEAN. Toutefois, dans les années En outre, compte tenu du poids des exportations vers  
à venir, la montée du protectionnisme et le niveau la Chine à fin de réexportation, la Malaisie pourrait  
d’endettement du pays pourraient représenter de également être indirectement pénalisée si les  
nouvelles vulnérabilités.  
exportations chinoises subissaient des mesures de  
restriction importantes.  
Détérioration de l’image du pays  
Décomposition des exportations vers la Chine  
(
en % du PIB)  
Le scandale financier relatif au fonds souverain  
1
1
1
1
1
8
6
4
2
0
8
6
4
2
0
1
MDB a eu des répercussions internationales.  
Demande finale  
Réexport  
Plusieurs pays (la Suisse, les Etats-Unis et  
Singapour) ont ouvert des enquêtes visant à mettre à  
jour les malversations liées au financement du fonds.  
Au-delà du scandale lié à 1MDB, c’est la qualité de la  
gouvernance qui est interrogée et la capacité du  
pays à améliorer son cadre institutionnel. Ainsi, dans  
la dernière édition du rapport sur la compétitivité  
mondiale, publié en septembre 2016 par le World  
Economic Forum, la Malaisie a perdu sept places par  
rapport à l’édition précédente, après six années  
consécutives d’amélioration. Les indicateurs s’étant  
le plus dégradés sont l’accès au financement, la lutte  
contre la corruption et la gouvernance.  
TWN HKG MYS KOR SGP THA VNM ASEAN PHL IDN JPN IND  
Graphique 13  
Sources : OCDE, TIVA, BNP Paribas  
Endettement élevé  
La dette des ménages s’est stabilisée,  
consécutivement aux mesures macroprudentielles  
progressivement mises en place par la banque  
centrale depuis 2010. Elle reste élevée, autour de  
Montée du protectionnisme  
La montée du protectionnisme pourrait être une autre  
composante du ralentissement des échanges  
commerciaux. Le dernier rapport du Global Trade  
Alert analyse les échanges mondiaux (en valeur) par  
produit et observe que i/ les groupes de produits qui  
ont le plus contribué à la baisse de la valeur des  
échanges sont également ceux ciblés par des  
politiques protectionnistes, ii/ alors que depuis 2010,  
entre 50 et 100 mesures de protectionnisme  
9
0% du PIB. Les risques liés à l'endettement des  
ménages sont atténués par de solides actifs  
financiers et un faible ratio de créances douteuses,  
mais une brusque remontée des taux d’intérêt  
pourrait fragiliser les ménages (et le secteur  
bancaire).  
Endettement privé (en % du PIB)  
(
augmentation des droits de douanes, mesures  
anti-dumping et mesures moins classiques, telles  
que la restriction aux producteurs nationaux du  
bénéfice des mesures de relance, des exigences de  
contenu local pour les investissements ou dans les  
marchés publics) étaient mises en places sur les  
quatre premiers mois de l’année, 150 ont été  
recensées en 2016. Une fois encore, le degré  
d’ouverture et d’intégration pourrait pénaliser la  
Malaisie, particulièrement si les accords de libre-  
échange dans lesquels elle est déjà engagée  
étaient dénoncés.  
Entreprises (système bancaire)  
Ménages (institutions financières non bancaires)  
Ménages (système bancaire)  
1
60  
140  
120  
100  
8
6
4
2
0
0
0
0
0
2010  
Graphique 14  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
Source : Banque centrale malaisienne  
economic-research.bnpparibas.com  
Conjoncture  
Janvier 2017  
32  
De même, le niveau d’endettement public est plus ou La forte proportion de dette détenue par des non-  
moins stabilisé mais reste élevé. Le ratio de dette résidents (34% au T2 2016) reste la principale  
fédérale devrait décliner en 2016, à 52% du PIB vulnérabilité. La Malaisie apparaît plus exposée à un  
(
(
après 54,5% en 2015). Cette baisse reflète en partie changement de sentiment des investisseurs que d'autres  
pour un montant équivalant à 1,8% du PIB) le pays asiatiques (la Thaïlande, par exemple), malgré de  
transfert d’une partie de la dette fédérale (relative aux meilleurs fondamentaux et une situation plus saine.  
prêts au logement) à une nouvelle entité hors budget.  
La dette générale du gouvernement, quant à elle,  
devrait rester stable, autour de 56% du PIB (hors  
dette garantie).  
Part de la dette détenue par des non-résidents  
40  
%
3
3
2
2
1
1
5
0
5
0
5
0
5
0
La dette garantie par le gouvernement (dette des  
entreprises publiques principalement), estimée  
autour de 15% du PIB, ne devrait pas présenter de  
risque supplémentaire. Par ailleurs, le fonds 1MDB  
(
dont l’Etat est l’unique actionnaire) ne devrait pas  
présenter de charge additionnelle suffisante pour  
mettre à mal l’équilibre des finances publiques. Bien  
qu’une commission parlementaire ait signalé en avril  
2
008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Graphique 15  
Source : Banque centrale malaisienne  
2
016 que la dette du fonds s’élevait à environ 4% du  
PIB, le total des actifs était estimé supérieur à ce  
montant. En outre, le gouvernement s’est montré  
réticent à étendre son soutien au-delà du niveau  
explicitement garanti dans sa lettre de soutien, soit  
environ 1,5% du PIB.  
A très court terme, le risque de matérialisation du  
risque contingent (choc de croissance très négatif,  
importante dégradation simultanée de la situation  
financière de plusieurs entreprises publiques La Malaisie dispose de fondamentaux solides, qui lui  
impliquant une intervention de l’Etat) reste donc ont permis au cours des dernières années de faire  
faible.  
face aux chocs successifs : crise économique et  
financière de 2008-2009, chute des prix des matières  
premières, ralentissement des échanges mondiaux.  
Comme lors des années précédentes, la dette sera  
principalement financée par des prêts domestiques,  
en monnaie locale, grâce à une large base  
d’investisseurs institutionnels locaux. Au cours des  
dernières années, la capacité de financement n’a  
pas été mise à mal, et la faible proportion de dette  
publique libellée en devises (3,2% du total de la  
dette au T3 2016) protège la dette souveraine d’une  
exposition au risque de change. Enfin, le profil  
d’endettement – à taux fixe et à long terme (6 ans  
en moyenne) assure une certaine stabilité du  
service de la dette.  
Cette bonne résistance a été permise par un modèle  
de développement singulier, combinant un fort  
interventionnisme étatique (production nationale dans  
les secteurs stratégiques, investissements publics  
notamment contracycliques, encadrement des  
importations, suivi de l’évolution des inégalités) et le  
développement du secteur manufacturier exportateur,  
tout en tirant parti de ses avantages comparatifs pour  
faciliter son intégration dans les échanges  
commerciaux, sur le plan mondial et régional.  
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Conjoncture  
Janvier 2017  
33  
Ce positionnement est actuellement remis en NOTES  
question. Sur le plan international, le  
1
positionnement de la Malaisie laisse l’économie  
particulièrement vulnérable à la stagnation des  
échanges commerciaux, à la montée des politiques  
protectionnistes et au ralentissement de l’économie  
chinoise. Bien que le pays soit relativement bien  
positionné pour faire face à ces nouveaux défis, il  
devra également mettre en œuvre les réformes  
nécessaires pour augmenter la productivité,  
stimuler l’innovation, développer la classe moyenne  
Selon la définition donnée par l’INSEE, l’indice (ou  
coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d’inégalités  
de salaires (de revenus, de niveaux de vie…). Il varie entre 0  
et 1. Il est égal à 0 dans une situation d’égalité parfaite où  
tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie…seraient  
égaux. A l’autre extrémité, il est égal à 1 dans une situation  
la plus inégalitaire possible, celle où tous les salaires  
(revenus, niveaux de vie…) sauf un seraient nuls. Entre 0 et  
1
, l’inégalité est d’autant plus forte que l’indice de Gini est  
élevé.  
2
et sortir le pays des « pays  
à
revenus  
L’Asie émergente, au sens du FMI, regroupe 29 pays :  
intermédiaires », afin d’accroître davantage sa  
compétitivité face au développement rapide de pays  
voisins.  
Bangladesh, Bhoutan, Brunei Darussalam, Cambodge,  
Chine, Fiji, Inde, Indonésie, Kiribati, Laos, Malaisie,  
Maldives, îles Marshall, Micronésie, Mongolie, Birmanie,  
Népal, Palaos, Papouasie Nouvelle Guinée, Philippines,  
Samoa, îles Salomon, Sri Lanka, Thaïlande, Timor-Leste,  
Tonga, Tuvalu, Vanuatu, et Vietnam.  
Voir C. Stephan, « Aux origines de la faiblesse du  
commerce mondial », BNP Paribas, Conjoncture n°11,  
Novembre 2016  
3
REFERENCES  
M. Arudchelvan and G. Wignaraja, SME  
Internationalization through Global Value Chains and  
Free Trade Agreements: Malaysian Evidence, ADB  
Working Paper Series, February 2015, no 515  
S.J. Evenett and J.Fritz (2016) Global trade plateaus,  
th  
The 19 report of the Global Trade Alert, CEPR press  
E. Lafaye de Micheaux, La Malaisie, un modèle de  
développement souverain, ENS Editions, Lyon, 2012  
OCDE, Cardiac arrest or dizzy spell: why is wolrd  
trade so weak and what can policy do about it? OECD  
economic policy paper, September 2016, no 18  
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